Nouvelles Noires, vol.1

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L’Auvergne n’est plus une jolie carte postale.
Les volcans se réveillent, la peur envahit les lecteurs et les nouvelles noires vous plongent dans un cauchemar dont vous ne sortirez pas indemne.
De tueur en série en tableau maléfique, de village démoniaque en nature vengeresse, l’auteur vous emmène grâce à son imagination débridée dans une Auvergne peuplée de personnages étranges, qui vous serviront de guides dans cette région pleine de légendes et de mystères…
Nous vous invitons à vous plonger dans ces textes insolites et parfois dérangeants qui pervertiront votre perception de la réalité.
Publié le : mercredi 10 décembre 2014
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Nouvelles Noires, vol.1

 

 

 

 

 

Renaud Benoist

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Éditions L’ivre-Book

Chez Lantier

 

 

 

Le Gastoph de l’aigle à deux têtes.

T. Gautier

 

 

1

 

 

Dans cette petite ville du fin fond de l’Auvergne, tous les habitants se ressemblaient.

Cette commune, identique à tant d’autres, ne vivait, ou plutôt ne survivait que grâce à un petit commerce, qui avait pour nom « Chez Lantier ». Le propriétaire étant connu de tous, s’arrangeait pour satisfaire les demandes de ses quelques fidèles consommateurs…

Lantier était un homme d’une cinquantaine d’années, mais il en paraissait facilement dix de moins. Pourtant peu sportif, il se portait bien et n’avait jamais eu de grave maladie.

Ici, rien ne se passait, rien que le long défilement des secondes, des minutes et du temps qui passe inexorablement.

Chacun vieillissait suivant ses propres exploits éthyliques, et c’est chez Lantier qu’ils se déroulaient, car ce petit commerce faisait aussi Bar-Tabac.

Depuis quelques années le village s’asphyxiait, vivant sur lui-même. Les quelques survivants de « la bouteille » se traînaient de leurs humbles logis au café, seul lieu de rencontres et de distractions.

 

 

 

2

 

 

Lantier les connaissait tous. Il y avait Jean, le seul entrepreneur de la région, Robert le garde-pêche, Denis, le dernier paysan du village et Jean-Louis, le boulanger à la retraite.

Tous arrivaient vers 19 heures pour prendre « l’apéro », et Lantier se joignait souvent à eux. Après cinq ou six « Ricard rituels », ils décidaient de se quitter pour aller manger, puis ils se retrouvaient vers 21 heures pour jouer à la belote en buvant le breuvage du village, « la gnole du pays », comme disaient les anciens, qui avait l’aspect d’un vin blanc en état de décomposition avancée.

Les soirées étaient toutes ressemblantes et elles se terminaient bien souvent sous un banc de la place ou allongé sur la plage au bord de la rivière…

 

 

3

 

 

Le premier événement pouvant se rallier à notre histoire, est l’arrivée d’un homme élégant et sûrement parisien, de par son style sévère et un peu snobinard.

Lantier venait d’ouvrir, comme tous les matins du mois d’avril. Le village était on ne peut plus calme, lorsque quelqu’un entra et demanda des cigarettes, d’une voix enrouée.

Une voix que ne connaissait pas Lantier…

Lantier lui donna un paquet de « Winston » et lui demanda ce qu’il pouvait bien fabriquer dans un coin aussi paumé que son cher petit village.

L’homme se présenta en tendant sa carte de visite.

 

Jacques RIBAND

Représentanten briquets

 

Lantier se présenta à son tour, une pointe de fierté dans la voix, se considérant comme le seul notable du village.

Après une longue discussion autour d’un verre de « gnole du pays », l’homme lui demanda s’il n’était pas intéressé par ses briquets. Lantier sauta sur l’occasion, car, ayant bien réfléchi à la chose depuis l’arrivée inattendue de Riband, les briquets étaient assez rares par ici, mais se vendaient comme des petits pains.

Il lui répondit que cela l’intéressait fortement, et qu’il lui en achèterait une caisse.

Le marché conclu, le vendeur, comme tout bon commercial, lui offrit un briquet, mais celui-ci était un exemplaire unique et ne pouvait être vendu.

D’ailleurs, ce briquet ne ressemblait pas du tout aux autres… Riband ressortit du café en rangeant le contrat dans une petite mallette en cuir, un sourire figé sur la commissure des lèvres. Mais celui-ci n’avait rien de rassurant ou d’amical.

C’était un de ces petits rictus pervers, que les méchants arborent avec fierté dans les polars à la « Hammet ».

 

 

4

 

 

Lantier, heureux de son nouvel investissement, arrangea les différents briquets sur le présentoir que lui avait offert le mystérieux vendeur.

