Le Magicien - Calling Cthulhu

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Londres, 1933. Mortimer Sax n’a qu’un rêve : égaler le talent de son idole, le magicien Simon Balthazar, mystérieusement disparu 10 ans plus tôt. Aussi, lorsque Mortimer décroche un emploi de prestidigitateur au cabaret le Craft, où le Grand Balthazar connut la gloire, il pense avoir atteint son ambition. Sa rencontre avec Nina, la belle acrobate, une incroyable découverte dans l’un des murs de la chambre qu’il occupe au Craft et l’apparition régulière d’une effrayante créature dans ses rêves vont lentement changer sa vie. Peu à peu, le magicien timide et complexé va prendre de l’assurance et connaître la gloire avant de sombrer peu à peu dans la folie.
Retrouvez avec plaisir l’écriture sobre et épurée de Gaëlle Dupille qui vous entraîne encore une fois dans une histoire fantastique dont elle seule a le secret.
Publié le : mercredi 10 décembre 2014
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Licence : Tous droits réservés
Nombre de pages : 33
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Le Magicien

 

 

 

 

 

Gaëlle Dupille

 

 

 

 

 

 

 

Illustration : Gwen Vibancos

 

 

 

 

 

 

Éditions L’ivre-Book

 

 

 

 

 

 

Mortimer Sax tendit ses bagages au jeune porteur.

 

— Henry, conduisez monsieur Sax au troisième étage. Il logera dans l’ancienne chambre du Grand Balthazar ! lança Gordon Smith, le directeur du cabaret.

— De qui, monsieur ? demanda le jeune Henry en réajustant sa casquette grise.

— De Simon Balthazar, bien sûr. La chambre 321. Dites-moi, jeune homme, vous savez qui était Simon Balthazar, au moins ?

Henry fit non de la tête.

— Vous travaillez dans le cabaret où il a vécu et connu la célébrité et vous ignorez qui il est ? s’exclama Mortimer Sax.

— Je viens juste d’arriver, monsieur. Je porte les bagages et je fais le ménage ici, c’est tout.

— Sachez qu’il a été l’un des plus grands prestidigitateurs que Londres ait connue, peut-être même le plus brillant de toute l’Angleterre. Il était célèbre pour ses yeux bleu ciel, son étrange bague à pierre rouge, dont il disait qu’elle était sa source d’inspiration, et pour son talent incomparable, expliqua Sax d’un ton rempli d’admiration.

— Et pour son caractère de cochon, continua le directeur. Il était un véritable génie, alors, on pardonnait tous ses caprices. Sa disparition reste un drame pour notre cabaret, même dix ans après.

— Est-ce qu’il est mort ? demanda Henry, intrigué par cette histoire.

— Personne ne sait ce qu’il est devenu. Un jour, il s’est volatilisé, peut-être éliminé par un mari jaloux, car Balthazar était un sacré coureur de jupons ! D’autres disent qu’il est devenu fou et s’est peut-être noyé en faisant de la plongée sous-marine, loisir qu’il adorait. Bien entendu, vous êtes trop jeune pour vous souvenir de lui, jeune homme. Vous devez être né en 1917 ou 1918, je suppose.

— Oui monsieur Smith, en 1917. J’avais six ans il y a dix ans. Hum, voilà une bien étrange histoire, marmonna le garçon en emportant les bagages du nouvel hôte du cabaret Craft.

 

Mortimer Sax épousseta son costume noir, rajusta son nœud papillon et suivit le directeur. Il regarda avec émerveillement chaque détail, chaque dorure, chaque boiserie de ce lieu mythique où son idole avait connu la gloire. Des notes de piano égayaient l’atmosphère. Ils arrivèrent dans une immense salle. La scène était bordée par d’épais rideaux en velours bordeaux, assortis aux chaises placées autour de petites tables rondes en acajou destinées aux spectateurs.

 

— Voici la salle de spectacle, qui sert également de salle de répétition, chuchota Gordon Smith, afin de ne pas perturber les artistes et les musiciens présents sur la scène. La jeune personne là-bas s’appelle Nina.

 

Mortimer Sax tomba immédiatement sous le charme de la jeune femme qu’il suivit du regard, hypnotisé. Avec la grâce d’un félin, cette beauté à la silhouette d’enfant s’envola d’un trapèze à l’autre en chantant d’une voix d’ange, dévoilant ses cuisses fuselées couleur d’ivoire. Elle était coiffée d’un carré court brun avec une frange soulignant son petit nez mutin, comme l’actrice américaine Louise Brooks, la star du moment. C’était la première fois qu’il rencontrait une femme portant les cheveux courts. Sa robe noire à franges perlées virevoltait et scintillait sous les éclairages. Mortimer ne parvenait pas à détacher son regard de Nina. Une voix le ramena soudain à la réalité.

 

— Elle est belle, hein ? lui dit un grand brun au visage aussi parfait que l’était sa silhouette.

— Oui, très, répliqua Mortimer.

— C’est chasse gardée, mon vieux. Tu touches à elle et t’es mort.

 

Mortimer venait de faire la connaissance de Pierre Moreau, lui aussi hôte du Craft où il exerçait ses talents de jongleur.

« Quel idiot ! », se dit Sax.

Il se sentit lâche de n’avoir pas répliqué plus vivement à ces menaces ridicules, mais Mortimer détestait les conflits. Il savait par ailleurs qu’il n’était pas assez athlétique pour prendre le risque d’affronter physiquement Moreau, ce qui serait sans doute arrivé s’il lui avait demandé de se mêler de ses affaires, comme un homme courageux l’aurait fait.

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