Le Testament de Galilée, vol.2 - Le Parchemin

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Quelques semaines après les événements du premier volume, remis de ses blessures et libéré de l’armée, Kurtis Monroe part à la recherche de Jules Galio et de ses amis, périple qui le conduira jusqu’en France.
Des questions l’obsèdent : que sont devenus Anna et Hector ? Anna, enfermée dans son sarcophage, a-t-elle obtenu toutes les capacités en étant inondée par la Lumière Originelle filtrée par L’Œil de Galilée ?
Mais le temps presse car Kurtis ne semble pas être seul à suivre les traces laissées par son ami : les Ghosts, mystérieux groupe militaire, sont sur ses talons.
Après le succès de « L’œil », ce deuxième volume lèvera un peu plus le voile sur le Testament de Galilée !
Publié le : mercredi 10 décembre 2014
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Le Testament de Galilée 2

Le parchemin

 

 

 

Sébastien Tissandier

 

 

 

 

 

Illustration : Pierre Guigon

 

 

 

 

Éditions L’ivre-Book

Remerciements

 

 

Je souhaiterais remercier tout d’abord Lilian, mon éditeur, pour sa confiance, et Marthe, ma correctrice. Merci à vous deux pour tout ce travail fait dans l’ombre qui a permis la sortie de ce second tome.

 

Je souhaiterais remercier Florence, ma fidèle bêta-lectrice de tous mes textes, et m’excuser : j’avais à cœur que, pour une fois, tu découvres ce tome, dans sa version finale, en même temps que tout le monde, sans que tu n’aies lu les différentes versions auparavant !

 

Je souhaiterais particulièrement remercier mes amis qui m’ont soutenu dans la poursuite de ce projet d’écriture, je ne vais pas les citer de peur d’en oublier, mais ils se reconnaîtront. C’est parce que vous m’avez poussé et encouragé dans les moments de doutes que j’en suis là aujourd’hui !

 

Il me faut remercier une nouvelle fois mon porte-bonheur, Doudou le poisson qui fait lever le soleil, sans qui ce roman ne serait pas entre vos mains aujourd’hui.

 

Enfin, je vous remercie, vous, lectrices, lecteurs, de m’accompagner dans cette aventure, en espérant que ce tome 2 vous plaira autant si ce n’est plus que le premier ! Bonne lecture…

Prologue

 

 

 

 

Depuis toujours, elle nous observait. Depuis que la vie l’avait colonisée, elle nous observait. La Terre.

Elle avait tout d’abord hébergé les premiers pas de la vie avec bienveillance. Elle avait même admiré ses premières tentatives d’adaptation à l’environnement hostile au sein duquel elle l’avait accueillie.

Lorsqu’elle s’aperçut que les premières modifications des formes de vie entraînaient des changements dans son propre environnement, elle tenta de réagir. Elle décida de modifier son biotope pour limiter la colonisation de la vie. Elle usa d’événements géologiques et climatiques pour déstabiliser la vie.

La Terre décida tout d’abord de séparer sa masse de continents pour isoler les formes de vie. Dès lors, chaque continent ainsi isolé posséda son propre environnement. Mais cela ne fit qu’augmenter la diversité des formes et leurs adaptations.

Elle demanda de l’aide à son père le Soleil. Celui-là même qui avait permis l’apparition de la vie par ses rayons et sa chaleur. Il attira dans sa gravité un astéroïde et le projeta sur sa fille. Nombreuses furent les espèces qui périrent de l’impact. Le Soleil assura à la Terre que les survivants seraient anéantis par l’hiver nucléaire qui s’installa suite au choc. Les rayons et la chaleur du Soleil ne parvenaient plus jusqu’à la surface de la Terre. Elle s’assoupit alors, caressant le rêve d’être débarrassée de ses parasites à son réveil.

Mais lorsque les poussières et les débris retombèrent et se dispersèrent, lorsque la Terre émergea de son profond sommeil, la vie avait survécu. Quand les rayons et la chaleur du Soleil atteignirent de nouveau la Terre, la vie s’empressa de se diversifier de nouveau afin d’occuper les niches écologiques laissées vacantes par la catastrophe.

