Voici comment le journal l’Avenir de Lens du 16 octobre 1924 rapport la cérémonie d’inauguration

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Voici comment le journal l’Avenir de Lens du 16 octobre 1924rapporte la cérémonie d’inaugurationdu monument aux morts de la guerredes médaillés du travail de la compagnie des mines de Béthune, à Bully-les-MinesSi notre administration doit être constante pour que la reconnaissance leur doit être doublement fidèle,dans les régions où les jeunes s’en allaient combattre, tandis que les plus âgés ou les vieux continuaient lalutte par le travail, mais sous le feu de l’ennemi.C’est ce double sacrifice qu’accomplit le personnel des mines de Béthune, qui, pendant que les unsluttaient dans les tranchées, fournissait, grâce au courage et à l’invincible énergie des autres, la houille deses puits que l’ennemi ne parvint ni à conquérir, ni à exterminer.La compagnie des mines de Béthune, a tenu à honorer, d’une manière plus particulièrement solennelle, lamémoire des uns et des autres.Cette cérémonie se déroula à Bully-les-Mines.La solennité débuta par une messe célébrée à 10 h 30 pour le repos de l’âme de ceux que la guerre a tuésà leur poste de combat ou de travail.M. l’abbé Varet, curé de Bully-les-Mines, officiait.L’édifice religieux était trop petit pour contenir l’assistance, et c’est à peine si deux mille personnesparvinrent à y entrer.Dans le chœur, orné de tentures de deuil, avaient pris place les membres du conseil d’administration desmines de Béthune, notamment MM. Plichon, député du Nord, président ; Mercier, directeur général ;Salmon, Léon Thiriez, ...
Publié le : samedi 24 septembre 2011
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Voici comment le journall’Avenir de Lensdu 16 octobre 1924 rapporte la cérémonie d’inauguration du monument aux morts de la guerre des médaillés du travail de la compagnie des mines de Béthune, à Bully-les-Mines
Si notre administration doit être constante pour que la reconnaissance leur doit être doublement fidèle, dans les régions où les jeunes s’en allaient combattre, tandis que les plus âgés ou les vieux continuaient la lutte par le travail, mais sous le feu de l’ennemi. C’est ce double sacrifice qu’accomplit le personnel des mines de Béthune, qui, pendant que les uns luttaient dans les tranchées, fournissait, grâce au courage et à l’invincible énergie des autres, la houille de ses puits que l’ennemi ne parvint ni à conquérir, ni à exterminer. La compagnie des mines de Béthune, a tenu à honorer, d’une manière plus particulièrement solennelle, la mémoire des uns et des autres. Cette cérémonie se déroula à Bully-les-Mines. La solennité débuta par une messe célébrée à 10 h 30 pour le repos de l’âme de ceux que la guerre a tués à leur poste de combat ou de travail. M. l’abbé Varet, curé de Bully-les-Mines, officiait. L’édifice religieux était trop petit pour contenir l’assistance, et c’est à peine si deux mille personnes parvinrent à y entrer. Dans le chœur, orné de tentures de deuil, avaient pris place les membres du conseil d’administration des mines de Béthune, notamment MM. Plichon, député du Nord, président ; Mercier, directeur général ; Salmon, Léon Thiriez, membres, ainsi que MM. Malatray, Duchange et plusieurs ingénieurs. La maîtrise, sous la direction de M. Delhaye, exécuta les chants liturgiques qui furent coupés par deux morceaux très brillants : la Plainte du Clocher, par la section symphonique de la fanfare des mines, et l’Andante de Marneff, joué avec une rare finesse par M. Hannecart, violoniste. e Après l’évangile, M. l’abbé J. Chappe, directeur du grand séminaire d’Arras, ex-lieutenant au 72régiment d’infanterie, décoré de la croix de la Légion d’honneur et de la croix de guerre, monta en chaire, et précisa la leçon qui se dégageait de cette fête. Montrant d’abord combien il était légitime que l’hommage soit rendu à ceux qui se sont dévoués pour la Patrie, il exalta tout autant le dévouement obscur de ceux qui, sans relâche continuèrent à travailler sous la mitraille, que le courage des soldats et spécialement des fantassins. « Le spectacle du carnage de la guerre, dit-il, éveille tout d’abord un sentiment d’horreur ; mais il faut porter ses yeux plus haut : on aperçoit alors mieux et l’on comprend l’acte de ceux qui se sont dévoués pour la patrie ». il s’attache avec émotions