Extrait grognasse pour evadoc vacances

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C'est quand tout va mal que le rire devient salutaire. Meurtrie par la crise d'adolescence de son fils qui fait ressurgir en elle, des ombres et des lumières de son passé, la grognasse, défie la fatalité, la maladie et la misère avec un humour féroce où tout le monde en prend plein son grade, des blagues vachardes et crues et alterne les moments dramatiques avec des séquences de plus en plus loufoques jusqu'au bouquet final libérateur. Entre rires et larmes, la grognasse révèle son humanité dans un style d'une scandaleuse décontraction.
'est quand tout va mal que le rire devient salutaire. Meurtrie par la crise d'adolescence de son fils qui fait ressurgir en elle, des ombres et des lumières de son passé, la grognasse, défie la fatalité, la maladie et la misère avec un humour féroce où tout le monde en prend plein son grade, des blagues vachardes et crues et alterne les moments dramatiques avec des séquences de plus en plus loufoques jusqu'au bouquet final libérateur. Entre rires et larmes, la grognasse révèle son humanité dans un style d'une scandaleuse décontraction.
Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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« Vous avez passé de bonnes vacances ? Moi pas ! Y a pourtant eu les
tempêtes, mais c'était terminé : On dirait que la télé fait exprès de nous
mettre les catastrophes en hiver quand les gens sont pas en vacances. En
plus, ils ont enlevé les arbres déracinés.
Alors, on arrive au camping des Moustiques...
On retrouve notre
emplacement habituel et on plante notre tente à l'ombre d'un gros
chêne ... envolé. Mon mari, il a pris, en souvenir, une photo du fantôme
de l'arbre. Malheureusement, sur la photo, on voit juste le mec qui se
cachait derrière l'arbre virtuel pour pisser ou peut-être faire autre chose,
parce qu'à ce moment précis il matait dans ma direction. Faut dire que
j'enlevais le bas pour me changer.
Y a quand même eu des orages : poum poum ! La vache ! J'ai même
attrapé le coup de foudre. Mon mari, il aime pas trop quand il l'attrape
pas en même temps que moi. Mais, je vais quand même pas tout lui
refiler. Ah, ça vous fait une drôle de secousse, le coup de foutre ! Vous
avez le feu aux fesses, le cœur qui fait des bonds ! J'étais survoltée et je
me suis même retrouvée tellement blême que j'avais un “nez clair” au
milieu de la figure. Mon mari, pas du tout branché s'approche de moi.
Je lui crie : « Ne me touche pas, tu vas t'électrocuter !»
II me répond : « Ça risque pas, j'ai plus de jus ! »
Ah, et puis on a quand même été à Roubignolles. Á peine installés, les
gendarmes viennent nous interroger. Il venait d'y avoir un crime, juste
au moment de notre arrivée. On a failli être aux premières loges. J'avais
rien vu. Alors, j'ai raconté aux gendarmes, tout ce que j'avais pas vu :
Deux jours plus tard, ils reviennent. Ils embarquent mon mari, parce
qu'il ressemble au portrait robot du meurtrier ! Ils le placent en garde à
vous. Après, ils le font mettre de profil, à quatre pattes et même cul nul !
Et puis, ils le relâchent parce qu'il a pas le profil de l'emploi : trop “con-
sentant”. Pas assez féroce ! Finalement, c'était pas lui l'assassin. Les gen-
darmes, y z' ont confondu parce y z' ont fabriqué le portrait robot à
partir de mon témoignage !
Oh là là ! Hier, au marché, j'ai entendu une bonne femme qui faisait
son intéressante parce qu'elle avait été prise dans un incendie de forêt ,
évacuée et tout ce qui va avec. La veinarde ! C'est pas à moi que ça
arriverait, ces choses là ! Moi, avec ou sans incendie , y a même pas un
pompier pour me prendre dans la forêt ! “Ça tire” à mon âge !
On peut plus rien voir maintenant. Même les accidents de la circulation,
ils nous empêchent de regarder. En plus, ils voudraient carrément les
interdire. Quand on s'approche pour voir les blessés, la police dit :
“Couchés, ah non... circulez... y a rien à boire !”. C'est pas juste. Ils
veulent être les seuls à profiter du spectacle, ils se régalent eux, ils en
bavent. Sauf qu'ils veulent pas qu'on les voie, leurs bavures !
J'aimerais aller à l'étranger parce qu'il se passe plus de choses. Mais
pour ça, il faut prendre l'avion et ça, j'aime pas. Faudra pourtant que je
m'habitue parce que mon rêve, c'est d'aller dans un pays où ils prennent
les touristes comme potage . Quand ils rendent leur potage, ça fait du
bruit : Y a le Président de la République qui en rajoute une louchée. Y a
toutes les télés à l'aéroport. C'est un coup à devenir célèbre, ça !