Folle de rage, la Terre essaya alors d’endiguer la progression de l’invasion à grands coups de modifications radicales des conditions des milieux de vie. Elle utilisa les glaciations pour tenter de ralentir l’expansion de la vie. Mais elle ne fit qu’éliminer les formes défavorisées et renforcer celles qui étaient les mieux adaptées pour survivre à ces changements d’environnement.

Une nouvelle fois, la Terre supplia son père le Soleil de l’aider. Puisque c’était son rayonnement qui avait permis l’apparition de la vie, elle pensa qu’il pourrait la détruire. Définitivement. Alors le Soleil intensifia ses rayons et bombarda de nouveau sa fille de toute sa puissance. Les modifications dans le patrimoine génétique de la vie n’allaient pas tarder à se faire ressentir, la précipitant vers son extinction.

En attendant, la Terre n’avait d’autre choix que de ravager une partie de son environnement afin d’endiguer la progression de la vie. Elle continua de provoquer des cataclysmes géologiques et climatiques. Deux de ses meilleurs alliés furent le vent et la pluie.

Lorsque la Terre déchaînait des bourrasques et des tornades, balayant tout sur son passage, la progression de la vie ralentissait. Lorsqu’elle inondait un territoire, ravageant tout sur son passage, la progression de la vie ralentissait. Et lorsque le vent et la pluie fusionnaient pour frapper le même endroit, les orages, les tempêtes et les typhons portaient un coup dévastateur à la vie. Mais chaque fois, elle renaissait de ses cendres et s’adaptait.

 

De nos jours encore, lorsqu’on entend le murmure du vent qui se lève ou le grondement sourd et lointain de l’orage, nos plus grandes peurs nocturnes remontent à la surface de nos mémoires…

Chapitre 1 – Souvenirs

 

 

 

 

Aujourd’hui…

La voiture filait sur la voie rapide. Le vent qui s'engouffrait par la fenêtre ouverte de l'Aston Martin ébouriffait les cheveux de Kurtis Monroe. Alors que le bolide avalait l'asphalte, le ronronnement du moteur entraîna l'esprit de son pilote dans ses souvenirs…

 

Après le départ de ses amis, il était resté une semaine au Memorial Hospital de Riverton. Puis il avait été transféré dans un hôpital militaire de Washington pour deux semaines d’observations et d’examens. Pendant ces trois semaines, les événements qu’il avait vécus n’avaient cessé de passer en boucle dans son esprit.

 

Il avait repensé à la conférence du professeur Lombard, à l'Institut de Génétique Humaine, à Paris, lorsque ce dernier présentait l'aboutissement de ses travaux sur l'évolution du génome humain soumis à des sources exogènes de radiations fortement mutagènes. C'est ce jour-là qu'il avait rencontré pour la première fois Jules Galio, l'assistant du professeur. Le colonel McFerty et Kurtis avaient proposé au professeur Lombard ainsi qu'à Jules, de venir poursuivre leurs travaux au centre spatial de la NASA, à Miami. L'apparition d'individus au génome modifié, parallèlement à l'intensification du bombardement solaire, intriguait les scientifiques de la NASA. Et les travaux de Lombard étaient les plus avancés dans ce domaine. Une forte complicité était née entre Kurtis et Jules dès leur arrivée à Miami.

 

Après avoir passé quelques semaines à étudier les génomes d’individus présentant ce que le professeur Lombard appelait « des capacités » particulières, ils avaient dû partir à leur recherche pour éviter qu’ils ne se fassent assassiner par une organisation baptisée Les Originels.

Kurtis revivait, entre autres,le sauvetage de Tom Ferris, l'homme capable de formidables accélérations, lui permettant de courir plus vite que le meilleur sprinteur. Mais c’est aussi à partir de cet événement que la vie de Jules avait basculé. Les violents maux de tête dont il souffrait ne cessaient de prendre davantage d’ampleur.

