Journal du Nautisme N°26

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Journal du Nautisme Spécial Nautic 2013. Au menu : Thomas Coville à l'assaut des océans, retour sur la Transat Jacques-Vabre, les avant-premières du Nautic...

Publié le : mercredi 18 décembre 2013
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26 décembre 2013 > Supplément gratuit à l’équipe n°21695 du lundi 9 décembre 2013
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Unions sacrées
Dialogues (presque) entendus.
Toc, toc, toc.
« Qui est là ?
« C’est l’union sacrée mon enfant.
« Oh, comme vous avez de longues dents ! Sans mentir, si votre ramage se rapporte à votre
plumage, vous serez les Phénix des hôtes de ces océans. »
L’hiver approchant, goûtons à ces nouveaux produits de la mer et profitons de ce que le monde
merveilleux de la compétition nautique décide – enfin ? – d’unir ses forces pour engendrer
deux projets dont la portée pourrait être exceptionnelle pour la voile française. Mercredi
prochain, une alliance de savoir-faire très particuliers devrait être annoncée, engendrant un
projet Coupe de l’America à la française qui méritera tout notre soutien. Mardi dernier, à
quelques jours de l’ouverture du Nautic, les armateurs de Thomas Coville, François Gabart et
Armel Le Cléac’h signaient symboliquement l’acte de naissance du Collectif Ultim. Collectif
car, s’ils ne sont que trois à l’heure de fonder le mouvement, Macif, Sodebo et Banque
Populaire espèrent bien séduire les propriétaires – ou futurs propriétaires – des multicoques les
plus véloces de France et des environs. Ultim parce que leur ambition est des plus extrêmes :
lancer une course autour du monde en solitaire et sans escale… en multicoque. Un rêve fou,
irraisonné, sublime.
Toc, toc, toc.
« Qui est là ?
À la Thomas Coville par Pauceune « C’est l’ambition, mon enfant.
« Oh, comme vous avez de grandes étraves ! Sans mentir…
Souffrante, dans un marché hoquetant, l’industrie du nautisme fait comme elle peut, mais
elle fait tout ce qu’elle peut. Comme à chaque fois, le Nautic sera l’occasion de s’émerveiller
de l’ingéniosité des architectes, des designers, des voileries et des motoristes pour que se
répondent l’offre et la demande. Peut-être ne manque-t-il qu’un souffle de reprise, qu’un
filet d’optimisme, qu’une pointe de déterminisme. Peut-être, aussi, est-il l’heure de tenter de
deviner à quoi pourra bien ressembler le plaisancier de demain.
Bon Nautic et bonne lecture !
Frédéric Pelatan
Diffusion : Directeur de la publication délégué : Rédacteur graphiste
Supplément gratuit à L’Équipe N°21695 Frédéric Schmitt - Tél. : 01 40 93 25 11 Responsable fabrication :
du lundi 9 décembre 2013, et au Nautic le fschmitt@journaldugolf.fr Jean-Louis Guimar - Tél. : 01 40 93 25 30
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Ne peut être vendu séparément. Directrice commerciale,
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est une publication PSI : Eva Lomnicka / 01 41 04 97 85Bernard Bilzic.
Directeur général : Louis Gillet elomnicka@amaurymedias.fr
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et de la communication : JOURNAL DU GOLF SAS
Catherine Tisseron - Tél. : 01 40 93 25 31 est une filiale du groupe
ctisseron@journaldugolf.fr
15.11.2013 17:26 (QUADRI-tx vecto) flux: PDF-1.3-Q-300dpi-v-X1a2001-isocoated-v2-300 Actualités
Texte de F. P.
Photos Pierre Picard, J.M. Liot Naviguez en toute sécurité !
La Matmut, elle assure aussi les bateaux
SolItaIReS
et
aizergues FaIt Sodebo, Macif et Banque Populaire ont jeté les bases d’un mouvement commun à
l’attention des grands multicoques. Tout reste à définir, mais une ambition immense
émerge déjà : lancer un tour du monde en solitaire et sans escale en multicoque, à CoUP DoUble
l’automne 2017.
Le 11 novembre, Alex Caizergues est redevenu le deuxième homme le
Mardi 3 décembre, les armateurs Sodebo, Macif et Banque Populaire ont annoncé plus rapide de la planète… sur l’eau. Le kitesurfeur s’est réapproprié le
l’union de leurs forces au sein du Collectif Ultim. Ainsi que le révélait le numéro record de vitesse absolue en signant un nouveau temps de référence de
de novembre de Journal du Nautisme, le projet des trois propriétaires de trimarans, 56,62 nœuds, soit 104,86 km/h. C’est 0,97 nœud plus vite que son
actuels ou futurs, est de mettre en place un programme de courses et de records prédécesseur, l’Américain Rob Douglas. La troisième édition de Salt and
pour leurs skippers, Thomas Coville, François Gabart et Armel Le Cléac’h. Les trois Speed a permis de valider la qualité du chenal dessiné dans les salins du
Fantastiques seront, bientôt peut-être, quatre, voire cinq ou six. Voilà pour l’ambition Midi par Alex Caizergues et son père, orienté de manière à profiter au
chiffrée. Le programme, lui, prend forme ainsi : un championnat sur quatre ans, mieux du Mistral. Dans un vent de nord soufflant entre 45 et 50 nœuds
appelé Challenge Ultim, fédérant dans un même ensemble courses en solitaire et et au cours d’une session qu’il partageait avec Rob Douglas, le kitesurfeur
en double, mais aussi chasse aux records, obligation étant faite aux membres du français le plus titré (trois titres de champion du monde de vitesse et ses
collectif de disputer au moins un événement par an du calendrier, qui n’est pas encore deux records mondiaux de vitesse toute catégories), a repris cette marque
dessiné. Les Ultim courront-ils des courses existantes ? « On n’est strictement fermé qui lui avait échappé l’an dernier. « C’est génial, c’est exceptionnel !,
à rien », assure Thierry Bouvard (Banque Populaire). La première mission de ce trio, s’extasiait Alexandre Caizergues. Nous savions depuis un moment que
à savoir poser des bases, est remplie. La deuxième sera de séduire d’autres armateurs cela pouvait passer, que nous pouvions aller très vite. J’ai effectué au moins (1)• Remboursement au prix d’achat pour votre bateau et son moteurdisposant d’un multicoque de 80 pieds minimum pouvant être manié par un seul 15 runs et j’étais à chaque fois au-dessus des 50 nœuds. J’ai profité d’une
humain – même un très costaud. Spindrift, qui envisage l’aventure Route du Rhum, bonne rafale pour accélérer. Tout est ouvert sur les Salins pour encore
fait partie des éligibles. Idec participe assez largement aux discussions du moment. aller plus vite. » Le record absolu de l’Australien Paul Larsen sur Vestas • Protection corporelle pour le skipper et ses passagers
Prince de Bretagne fait également partie des curieux et prête l’oreille avec attention, Sailorocket 2 (65,45 nœuds) est pour l’instant intouchable, mais Alex
tout comme le Groupe Edmond de Rothschild, qui ne dispose au mieux que d’un Caizergues, qui a signé son record avec une « petite » voile de 6m², ne (2)
77 pieds, mais qui écoute quand même. Il faut dire que le report de la Krys Ocean • Assistance 24 h/24 , monde entier et sur tous les plans d’eaudésespère pas de tenter de le taquiner un jour ou l’autre. Chez lui.
