Les Factions Rivales

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En Lorée, après la guerre civile, la tension monte entre les deux corps principaux du pays : les Gardes d'Elite du roi et la Sainte Garde du Premier Surintendant. Dans le même temps, les campagnes sont ravagées par les troupes de mercenaires qui pullulent depuis la fin du conflit fratricide.
Profitant de cette instabilité, au cœur des bas-fonds de la capitale, une mystérieuse organisation de voleurs commence à croître dangereusement, ourdissant un terrible complot que Bédar l'Ancien, capitaine des Gardes d'Elite, va tenter d'arrêter.
Découvrez « Les Factions Rivales » de Franck Cassilis, une œuvre haute en couleur et en fureur.
Publié le : vendredi 12 décembre 2014
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Les Factions Rivales

 

Cycle du Septentrion

An 906 après le Martyre de Sughnard

 

 

 

 

Franck Cassilis

 

 

 

 

 

Illustration : Alain Catherin

 

 

 

 

 

Éditions L’ivre-Book

I. Un complot déjoué

 

 

 

 

 

Le vétéran Bédar avait sorti sa pipe et sa blague à tabac, l’air soucieux. Tout en aspirant sa première bouffée, il s’éloigna de l’agitation autour du fort de Gondomor. Il était âgé, barbu et grisonnant. Avec son armure et sa rapière, il ressemblait à ces statues célébrant les héros du royaume de Lorée.

Yvorm de la Garde Régulière l'interpella. Le Premier Surintendant du royaume venait d'arriver. Bédar, capitaine des Gardes d'Élite, frappa amicalement l’épaule du jeune sergent et revint, la démarche lasse, vers le fort qui se dressait au cœur de la forêt de Gondomor. C’était un poste frontalier jusque-là sans histoires, mais aujourd’hui, en 906 après le Martyre de Sughnard, l’élite guerrière de la Lorée s’affairait dans ce coin perdu. Son Éminence Édor II, nommé deux ans auparavant par le monarque, exigeait, depuis sa nomination, que tous les corps du pouvoir lui soient soumis. Au nom du Roi, bien sûr. Même la Garde d’élite. Cette exigence inédite, Bédar l’Ancien la gardait en travers de la gorge.

Bédar s’approcha du groupe entourant Édor. Ce dernier avait une allure altière et un corps encore vigoureux pour un homme plus familier des intrigues de cour que des champs de bataille. Quarantenaire, il possédait un puissant menton glabre et arborait une chevelure châtain coiffée avec soin s'interrompant au niveau de la nuque. Son regard était dur et ses yeux démesurément cernés. Héritier du puissant comté de Célime dans l'est, il était également l'évêque de cette ville, la deuxième du royaume. Une partie de son armée privée, qu’il appelait Sainte Garde, l'accompagnait.

Édor écoutait les explications sur les étranges événements du jour.

Un objet insolite avait été découvert suite à une affaire rondement menée par les Gardes d’élite concernant une infiltration de la Guilde des voleurs de Lyriand chez les Gardes frontière. Un orgue de facture étrange se dressait au fond d’un vestibule souterrain où les voleurs avaient été surpris tandis qu'ils essayaient de s'emparer de l'instrument. La plupart d'entre eux était parvenue à fuir.

La Guilde existait depuis dix ans. On ne savait pas grand-chose sur elle sinon qu’elle était une redoutable association de hors-la-loi de la capitale. Ses méfaits contre l’ordre public étaient des plus efficaces et ses chefs insaisissables. On ne pouvait même pas leur donner un nom, encore moins un visage. Ils s’étaient auto-baptisés la Guilde des Voleurs pour narguer les autorités. Depuis, tous avaient adopté ce nom pour la désigner. Aujourd’hui, la Guilde paraissait avoir franchi un cap dans ses ambitions. Qu’elle se mette à fomenter des coups hors des murs de Lyriand ne laissait rien présager de bon.