à détailler leurs souffrances dont certaines furent terribles, car il en est qui versèrent en quelques sorte, leur sang goutte à goutte. Certes, c’est une noble tâche que de chercher à faire régner la paix entre les peuples ; mais Dieu a établi une hiérarchie contre laquelle nous ne pouvons pas nous élever dans l’amour du prochain ; c’est d’abord à la famille que nous devons consacrer cet amour, c’est ensuite à la patrie. Et si jamais cette ambition de la paix universelle se réalise, on reconnaîtra qu’elle est due au sacrifice des morts que nous pleurons. L’offrande suivit le sermon et dura pendant toute la messe. A la fin de la cérémonie, la symphonie joua la Marseillaise. Vers midi, le conseil d’administration et ses invités étaient réunis dans la grande salle des fêtes, vaste bâtiment voisin des bureaux de la compagnie.(1) Le nombre des couverts était d’environ 600. Ce banquet était présidé par M. Plichon, à la droite duquel se tenaient MM. Mercier, directeur général ; Degouy, administrateur ; Lombois, ingénieur ; Dupont, administrateur ; Malatray, ingénieur en chef ; M. l’abbé Varret ; M. Thiriez, administrateur ; Duchange, ingénieur ; Gustave Descamps, ajusteur ; Chaleyssin, Brisson, ingénieurs ; Ch. Dufour, mineur ; docteur
Bréhon, médecin-chef de la clinique Sainte-Barbe ; Bayle, ingénieur ; Warmer ; De Laplane, Bunoz, ingénieurs. A la gauche du président avaient pris place M. l’abbé Chappe, directeur du grand séminaire d’Arras ; MM. Salmont, administrateur ; Bigot, caissier principal ; Toussaint, administrateur ; Marchand, ingénieur ; M. l’abbé Darras, curé du puits n° 10 ; Paul Thibaut, secrétaire général ; M. l’abbé Langlois, curé du Philosophe ; MM. Léon Janquin, ouvrier au n° 10 ; Ch. Klein, directeur des usines ; Boissart, chef de comptabilité ; F. Guillemant, ouvrier au n°6 ; Blaringhem, ingénieur ; Bouley ; P. Chrétien, ouvrier au n° 5 bis ; J. Mercier fils, ingénieur ; Dyen, Bousser, ingénieurs. Pendant le banquet, la section symphonique de la fanfare des mines, sous la direction de M. Delhaye, exécuta les morceaux suivants : En folâtrant (Cazes) ; Idylle au moulin (Popy) ; Ballet de Sylvia (Popy), et une marche écossaise (Delhaye). Au champagne, M. Plichon prit la parole pour déclarer qu’elle était sa fierté de présider ce banquet des médaillés ; lui aussi se classe parmi les anciens de la compagnie et compte actuellement 37 ans de service, puisqu’en 1887, il débutait comme ingénieur du fond. M. Mercier marche d’ailleurs sur ces traces dans cet ordre d’idée.« est-ce à dire, ajouta-t-il plaisamment, que comme le bon vin je sois paré de toutes les vertus ? Il en est une en tout cas que je possède, c’est la fidélité et l’affection que j’ai toujours vouées à la compagnie, et cette affection augmente en voyant le courage, l’énergie et la persévérance que vous avez tous mis à son service ». A ce propos, il rappelle que la compagnie compte 800 médaillés du travail, dont 497 sont actuellement en vie ; six d’entre eux ont 50 ans de service. Puis il fait allusion au courage déployé par tous pendant la guerre et cite à ce propos les noms de ceux qui furent l’objet de citations qui sont particulièrement élogieuses. Ce sont MM. Pierker, ingénieur ; Dufour, mineur (qui reçurent la Légion d’honneur), Creton, Bourets, Gogneau, Losson et Morieux. M. Mercier à son tour félicite sincèrement au nom de tous les médaillés qui apprécient grandement les marques de sympathie dont ils sont l’objet. Il rappelle que la tradition du banquet de ce jour date de loin ; elle a été heureusement reprise après avoir été interrompue par la guerre. Il exprime toute la satisfaction qu’il ressent après ses années de service, de voir la belle réunion qui se presse dans la salle des fêtes aujourd’hui trop petite. La constance dans le travail est une vertu qu’il honore au même titre que les plus belles vertus familiales ; quand elles se manifestent dans de dures épreuves, elle devient de l’héroïsme. « votre attitude, dit-il, a été notre suprême réconfort ; vous avez tenu à la mine comme vos fils tenaient dans les tranchées. Je reporte sur vous les termes élogieux de la citation de la compagnie des mines de Béthune. » A l’issue du banquet, une photographie fut prise des personnes qui y avaient assisté, en deux groupes différents. Une estrade avait été aménagée à cet effet dans le jardin avoisinant