Race à 2016, sinon aux calendes grecques, est un coup quasi mortel porté à la classe
MOD 70. Bref, forts de leur expérience dans la voile, les trois armateurs fondateurs
du mouvement unissent leurs forces et leurs espérances dans un projet qui pourrait
emporter la course au large vers des sommets de notoriété encore inexplorés, en
créant une nouvelle race de héros. Reste une condition : que tout le monde parvienne
à créer une authentique communauté d’intérêt(s), dans un mouvement résolument
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Dans le cadre du Nautic, la classe Imoca présente le programme futur de sa classe et son
championnat. Parmi les nouveautés, la création d’un championnat du monde, l’Ocean
Masters, dont le classement général sera établi sur deux ans avec un système proche de
celui de l’ATP (tennis). Surtout, Open Sports Management (OSM) et l’Imoca, doivent
annoncer de nouvelles courses, dont une transat en double depuis New York vers
Barcelone et dont le départ est fixé au 1er juin prochain. Sont attendus ou espérés
des bateaux anglais, espagnols et français, dont Safran, Hugo-Boss, Neutrogena, Cheminées-
Poujoulat, peut-être Mare et pourquoi pas PRB.
Une autre course doit voir le jour en Asie en 2015 et une transat en solitaire est
programmée pour 2016. La classe prépare également différents développements. Sur la
Barcelona World Race 2015-2016, les bateaux seront équipés afin d’assurer un suivi des
La Matmut, elle assure !fonds océaniques en partenariat avec l’Unesco. Un système de vidéo embarquée est en
cours d’élaboration. Enfin, OSM embrasse sa mission principale : l’internationalisation
de la classe. Courant décembre, la classe Imoca devra également figer les termes de sa
nouvelle jauge (adoption des quilles en acier fraisé et des mâts standardisés). DOCUMENT NON CONTRACTUEL. L’ENSEMBLE DES GARANTIES ÉVOQUÉES DANS CE DOCUMENT S’APPLIQUE DANS LES LIMITES ET CONDITIONS DÉFINIES AU CONTRAT.
(1) (2) Bateau et moteur de moins de 36 mois suivant leur date de première commercialisation en cas de vol ou de dommage. Prestations d’assistance réalisées par IMA GIE.
* Minimum de 15 � par prélèvement.
Matmut - Mutuelle assurance des travailleurs mutualistes. Société d’assurance mutuelle à cotisations variables.
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RENDEZ-VOUS PATRIMONIAL :
Une semaine de course en moins mais une classe RENCONTRER UN EXPERT EN GESTION PRIVÉE
en plus. En réduisant la durée et en favorisant le
retour des amateurs et des jeunes,
Amaury Sport Organisation (ASO) CE N’EST PAS SEULEMENT RÉSERVÉ AUX AUTRES
redynamise le format du Tour de
France à la voile. Entretien avec
Yann Le Moënner, président de
la Société du Tour de France à la
voile.
Le moins qu’on puisse dire c’est que, en partant de
Dunkerque et en terminant à Nice, vous faites réellement
le Tour…
Yann Le Moënner : « Oui, et l’étape à Nice constituera une première.
On peut noter que le parcours se déroulera sur la façade ouest et sur la
Méditerranée, mais il n’y aura pas d’Atlantique cette année. On y reviendra,
évidemment, mais ce choix pour l’an prochain s’explique par le fait qu’on
a raccourci la durée du Tour, en le ramenant de quatre à trois semaines,
et qu’on ne pouvait pas aller sur tous les terrains. L’idée est de densifier la
narration de l’histoire. On s’est rendu compte qu’un événement qui déborde
les trois semaines a tendance à s’essouffler. C’est même vrai pour la Coupe
du monde de rugby.
Vous avez également repoussé d’une semaine le départ
du Tour…
Y. L. M. : … Pour un départ de Dunkerque le 5 juillet. On débutera en
même temps que les congés d’été. On y voit un réel intérêt au niveau de
l’affluence du public et, surtout, il ne faut pas oublier que nous accueillons
à nouveau les amateurs en intégrant la classe des Grand Surprise. Il fallait
que les dates correspondent aux disponibilités des amateurs, et que cela se
fasse dans le respect de leur budget.
L’arrivée aura lieu le même jour que le Tour de France
cycliste. Est-ce qu’il y a une volonté, un jour, de créer une
occurrence de lieu ?
Y. L. M. : En effet, le format et les dates des deux Tours sont similaires,
mais on ne vise pas une occurrence de lieu. Qu’il y ait de temps en temps
un clin d’œil qui soit fait entre les deux univers route et mer, en revanche,
on y travaille. On l’a fait autour du Tour cette année, quand les bateaux
n’étaient pas très loin. D’autres similitudes existent, à travers certaines villes
qui nous hébergent, l’idée d’un village du Tour et les caravanes publicitaires,
même si elles sont encore modestes en voile.