Les caciques du royaume se dirigèrent ensuite vers la grande salle du fort où l’on avait mis aux fers les comploteurs. Bédar précédait Édor. Tous deux avaient à leurs talons la garde rapprochée du Premier Surintendant et les combattants d’élite du roi. À divers endroits, des sentinelles étaient nonchalamment appuyées sur leur arme.

— Félicitations, Capitaine, lâcha Édor. Grâce à vos hommes, la Guilde a subi un revers décisif.

L’évêque se comportait comme son supérieur, alors qu’officiellement il n’en était rien.

— La Guilde ne s’avouera pas aussi facilement vaincue, répondit le vieux guerrier. Elle restera la plus importante ennemie du royaume pendant longtemps.

— Cela changera avec moi.

Bédar ne rétorqua pas.

Un groupe de soudards occupaient la grande salle, les uns assis sur une table de banquet au centre, les autres perchés sur le rebord des fenêtres. Au fond, près de l’âtre, trois hommes portant la même armure que Bédar entouraient six prisonniers, ligotés et tuméfiés. Deux d’entre eux arboraient l’uniforme des Gardes frontière loréens.

Ce corps dépendant directement de la Couronne n'était pas des plus prestigieux, mais il n'avait pas la réputation d'être corrompu. Il avait pour unique mission de surveiller les frontières du royaume souvent menacées. Au moindre signe suspect, ils devaient donner l'alerte. Pourquoi la Guilde infiltrait-elle ce corps mineur ?

Édor s’approcha de l'officier conduisant l’interrogatoire.

— Qu’avez-vous appris, commandeur Valhar ? questionna-t-il.

Valhar se tourna vers Bédar, interloqué. C'était la première fois que le jeune Garde d'élite se retrouvait face à Édor. Bédar lui fit signe de répondre, il ne voulait pas envenimer la situation. Valhar caressa sa moustache et sa barbiche brunes pour masquer son agacement.

— Les quatre hommes que vous voyez fomentaient un complot dont ils n'ont rien voulu nous dire, expliqua-t-il. Ils avaient soudoyé le capitaine Valbon et le sergent Uvar, ici présents, dans le but de dérober ce qui semble être un orgue. La raison nous est inconnue. Peut-être s'agit-il d'une épreuve imposée par leur guilde, mais j'en doute.

— Ah ! Reconnaissent-ils en faire partie ? Ont-ils dit pourquoi elle les envoie si loin voler un instrument de musique ?

— Ils n’ont rien craché malgré notre assistance.

Valhar avait conclu ces mots en frappant son poing droit dans sa paume gauche. Édor se tourna vers les comploteurs, à genoux devant lui. Ils gardaient leur air insoumis, sauf les deux Gardes frontière qui imploraient une clémence qui ne viendrait pas. D’ici quelques jours, tous seraient exécutés en place publique.

Édor se détourna d’eux et entraîna Bédar à part. Il se doutait que le vieux capitaine et le commandeur de la Citadelle lui cachaient des choses. On était en Lorée. Chaque faction considérait ne devoir rendre de comptes qu'à elle-même.

— Je sais votre valeur, Capitaine, dit-il avec rouerie. J’essaie simplement de comprendre l’étrangeté se déroulant dans ce fort. Il en va de ma fonction. Jamais je ne marcherai sur vos prérogatives, mais pour le bien du royaume, faites que nous collaborions dans cette affaire.

Tout ce discours écœura l’intéressé, mais en briscard, il feint la compromission :

— Vous avez raison, Édor. Ce que vous proposez me semble juste. J’ai hâte de vous revoir lors du prochain conseil royal.

— Qu’il en soit ainsi !

À ces mots, le Premier Surintendant s’en alla, satisfait, rameutant sa troupe par un claquement de doigts. Le grognard et le commandeur contemplaient, du haut de l’escalier, l’ensemble sortir du fort de Gondomor.

— Valhar, fit Bédar, une fois tout ce monde parti, rendez-vous après déjeuner à la caserne.

II. La Caserne

 

 

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