la salle des fêtes. Bien avant 16 heures, une foule nombreuse entourait le monument ; il se dresse sur la place à mi-chemin de l’église et des bureaux de la compagnie. Il est formé d’une pyramide de granit poli que surmonte la bourguignotte sur une couronne de lauriers de bronze doré ; dans le bas, une croix entourée de rayons et de bas-relief de bronze dus au ciseau de M. Paul Capelacre ; ces bas-reliefs représentent la vie des mineurs durant la guerre et le défilé des troupes victorieuses. A proximité, sur les murailles des bâtiments qui se dressent de chaque côté de la place et qui servent d’école, on a gravé sur la pierre les noms des soldats tués à l’ennemi et ceux des mineurs tués au travail sous le feu. Tous sont réunis dans une même commémoration glorieuse. En dehors de la chaîne que supporte des bornes de pierre et qui entoure le monument, se tiennent les drapeaux des sociétés d’anciens militaires, des sociétés de musique et des sociétés de gymnastique. Aux angles du monument et immobiles se tiennent des mineurs en costume de travail et le pic sur l’épaule. Tous sont décorés. On remarque spécialement parmi eux : M. Dufour, qui porte sur sa blouse bleue la Légion d’honneur et la Croix de guerre. M. l’abbé Varret procède à la bénédiction du monument et récite à haute voix leDe profundis.
Les discours sont alors prononcés. M. Plichon prend la parole en ces termes : « le samedi 1er août 1914, à 4 heures de l’après-midi, les cloches de toutes les églises annonçaient l’ordre de mobilisation. La France, pacifique et laborieuse, était attaquée par l’ennemi séculaire. Traîtreusement, foulant aux pieds tous les engagements qu’elle avait signé, l’Allemagne envahissait la Belgique, pour tourner nos défenses. Bientôt ses masses se précipitèrent sur nos frontières du Nord. Et notre bassin houiller, qui, quelques jours auparavant, ne songeait qu’au travail, se voyait menacé, envahi. L’ennemi déferlait de toutes part, tandis que les nôtres accouraient à la rescousse. Le choc se produisit, qui arrêta les assaillants, et ce fut sur le sol de la compagnie des mines de Béthune, que s’immobilisa définitivement la lutte. Ce n’est pas à vous messieurs, à vous les soldats de cette lutte, qu’il faut dire ce qu’elle fut. Mais c’est un devoir sacré de rappeler à tous et surtout aux générations futures, l’héroïsme de ceux qui tombèrent pour la France, et à qui, avec la victoire, nous devons la liberté. Voilà pourquoi, ma compagnie de Béthune à élevé à ses morts glorieux, le monument du souvenir. Ce monument, grand dans sa simplicité, n’est constitué que par une pyramide, supportant un casque bleu horizon, glorieux emblème du sublime poilu de la Grande Guerre. Une gerbe de lauriers l’entoure, les lauriers de la victoire ; comme de simples fleurs des champs entouraient la sépulture de nos morts du front. Sur les quatre faces : d’abord la croix, symbole de la vie éternelle, puis les bas-reliefs, rappelant ce qu’étaient les mineurs aux armées, soldats d’élite chargés des travaux et des missions les plus dures, les plus périlleuses ; le défilé de la victoire sous l’arc de triomphe de l’Etoile ; depuis cent ans qu’il existe, il ne s’ouvrit que pour le passage de nos colonnes victorieuses, et là dort maintenant le soldat inconnu. Enfin, les mineurs se rendant au travail sous le feu ; car ceux qui n’étaient pas aux armées continuaient pour la défense nationale, leur dur labeur, sur la ligne même de bataille, et sous un bombardement jamais interrompu, pluie de projectiles, de jour et de nuit. Puis, encadrant le bronze de ces souvenirs, les tables de marbre du livre d’or. Là, nous lisons les noms des 935 mineurs de la compagnie de Béthune, morts pour la France. Si la pierre peut conserver leur souvenir, elle ne peut retracer ce que fut leur héroïsme. Leur morts comme leur vie, donne le plus bel exemple du sacrifice à la patrie. Je voudrais, messieurs, en ce jour consacré à glorifier leur mémoire, pouvoir rappeler avec les états de service de chacun d’entre eux, les distinctions, les citations, témoignages de leur valeur. Le temps, l’espace, manquent, et je ne puis, si résumer de telles vies peut se faire, qu’indiquer quelques chiffres, quelques phrases de ce grand livre d’or. En feuilletant les innombrables citations accordées à des membres du personnel de la compagnie, tués au feu, mon esprit était