La grande nouveauté de ce Tour est donc l’invitation
lancée à une autre classe, celle des Grand Surprise.
Y. L. M. : C’est quelque chose de très important que nous avons voulu
faire à destination des jeunes et des amateurs. Nous avons choisi le Grand
Surprise d’une part parce que c’est une classe nombreuse, mais ce bateau
doit permettre aux projets de tenir dans des budgets globaux raisonnables :
environ 50 000 euros. Pour nous, clairement, le succès du Tour de France à
la voile repose sur les deux piliers : les pros et les amateurs, chaque monde
se nourrissant de la présence de l’autre. Outre les amateurs, on est heureux
de voir revenir les jeunes, parmi lesquels se cachent peut-être les talents
de demain, et les grandes écoles, qui sont un pan important de la voile
française.
Que compte faire ASO du Tour ?
Y. L. M. : Clairement, on veut en faire un rendez-vous important pour
la voile, un moment dans l’été. On veut que, dans chacune des villes, ça Une boUcle
soit la fête estivale de la voile sous toutes ses formes. On veut continuer
à professionnaliser ce TFV, mais aussi que des manifestations soient
organisées plus largement dans certaines villes. Je pense notamment à ce
qui est fait sur le Tour cycliste, où 10 000 amateurs participent à une course pLUS dEnSE
quelques jours avant le passage des pros. On a l’ambition de rendre ses
lettres de noblesse au TFV.
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Y. L. M. : Nous sommes régulièrement consultés pour l’organisation
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THOMAS cOViLLE
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dAns Un AUtre monde”
Propos recueillis par Fré Déric P ELATAN - Photos PAuc E (www.pauce.com)
Vaincu deux fois aux points et deux fois avant la limite, la dernière remontant à mi-novembre, Thomas Coville
insiste. Le skipper attend qu’entre deux caprices les vents lui ouvrent un entrebâillement suffisant pour qu’il y glisse
les trois coques de Sodebo. Il s’attaquera alors à nouveau au record du tour du monde en solitaire que Francis
Joyon ne lâche plus depuis qu’il l’a fermement empoigné en 2008.
Thomas, vous êtes parti pour une quatrième tentative pour le morceau de glace, ndlr). C’est une de ses qualités de ne rien casser. Là, c’est le
record du tour du monde en solitaire le 12 novembre dernier, bout d’amure du petit gennaker qui a ragué sur une pièce. J’ai sans doute une
et vous avez fait demi-tour quatre jours plus tard. c omment part de responsabilité, mais on a tous été surpris qu’un bout comme ça lâche.
avez-vous vécu ça ? Ce n’est pas bien. On est tous toujours amers, vexés, agacés dans ces cas-là.
Thomas Coville : « J’étais frustré de rentrer, d’un côté, mais j’avais
conscience que c’était la meilleure chose à faire et que, de toute façon, j’étais Pensez-vous que vous allez réussir à vous en défaire un jour,
parti suffisamment tôt pour m’offrir une autre occasion de partir cet hiver. de la poisse ?
J’ai eu la chance, en rentrant, de pouvoir me replonger dans mon autre gros T. C. : (Il rit.) Je n’ai même pas envie d’en parler, parce que je n’ai pas envie
dossier, la transformation de Geronimo en Sodebo Ultim. Mais, pour être sincère, de la voir venir, mais je vous avoue que la victoire de Vincent Riou dans
ce n’est pas si facile de scinder sa tête en deux. Je me sens comme programmé la Transat Jacques-Vabre m’a plu. Lui et son projet avaient eu un paquet de
pour repartir sur le tour du monde, et je n’avais pas forcément envie de déboires et de mésaventures face auxquelles il ne pouvait rien. J’ai l’impression
m’échapper vers autre chose. La perspective d’un prochain déplacement à de vivre ça aussi. C’est bien la preuve que la roue finit par tourner.
Paris (il sera sans doute présent à la conférence de presse de la Route du
Rhum au Nautic ce vendredi, ndlr) me donne un peu le bourdon. Vous avez bouclé deux tours, sans parvenir à améliorer le
temps de référence, vous avez été stoppé deux fois en pleine
Vous avez fait demi-tour pour une casse… course. On imagine à quel point ce défi d’un tour du monde
T. C. : … un peu idiote. Casser des bouts sur un bateau moderne, ça n’existe en solitaire est aléatoire, pour de multiples raisons, mais on
plus. Ce bateau a plus de 150 000 milles, il a une fiabilité incroyable. Je suis n’imagine pas la profondeur de vos meurtrissures…
d’ailleurs fier d’avoir fait deux tours du monde sans casser, sauf quand j’ai T. C. : C’est à cause de cette douleur que je n’y suis pas retourné tout de suite,
percuté en janvier 2008 mais, même là, il n’a pas été touché dans sa structure après l’échec de 2011. C’est un exercice vraiment difficile à appréhender, à JE n’Y SUIS pAS
(il avait perdu la crash box de son flotteur tribord, sans doute contre un préparer et à faire. Il faut battre un chrono contre quelqu’un qui n’est pas en r ETOUrné TOUT
>>> dE SUITE, AprèS LA
TEnTATIVE d E 2011,
à CAUSE dE CETTE
dOULEUr d E L’éChEC
10 11Interview
novembre 2013
été les seuls à s’y frotter, ndlr). C’est un privilège énorme. Quand tu te remets course en même temps que vous… On navigue dans l’aléatoire. C’est pourquoi,
dans cette perspective, le Tour est déjà une fin en soi. Alors, le record… quand Franck Cammas m’a contacté alors que je n’avais pas fini ma dernière
tentative de record pour me proposer la Volvo Ocean Race, j’ai dit oui aussitôt.
