Vesper collection paradis perdu

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Ed. Vesper Collection Paradis Perdu Catalogue des oeuvres de G.N.Paradis Table des matières Collection Paradis Perdu page de garde La dernière humaine chapitre 1 science-iction La danse du lys tome 2 / les Protecteurs d'Andalénia (fantasy) Collège : tchao le pion ! ( tranche de vie) Pas d'emploi pour un nain ! extrait, caricature Vilam et Purlam, Finfernal, les ombres des sorcelens + extra (Sciencefantasy) Lunombre le linceul assassin (dark fantasy) Interlude; Le Brisant, la solution 7 Un jour à la taverne 8 Un jour de Coeur La Dernière Humaine, Chapitre 1 Au ciel est né un enfer de songes eniévrés, L’univers impitoyable a cueilli l’innocence D’une jeune femme en transe qui séjournait De l’autre côté de ce voile, en l’absence D’un autre cœur palpitant près de son empire. Elle s’observait dans l’eau de ses souvenirs, « Vois, disait-elle, ici rampent les ténèbres. » En ces terres agonisantes, une lueur Demeure au sein du Bifröst, Un éclat dans l’ombre : Eléa Dédalus. ....................................................... «Nos recherches sur l’être et le Non être débutèrent en l’an 3187. Ellesprirent rapidement une direction inattendue : créer un être suprême qui pourrait remodeler notre monde, voire l’univers. Bien vite, nous dûmes admettre qu’une existence ne sufirait pas à mener à terme notre projet. L’immortalité devint notre seul recours.
Publié le : jeudi 22 octobre 2015
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Ed. Vesper Collection Paradis Perdu Catalogue des oeuvres de G.N.Paradis
Table des matières Collection Paradis Perdu page de garde La dernière humaine chapitre 1 science-Iction La danse du lys tome 2 / les Protecteurs d'Andalénia (fantasy) Collège : tchao le pion ! ( tranche de vie) Pas d'emploi pour un nain ! extrait, caricature Vilam et Purlam, Finfernal, les ombres des sorcelens + extra (Science-fantasy) Lunombre le linceul assassin (dark fantasy) Liens
La Dernière Humaine, Chapitre 1
Au ciel est né un enfer de songes enIévrés, L’univers impitoyable a cueilli l’innocence D’une jeune femme en transe qui séjournait De l’autre côté de ce voile, en l’absence D’un autre cœur palpitant près de son empire. Elle s’observait dans l’eau de ses souvenirs, « Vois, disait-elle, ici rampent les ténèbres. » En ces terres agonisantes, une lueur Demeure au sein du Bifröst, Un éclat dans l’ombre : Eléa Dédalus.
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«Nos recherches sur l’être et le Non être débutèrent en l’an 3187. Elles prirent rapidement une direction inattendue : créer un être suprême qui pourrait remodeler notre monde, voire l’univers. Bien vite, nous dûmes admettre qu’une existence ne sufirait pas à mener à terme notre projet. L’immortalité devint notre seul recours. Chacun d’entre nous a payé le prix de cette erreur, nous avons perdu nos âmes, les personnes que nous aimions, nous avons soumis notre monde à nos désirs. Dans notre orgueil et notre Folie, nous avons Façonné une orbe de vie indestructible ; une sphère capable de percer les abysses inInis de l’espace et du temps.» Extrait 2 du journal de Thor, sous chef du projet Fay.
Année 6666 du calendrier divin...
Aux alentours d’une longue estaIlade dans la masse rocheuse, un aigle famélique fuyait une vaste zone de mort. Le brouillard s’approchait des contreforts de la vallée luxuriante, en dévorant tout sur son passage funeste. Rien ne vivait à l’intérieur, rien n’évoluait sinon l’horreur de cette corruption qui se contorsionnait le long des pentes désertiques. Depuis les cieux, une bulle d’oxygène protégeait encore les Monts délavés et tordus. ïci ou là, la pollution Issurait la pureté de la barrière. L’oiseau survolait le col, seul point de passage le reliant à l’ultime poche de vie du monde connu. Eléa patientait, comme chaque jour, sa faux levée vers les nuées vides. Elle était la dernière née du clan des Færies. Son arme était une partie de son âme incarnée ; un visage d’ange démoniaque se gondolait sur la lame courbe argentée. Miroir d’un Autre, qui lui ressemblait. D’un Autre dont elle s’erayait parfois, livrée à elle-même et à sa détresse. Des mèches crépusculaires ruisselaient dans sa chevelure noire ; autre signe de sa métamorphose.