C’était lors du sauvetage d’Emma Watson, cette infirmière capable de réguler sa température corporelle de manière extrême, que Jules avait pris conscience de sa capacité de télékinésie. Emma, quant à elle, pouvait soit embraser, soit geler tout ce qu’elle touchait, et elle lui avait permis de commencer à contrôler sa capacité. Et cette jeune femme avait fini par également embraser le cœur de Jules.

 

D'autres moments, plus douloureux pour Kurtis, lui étaient revenus en mémoire.

En premier,l'attentat manqué contre ses amis et lui, lors de la fête qu'il avait organisée chez ses parents. Ce jour-là, son neveu et sa sœur avaient failli perdre la vie. Les membres des Originels étaient venus chercher Nikki Haruchi, la jeune asiatique capable de se contorsionner avec ses tendons hyperlaxes. Kurtis ne s'était jamais pardonné cet incident.

En second,l'attaque du centre par Les Originels infiltrés parmi les militaires ainsi que les trahisons d'Anna, généticienne en chef du centre et leader des Originels, et de Carlos Santamaria, l'homme aux os d'acier, capable de calcifier son corps au point de le rendre dur comme de la pierre. Carlos avait décidé de suivre Anna, aveuglé par l'espoir qu'elle pourrait empêcher son corps de se solidifier complètement.

Enfin, sa capture par les hommes d'Anna qu'il avait pris en filature et ce moment de torture où Hector Savage, le colosse, bras droit d'Anna, avait exposé ses yeux à la Lumière Originelle sans être filtrée par l'Œil de Galilée. Ses yeux avaient explosé, il n'avait jamais ressenti une telle douleur. Jules et ses amis avaient réussi à le secourir et l'avaient emmené au Mémorial Hospital de Rivertone. Après quelques jours, les médecins leur avaient indiqué que ses yeux semblaient se régénérer, mais ils étaient incapables d’expliquer ce phénomène inconnu.

Kurtis voyait de nouveau, mais ses yeux étaient différents : bleus au lieu de marron et son cristallin était capable, en se déformant, d'accommoder sa vision de manière beaucoup plus fine que la normale. Ses pupilles suivaient ces déformations telles celles d'un chat, en prenant une forme ovale et non arrondie. Kurtis possédait maintenant la capacité de zoomer sur les éléments distants qu'il regardait.

 

Après avoir été rapatrié sur Washington, il n’avait cessé d’être convoqué par ses supérieurs afin d’expliquer les événements qui lui étaient arrivés durant sa capture.

Le Colonel McFerty, le Lieutenant Banes et lui s'étaient mis d'accord pour raconter la même version : Kurtis avait été enlevé par Anna et ses hommes, puis torturé. Avec ses amis, Jules l’avait sauvé. Les trois hommes ne firent jamais mention ni du fait que les yeux de Kurtis avaient été exposés à la Lumière Originelle, ni de la capacité de Jules. Ils dirent simplement que les yeux de Kurtis avaient étébrûlés à l’aide d’un produit chimique.

McFerty s'arrangea avec le médecin qui avait opéré Kurtis pour récupérer son dossier médical, que Banes avait falsifié, faisant comprendre au médecin qu'il s'agissait d'un événement dont dépendait la sécurité nationale. S'il parlait de ce qu'il avait fait ou vu, l'armée serait contrainte de l'enfermer.

Ce fut Banes qui eut l'idée de masquer la couleurbleue des nouveaux yeux de Kurtis par des lentilles de contact colorées marron, rappelant ses anciens yeux. Lorsque Kurtis ne se servait pas de sa nouvelle capacité, ses pupilles prenaient une forme normale, arrondie. Ce n'était que lorsqu'il en usait qu'elles se déformaient. Le subterfuge, bien qu'audacieux, fonctionna.

McFerty expliqua à ses supérieurs qu'après avoir déposé Kurtis à l'hôpital et lui avoir téléphoné, Jules et ses amis avaient disparu dans la nature.