arrêté, notamment, par celles-ci : M. Charles Guelton, géomètre ; soldat au départ, capitaine au moment de sa mort glorieuse, ayant reçu la croix de la Légion d’honneur, le croix de guerre, et obtenu trois citations à l’ordre de l’armée. M. Anacharsis Coquerelle, employé au bureau du fond, sergent au départ, grièvement blessé comme lieutenant, mort des suites de ses blessures, chevalier de la Légion d’honneur, croix de guerre, deux citations. M. Clément Hauwel, mineur au n° 6, médaille militaire, avec une citation à l’ordre de l’armée. M. Maurice Vaquette, mineur au n° 10, titulaire de trois citations. M. Marin Lecoutre, mineur au n° 10, décoré de la médaille militaire et de la croix de guerre. M. André Delaugaigne, mineur au n° 11, sous-officier, décoré de la médaille militaire et croix de guerre avec palme. M. Constant Gogneux, mineur au n° 10, décoré de la médaille militaire et de la croix de guerre. M. François Toudeur, médaille militaire et croix de guerre. M. Henri Verquin, ouvrier au n° 3, médaille militaire, croix de guerre avec trois citations. M. Alfred Robillard, manœuvre aux usines, maréchal des logis, médaille militaire, croix de guerre. M. Jules Bonte. M. Guillaume Cattiau, parti comme sergent, et tué comme sous-lieutenant, avec la croix de la Légion d’honneur et la médaille militaire.
Enfin, cette admirable citation à l’ordre de l’armée en l’honneur du soldat Fernand Marche, mineur à la fosse n° 1 : « soldat d’élite, aux sentiments élevés et du plus bel exemple. Le 1er août 1916, au cours d’une forte attaque allemande près de l’ouvrage de Thiaumont, devant Verdun, et après la mort de plusieurs agents de liaison chargés d’aller sous un bombardement violent, demander des renforts, s’est proposé à son colonel pour remplir la même mission. Blessé mortellement, et voulant que son devoir fut accompli dans l’extrême limite des ses forces, s’est traîné jusqu’à un carrefour proche, où pouvaient passer des coureurs, est mort tenant en évidence le pli qui lui avait été remis, et dont la teneur devait permettre au commandement de soutenir son régiment particulièrement éprouvé ». Si j’éprouve un regret, je le répète, c’est que ce monument , élevé à la mémoire des héros de la Grande Guerre, au nom de ne contenir que leurs noms, ne puisse également rappeler les promotions, les décorations, les citations dont ils ont été honorés, et qui, pour une famille, constituent le plus beau titre de gloire. Devant eux, je m’incline avec émotion et avec respect. A ces héros, Dieu a accordé la récompense des braves, et la patrie conservera pieusement leur souvenir. Mais ce que nous avons vu, nos enfants ne doivent plus le voir. Et, pour éviter le retour de pareilles catastrophes, la sagesse des peuples comme celle des individus, n’a encore trouvé qu’un moyen : « être fort, afin d’être respectés ». Notre force , nous la puiserons dans l’union de tous les français. C’est cette union qui nous a donné la victoire. Elle seule peut assurer notre sécurité, en même temps que la grandeur et la prospérité de la France. M. Legrand rappelle en ces termes émus ce que furent les poilus de la Grande Guerre, qui firent le sacrifice de leur jeunesse et de leur vie ; aux survivants, ils jettent cette devise qui fut la leur : « vive la France et en avant ! ». L’orateur fait une revue imagée, pittoresque et colorée des diverses armes qui prirent part à l’action et concoururent à gagner la victoire finale. L’appel des morts fut fait ensuite par deux anciens combattants. MM. Dormieux, directeur des écoles, et Petit, secrétaire de la section de l'union nationale des combattants. Les 250 exécutants des sociétés musicales de la compagnie jouèrent ensuite la Marseillaise. Puis, un concert fut donné dans la soirée, sur le kiosque dressé derrière l’église par la fanfare des mines de Béthune, l’harmonie la Victoire d’Annequin, l’harmonie de la fosse n° 10 et celle des fosses n° 5 et 11 et termina cette belle et réconfortante journée. (1)La salle des fêtes est l'actuelle Salle Jean Vasseur. Elle fut durant la guerre 14/18 convertie en Ambulance - Hôpital Auxiliaire n° 47 de Bully-les-Mines.
Sources : Mémoires de Pierre - Journal "L'avenir de lens" Atelier de recherches historiques "La vie quotidienne des Bullygeois de 1850 à nos jours" Transcription : Alain Chaupin
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