Une auréole couronnait ses traits blêmes et décharnés. Se nourrir au sein de ce monde n’était pas chose aisée, de même que trouver de l’eau potable. — Nous sommes proches de la In, pensa-t-elle tout haut. Je viens ici tous les jours, allumer les lieux tel un phare pour les survivants. Je n’ai vu que quelques squelettes rongés par les charognards... Un battement d’aile désespéré l’interrompit dans son monologue. L’aigle tourbillonna et s’écrasa non loin d’un arbuste déIguré. Elle l’observa d’un œil vert pâle et mélancolique. L’oiseau gria le sol rocailleux de ses serres rougeâtres. Ses plumes grises évoquaient la chevelure d’un vieil homme. Son œil jaune brillait d’intelligence ; l’aigle ouvrit et referma son bec, cherchant son air. ïl savait lui aussi que la In était proche. Pourtant, il redécolla dans un soubresaut puissant et plein d’espérance. Cet oiseau salutaire disparut derrière un pic immaculé. Elle sut alors avec certitude qu’aucun être vivant ne surgirait de la brume mortelle. L’aigle n’y avait pas découvert de proie et aamé, était retourné se nicher dans les hauteurs pures. Peut-être aurait-il plus de chance la prochaine fois ? Peut-être aurait-elle plus de chance lors de son prochain passage ? rectiIa-t-elle en elle-même. Le découragement ne l’envahirait pas aussi aisément malgré sa situation précaire. — Tous les jours, tu attends ici, It une voix féminine avec virulence. Personne ne viendra, Eléa ; je te l’ai dit : cet endroit est le dernier lieu de vie de ce monde. Ma mémoire est peut-être fragmentaire, mais pas au point d’ignorer l’état de délabrement de la Terre. — Je ne peux pas me résoudre à ce que tu dis ! rétorqua-t-elle, obstinée. Ashura aurait pu être sa grande sœur, à cause de leurs similitudes physiques ; notamment ses cheveux noirs, sa grande taille, ses courbes et son charme. Mais ses yeux bleus évoquaient tout un ciel pur d’un autre temps, ceux d’Eléa, des forêts à l’agonie. Pire que tout, son réalisme sinistre écœurait profondément la jeune Ille au caractère optimiste et rêveur. Sa compagne n’avait-elle plus de rêves, plus d’espoirs, plus d’amours ? Aujourd’hui, une grisaille mouvante obstruait les cieux ; les lueurs mortes de l’espace perçaient diicilement cette nappe de corruption. Cette absence de luminosité était l’une des causes du dépérissement de la végétation planétaire. Aaiblis, les arbres, les plantes et les cultures succombaient ensuite face aux toxines. Les plus forts survivaient au poison, mais l’oxygène se faisait de plus en plus rare. Au Inal, la nature dépérissait. Quelques semaines après la dernière guerre des dieux, Eléa et Ashura avaient manqué de vivres. La faune et la ore de la vallée agonisaient. Quelques bulles de luxuriances demeuraient aux plus profonds des bois, sur les hauteurs ou les collines, là où l’obscurité veillait sur les plantes à la manière d’une divinité chaleureuse. Ailleurs, les ruisseaux et les arbres se teintaient de reets pourpres et sales. Au lac, des poissons minuscules remontaient à la surface ; les souillures artiIcielles les ayant impitoyablement annihilés. Bientôt, les plus gros émergeraient sur un