Il n’y a pas un petit côté maso dans tout ça ? Je n’avais pas touché terre, mais ce qu’il me proposait était un tour de la planète,
T. C. : Pas un instant ! Je m’offre le luxe de pouvoir être un des seuls à avoir la qui est le terrain de jeu que je préfère, mais c’était aussi l’occasion d’une prise
possibilité d’aller faire ce qui me plaît le plus. Après avoir testé des paquets de de recul et d’une bouffée d’air pur. Ce fut l’énorme boost d’oxygène dont j’avais
trucs, j’ai l’impression d’être plutôt super chanceux. J’ai la machine pour le faire, besoin pour repartir en solo. Et, en gagnant avec Franck, et même si on a démâté
un partenaire, et le temps de me préparer. J’ai la chance de pouvoir le tenter. On au Brésil, j’avais exorcisé la poisse.
n’est pas très nombreux à l’avoir fait et les occasions sont très peu nombreuses.
Vous êtes-vous posé la question de votre capacité à battre ce
Cela vous pousse à relativiser ? record ?
T. C. : Tout me pousse à relativiser. D’abord, avec Sodebo, on a un avenir : la T. C. : Forcément, quand tu échoues deux fois, tu te poses la question de ton
construction de Sodebo Ultim et un programme dense à venir (voir page 6-8). Du niveau. J’ai enchaîné la Route du Rhum, que je termine sur la troisième marche
coup, pour moi, ce tour du monde n’est plus le challenge ultime qui va bouleverser du podium. Hyper frustrant. Je savais Franck Cammas plus rapide, mais je
ma vie. On construit pour demain et, physiquement et mentalement, je travaille me fais battre par Francis Joyon qui ressort brusquement de la pétole, sous les
pour demain. Francis avait eu ces mots très jolis qui disaient que “la nature Antilles. Ce n’était pas un résultat nul, mais ce n’est pas ce que je visais. Puis
l’avait laissé passer’’. Il avait eu des conditions très clémentes. On a l’humilité de il y a eu le tour du monde, avec ce temps que je ne parviens pas à battre… On
croire que la nature nous laisse passer. Ce qui fait une super trajectoire, mais on prend
ne pousse pas à relativiser, en revanche, c’est le trois jours à Saint-Hélène. On fait une
fait que je navigue sur un multicoque. Il n’y a route super engagée, au sud des glaces,
pas de challenge plus engagé et plus incertain. mais on doit remonter nord à cause des
On a eu quelques exemples malheureux ces glaçons. Au Brésil, on repasse de dix- Tu es debouT dans
derniers temps avec deux chavirages (Virbac-douze heures devant le temps de référence,
la pe TiTe guéri Te, Tu Paprec 3 et Arkema-Région Aquitaine) et une mais on prend des pressions tropicales…
casse (Maître Jacques). Alors, oui, je me suis demandé si j’étais ajusTes T es lune TTes,
capable… Et, deux jours avant que j’arrive
Vos mots trahissent en permanence à Brest avec le moral en berne, il y a un Ton casque. l e
le fait que vous vivez dans l’émotion. mec qui me tend la main : c’est Franck
décompTe à rebours Comment les gérez-vous, en mer ? Cammas. L’aventure Volvo Ocean Race
T. C. : Je les gère en les prenant au jour le jour. a été décisive. Je navigue quelques mois commence, Tu enT ends
Lors du premier tour du monde, je n’avais avec un groupe de super bons et un
pas réussi à me déconnecter du chrono et du skipper extrêmement exigeant, Franck, 4, 3, 2, 1 e T, au T op, Tu
temps qui passait, ce qui me pourrissait la vie. qui te transmet son envie de gagner. J’ai bascules dans un J’étais focalisé sur le côté sportif. Lors de ma pu sortir de ma spirale à ce moment-là et
dernière tentative, en étant passé pas loin du je crois que l’actuelle construction d’un auTre monde
truc (je croise la trajectoire de Francis Joyon nouveau bateau à partir des coques de
au large de l’Amérique du Sud), j’ai pris soin Geronimo s’inscrit dans cette nouvelle
de vivre au quotidien les journées bonnes et spirale humaine et mentale. Depuis la
moins bonnes. Chaque jour était un nouveau jour, sans trop savoir quelle était Volvo, je ne suis plus dans le même état d’esprit.
la durée des journées.
Vous allez prochainement repartir ; vous vous êtes laissé
Vous perdez un peu la notion du temps ? jusqu’au 15 décembre pour faire la fine bouche puis vous
T. C. : C’est ça. Il n’y a que la conversation avec les routeurs qui séquence vous obligez à partir avant le 15 janvier (inclus), même si les
les choses de façon précise. J’étais un peu kinesthésique, j’avais des flashes conditions ne sont pas optimales, c’est bien ça ?
d’émotion, comme des taches de couleur. J’étais frustré de la météo, il y avait un T. C. : Oui. Avec mon routeur, Jean-Luc Nélias, on a essayé de caractériser la
mélange d’émotions. Ce n’était pas toujours rose ni toujours noir, un peu entre grande fenêtre de stand-by. On a fait une étude sur les vingt dernières années
les deux. Au final, quand tu finis la boucle, il reste les super satisfactions. C’est le et les quinze dernières tentatives de record, en solitaire ou en équipage. On s’est
cumul de ces séquences qui me fait jubiler et qui me fait repartir. Et le fait que ça dit qu’on avait la possibilité de trouver de bonnes conditions entre le 15 octobre
ne se ressemble jamais. J’en suis à six ou sept tours du monde, et je me surprends et le 15 janvier. J’ai pourtant fait deux tentatives en dehors de ces dates, l’une en
encore à avoir telle ou telle émotion. J’ai adoré mes premiers tours du monde. En partant le 18 janvier, l’autre le 8 mars, mais bon. Depuis le début du stand-by,
sensations comme en émotions, je n’attendais pas à en vivre tant que ça. on a eu une bonne fenêtre, qu’on a saisie. Et puis plus rien. Et encore, elle n’était
pas si bonne que ça car l’anticyclone de Saint-Hélène est énorme, on l’a vu avec
Dans ce panel, certaines vous manquent ? les Class 40 de la Jacques-Vabre et les Minis. Il n’y a pas d’alizé dans l’Atlantique
T. C. : Sur ma dernière tentative, j’ai voulu les prendre comme elles arrivaient. nord, et une dépression très active sur Madère, qui ne cesse de s’autoalimenter
Aujourd’hui, je vois encore des moments, des tronçons, mais je n’ai pas eu la et qui n’est pas propice au départ. Thomas c oville sensation que j’attendais : la grande houle du sud. La mer était hachée, et c’était
Né le 10 mai 1968 à Rennes, marié, deux enfants moins drôle.Étiez-vous content de votre lancée, en novembre dernier ?