Moi, personne ne vient jamais m"interviewer, même quand j'amène mes
gamins à l'école ou que je vais au boulot à pied parce qu'il y a une grève
de bus. Mais ça va changer : On se fait construire notre maison dans le lit
d'une rivière. En plus, c'est la seule maison ! Comme ça, à la première
grosse inondation, la télé sera bien obligée de nous interroger et nous
filmer dans notre maison engloutie.
Où est-ce qu'elle veut en venir encore, celle là avec ses vacances ratées.
J'allais évoquer mes rares moments de bonheur et de détente et elle
s'impose une fois de plus avec ses conneries. C'est ma voisine ou plutôt la
votre. Ou peut-être est-ce votre collègue ou votre concierge, à moins que
ce soit votre belle mère. C'est bien le style à faire belle mère, celle là !
Enfin c'était ... Elle a préféré s'offrir un radeau plutôt qu'une maison. Y
a eu une très grosse vague et puis plus rien. Y en aura d'autres pour la
remplacer et chercher à faire coïncider les vacances avec les
catastrophes. Qu'est-ce qu'on ferait pas pour une photo dans Paris-
Match ?
Pour nous, c'est beaucoup moins compliqué. Les vacances, connaît pas !
Sauf cette année. On a eu brusquement envie d'évasion. Y a que Julien
qui partait dans la famille ou en colo. Pour nous, rien ! On a oublié d'être
autre chose que les parents de Julien. Même à Bordeaux, la mer devenait
abstraite, irréelle, reléguée au bout du fleuve. Il arrive pourtant qu'un
vent iodé nous chatouille les narines et ramène quelques mouettes sur la
Garonne. Elles repartent avec la marée, rejoindre l'océan. Á part ça, elle
avait fini par ne plus me manquer, la mer. Dans mes rêves, je la voyais
emmurée : une mer sans horizon. Je l'avais enfermée dans le poste de
télévision. Et plusieurs étés de suite, on s'est contentés de ces conserves
de mer ou d'océan et de sardines en boîte.
Mais cette année on a voulu faire, nous mêmes, nos provisions. pour
mettre des images de vacances en réserve pour l'hiver ou les fixer sur une
pellicule.
Une évidence s'impose : Fabriquer des souvenirs heureux pour Julien. Je
n'aimerais pas qu'il ne garde de moi qu'un visage grave, ma tête des
mauvais jours devenue presque quotidienne ou mes peurs : Besoin de
partir avec lui,
de capturer des rires pour plus tard. L'été s'étire, à
peine égayé par l'éclipse du siècle. Á Bordeaux, elle nous a même pas fait
la totale. Elle nous a laissé, une fois n'est pas coutume, un croissant de
soleil sous un ciel de lever du jour ébouriffé dans ses draps d'orage.
Ce jour là, j'ai surtout vu des lunettes. Heureusement, l'éclipse, la vraie,
elle était à la télé avec vue imprenable sur une foule d'extraterrestres aux
yeux rectangulaires noirs ! J'espérais au moins qu'il allaient nous mettre
les images de la station Mir s'écrasant sur Paris. Mais, rien de tout ça,
car ce sera pour
plus tard. Les prédictions sont plus drôles que la
réalité !
Tout de même, elle m'a laissé une sensation bizarre, cette éclipse : une
impression de vertige qui emporterait bientôt tout un pan de mon
existence et des morceaux de mon enfance. Je savais qu'elle n'amènerait
rien de bon. Quand la lune nique le soleil, c'est toujours de mauvais
augure. Sûr que c'est à cause de ça que juste après, y a eu un gros
tremblement de terre en Turquie. Les tempêtes du siècle aussi, elles ont
été conçues pendant l'éclipse. Je me demande même si le changement de
millénaire, c'est pas aussi à cause de ça. Faudra vérifier dans les
éphémérides pour voir si à chaque fois que
le soleil et la lune sont
scotchés, ils nous feraient pas un nouveau millénaire !
Heureusement que l'éclipse ne nous a pas amené un raz-de-marée, parce
que les vagues, elles sont assez grosses comme ça !
