Femme politique

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'La grognasse, c'est une philosophe déguisée en charretière. Á consommer sans modération.' Fabienne D

Publié le : samedi 25 juin 2011
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Ça
y est : Je me lance dans la politique ! C'est marqué dans mon
horoscope. C’est à cause du Soleil et de Mars. Justement, je les ai, ces
deux planètes, dans mon thème astral. Ça tombe bien,
surtout que
maintenant, les femmes ont droit à la parité ! Parité, ça veut dire pareil :
Deux tiers d’hommes pour un tiers de femmes ! C'est équilibré, puisqu'il
faut au moins deux hommes pour tenter de comprendre ce qu'une femme
sait depuis toujours. Mais attention, je suis réaliste moi : Présidente de la
République, ça j'y crois pas, mais ministre, ça fait longtemps que je sais
que c'est mon destin. J’ai rien contre un marocain puisque j'en ai épousé
un. Ça tombe bien, pour moi, la politique, parce que je suis au chômage.
En principe, je me fais virer de partout. Dernièrement, j'étais coiffeuse
pour hommes, enfin shampouineuse plutôt, parce qu'après mon passage, y
avait plus beaucoup de tifs à coiffer. Les copines, elles m'appelaient
“Attila” ! Faut dire que dès qu'un mec a une gueule qui me revient pas
ou des regards vicieux ou encore des mains baladeuses, je lui astique le
cuir chevelu avec du Monsieur Propret force 7 sur l'échelle de Richter. Et
quand j'ai terminé, son crâne brille autant qu'un carrelage tout neuf sans
bactéries. Faut pas croire pour autant que je rase gratis. Seulement,
le
patron, ça lui a pas plu. Alors, il m'a virée. Je comprends pas.
Je l'ai
jamais astiqué, lui ! C'est peut-être pour ça… C'est vraiment con, les
patrons !
Vive le chômage ! Ça donne des idées. La politique, c'est sympa parce
que c'est le seul boulot où on a le droit d'être incompétent. C'est même un
devoir. Même les femmes
maintenant, elles peuvent être aussi nulles que
les hommes. Avant, il fallait qu'elles assurent dix fois plus que les mecs.
Maintenant, on a les mêmes chances. Ça suppose d'être aussi incapables
qu’eux, bien sûr. C'est y pas beau l'égalité ? Moi, je suis quand même un
peu meilleure que les autres. J'espère que les partis vont s'en apercevoir et
que l'un d'eux va me présenter comme candidate. J'ai écrit à tous ceux qui
existent : ceux de droite, ceux de gauche et même ceux du milieu. Je suis
multicarte. Faut ratisser large. De toute façon, j'ai jamais su reconnaître
ma droite de ma gauche. En politique,
c'est fréquent. Même ceux qui
nous gouvernent, ils finissent par se mélanger les pinceaux. On n’est
même pas sûr que ça existe vraiment,
la gauche. C’est un peu comme
Dieu. Tout le monde en parle, mais y a pas grand monde qui peut nous
expliquer vraiment ce que c’est. Et puis, un bon candidat, c’est comme
un
appareil
électroménager.
Maintenant,
on
ne
fait
plus
que
du
multiposition. C’est encore plus vrai pour nous, les femmes. En politique,
on est tout aussi efficaces debout que couchées. Enfin, c’est ce que disent
les hommes.
J'ai envoyé mon CV à tous les partis. J'ai réussi à toucher tout ce qui
existe, même les parties les plus cachées qu'ils ont pas le droit de montrer
à la télé. Mais faut pas croire pour autant qu'un coup de braguette
magique suffit à transformer une petite shampouineuse en femme
politique !
Je me formerais sur les tas. On m'a tout de même fait des
propositions pas très honnêtes, mais ça, en politique, j'aurais dû m'en
douter. Les partis qui montent, c'est plus dur à toucher, mais c'est meilleur
aussi, même si c'est plus long. On dit bien que plus c'est long, plus c'est
bon.
Alors, je reste ouverte à tout contact avec ces parties et j'attends
mon tour.
C'est qu'ils débauchent pas beaucoup en politique ! La retraite à soixante
ans, ils sont contre. Quand on les voit, on comprend pourquoi ! Mais c'est
vrai que c'est avec les vieilles peaux qu'on fait la meilleure soupe
populaire. Ce qui compte surtout,
c'est d'avoir des idées. Les hommes
politiques, ils parlent pour rien dire. Ils aiment les débats. Moi, des bas,
j'en porte plus depuis longtemps. C'est démodé. En plus, y a des hommes
qui pensent que les bas c'est plus sexy. J’ t'en foutrais des sexy, moi !
Les électeurs veulent qu'on leur parle de ce qui les intéresse vraiment !
Tenez, la ménopause par exemple, ils se taisent sur ce sujet, les hommes
politiques. C'est tabou. Pourtant, l'arrêt des règles, c'est un fléau social.
Imaginez une société ou tout serait déréglé ! On irait dans le mur, sauf
que quand les femmes sont trop mûres, les hommes politiques, ils
préfèrent pas y aller dans les mûres. Ils s'imaginent que c'est qu'un truc
de femme, la ménopause. Eux, ils préfèrent penser à leurs bourses. Ils se
les regardent et
se les étudient à longueur de journée. Il paraît qu’ils
peuvent jouer avec leurs bourses sur Internet, maintenant ! Sûr que c’est
fragile, les bourses. Il parait
qu'elles chutent parfois !
Ça doit être
drôlement préoccupant ! Y a un autre problème ignoré par les hommes
politiques, c'est la baisse des vocations pour devenir curé. C'est pourtant
un beau métier, mais c'est normal que plus personne ne veuille devenir
curé parce qu'ils z'ont pas le droit de baiser. Sauf qu'avec tout le chômage,
l'État pourrait bien faire quelque chose. Aujourd’hui, les hommes, au lieu
de curé, ils préfèrent la carrière politique. Ça se comprend. Là, ils peuvent
baiser tout le monde et les gens en redemandent. Sauf que maintenant, ils
doivent laisser leur siège à l'Assemblée Nationale pour nous, les femmes !
Enfin pour ce qu'ils y allaient, ça va pas leur manquer beaucoup. Mais ils
ont pas tout perdu car ils peuvent toujours devenir curé. Ça, c'est un peu
trop intelligent, pour nous, les femmes et le pape, il préfère les hommes.
Alors ça, au moins, on leur laisse !
Début du livre de Martina Charbonnel : « La grognasse »
http://www.mckeditions.com/romans/la-grognasse/
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marcha

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mardi 14 septembre 2010 - 09:35