ot de clapotements jaunâtres, en dévoilant leurs entrailles pourries face au vent vorace. Les deux femmes n’ignoraient en rien leur condition, mais l’une d’elle n’acceptait pas cette réalité pitoyable. — Je ne renoncerai pas, tu m’entends ! D’autres êtres humains doivent bien vivre quelque part ! Je les retrouveraii ! — Ne t’énerve pas face à l’évidence, jeune Ille, répliqua Ashura avec humeur, tu ne fais qu’user ton énergie en vain. Nous sommes les dernières. — Arrête de m’assommer avec tes vérités divines ! — Je ne suis plus une déesse, je ne l’ai d’ailleurs jamais été réellement. Et tu n’es plus humaine, plus totalement. Toi, tu as encore du chemin à parcourir dans cette vie. — Je ne partirai pas ! ïl y a sûrement d’autres humains qui vivent encore au-delà de cette vallée maudite. Je ne les laisserai pas en arrière ! s’exclama-t-elle, sa voix s’accentuant à chaque phrase qu’elle prononçait. — Même si des personnes se présentent ici, ce serait pour crever de la même mort qu’ailleurs. Aucune régénération n’est possible : notre existence sur Terre est condamnée. Rend-toi à l’évidence, Eléa. Tu es jeune, tu dois vivre. — Toute seule et perdue ? En t’abandonnant, toi-aussi ? lança-t-elle dans un sanglot. Eléa se jeta dans les bras de la seule humaine des environs. Son cœur cognait de fureur glacée dans sa poitrine. Ce mélange de rage et de tristesse assombrissait ses réexions. Elle pleurait sur ce monde, sur Ashura, la femme qui la berçait, sur elle-même et sur ses proches abattus par un dieu. Elle n’avait plus de mère, plus de père, plus de frère, plus d’amis, plus d’ennemis, plus rien. Juste cette femme, qui voulait être abandonnée à son sort sur ces terres à l’agonie. La laisser était au-delà de ses forces, au-delà de ce que son esprit pouvait encaisser sans sombrer dans la folie. — Tu n’as pas le choix, Eléa, soua Ashura en l’enlaçant plus tendrement. Tu n’as pas le pouvoir de sauver ce monde mais tu possèdes celui de te sauver toi-même. ïl faut juste que tu le veuilles. Tu es la dernière Færie, après tout. * * * Au-delà du col, des carcasses d’animaux moisies s’amoncelaient entre les parois de calcaire. Signes de la déchéance ultime qui advenait. Parfois, les empreintes inquiétantes d’un prédateur entaillaient la boue entre les pics inégaux sur lesquels se détachaient des peaux de pierres mortes. Des Ilets du brouillard tueur serpentaient entre eux, après avoir été arrachés à leur cocon macabre par les vents du nord qui rongeait la plaine. ïl dissimulait les jambes des voyageuses qui ne tenaient pas à trainer dans ces passages déserts. Eléa et Ashura cheminaient avec la vaillance de survivantes, en veillant à ne pas prêter attention à ces os jaunis et noirs qui s’agrippaient désespérément les uns aux autres dans la mort. Ni aux craquements sous leurs semelles usées. Ces quelques squelettes
entassés dans cette tombe à ciel ouvert ne les arrêtèrent pas. Eléa aurait pu détruire ce col à l’aide d’Umbra, ralentissant l’avancée mortelle de la brume. Mais les survivants n’auraient plus eu de point de passage pour pénétrer dans la vallée. Elle aurait en plus épuisé ses talents pour gagner quelques jours. Les humaines silencieuses atteignirent le carrefour où l’arbre foudroyé alertait les voyageurs d’un danger caché. Ses branches noires se torsadaient dans la sinistre atmosphère. À gauche, la voie de poussière menait au Bifröst. Le pont enjambait l’abime insondable, jusqu’au panthéon indiscernable à cause d’une haute montagne aride et informe. À droite, plus boueuse, la route se changeait en sentiers et autres