Une enfance à Saigon

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Dans ce roman autobiographique, la jeune narratrice nous fait découvrir le quotidien d'une famille saigonnaise de l'intérieur, à la fin de la colonisation française et à l'aube de la déroute des soldats américains au Vietnam, en dépit des bombes lâchées au-dessus des rizières. Les souvenirs abondent dans ce récit sensible et souvent plein d'humour qui relate une adolescence dans un univers que l'histoire s'apprête à faire basculer irrémédiablement. Un récit authentique, un témoignage fort.
Publié le : mercredi 1 octobre 2014
Lecture(s) : 18
EAN13 : 9782336357584
Nombre de pages : 179
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Catherine BraiUne enfance à Saigon
« Plus tard, j’apprendrai que c’était l’époque de la guerre
d’Indochine. Des dizaines de milliers de soldats français
se battaient pour défendre leurs possessions contre les
indépendantistes vietnamiens. Mais à Saigon, la guerre
était loin, on n’en parlait jamais et si on en parlait,
c’était de l’autre guerre, la Seconde Guerre mondiale, Une enfance
les Japonais ayant traumatisé tous les petits pays du
Pacique… » à Saigon
Dans ce roman autobiographique, la jeune narratrice
nous fait découvrir le quotidien d’une famille saigonnaise
de l’intérieur, à la fn de la colonisation française et à Roman
l’aube de la déroute des soldats américains au Vietnam,
en dépit des bombes lâchées au-dessus des rizières.
Les souvenirs abondent dans ce récit sensible et
souvent plein d’humour qui relate une adolescence
dans un univers que l’histoire s’apprête à faire basculer
irrémédiablement. Car au-delà des péripéties intimes
d’une jeune flle découvrant la vie, ce qui donne un
charme particulier à ce récit, c’est qu’il refète bien cette
époque trouble qui suit la décolonisation en Afrique et
en Asie.
Un récit authentique, un témoignage fort.
Catherine Brai, née d’un père eurasien et
d’une mère vietnamienne, a passé les dix-
sept premières années de sa vie à Saigon.
Philosophe de formation, elle a enseigné dans
de nombreux pays dont le Japon, la Turquie,
le Mexique. Elle a déjà publié un roman, Un barbare sous
les Tropiques.
ISBN : 978-2-343-03588-8
Prix : 17,50 €
f
Catherine Brai
Une enfance à Saigon©L’Harmattan,2014
57, ruedel’Ecolepolytechnique,75005Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:9782343035888
EAN:978234303588811
11111111111,1111,1111,11111111111111111,1,11111111111111UneenfanceàSaigon
111Écritures
Collectionfondée par Maguy Albet

Bosc(Michel), MarieLouise. L’Or et la Ressource,2014.
Hériche(MarieClaire), La Villa,2014.
Musso(Frédéric), Le petit Bouddha de bronze,2014.
Guillard(Noël), Entre les lignes,2014.
Paulet(Marion), La petite fileuse de soie,2014.
Louarn(Myriam), La tendresse des éléphants,2014.
Redon(Michel), L’heure exacte,2014.
Plaisance(Daniel), Un papillon à l’âme,2014.
Baldes(Myriam), Où tu vas, Eva ?,2014.
Paul(Maela), L’homme à la peau de soie,2014.
Couture(Josiane), Courtes éternités,2014.
Lecocq(JeanMichel), Rejoins la meute !,2014.
Bastien(Danielle), La vie, ça commence demain,2014.
Bosc(Michel), L’amour ou son ombre,2014.
Guyon(Isabelle), Marseille retrouvée,2014.
*
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Ces quinze derniers titresde la collection sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent. La liste complètedes
parutions, avec une courteprésentation du contenu des ouvrages,11
peut être consultée sur le sitewww.harmattan.fr
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UneenfanceàSaigon
Roman
L’Harmattan
111111111111111111111111111111Dumêmeauteur
Roman
Un barbare sous les Tropiques, Aix enProvence, Éditions
Persée,2012.
111111111111,11,1111111Àmesdeuxmères
1111Lamermêmegeléeagardélaformedesvagues.
1111111111111Lefiancédemasœuretmoi
Jocelyne, ma sœur aînée, était très jolie. Grande, un beau
visage ovale, des yeux en amande, une jolie bouche char
nueetbienourlée,uncoulongetfin.Ellesedéplaçaitavec
grâce,etsesparolesséduisantes(elleavaittoujoursunmot
gentil pour chacun) attiraient autour d’elle une courde fi
dèles admirateurs. Mais qu’elle ait sa cour ou pas, elle ne
passaitpasinaperçue,desortequej’adoraismepromener
avec elle. En sa présence, le monde changeait d’aspect : il
s’illuminaitdesouriresetd’étincellesdanslesyeux.Ilsve
naienttous nous dire bonjour, surtout les jeuneshommes.