 

Une voiture freinant devant lui ramena ses pensées à la réalité. Kurtis rétrograda, doubla le véhicule qui bifurquait en ralentissant à peine, et embraya de nouveau pour passer un rapport supérieur. Son esprit s'éloigna de nouveau de la route…

 

Banes lui avait raconté comment il avait conduit Jules et ses amis à l'aéroport de Riverton, après leur avoir confié les papiers nécessaires pour voyager incognito. Il les avait laissés à l'aéroport, préférant ne pas connaître leur destination au cas où il serait interrogé sur ce point.

Ils s’étaient donc arrêtés devant la vitrine du magasin de souvenirs de l'aéroport que Jules avait fixée pendant un instant. Il avait dit à Banes que si Kurtis voulait les retrouver, il devrait d'abord s'arrêter dans cette boutique. Et sur ces mots, ils s’étaient séparés.

 

L'aéroport de Riverton : c'était la destination du bolide de Kurtis. Maintenant que les interrogatoires étaient terminés, qu'il avait démissionné de l'armée, il était libre de rechercher ses amis.

McFerty avait été poussé à la retraite anticipée. Banes avait été réaffecté au centre de communication de l'armée, au Pentagone. Le centre spatial de Miami était en pleine rénovation, suite à l'attentat manqué des hommes d'Anna. Tous les militaires qui avaient travaillé sur ce projet avaient également été réaffectés, les civils renvoyés chez eux après avoir signé une clause de confidentialité et de non divulgation sur les faits qui s'y étaient produits ainsi que sur la nature de leurs travaux durant leur séjour au centre. C'est ainsi que professeur Lombard avait été raccompagné en France, après avoir été grassement récompensé pour son travail.

 

Kurtis avait fait le trajet entre Washington et Riverton avec son propre véhicule, préférant ne pas laisser de traces sur sa destination au cas où l'armée le pisterait. Pourquoi Jules avait-il dit à Banes qu'un magasin de souvenirs lui permettrait de les retrouver ? Qu'y avait-il dans cette boutique ? Ces questions obsédaient l'ex-militaire depuis que Banes lui en avait parlé.

Une autre question l'obsédait : qu'étaient devenus Hector et Anna ? Ils avaient réussi à s'enfuir lors de son sauvetage. Le sarcophage et l’Œil de Galilée avaient aussi disparu. Est-ce qu'Anna avait réussi à se faire inonder par la Lumière Originelle filtrée par l'Œil de Galilée ? Avait-elle, comme indiqué dans les travaux de Galilée, reçu toutes les capacités faisant d'elle le nouveau stade de l'évolution de l'humanité ?

 

Le panneau de sortie le tira de ses réflexions, Kurtis rétrograda et s'engagea sur la voie de sortie.

 

Quatre semaines plus tôt...

Le colosse était assis dans son fauteuil de cuir et fixait le sarcophage de granite qui trônait au centre de la pièce, devant lui. De timides rayons de lumière filtraient à travers les persiennes de la pièce plongée dans l'obscurité. Cela faisait presque vingt-quatre heures qu'Anna était enfermée dans le sarcophage. Le pick-up les avait conduits dans le quartier général des Originels, près de Casper, toujours dans le Wyoming. C'est là qu'il avait torturé Carry Foster, la bibliothécaire.

 

Hector se demandait si Anna était toujours vivante dans sa prison de roches. Si elle n'avait pas survécu à l'exposition à la Lumière Originelle, cela aurait de graves conséquences sur leur ordre, qui se retrouverait sans leader. Au contraire, si elle avait survécu et que la Lumière Originelle lui avait conféré tous les pouvoirs comme le stipulait le livre de Galilée, leur ordre prendrait un nouvel essor.

Le géant avait passé des heures à éplucher le manuscrit du savant, à la recherche du moindre indice qui lui permettrait de savoir quand le sarcophage libèrerait sa prisonnière, mais en vain. Il s'était donc résolu à attendre, trépignant d'impatience. Il ne pouvait faire que cela.

 

Un léger déclic le sortit de ses pensées. Hector écouta le silence. Il n'entendit rien. Avait-il rêvé ? Il soupira, déçu. Un second déclic sourd le fit sursauter dans son fauteuil. Il se leva, s'approcha du cercueil de pierre. Il en fit lentement le tour, laissant traîner sa main dessus, à la recherche du moindre signe d'ouverture.