passages étroits au milieu des conifères maladifs. Encore au-delà, les ruines d’un village carbonisé sortaient de terre à la manière d’une vision apocalyptique. Des poutres noircies, des colonnes Iliformes, des masures dévastés et des murs écroulés s’élevaient au milieu de centaines de cadavres. Aucune personne n’avait échappé aux massacres. Ni Eléa, ni Ashura n’avaient songé à leur orir des funérailles décentes. Elles attraperaient des maladies ; la vermine avait envahi ces lieux naguère prospères et fait un festin de membres et d’entrailles. Elles évitaient l’ancien village autant que possible, quitte à longer les contreforts vers le couchant. Elles avaient établi leur campement sur les berges rocailleuses du lac au fond de la vallée. Une vieille cabane trônait sur la rive Ouest, où l’on trouvait encore du matériel viable, notamment des hameçons et des cannes à pêche. Quant à l’homme qui avait vécu là ; il croupissait encore dans les eaux sombres au milieu des poissons morts. Le vent l’avait poussé jusqu’aux berges : d’ultimes reets ricochaient sur son dernier œil intact. Lorsqu’elles parvinrent sur le promontoire, un corbeau bien dodu le délogeait de son orbite livide et s’enfuyait vers les hauteurs nourrir ses oisillons de malheur. Elles rejoignirent leur tente : des morceaux de tissus assemblés autour de quelques piquets hâtivement taillés. Les braises d’un ancien feu jonchaient le sol sous une casserole bosselée. Quelques rongeurs maigrichons avaient rodé autour de leurs succulentes soupes en la airant avec avidité. Les deux femmes les avaient fait frire quelques jours plus tôt, malgré les réticences d’Eléa. — Tu es en pleine croissance, il te faut des protéines, davantage que celles que te fournissent les chairs des poissons, avait répliqué Ashura, implacable. Cette vieille sorcière en loques pensait à son bien être plus qu’au sien et n’hésitait pas à trucider des rongeurs à l’occasion. La viande avait été salée et séchée ; elle se préserverait quelques temps. Eléa doutait de la manger un jour, à moins d’être sur le point de mourir d’inanition. — Je ne partirai pas, assura-t-elle pour la énième fois. Assises en tailleur, elles se toisaient au dessus de la casserole où mijotait une soupe à la agrance exquise – sans morceaux de rongeurs, Eléa y avait veillé lors de sa préparation. Grâce à ses talents de Færie, la jeune femme contrôlait la cuisson, tout en déIant Ashura d’un regard
où dansaient des ammes. Les yeux de l’ancienne déesse s’étaient réduits à des fentes glaciales suite à son refus claironnant. Eléa adorait mettre la marmite de sa colère en ébullition. — Tu partiras, ordonna-t-elle, inexible. — Tu n’as pas le pouvoir de m’y forcer. — Certes. Quelques crépitements de feu colériques troublèrent le silence vite oppressant. Le crépuscule baignait la vallée d’éclats sanglants. Aucune des deux n’avait peur des ténèbres qui grimpaient le long des escarpements. ïntraitable, Ashura reprit la parole : — Tu iras ; tu es la seule capable d’atteindre ce lieu et d’aronter ce qui y a été enfoui. Je ne peux pas aller au-delà du panthéon. Ne peux-tu pas le comprendre ? — Si fait, mais tu m’accompagnes, marmonna Eléa, en la désignant de sa cuillère. — Non, mon temps est terminé en ce bas monde. J’ai des millénaires d’existence ; des millénaires de carnages comme souvenirs. Je veux la paix. La