Tout d’un coup, on s’intéressait également à moi. On me
demandaitsij’allaisbien,quelâgej’avais(unesemainede
plus que la dernière fois où on m’avait posé la sempiter
nelle question), si je travaillais bien à l’école… Des ques
tions que personne ne me posait, pas même mes parents.
J’avais de bonnes notes et pour eux, c’était une évidence,
comme le fait que les enfants grandissent ou doivent se
nourrirchaquejour,pourgrandirencore.
Une seule fois, quelqu’un me vexa en se confiant à
Jocelyne:
—Elleestdevenuevraimentmignonne,tajeunesœur!
—Celle ci?demanda t elle.
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mentpeurquejelemordes’ildisaitlecontraire).Maissur
toutl’autre,laplusgrande.
—Lisa?
—Oui,Lisa.Detoutefaçon,vousêtestoutesjolies,dans
lafamille.
En voilà un de compliment, en voilà un autre, puis un
autre.
C’était comme si, des projecteurs braqués sur nous, on
nous envoyait des fleurs. Je savais que tous les compli
ments étaient destinés à ma sœur, car j’étais encore invi
sible aux yeux des garçons, mais ces compliments étaient
la promesse de ce que je serais un jour. Ah, que c’était
enivrant!
À seize ans et demi, ma sœur Jocelyne pensait avoir
trouvé l’homme de sa vie. Un beau prétendant de six ans
son aîné, métis comme nous. Exactement le même mé
lange : un quart de sang français et trois quarts de sang
vietnamien.Mongrand pèrepaternel,quejeneconnaîtrai
qu’àl’âgededix septans,étaitfrançais.Aujourd’hui,bien
desannéesaprès,j’écris«métis»parcequecemotestde
venu à la mode. Mais quand j’avais onze ou douze ans, je
préféraismedésignercomme«eurasienne»,lemotmétis
ayantàl’époqueuneconnotationpéjorative;ilévoquaitle
produitd’unerelationpassagèreentrelecolonisateuretla
colonisée, l’enfant qui n’appartenait à aucune commu
nautéproprementdite,unbâtardensomme.Enrevanche,
l’eurasienestissud’unerelation(quipeutêtrestable)entre
des parents de deux continents différents : l’Europe et
l’Asie. Ces parents ont pu se rencontrer dans le cadre de
leurs études ou de leur travail, par exemple. Mais comme
rien n’est parfait, l’utilisation du terme « eurasien » pose
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eneffet,quedesgensvousdemandentoùsetrouvecema
gnifiquepaysquis’appelleEurasie.
Maisrevenonsàmasœur…
Gildas, l’amoureux de ma sœur Jocelyne, était un bril
lant étudiant, et il ne lui manquait que deux années
d’études pour devenir médecin. Il avait la démarche d’un
félinetétaitégalementtrèsdouéautennis.
AuCercleSportif,quand,aprèsunevictoire,toutrouge
ettoutensueur,ilvenaitrejoindremasœursurlaterrasse
(ellel’applaudissaitenmêmetempsque lesautresspecta
teurs),jevoyaisdel’admirationdanstouslesregards,non
seulement pour le champion, mais aussi pour le beau
couplequ’ilformaitavecmasœur.
Maman était heureuse de la voir fréquenter ce jeune
homme.
Safamilleétaitcatholique,commelanôtre,etilétaitim
pensablequesafillepûtépouserquelqu’und’uneautrere
ligion.
Nouscomptionsparmilesdixpourcentdecatholiques
vivant au Sud Vietnam. Et bien que ce soit un pays com
posé en majorité de bouddhistes, le président de la
République étant catholique, nous avions l’impression, en
habitantaucentredeSaigon,àquelquesblocsdelacathé
drale, que le catholicisme était la religion officielle,
d’autantplusquelacatholicitésefaisaitsentirpartout.On
croisaitsouventdesprêtresensoutaneetdesreligieusesà
cornettes. Sans arrêt, on barrait certaines artères pour des
processions religieuses annoncées par des banderoles qui
décoraient les rues. Des congrégations pieuses, des
groupesdeprièresfondésouaniméspardesdamestonki
noisesauxdentslaquéesnoiresetàlachevelureramassée
en unbandeausombreau dessusdelatête,poussaientici
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place,devantlacathédrale,ellesaimaientàsefairephoto
graphier à genoux, les paumes jointes, les yeux levés vers
la banderole qui indiquait la naissance de leur congréga
tion ou leurs différentes activités. Il est vrai que depuis
l’adhésionduNordVietnamaucommunisme,en1954,six
à huit cent mille catholiques, craignant les mesures vio
lentesadoptéesparlenouvelÉtatcontreeux,avaientaban
donné leur foyer pour suivre leurs prêtres et s’installer
dans le Sud du pays. Parmi ceux là, certains souhaitaient
montrerleurfoidemanièreunpeutropostentatoireouse
prenaientpourlepeupleélu.