Comment des briquets de cette classe étaient arrivés ici ? « On-off », la marque ne lui disait rien, mais l’ensemble des briquets et du présentoir était assez « flashant » pour que les clients ne le loupent pas. Même ses amis n’en reviendraient pas.

Lantier, fier comme un coq, termina par la touche finale, la petite pancarte de publicité sur le haut du tourniquet à briquets… S’asseyant sur le fauteuil de sa salle à manger, il regarda le briquet offert par Riband et décida de se fumer une petite cigarette, bien qu’il ait arrêté de fumer depuis la mort de Richard.

« Un foutu cancer !!! », pensa-t-il, en s’allumant une clope.

 

 

5

 

 

Allumant sa cigarette, il tira une bouffée dessus. Au bout de quelques minutes, il lui sembla que quelque chose avait changé mais, n’y prêtant guère plus attention, il continua, pensant que c’était parce qu’il n’avait plus fumé depuis un bon bout de temps.

Lorsqu’il écrasa le mégot, il ne remarqua pas les taches sur son avant-bras…

 

 

6

 

 

En juin 1971 le village battait son plein. L’été arrivait, les récoltes aussi, et bientôt les vendanges… Lantier n’allait pas très bien. Il était, suivant les dires de ses amis proches, redevenu un grand fumeur. C’était vrai, il s’était remis à fumer, beaucoup plus qu’avant.

Lors d’une partie de cartes, Robert lui demanda ce qu’il avait aux mains…

Lantier n’avait pas remarqué les taches brunâtres qu’il avait sur celles-ci. Il releva ses manches et vit qu’elles remontaient bien plus haut que ses avant-bras. Mais comme hypnotisé, il n’y prêta aucune réelle attention et se remit à jouer.

Le lendemain, Robert rencontra Denis et Jean-Louis… Bien sûr, ils parlèrent de leur ami et de ses fameuses taches.

 

 

7

 

 

Malgré sa santé défaillante, Lantier passait beaucoup de temps à arranger ses présentoirs à briquets. Il alluma une cigarette, sans se rendre compte que la dernière était à peine consumée dans le grand cendrier qui trônait sur le comptoir en inox.

« Que m’arrive-t-il ? », pensa-t-il dans un sursaut de lucidité.

Il se rendit compte qu’il en était à son troisième paquet de la journée et qu’un quatrième allait bientôt y passer, le manque de nicotine le tiraillant déjà.

Assis dans son fauteuil, il s’alluma une clope, et c’est là qu’il eut sa première « hallu » comme il aimait à les appeler.

Une forme se dégagea du comptoir et prit corps.

Jeannette… c’était sa Jeannette, sa femme morte depuis dix ans. Elle tenait dans ses bras des tuiles d’où suintait un liquide jaunâtre, qui en tombant formait de petites briques, qui elles-mêmes construisaient une espèce de bunker d’où sortaient de petits bonshommes, qui le regardaient avec un air ébahi.

En un flash tout disparut, et Lantier, en sueur, sursauta en ne comprenant pas ce qu’il avait vu, ou avait cru voir…

Ne voulant en parler à personne, il décida donc de garder cette incroyable histoire pour lui.

 

 

8

 

 

Durant la saison estivale, il vécut une dizaine d’expériences similaires. Des nains venaient lui parler… Un pianiste désarticulé jouait le Boléro de Ravel sur un piano en feu, ou encore ses mains prenaient feu, puis crépitaient sous ses yeux.

Lantier se comparait à « Alice » de L.W. Carol ; il vivait dans un monde de magiciens et de fées qui réalisaient des miracles merveilleux. Il était Lantier au pays des merveilles…

 

 

9

 

 

À la fin de l’été, Lantier eut un malaise cardiaque et ses amis l’emmenèrent au médecin de la ville qu’il n’avait pas été voir depuis un bon bout de temps. Lorsqu’il se dévêtit, le docteur eut un moment de recul. Réalisant qu’il risquait d’effrayer son patient, il s’approcha du dos de Lantier et remit ses lunettes en place.

Comment était-ce possible qu’un homme puisse vivre avec ces affreuses taches sans jamais s’en inquiéter et aller voir son médecin ?

Au bout de plusieurs examens dans l’enceinte de l’hôpital, le diagnostic tomba aussi tranchant que le couperet de la guillotine. Cancer avancé, terme utilisé par le médecin pour ne pas dire cancer en phase terminale…

Mais le médecin, ne pouvant pas définir l’origine du mal, ne savait pas quoi prescrire à Lantier.

Lantier qui semblait en pleine possession de ses moyens ne sembla pas plus désorienté lorsque le docteur l’informa de la gravité du mal.

Il ne voulut pas être hospitalisé, et rentra chez lui en remerciant le médecin pour le temps qu’il lui avait fait perdre…

 

 

10

 

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