T. C. : J’étais content d’avoir fait un départ rapide, d’être tout de suite dans
PALMARèS EN COURSE : Votre expérience, face à tout ça, est un atout ? le match et de sentir que le bateau était plus facile que la dernière fois. C’était
1998 : Vainqueur en monocoque de la Route du Rhum T. C. : Il y a un intérêt à pouvoir s’appuyer sur l’expérience, mais je ne sais difficile de le savoir avant. Cette tentative m’aura au moins appris que le bateau
(Aquitaine-Innovations) pas si c’est si fondamental. Je crois que, le principal, c’est la capacité à savoir va très bien, mais j’avoue que j’ai hâte de repartir, je n’ai pas envie de devenir
1999 : Vainqueur de la Transat Jacques Vabre sur le s’adapter, en s’efforçant de garder une certaine fraîcheur. L’expérience n’est pas un rat de chantier.
monocoque Sodebo avec Hervé Jean si importante.
2001 : 6e du Vendée Globe (Sodebo) À quoi ressemble le fait de s’élancer dans un tour du monde,
2012 : Vainqueur de la Volvo Ocean Qu’est-ce qui compte le plus, au final ? La destination, à savoir comme ça, tout seul ?
Race à bord de Groupama le record, ou le voyage ?T. C. : Le tour du monde, je m’y suis vu quand j’étais à la montagne, l’été
T. C. : C’est un mélange. Retourner faire un parcours qui, à chaque fois, dernier : c’est comme le saut à ski. Tu es entouré de brouillard et tu vois à peine
SES RECORDS EN SOLITAIRE m’a vraiment sublimé, c’est une fin en soi. Mais, quand tu ne réussis pas ton le bout de tes spatules. Tu es debout dans la petite guérite, tu ajustes tes lunettes,
2005 : Record de la Route de la Découverte objectif sportif, tout te paraît amer dans l’instant. Avec le recul, je garde de ton casque. Le décompte à rebours commence, tu entends 4, 3, 2, 1 et, au top, tu
(10 j 11 h 50’ 46’’) ; Record Miami-New York mon dernier tour du monde seulement les journées magiques. J’ai fait un truc bascules dans un autre monde. Il est là, le moment où tu noues avec la liberté,
2006 : Record des îles Britanniques unique, exceptionnel, je le sais, et c’est ça qui me plaît. Si je veux y retourner, dans l’instant où tu prends ton impulsion. L’image est forte, elle parle à ce qu’on
2008 : Record de la traversée de l’Atlantique nord c’est pour goûter à nouveau à ça. Pour la sensation, pour ce que ça fournit vit en bateau. Toute la phase de descente, de prise de vitesse, c’est celle qui nous
2012 : Chrono de référence établi sur la comme adrénaline. Mais, parce qu’il y a un mais, j’ai envie d’y associer les conduit jusqu’à l’Afrique du Sud. Elle dure entre 15 et 17 jours et te fait entrer
Transméditerranéenne quelques minutes d’extase que donne le fait d’avoir réussi. Pour l’instant, je ne dans l’hostile. De la même manière que le sauteur est de passage dans l’air, le
fais que l’imaginer. Mais c’est sublime et je m’y projette. Si je cumule ce que j’ai marin entre dans des eaux où il est à peine toléré et dans lesquelles il se sent
SES TENTATIVES POUR LE RECORD déjà fait et que j’y ajoute la victoire, je pense que je peux arriver à une émotion fragile. On est des équilibristes, à tenter d’être aérodynamiques et, surtout, à ne
DU TOUR DU MONDE EN SOLITAIRE qui sera différente. Ça doit être au-dessus de ce que j’ai déjà pu connaître. Je pas se péter la gueule. Plus tard, environ 34 jours après ton départ, tu touches la
2007 : Abandon sur avarie après 19 jours de course. pense que ça peut être considéré comme un shoot. Enfin, je n’ai jamais rien zone d’atterrissage. C’est l’instant Télémark. Il débute juste après le Cap Horn.
2008 : 1er tour du monde bouclé en 59 j 20 h 42’ 43’’, essayé de ce type, mais j’imagine… Mais voilà, tu sais ce que tu as reçu comme Le virage signifie qu’on a quitté les mers inhospitalières. Déjà, là, tu regardes si
soir 2 j 7 h de plus que Francis Joyon. émotions et tu sais qu’il doit y avoir un peu plus fort. Il ne doit pas y avoir de le saut a été bon. Tu as la jouissance d’avoir survécu et celle d’avoir fait un truc
2010 : 2e tour bouclé en 61 j 5’ et 5’’, soit 3 j 10 h 31’ assez rare. On est trois à avoir fait le tour du monde en multicoque en solitaire, meilleur shoot que celui-là. »
de plus que Joyon. sur cette planète (outre Thomas Coville, Francis Joyon et Ellen McArthur ont
12 13Transat Jacques-Vabre
Texte de SERVANE DORLÉANS - Photo Mark Lloyd/DPPI/TJV 2013
Loin des yeux,
près du cœur
Comment vivent-ils, eux, enfants, parents ou
épouses, les aventures de leur marin préféré ?
Journal du nautisme a écouté l’entourage de Sidney
Gavignet, Yves Le Blevec et Damien Seguin
durant la Transat Jacques-Vabre.
hade a déjà ‘‘fait’’ trois tours du monde. Elle a vécu au rythme de la Volvo
Ocean Race. C’était en 2008-2009 et son père, Sidney Gavignet, courait à Cbord de Puma. Depuis toute petite, l’aînée de la famille Gavignet fréquente
la course au large, ses fantaisies, ses héroïsmes et ses angoisses. On prend quelques
habitudes, mais on ne s’habitue vraiment jamais aux soubresauts des émotions.