Soudain, une série de cliquetis résonna dans la pièce, comme autant de verrous qu'on ouvrirait tour à tour. Le sarcophage vibra. Le colosse recula jusqu'au niveau de son fauteuil. Telle une noix qui se brise en deux dans le casse-noix, le sarcophage s'ouvrit brusquement de quelques centimètres de haut en bas. Un jet de vapeur s'échappa par cette ouverture, accompagné d'un bruit de décompression. Puis les deux battants de la prison de pierre s'ouvrirent lentement. Le corps d'Anna apparut et bascula en avant. Hector eut tout juste le temps de se précipiter vers elle pour la rattraper avant qu'elle ne touche le sol. Il l'allongea délicatement sur le dos tandis que les deux parties du sarcophage terminaient de s'ouvrir pleinement. Un fort déclic retentit dans la pièce lorsque le mouvement de ce dernier s'arrêta.

Le géant observa Anna, inconsciente, respirant faiblement. Il la souleva doucement et l'emmena vers sa chambre.

 

Aujourd’hui…

Kurtis observait la vitrine du magasin de souvenirsde l'aéroport de Riverton. Rien n'attira son attention. Il décida d'entrer dans la boutique. Il entreprit d'en faire le tour et observa tous les objets qui s'y trouvaient : des mugs portant le drapeau des États-Unis, aux T-shirts colorés, des boîtes de gâteaux aux bouteilles de parfums.

Puisque Jules avait dit à Banes qu'il faudrait venir ici pour savoir comment le retrouver, c’était que son ami lui avait laissé un indice qui n'aurait de sens que pour lui. Comme Jules ignorait sa nouvelle capacité, Kurtis ne pouvait compter que sur son regard classique pour trouver cet indice. Mais rien ne lui sautait aux yeux.

Agacé, déçu et angoissé à l'idée de ne pas trouver le signe laissé à son intention, Kurtis décida de parler au caissier de la boutique.

— Bonjour, un ami est passé il y a un mois de cela ici. De taille moyenne, brun, les yeux marron.

— Comme la plupart des voyageurs passant tous les jours, lui répondit sèchement l'homme derrière son comptoir.

— Il était accompagné d'un groupe d'amis, poursuivit Kurtis en gardant son calme. Une femme d'origine asiatique, un grand gaillard maigre et une jeune femme rousse.

— Elle, je m'en souviens ! s'exclama le caissier. Une femme magnifique qui dégageait un truc particulier...

— Ce sont eux, le coupa Kurtis. Est-ce que vous vous souvenez de ce qu'ils ont acheté ou fait dans votre boutique ?

— Ils m'ont acheté des magazinespour leur voyage et le garçon maigre, des biscuits, qu'il a commencé à manger dans le magasin, d'ailleurs.

— Rien d'autre ?

— Ils n'ont rien acheté d'autre, confirma le caissier.

Kurtis soupira, et se retourna une nouvelle fois pour observer le contenu de la boutique.

— Mais ils m'ont donné une coquette somme d'argent, poursuivit l'homme.

— Pour quoi faire ? s'empressa de demander Kurtis en pivotant vers le caissier.

— Pour que je n'enlève pas pendant trois mois le présentoir des porte-clés, expliqua-t-il en indiquant de sa main gauche le petit support placé sur le comptoir.

 

Kurtis observa attentivement les porte-clés qui étaient disposés dessus. Il fit pivoter le présentoir et une rangée de porte-clés en forme de fusée attira son attention. Il les toucha et le dernier d'entre eux entraîna une décharge d'adrénaline dans tout son organisme : c'était la seule petite fusée blanche portant l'inscription « Go Home » tracée au feutre rouge. Kurtis décrocha le porte-clés, le tint dans sa main gauche et referma le poing dessus. La fusée... Jules était le seul à savoir que le symbole de la fusée était important pour Kurtis et son neveu. « Go Home »... Il avait décidé de rentrer chez lui. En France. Loin des militaires américains qui voulaient les retrouver.