mort. Maintenant. Toi, tu as le choix. — Toi-aussi, rétorqua Eléa, butée. De toutes les discussions qu’elles avaient, celle-ci s’achevait toujours sur un match nul. Aucune n’arrivait à supplanter l’autre dans l’usage de l’acharnement. Une troisième personne aurait pu trancher ces diérents ; mais voilà, elles en étaient réduites à deux camps qui s’arontaient à armes égales. Peut-être était-ce leur manière de se dire adieux, sans avoir à prononcer les mots, en retardant l’échéance. Eléa était la seule à détenir la clef de leur séparation. Aux tréfonds de son esprit d’adolescente écervelée, elle le savait. Ashura n’avait aucun pouvoir à opposer à sa volonté ; elle enrageait à cause du manque de discernement de la jeune Ille. Comment pouvait-on être aussi bornée ? Qu’Eléa fût encore une adolescente n’excusait pas tout. À son âge, elle forgeait son identité, en s’opposant à la seule personne de sa connaissance. Ashura le comprenait, malgré les peu de souvenirs qu’elle avait de sa propre adolescence. Cependant, sa raison devrait supplanter sa passion ; il le fallait. — Qu’est-ce que le Wyrd ? lança Eléa Dédalus, en dévorant sa soupe. — Ton destin. — Lequel ? Celui d’en haut ou d’en bas ? — D’en haut, et d’en bas. La jeune Ille grogna de mécontentement. Son interlocutrice renfrognée évitait les questions avec la technique du dialogue de sourds. Depuis des jours, elle lui disait qu’elle devait partir, sans lui révéler sa destination. Le Wyrd était sensé la mener vers ce lieu inconnu. Eléa se Ichait de savoir où elle allait, à condition de ne pas être seule lors du voyage. — Je ne comprends pas ! Pourquoi veux-tu mourir ? explosa soudainement Eléa. Son geste brusque It voltiger sa cuillère dans l’eau saumâtre du lac. Ashura l’observa d’un œil où se lisaient des éons de désespoirs et
d’annihilations. — J’ai peut-être ce corps de jeune femme, Eléa, mais je n’en demeure pas moins vieille, répéta-t-elle calmement. Les anciens doivent quitter ce monde un jour, et surtout, avant leur descendance. — Alors pourquoi ne t’es-tu pas suicidée ? rétorqua Eléa en reposant son bol vide. Elle lui aurait bien jeté à la tête. — Je ne t’ai pas encore léguée tout mon savoir. Lorsque tu sauras d’où tu viens, alors seulement, tu pourras aller de l’avant. — Je sens que je vais aller de l’avant dans mon lit, marmonna la jeune, en se levant, son auréole jetant des éclairs dans l’obscurité apaisante. Sans un mot, Ashura contemplait la jeune Ille qui s’éloignait en silence, les joues rouges d’une fureur tout juste contenue. « Eléa, je suis celle qui a ordonné le massacre de ton village. En es-tu seulement consciente ? T’en rappelles-tu ? Je n’ose pas te le dire ; je veux que tu gardes un bon souvenir de moi, lorsque je ne serais plus là. Un bon souvenir de la dernière humaine que tu as côtoyé dans ton existence. Mon silence t’aidera à enlacer ton avenir. » songea Ashura en tisonnant les braises avec un bâton. Le lendemain, en se réveillant dans la tiédeur de son humanité, l’ancienne déesse eeura les cheveux d’Eléa avec tendresse. Étendue sur le anc, cette dernière ne sentit pas cette caresse, plongée encore dans un profond sommeil. Ashura sourit tristement, l’oeil humide ; elle s’apprêtait à réaliser un acte sournois, odieux. Prenant quelques aaires et quelques vivres, sans bruit, elle quitta les lieux dans l’aube maligne.