« Papa a fait plusieurs fois le tour du monde. Une transat, c’est moins long. J’ai un
peu peur quand même quand il part. » Après douze jours d’une course menée à un
train d’enfer, le MOD 70 a eu le bon goût d’amener son père à bon port, à Itajai. Un
soulagement. « J’ai compris que c’était dangereux lorsque j’ai vécu la disparition de
Hans Horrevoets sur la Volvo Ocean Race, raconte Chade, 15 ans. Depuis que papa
navigue sur un trimaran, j’ai un peu plus peur, d’autant que ce bateau est nerveux.
Le jour où je naviguais sur Oman Air-Musandam à Dun Laoghaire sur la Route des
Princes, Spindrift a chaviré. Cela n’a pas contribué à me rassurer, mais papa sait ce
qu’il fait. »
Tous les soirs, après les cours, Chade a mis les yeux sur les pas de son père. « Ma petite
sœur, Tarajune, n’a que dix ans, elle est moins inquiète que moi, mais par contre, papa
lui a beaucoup manqué. » Une fois la course terminée, la fierté chasse les dernières
marques de peur. « Je sais que son métier le passionne vraiment. Quand il part, c’est
toujours triste mais après toutes ces années, je me suis habituée à son absence, même
si c’est difficile. »
Marie et Armel sont les parents d’Yves Le Blevec. Ils était présents au Havre, pour
le départ. Soucieux de ne pas déranger leur fiston dans sa préparation, ils se sont
faits discrets. S’ils soutiennent leur fils et lui font une entière confiance, ils ne peuvent
cacher leur inquiétude. « On a suivi de près sa course sur Internet en regardant
plusieurs fois par jour sa position, et même parfois la nuit. On a écouté les vacations.
On est inquiets quand il est en mer, ce qui doit être le minimum, pour des parents
», souligne Marie Le Blevec. Loin du Brésil, les parents d’Yves ont fêté l’arrivée de
leur fils chez eux. « Une arrivée, c’est quelque chose d’assez spécial. Il est encore dans
son monde quand il arrive, on préfère fêter ça entre copains », achève le père du
skipper d’Actual.
Tifenn Seguin a de multiples statuts et autant de responsabilités. Elle est la femme de
Damien, elle est également entièrement impliquée dans le projet sportif de son marin
de mari, dont elle gère les relations partenaires, le site Internet et la newsletter. « J’ai
deux casquettes, la professionnelle et celle de femme et de mère, c’est assez compliqué
à gérer. Parfois, je me dis que si j’étais seulement femme de marin, ça serait plus facile
à vivre. » Pour elle, la Jacques-Vabre n’a pas été de tout repos à terre. « Je ne me suis
pas trop inquiétée pendant la descente du Golfe de Gascogne malgré des conditions
difficiles. Je savais que Damien et Yoann (Richomme, ndlr) allaient être prudents,
qu’ils n’avaient pas envie de casser le bateau ou de prendre des risques inutiles. J’ai
eu souvent Damien au téléphone, ça allait. Le plus dur, c’est quand ils ont explosé le
spi. Ça leur a fait perdre des places. Il a fallu l’aider à gérer la déception, lui remonter
le moral. »
Privée de communication avec son mari après le Cap Vert suite à un problème
d’hydrogénérateur sur le bateau, Tifenn, après un moment de stress, a vite relativisé.
« Ils n’ont quasi plus d’électricité à bord. J’ai essayé d’organiser une escale à Recife mais
il n’y avait pas le matériel nécessaire. Le fait qu’ils n’aient plus de pilote automatique
est un peu plus stressant, mais ils ont décidé de continuer la course et de se relayer à
la barre. Et finalement, ne plus avoir de nouvelles me permet de penser à autre chose.
Je sais que le téléphone ne va pas sonner à n’importe quel moment du jour ou de la
nuit. Deux coups de fil par jour, c’est bien suffisant, compte tenu du fait que je ne sais +33 (0)4 92 00 09 03
jamais dans quel état d’esprit il sera. »
Gavignet, père et filles www.leopardcatamarans.fr
europe@leopardcatamarans.com
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Journal du Nautisme_ParisBS2013_December.indd 1 21/11/2013 09:21:59
Présent au Salon Nautique de Paris
Du 7 au 15 décembre - Hall 1 Stand D51Transat Jacques-Vabre
Changement de braquet
La victoire de Vincent r iou et Jean Le Cam à bord de PRB dans la onzième transat Jacques-Vabre est venue
couronner le plus véloce des Imoca dans la plus rapide des descentes vers l’hémisphère sud. Les conditions
météo extrêmement favorables ont accouché de records de vitesse. Ce deuxième succès majeur pour r iou,
vainqueur du Vendée Globe 2004-2005, est aussi une borne dans l’histoire des monocoques Imoca.
Texte de bernard bIL zIC - Photo DR
l y aura donc un avant et un après cette Transat Jacques-Vabre. D’abord parce vivre en multicoque. Les organismes sont un peu fatigués : quand on dort heure
que c’est la dernière épreuve sous le format de l’ancienne jauge Imoca puisque après heure au fond du bateau avec un bruit fort quasi permanent, ce n’est pas Iles règles vont changer dès 2014 avec l’adoption des quilles en acier fraisé et évident. Le sommeil n’est pas de bonne qualité. » Techniques ensuite : « Avant,
des mâts standardisés. Ensuite parce que ce parcours nord-sud de 5 450 milles a je ne remplissais jamais les trois ballasts complétement parce que cela paraissait
été caractérisé par un flux puissant presque constant de secteur nord-est à est du trop demander à la structure, racontait Marc Guillemot à l’arrivée. Cette fois, on
cap Finistère au Pot au Noir, puis de sud-est à est jusqu’à l’arrivée à Itajai… Plus a tout mis au débridé-travers : on était sous l’eau, ça faisait un bruit de dingue,
de 75 % du parcours depuis Le Havre s’est déroulé bâbord amure ! mais on allait aussi vite que les derniers Imoca alors que Safran date de 2007.