 

Kurtis laissa un billet sur le comptoir et partit avec le porte-clés serré au creux de son poing, le cœur léger. Un sentiment mêlé d'excitation et d'impatience s'empara de lui. Il sortit de sa poche le téléphone que Banes avait trafiqué pour lui. Intraçable et sécurisé. Il tapa un message texte : « J'ai trouvé l'indice, je retourne aux sources. Vous contacterai sur place. » McFerty et Banes comprendraient l'allusion puisque c'était en France, lors de la présentation des travaux du professeur Lombard que tout avait commencé. Puis il se dirigea vers le comptoir des réservations.

Chapitre 2 – Réveil

 

 

 

 

Quatre semaines plus tôt…

C'était comme se réveiller après avoir trop bu. Elle ouvrit lentement les yeux, cligna des paupières, l'esprit encore embrumé par ce sommeil de plomb contre lequel elle luttait pour ne pas sombrer de nouveau.

Anna observa les lattes de bois qui composaient le plafond. Elles lui rappelaient sa chambre, au quartier général des Originels, dans la banlieue de Casper. Puis des images s'imposèrent à son esprit. Le sarcophage. La Lumière Originelle l'inondant. Cette sensation de chaleur diffuse, comme celle qu'on ressent sur la plage l'été. Puis l'obscurité. Plus aucun souvenir de ce qui s’étaitpassé ensuite.

La brume s'empara de nouveau un temps de son esprit et brouilla son raisonnement. Elle sombra dans un demi-sommeil. Puis soudain elle prit conscience qu'elle se trouvait bel et bien dans sa chambre et rouvrit les yeux brusquement. Elle se racla la gorge et déglutit péniblement. Le visage d'Hector apparut dans son champ de vision.

— Comment vous sentez-vous ? lui demanda-t-il.

— Fatiguée, murmura-t-elle, en clignant des yeux, la voix éraillée. Combien de temps... ?

Elle était d'une lassitude extrême et ne put terminer sa phrase.

— Vingt-quatre heures, répondit doucement Hector.

— À boire, souffla-t-elle.

Hector attrapa le verre, la bouteille d'eau et la paille qui étaient posés sur la table de chevet. Il l’abreuva. Elle soupira de soulagement. Elle fixa Hector en scrutant chaque partie de son visage. L'incompréhension se lisait sur les traits d'Anna.

— Un souci ? demanda le colosse.

— Vous êtes... différent...

— Que voulez-vous dire ?

— Je ne sais pas, répondit-elle doucement, vous êtes le même et différent à la fois.

Hector ne comprenait pas les propos d'Anna. Il mit cela sur le compte de la fatigue.

— Reposez-vous encore un peu, lui dit-il. On parlera lorsque vous serez remise.

Elle acquiesça en silence, ses yeux luttèrent, mais le sommeil la terrassa.

 

Les jours qui suivirent se ressemblèrent : Anna reprenait conscience de temps en temps avant de sombrer de nouveau dans un sommeil profond. Hector l'abreuvait régulièrement, et restait constamment auprès d'elle.

Le matin du troisième jour après l'ouverture du sarcophage, Hector s'était assoupi dans le gros fauteuil de cuir qu'il avait fait installer à côté du lit d'Anna. Lorsqu'il ouvrit les yeux, il constata avec angoisse que le lit était vide. Les draps et couvertures avaient été négligemment repoussés. Puis il aperçut la silhouette qui se tenait debout, de profil, devant la grande fenêtre. Nue, dans l'obscurité filtrée par les épais rideaux. Il se leva calmement et fit quelques pas en avant.

Anna avait les bras croisés contre sa poitrine, chaque main posée sur l'épaule opposée. Elle faisait face aux rideaux et semblait se délecter des faibles rayons de lumière les traversant.

— Madame ? osa-t-il demander au bout de quelques instants.

Elle tourna lentement la tête vers lui et l'examina de bas en haut, comme un prédateur se délecte de sa prochaine proie avant de la chasser. Instinctivement, le géant fit deux pas en arrière. L'inquiétude pouvait se lire sur son visage. Puis elle fixa de nouveau les rideaux face à elle.