Finalement, quand Jocelyne et Gildas décidèrent de se
fiancer,toutlemondeétaitsoulagé,nonseulementmaman
mais aussi, je devrais dire mais surtout ma grand mère et
mavieilletante,caràlafindesannéescinquanteonsema
riait beaucoup avec hâte parce que « la jeune fille » était
enceinte.
Dans ce cas de force majeure, dès lors que la relation
était officialisée, tout mariage précipité était bien consi
déré.
—Seizeansetdemi!maisc’esttroptôtpoursefiancer,
lançaunedemesamies.
—Non,cen’estpastroptôt!répondis je.J’aimeraisbien
avoirseizeansetdemietpouvoirmefiancermoiaussi.(Et
ilmesemblaitalorsqu’ilmefaudraitattendreuntempsin
finipourlesavoirenfin.Quandserai jegrandecommema
sœur, oui, quand deviendrai je le centre des préoccupa
tionsdetous?).
Donc,onorganisadesfiançaillesroyales.
Les frères et sœurs, du plus petit au plus âgé, reçurent
de beaux vêtements neufs. On en avait confectionné aussi
pour les domestiques. On avait poussé les meubles dans
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réalité, nous habitions une ancienne mairie. Les pièces
étaient immenses, avec des moulures au plafond haut de
quatremètres,sibienqu’ilfallaitconsentiruneffortparti
culierpourleurdonnerunetouched’intimité,enrevanche
quelquesarrangementssuffisaientàlesmétamorphoseren
belles salles de réception. On avait disposé partout de su
perbescompositionsflorales,destonnesdepetitsfours,de
mini pâtés impériaux, de mini rouleaux de printemps, de
délicieuses gourmandises cuites à la vapeur, des beignets
de crevettes ou de légumes à tremper dans différentes
sauces.Desfrituresqueseulenotrecuisinièresavaitrendre
légères circulaient de salle en salle, grâce à la célérité des
serveurs engagés pour la circonstance. Il y avait de nom
breux invités : les familles proches et lointaines, les amis,
lescurés,mêmel’évêquedeSaigonavaitfaitunepetiteap
parition. Quelques décennies auparavant, une telle céré
monieauraitputenirlieudemariage.
En tout cas, Gildas avait gagné le droit d’aller et venir
danslamaison,librement.
Quelques temps après, les parents de Gildasnous invi
tèrent à déjeuner. Mon père se décommanda à la dernière
minuteetmonfrèreFrancisnevoulutpasyaller.Seulema
manacceptal’invitation–elleetsestroisfilles.
La maison de Gildas était spacieuse et, comme chez
nous, un autel se dressait dans chaque pièce ; mais chez
eux,ilyavaitdesdécorationsenabondance.Enplusd’une
statue principale de la Vierge ou du Christ, d’autres plus
petites en bois polychrome ou en plâtre de couleurs vives
attiraient le regard, sans compter une profusion de fioles
rapportées de Lourdes et contenant de l’eau bénite, et des
angelots dans toutes les poses, debout, à genoux, des por
traits du pape, des crucifix de toutes les tailles et dans
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pluslaiddecesautelsornésdebricetdebroc,c’étaientces
bouquets de fleurs artificielles offertes au Christ et à la
Vierge.
— Comme vous êtes pieuse ! s’exclama maman, tou
joursunpeuflatteuse.
— C’est normal, répondit la maîtresse de maison, Dieu
nous a tellement donné qu’on lui doit reconnaissance et
gratitude.OnabeaucouppriépouravoirunenfantetDieu
nousaenvoyéGildas,unfilsquiréussittoutcequ’ilentre
prend.
Et elle nous montra fièrement toutes les coupes que
Gildasavaitremportées:Là,unecouped’encouragement:
iln’avaitqueseptans;là,unecoupedechampiondesmi
nimes;ici,unecoupedechampiondeSaigon,duVietnam.
Là, c’était au badminton. Ici, au tennis… (Quand est ce
qu’onmange?pensai jemaisjefisuneffortsurmoi même
pourmetaire).Heureusement,Gildasintervint:
—Maman,jet’enprie,n’embêtepastoutlemondeavec
ça!
(Onvadoncpouvoirsemettreàtable?)
Maislamèrecontinua,imperturbable:
—Gildasregrettait d’être filsunique,etvoilàqueDieu
lui envoie une jolie fiancée qui fait partie d’une famille
1nombreuse .Maintenantilabeaucoupdefrèresetsœursà
aimer.(Jem’étaisdit,àl’époque,qu’avectouscesgenssur
terre, Dieu devait être bien occupé à régler ainsi nos pro
blèmes).

1 La fécondité et la descendance nombreuse sont des composants du
bonheurselonlatraditionsino vietnamienne.
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1,111111111111111111111,1111111111111111111111111111111,11111111111111111,11111111111111111111111111111111,1111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11

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