Les Protecteurs d'Andalénia (la danse du lys) Tome 2 le safran démoniaque Chapitre 1 «Les cheveux dans le vent des aubes lointaines, La damoiselle élève sa lame d’Eden ; Ses yeux brillent de mille Océans, Son coeur bat au rythme du héros dansant.» Extrait de la « Vivlariade, Mémoires Lyriques. Sur l’île, l’arène submergée par une lumière éblouissante débordait littéralement de spectateurs. Des aiches montraient les deux belligérants comme à la parade avec un titre des plus ronants : « Combat Royal ». La nouvelle avait fait le tour de la ville en l’espace de quelques semaines via Le Tor, le journal le plus en vogue à Torial : le héros qui avait sauvé les chasseuses allait se mesurer à la princesse Elena en combat singulier. Cette dernière se préparait tranquillement à l’abri des regards, entourée par les soeurs Perdidor et quelques chasseuses de sa connaissance. Elle avait négligé de tresser ses cheveux blond vénitien aux boucles cascadant, et revêtu une cape pourpre d’où dépassait la garde d’argent de sa lame. Provocante, elle ne portait aucune protection, pas même des gants. Ses bottes d’un noir uni, son pantalon obscur rabattu sur elles et son haut à la couleur abyssale lui donnaient un air sauvage et mystérieux des plus satisfaisants. Son héros méritait bien une certaine attention de sa part. — Je ne comprends toujours pas pourquoi tu as présenté tes excuses à Alex, Init par dire Sidonie, la petite amie de ce dernier. En même temps, elle entortillait négligemment l’une de ses boucles sombres entre ses doigts. Sa soeur jumelle l’observait de près et se rete-nait de bâiller. — Serait-ce en rapport avec ce duel ? ajouta une chasseuse. Elena adopta un petit sourire amusé, presque machiavélique. — Mon adversaire le souhaitait, alors je l’ai fait. — Ce n’est pourtant pas ton genre, Elena, s’étonna une autre de ses amies. — De quoi ? Présenter des excuses ? Je ne l’ai pas fait directement, bien sûr… Hum, je me demande dans quel état il est, ce héros. Son petit sourire s’élargit, dévoilant ses dents. De l’autre côté de l’Arène, lui aussi dissimulé aux regards, le héros en question tremblait à s’en décrocher la mâchoire. ïl guettait d’une oreille nerveuse les cris de la foule en dehors. ïl avait été piégé. ïl avait espéré durant quelques jours que ce duel se déroulerait à huit clôt, sans spectateur, et que ce serait rapide. Mais Elena avait décidé qu’une humiliation en public s’imposait. Refuser reviendrait à mettre tout le monde en colère, il allait devoir respecter sa parole, sinon il était certain que sa vie deviendrait un enfer.
La princesse lui jetterait des objets contondants à la Igure et se ferait une joie de l’écraser sous les semelles de ses bottes. Tristan Vivlar se blottit davantage contre la paroi rugueuse de la salle, la nuque relâchée et les cheveux ébouriés. ïl les avait malmenés longtemps de ses mains fébriles, en cherchant une échappatoire. Cependant, aucune idée lumineuse n’avait traversé son esprit, à part celle de faire le mort. ïl pensa avec un sombre sourire que c’était là un procédé inutile ; Elena trouverait le moyen de mettre son corps soi-disant mort à l’épreuve de sa lame. Son bâton enchanté était appuyé contre son épaule, ses deux bras, étendus sur les dalles grises et froides : il relâchait tous ses muscles pour tromper son monde. Son corps eut rapidement un sursaut de protestation. — Elle va me tuer ! s’exclama-t-il, désespéré. Bien qu’il ait déjà aronté des assassins et d’autres créatures qui souhaitaient le voir étendu dans la poussière, inerte et ensanglanté ; cette Ille-là le terriIait. D’une seule main, en bougeant seulement le poignet, elle avait tué près de cinq Acolytes armés d’épées empoisonnées. Tristan se souvenait encore de leurs corps virevoltant au-dessus du sol et retombant à ses pieds, raides. Ses lunettes noires avaient chu dans le sable de cette même arène. Le garçon avait découvert une triste vérité : les contes de fées mentaient. Des bruits de pas retentirent depuis l’entrée des vestiaires faiblement éclairés. Des pas doux comme du