— L’Œil de Galilée était censém'offrir la puissance ultime, commença-t-elle. Mais il n'en est rien, je ne me sens ni capable de faire bouger les objets, ni de courir plus vite ou même de changer quoi que ce soit autour de moi.

— Comment est-ce possible ? demanda Hector. Les écrits de Galilée étaient formels : la Lumière Originelle, filtrée par l’Œil de Galilée devait conférer tous les pouvoirs à l'élue.

— Je ne sais pas. Pourtant, je me sens différente. Je vois les choses autrement.

— Je ne comprends pas.

Anna se tourna vers Hector et s'avança vers lui, d'un pas lent et régulier, ses bras cachant toujours sa poitrine. Mais Hector pouvait deviner son sexe dans cette obscurité, ce qui provoqua en lui un mélange d'excitation et de honte. Il recula tandis qu'elle avançait vers lui. Il buta contre le fauteuil de cuir et bascula assis dedans. Anna continuait d'avancer.

— Je vous vois autrement, expliqua-t-elle. Vous rayonnez d'une aura, légère et diffuse, mais vous rayonnez.

Hector regarda ses propres bras, mais il ne voyait rien. L'angoisse l'envahit soudain lorsqu'il se rendit compte qu'elle était arrivée devant lui. Elle pencha la tête sur la gauche, puis sur la droite, comme un animal, tout en le fixant. Son regard intense le mettait mal à l'aise. Il ne savait pas si elle voulait le tuer ou le dévorer.

Anna tendit lentement son bras droit dans sa direction, paume en avant, le gauche continuant de cacher sa poitrine. Ses doigts effleurèrent le front du colosse. Un frisson parcourut brusquement l'échine d'Anna, qui ferma les yeux et rejeta la tête en arrière dans un râle de plaisir. Elle sentit une force incroyable la parcourir, emplir son corps. Sa tête revint en avant et elle ouvrit brusquement les yeux, fixant Hector si intensément qu'il ne put prononcer un mot. Les doigts d'Anna glissèrent lentement sur son nez, puis sur ses lèvres, enfin sur son menton.

— Je peux... voir votre différence, l'informa-t-elle. Vous avez une capacité hors du commun, je ne m'en étais jamais rendu compte.

— C'est… c’est impossible ! s'exclama Hector en saisissant le poignet d'Anna de sa main droite, le dégageant de son visage.

Un nouveau frisson parcourut le corps d'Anna.

— Je suis issu d'une lignée pure, je suis un Originel, je ne peux pas être un esclave !

Anna chevaucha Hector dans son fauteuil.

— Chuuuut.... lui souffla-t-elle en plaçant ses lèvres près de son oreille. Ce n'est pas grave. Ce n'est que maintenant que je comprends nos destinées. Je viens d'hériter du pouvoir de percevoir les capacités chez les autres...

Un sourire espiègle se dessina sur les lèvres d'Anna. De sa main libre, elle attrapa le cou de taureau d'Hector, qui tenait toujours l’autre poignet d'Anna.

— Le pouvoir de les percevoir... et de les assimiler ! cria-t-elle en resserrant soudainement l'étreinte de ses doigts autour du cou d'Hector, lui coupant le souffle.

Elle planta son regard dans le sien, souriant toujours, tel un démon se nourrissant de la frayeur qu'elle percevait dans les yeux de sa proie. Puis elle relâcha sa prise, Hector toussota et reprit son souffle.

— Un seul contact avec un être doté d'une capacité et j'obtiens la même, murmura-t-elle langoureusement au creux de l'oreille d'Hector. Voilà le pouvoir que m'a conféré l'Œil de Galilée. Le pouvoir de rassembler toutes les capacités dans un seul corps !

— J'ai donc... balbutia le colosse.

— Une force surhumaine, oui, lui apprit-elle.

Hector lâcha son poignet, abasourdi par cette révélation, lui qui se croyait si pur, descendant direct d'une des lignées principales des Originels.

— Tuez-moi, l'implora-t-il en la regardant droit dans les yeux, je ne mérite pas de vivre, ma déchéance est totale !

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