En tirant réellement à 100 % sur le bateau, on vit à 30° de gîte ! » L’avantage du
gréement classique est aussi là. Avec leurs outriggers inclinés de 30° environ,
un mInImum de manœuVre les bateaux à mât-aile ne peuvent naviguer pareil sans engager le tube carbone
La conséquence de ces conditions météorologiques très cadrées sur dix-sept jours dans la mer… Mais en augmentant de 10 %, voire 20 % la puissance, les efforts
de mer : quatre empannages pour PRB dans l’hémisphère nord, trois autres sont aussi exponentiellement plus importants. Il faudrait donc redimensionner
entre le cap Frio et l’arrivée, pas un seul virement de bord une fois Ouessant les safrans et leurs périphériques dans un premier temps, mais peut-être aussi
débordé ! Les manœuvres se sont résumées à des changements de voilure entre les voiles de quille, les profils de mât et le haubanage puisque les 5 771 milles
gennaker, grand ou petit spi, génois et trinquette… Et pourtant ce fut l’une des parcourus réellement par le vainqueur PRB à 14,12 nœuds de moyenne ne
plus exigeantes de toutes les Transat Jacques-Vabre. Dans les faits, la manière représentent qu’à peine un cinquième d’un tour du monde en solitaire…
de naviguer a sensiblement évolué, ce qui laisse entendre que les spécificités
techniques des nouvelles quilles imposées mais aussi des gréements (classiques
ou ailes), vont peut-être être tout juste suffisantes pour encaisser des efforts des arrêts sans péna LIté
qui ont cru exponentiellement ! Les problèmes de safran de Macif (François Les escales techniques ne sont plus très pénalisantes. L’arrêt à Peniche de
Gabart et Michel Desjoyeaux) qui a dû se détourner vers Peniche (Portugal) Macif fut tellement court (quatre heures) que le duo Gabart-Desjoyeaux reprit
pour changer de pelle alors qu’il était en tête, et de PRB (Vincent Riou et Jean Le le commandement quatre jours et demi plus tard, quand le tandem Riou-Le
Cam) qui a fait un pit-stop à Mindelo (Cap-Vert) pour en remplacer un, et l’étrier Cam faisait une escale express (45 minutes !) au Cap-Vert pour remplacer aussi
en titane de Safran (Marc Guillemot et Pascal Bidégorry) qui maintient la mèche un safran. Mis à part le Vendée Globe, qui interdit l’assistance, la Barcelona
à la limite de la rupture à l’arrivée, sont autant de péripéties qui confirment que World Race ou d’autres courses imposent un temps minimum d’arrêt pour
les marins ont encore franchi une marche dans l’exploitation de la puissance que les teams ne débarquent pas à chaque port… Reste aussi à savoir si les
de ces machines. « Des vitesses en-dessous de 15 nœuds, il n’y en a vraiment nouvelles règles de jauge entérinées (ou non) à l’issue du Nautic ne vont pas être
pas eu beaucoup, envoie Jean Le Cam. Cela signifie qu’on a tiré énormément si contraignantes qu’aucun skipper (et sponsor) ne prendra le risque de faire
sur le bateau. Du début jusqu’à la fin, on n’a jamais eu de conditions relax, de construire un nouveau prototype dont les performances (simulation virtuelle)
descentes vent arrière, tranquilles. Le curseur était placé très haut. La preuve : ne permettraient de réduire le tour du monde en solitaire que de trois heures
les safrans n’ont pas tenu. Quand ça se produit, il ne faut pas se demander face aux bateaux existants. Engager une construction de près de quatre millions
pourquoi. Ces bateaux-là ont déjà fait le tour du monde, les safrans sont arrivés d’euros pour gagner 0,16 %, c’est risqué, surtout quand les « anciens » Imoca
entiers. Là, deux d’entre eux ne sont pas arrivés à Itajai. » peuvent encore gagner plusieurs pourcents de vitesse moyenne sur un Vendée
Globe…
une Leçon d’hum IdIté…
Jusqu’alors, tous formats de compétitions confondus, les skippers s’étaient
Le podIum
imposé des limites qui ont implosé sur cette épreuve. Physiques, d’abord : « On
1-PRB (Vincent Riou-Jean Le Cam) : 17 j 00 h 41’ 47’’ à n’a pas beaucoup enlevé les cirés pendant les 17 jours, reconnaît Vincent Riou !
L’atmosphère était humide du début à la fin… On a pu jouer avec le bateau mais 13,30 nœuds de moyenne ; 2-Safran (Marc Guillemot-Pascal
les périodes de repos étaient rares : cela ressemblait un peu à ce que l’on peut Bidégorry) : 17 j 04 h 43’ 23’’ ; 3-Maître CoQ (Jérémie Beyou-
Christopher Pratt) : 17 j 05 h 15’ 07’’
16Transat Jacques-Vabre
Propos recueillis par bernard bIL zIC – Photo Yvan Zedda / Gitana SA
MERCI !
« Les mod 70
sont ux des de ! » Dans toutes les courses, l’essentiel est de relever les défis.
Le groupe Macif remercie ses marins pour leurs parcours
sur la Transat Jacques Vabre. CLassement
des mod 70
de la transat Jacques-
Vabre (2 partants) Rendez-vous en 2014 pour de nouvelles aventures !
• Edmond de Rothschild
(Sébastien Josse-Charles
Caudrelier) : 11 j 5 h 03’ 54”
à 22 nœuds de moyenne
• Oman Air-Musandam
(Sidney Gavignet-Damian
Foxall) : 11 j 10 h 04’ 09”
Aux côtés de Charles
Caudrelier (à gauche),
Sébastien Josse a joué
avec le globe…
avec son équipier, Charles Caudrelier, sébastien Josse a mené un train d’enfer jusqu’à Itajai (brésil)
pour s’imposer devant l’autre concurrent de la classe, Oman Air-Musandam. Le skipper de Edmond de
Rothschild garde encore au fond des yeux un pétillement qui en dit long sur l’intensité de ce duel et
sur l’exigence de ces machines. r etour sur une transat express à 22 nœuds de moyenne !