Tout ça, c'est parce que la planète se réchauffe. Moi, j'aime bien l'été,
mais pas en hiver. Si ça continue, le climat, il va avoir encore plus de
fièvre et le niveau des eaux va monter d'avantage. Les esquimaux, ils
vont perdre leur culotte polaire et après, on connaît la suite: Un bébé,
quand on lui enlève sa couche, ça coule. Mettez le dans une baignoire, le
niveau de l'eau monte. Des esquimaux givrés sans culotte polaire c'est
pareil. Il fond mieux, l'esquimau, sauf que là, c'est le niveau de la mer
qui monte. Faudrait pas mettre à décongeler trop souvent, parce qu'on
les aime bien nos sorbets salés.
Faut quand même préciser que c'est pas qu'à cause des esquimaux si les
icebergs fondent. C'est à cause du rejet de dioxyde de carbone dans
l'atmosphère.
Quoi
atmosphère
?
Est-ce
que
j'ai
une
tronche
d'atmosphère? Non ! Et bien tant mieux . Parce qu'avec tous ceux qui
pètent dans l'atmosphère, on préfère ne pas se prendre ça sur la gueule !
En effet “les fesses de serre”, c'est provoqué par tous ceux qui serrent
pas assez les fesses et laissent échapper des prouts prouts. C'est vrai qu'il
y a aussi des usine et des bagnoles qui lâchent des gaz, mais ça, on y peut
rien. N'empêche qu'en France, quatre pour cent des émissions péteuses
pourraient être évitées. C'est le pourcentage de méthane émis par les
bovins. Remarquez, j'ai rien contre ces braves bêtes. On connaissait déjà
les vaches folles. Maintenant, y a des vaches pétasses. Il existe même des
pétasses vaches. On en a tous rencontré. Encore qu'il y a pas que les
vaches qui flouzent. Y a aussi les moutons. En Nouvelle Zélande, tous les
moutons sont responsables de quatre-vingt-dix pour cent des émissions
de méthane, Sûr que s'ils ont remplacé les bagnoles par les moutons, ça
finit par polluer autant, même si ça roule moins vite. N'empêche qu'avec
la montée du niveau des océans, un jour, y aura peut-être plus de
Nouvelle Zélande. Surtout si les moutons sur la crête des vagues par “sale
temps pètent”, c'est très risqué.
Justement, moi, c'est pour ça que j'ai peur d'aller me baigner dans
l'océan. Á Lacanau, je crois mourir quand je les vois écumer si près de
moi. Quand nous y allons pour la journée, je mets deux jours à m'en
remettre. Avant, j'attendais le drapeau vert pour tremper les pieds, et
encore sans vaguelettes s'il vous plait ! Ça n'arrivait jamais ; c'est dire à
quel point les flatulences des vacanciers indélicats gonflent les flots !
J'ai enfin compris pourquoi ils s'unissent tous pour nous réchauffer la
planète, les industriels, les vacanciers, les éleveurs, les taxis, les bovins,
les politiques et les moutons. Tout ça, c'est pour faire des grosses vagues
pour amuser quelques surfeurs.
J'ai envie de les apprivoiser, les vagues ou d'être vaincue par elles. Mais
je reste au bord. Elles se brisent. Elles pourraient m'enrouler dans leur
couverture d'écume. Des gens sautent. Des gens crient comme à la foire
quand le manège les jette à la renverse pour leur faire voir le monde avec
les pieds à la place de la tête. Je rebrousse chemin. L'océan est plus fort.
L'océan a gagné. Quand il m'a imposé son autorité pour la première fois,
j'avais à peine neuf ans. C'était à Hossegor. J'avais deux bouées autour
de la taille. Je savais qu'elles ne pourraient rien contre la force d'une
lame de fond. J'appelais ma mère. Elle m'engueulait pour que je cesse
d'avoir peur et de hurler. Je ne risquais rien. Je n'avais pas de mère.
J'avais deux bouées.
Depuis, je traverse l'existence avec deux bouées. Je crains toujours la
vague qui pourrait m'enlever. Pourtant, il me fascine, l'océan. Il devient
à lui seul une clameur. Il a déroulé les cris, les rires et même les
éclaboussures pour les disperser au large.
Plaquée sur le sable humide, je l'entends gémir, souffrir, tordre ses flots
tourmentés, emprisonner le vent. Et toujours ce soleil de plomb qui n'a
pas emporté la lune dans sa folle course d'éclipse. Alors, je me redresse.
Je m'assois et je regarde droit dans les yeux l'océan chaviré. Je le charme
à distance, comme une bête sauvage dont je souhaite les faveurs , peut-
être la clémence. Ses serpents d'écume ondulent. Je devine sa respiration
haletante. Je me perds dans son souffle. Je suis sa méduse. Il ne peut rien
pour moi. J'implore son pardon.
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marcha

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vendredi 3 septembre 2010 - 11:09