velours. Se pourrait-il que… ? Tristan tourna un œil et poussa un long soupir de soulagement. Sa sœur se dirigeait vers lui avec détermination, vêtue de l’étrange tenue des Aspirantes Chasseuses, un haut fait de deux bandes de couleurs diérentes nommé un Cache. D’un seul regard, Tristan devina qu’elle était furieuse. Ses cheveux aux boucles chatoyantes voltigeaient dans tous les sens et ses yeux quasiment dorés, presque semblables aux siens, brillaient tel un brasier. — Que fais-tu couché par terre, Tristan ! s’exclama-t-elle avec humeur. — Je me prépare à jouer mon rôle à la perfection, pourquoi ? Tristan avait tenté de parler d’une voix désinvolte et décontractée, mais visiblement, il n’avait pas réussi à tromper sa jumelle. — Dans ces cas-là, dit-elle, tu devrais apprendre à tes genoux à rester sages. ïls claquent. — C’est juste un eet d’optique dû à la luminosité pâlichonne de cette espèce de vestiaire. Marlyssa attrapa son frère par le col de sa tunique blanche et plongea ses yeux dans les siens. Elle posa même une main sur son front pour tester sa température. — Hum… tu es dans un état, mon pauvre. — C’est ça ! On va faire comme si j’étais très malade au point de ne pas pouvoir participer ! Tu es géniale, Marlyssa ! — ïl n’en est pas question, déclara-t-elle sèchement en reculant. Des bottes noires élégantes en cuir heurtèrent la pierre avec un son
mat. Marlyssa déplia ensuite une cape noire qu’elle avait cachée dans son dos. — Tu prépares mon linceul ! Normalement, la couleur doit être blanche. — Pas du tout, dit-elle très calmement, j’ai vu la princesse. Elle était habillée de manière désinvolte et stylée, quasiment garçonne. — Attends une minute. Si je comprends bien, tu es juste venu pour m’habiller, pas pour me sauver ! — Cette cape t’allait à merveille, la dernière fois. Tu devrais la remettre. Je t’ai rajouté ce pantalon lâche et blanc, et ses bottes pour compléter ta tenue. La princesse va être furieuse en te voyant apparaître avec autant de style qu’elle… MagniIque ! — Tu as raison ! Je devrais la provoquer davantage, elle m’enterrera plus vite. EnIn, Marlyssa, je me suis à peine remis de mes blessures après avoir combattu dans les souterrains. Je n’ai même pas eu le temps de souer pendant ces deux dernières semaines. J’ai été épuisé par mes missions, asticoté et traîné devant des espèces de journalistes en toge et admonesté de tant d’œillades noires de la part des Protecteurs, apprentis ou plus vieux, que j’aurais aussi bien pu être mis à nu et roué de coups... — Tristan, retire ton pantalon et mets celui-ci. N’oublie surtout pas les bottes et la cape. — Non, mais tu m’écoutes, là ? s’ousqua le garçon. — De quoi as-tu peur ? Tu as aronté un démon, une harpie, un Chien Fantôme et un Drazel, des Vengeurs et des Frères de Démons ; et tu es toujours vivant. — Justement, je n’ai jamais eu le temps d’avoir peur et en plus, j’étais seul. Alors que cette fois-ci, je vais aronter une Ine lame qui tue sans sourciller, avec des yeux aussi froids qu’une congère, tout cela face à un public enthousiaste. Marlyssa ne répondit pas, elle enroula la cape autour de ses épaules, et lui déchaussa ses baskets usés dans la foulée. — Si tu ne gagnes pas contre cette peste, soua-t-elle, menaçante, tu sais ce qui t’attend. Marlyssa lui brandit sous le nez sa brosse au manche d’argent. — À côté de la lame de la princesse, c’est un hochet pour bébé, rétorqua Tristan. — Tu veux tester ? — Non, pas vraiment. Quand sa sœur quitta la salle, Tristan se sentait bien mieux. Son courage chassa sa peur. Marlyssa avait mis le doigt sur le ridicule de la situation. Le jeune Protecteur enIla le pantalon de lin, chaussa ses bottes, rabattit sa cape noire et planta son bâton fermement entre deux dalles. Ce dernier protesta de quelques étincelles. Tristan inspira longuement, puis soua. — Maintenant, je deviens sérieux. Et il glissa ses lunettes noires sur son nez, avec l’impression tenace que la foudre s’apprêtait à lui fracasser le crâne pour le punir de son
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