étiez-vous, avec Charles Caudrelier, réellement préparés à cette o n imagine un mode de vie très particulier…
intensité ? S. J. : À partir de 22-23 nœuds de vent, on est très sollicités sur un MOD 70 parce
Sébastien Josse : « Au départ du Havre, nous avions un nombre suffisant que se déplacer sur le bateau devient un challenge. On a été rapidement fatigués et
d’heures de navigation en double pour être en confiance l’un avec l’autre et avec le en déficit de sommeil. On a commencé à faire des quarts de deux heures (au lieu
bateau. On savait comment mener le trimaran, mais il est vrai que plus on navigue de trois-quarts d’heure à une heure au début) très tard sur le parcours, à partir de
en compétition, plus on attaque ! On s’habitue à la vitesse, au vent apparent, aux Salvador de Bahia. Déjà, il faut au moins cinq à dix minutes pour s’adapter à la barre
mouvements… Et à la fin de la course, avec Charles, nous allions encore plus vite, avant de pouvoir exploiter le potentiel du bateau, reprendre le fil selon l’état de la
tandis que Sidney (Gavignet) et Damian (Foxall), sur Oman Air-Musandam, étaient de mer, les tensions de chute de voile, la force du vent et sa stabilité… Et quand tu es à
plus en plus incisifs alors qu’ils avaient navigué sur la réserve au début. l’intérieur… Tu dors ?
Justement, ce duel n’a jamais cessé : vous avez eu au maximum après cette expérience en double, peut-on imaginer du solitaire,
100 milles d’avance… sur une r oute du r hum ?
S. J. : On a toujours essayé de se caler par rapport à eux en tentant d’être au moins S. J. : En termes de maniement, c’est évidemment possible, mais à quel rythme et
aussi rapides. On est montés d’un cran quand on a vu qu’on alignait 29 nœuds de pour quoi faire ? Pour se battre face aux Ultime, cela n’a pas d’intérêt. Face à d’autres
moyenne sur plusieurs heures : en équipage, on arrive à 31 nœuds ! MOD 70, pourquoi pas ? Les bateaux sont très sains, très bien conçus.

Les mod 70 sont des bateaux conçus pour être menés par paradoxalement, les mod 70 peinent à convaincre aussi bien les
six équipiers ! coureurs que les sponsors ou le public…
S. J. : En fait, on navigue différemment en équipage : la conduite est plus agressive S. J. : Ça a super bien démarré avec un beau plateau, un beau programme et pouf !
parce qu’on doit s’appuyer sur le foil, avec la coque centrale à un mètre au moins Deux sponsors avec deux têtes d’affiche (Roland Jourdain avec Véolia, Michel
hors de l’eau. On sait alors que, s’il y a un planté dans une vague, il y a aussi une Desjoyeaux avec Foncia) arrêtent brusquement : ce n’est plus pareil. Et puis deux
réaction immédiate de l’équipage. En double, on pilote avec la coque centrale à fleur accidents (Yann Guichard avec Spindrift et Jean-Pierre Dick avec Virbac-Paprec 70)…
d’eau, voire posée sur l’eau : on attaque moins à la barre. Si on se prend le pied dans La course aurait eu un intérêt plus grand avec quatre duos au départ du Havre ! Il
le tapis, il y a trois trucs à faire en même temps alors qu’en équipage, la situation est paraît que la Krys Ocean Race va être aussi ouverte aux Ultime et au Multi 50 : ce
tout de suite gérée : abattre, choquer la grand-voile, larguer le chariot, choquer le serait une répétition de la Route du Rhum avant l’heure, en équipage… S’il y a au
gennaker. moins quatre monotypes au départ, pourquoi pas ? On va voir d’ici deux ou trois À TERRE, COMME EN MER, LA SOLIDARITÉ EST UNE FORCE.
mois comment tout cela va se décanter, pour les MOD 70, pour Gitana Team, pour
Il y a des allures particulièrement pointues, voire dangereuses ? moi. Mais ce sont des bateaux les plus dingues, les plus grisants du moment.
S. J. : Le pire, c’est les angles fermés de 85° à 115° du vent : la porte de sortie est plus
Retrouvez la Macif au « Nautic », du 7 au 15 décembre 2013 éloignée. En abattant ou en lofant, il y a 25° à faire pour remettre le bateau à plat… Cette transat Jacques-Vabre restera un bon souvenir pour vous ?
C’est compliqué aussi dans un vent instable qui monte de deux ou trois nœuds ! S. J. : Chaque minute sur ce bateau est un bonheur, un moment d’éclate ! Je me suis Porte de Versailles à Paris - Pavillon 1 - Stand J52Il faut une réaction immédiate. Du coup, avec Charles, nous avons raccourci nos fait super plaisir depuis trois ans : je n’avais jamais fait de multicoque auparavant.
quarts et, au premier avertissement (coque centrale qui lève), on se remplaçait à la Et je ne pouvais pas rêver mieux que de finir une saison comme celle-là ! J’ai pris
barre. En fait, on passe une transat à ralentir le bateau parce qu’on est tout seul sur le mon pied, j’ai fait du sport de haut vol, avec ce mec super qu’est Charles : quelle
MUTUELLE ASSURANCE DES COMMERCANTS ET INDUSTRIELS DE FRANCE ET DES CADRES ET SALARIES DE
pont… Il faut savoir freiner plutôt qu’accélérer. Nous avions le Sail-Drive (sortie de chance ! »
L’INDUSTRIE ET DU COMMERCE. Société d’assurance mutuelle à cotisations variables. Entreprise régie par le Code des
l’hélice moteur) qui partait en vibration à partir de 32 nœuds : c’était notre alarme. assurances. Siège social : 2 et 4, rue Pied de Fond 79000 Niort.
18sue
AP_JDN_NAUTIC_260x360.indd 1 29/11/13 10:31
Crédit photo : JM Liot/ DPPI/ Macif
dingbatea

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