Journal du Nautisme Spécial Nautic 2014

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Décembre 2014 > Supplément gratuit à L’équipe n°22054 du vendredi 5 décembre 201429 SPéCIAL NAUTIC 2014 le magicien Dans les coulisses de l’exploit de Loïck Peyron Route du Rhum - Windsurf, la régalade Les nouveautés des chantiers Basse-Terre | Grande-Terre | Marie-Galante | Les Saintes | La Désirade JOUEZ ET GAGNEZ SALON NAUTIQUE DE PARIS Visitez-nous du 5 au 14 décembre Paris Porte de Versailles, Stand 1 G59 et gagnez un séjour pour 2 personnes. Visuel JOURNAL DU NAUTISME - L 260 x H 360 mm.indd 2-3 24/11/14 11:17 www.lesilesdeguadeloupe.com édito Notre Peyron, ce héros Ne nous plaignons pas que, cette fois-ci, les Anglais aient titré les premiers. La salve, inattendue, a jailli de la plume de la chroniqueuse de Yachting World, Isobel Smith : « Et si Loïck Peyron était le meilleur marin de la planète ? » Tandis que la rédaction toute entière tentait, tant bien que mal, de résumer le palmarès du Baulois, nous ne pouvions nous empêcher, à chaque ligne, de laisser s’échapper un petit « Ah ouais, quand même… ». Par pudeur peut-être, par raison sûrement, nous tentions aussi d’évaluer ce qui avait bien pu échapper au tout récent vainqueur de la Route du Rhum. Ses manques ? Zéro Solitaire du Figaro à son palmarès, juste une deuxième place au Vendée Globe, pas de Coupe de l’America.
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Décembre 2014 > Supplément gratuit à L’équipe n°22054 du vendredi 5 décembre 201429
SPéCIAL NAUTIC 2014
le magicien
Dans les coulisses de l’exploit de Loïck Peyron
Route du Rhum - Windsurf, la régalade
Les nouveautés des chantiersBasse-Terre | Grande-Terre | Marie-Galante | Les Saintes | La Désirade
JOUEZ ET GAGNEZ
SALON NAUTIQUE DE PARIS
Visitez-nous du 5 au 14 décembre
Paris Porte de Versailles, Stand 1 G59
et gagnez un séjour pour 2 personnes.
Visuel JOURNAL DU NAUTISME - L 260 x H 360 mm.indd 2-3 24/11/14 11:17
www.lesilesdeguadeloupe.comédito
Notre Peyron, ce héros
Ne nous plaignons pas que, cette fois-ci, les Anglais aient titré les premiers. La salve, inattendue,
a jailli de la plume de la chroniqueuse de Yachting World, Isobel Smith : « Et si Loïck Peyron
était le meilleur marin de la planète ? » Tandis que la rédaction toute entière tentait, tant bien
que mal, de résumer le palmarès du Baulois, nous ne pouvions nous empêcher, à chaque
ligne, de laisser s’échapper un petit « Ah ouais, quand même… ». Par pudeur peut-être, par
raison sûrement, nous tentions aussi d’évaluer ce qui avait bien pu échapper au tout récent
vainqueur de la Route du Rhum. Ses manques ? Zéro Solitaire du Figaro à son palmarès,
juste une deuxième place au Vendée Globe, pas de Coupe de l’America. On peine à croire que
l’élégant reviendra un jour se ruiner le sommeil sur la Solitaire, on le croit lorsqu’il annonce
qu’il ne repassera plus jamais 72 jours en mer en solo pour une boucle autour de trois caps,
mais il n’a pas dit son dernier mot pour ce qui concerne la Coupe de l’America : depuis que le
projet familial Energy Team s’est éteint, Peyron a rejoint les Suédois d’Artemis, pour l’heure
le plus sérieux et le plus outillé outsider de Team USA.
Il est agréable de constater que le village global est venu poser son œil curieux sur notre rivage,
et qu’il hésite aujourd’hui à faire siens nos propres héros. Franck Cammas, qui a tracé la route
de Loïck Peyron en accouchant puis en menant victorieusement ce même maxi-trimaran de
Saint-Malo à Pointe-à-Pitre, puis en partant convaincre les Anglo-Saxons qu’on n’était pas de
si piètres marins puisqu’on savait aussi remporter la Volvo Ocean Race, a largement participé
à ce qu’une Anglaise en vienne à se demander, un jour, si le meilleur marin du monde n’est
pas de notre terroir. En réalité, il n’est pas nécessaire d’apporter une réponse : c’est la question
qui est belle. La réponse viendra lorsqu’un skipper bien de chez nous soulèvera la Coupe de
À la Loïc Peyronune l’America. Franchement, on n’attend que ça.
par Mark Lloyd/DPPI/AFP
Bonne lecture, bon Nautic !
Frédéric Pelatan
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du vendredi 5 décembre 2014 Sophie Joffo Jean-Louis Guimar - Tél. : 01 40 93 25 30
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Philippe Carli
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04.11.2014 15:54 (QUADRI-tx vecto) flux: PDF-1.3-Q-300dpi-v-X1a2001-isocoated-v2-300 Route du Rhum
décembre 2014
Propos recueillis par FRÉDÉRIC Pelata N
QuatRe hoMMeS
et un coup fin
Parce qu’il n’a eu que deux mois pour se préparer, parce qu’il annonce la cinquantaine resplendissante,
parce que Banque-Populaire VII est quand même un bateau bien gros, et parce que c’est le Rhum,
la victoire de l oïck Peyron est un exploit immense. Journal du Nautisme s’est glissé en coulisses pour
raconter comment l oïck Peyron a trouvé en Marcel van triest, le routeur, Ronan l ucas, le patron du team
et armel l e Cleac’h, promu copilote à terre, de parfaits compagnons de route.
C’était une
transmission de
pilote à pilote,
Comme dans un
avion, en plus
Cmliqé
Loïck Peyron
Loïck Peyron : « J’ai rappelé le lendemain pour dire oui, à trois conditions :
que mes tests physiques soient bons, qu’Artemis me laisse le champ libre 1– le Choix l oïCk p eyron parce que je suis dans une aventure Coupe de l’America qui demande de
Loïck Peyron : « L’histoire démarre, simple comme un coup de fil. Ça l’investissement, et que je me donne les moyens de bien faire. Cela faisait
sonne, je vois le nom de Ronan Lucas. Je n’ai même pas besoin de décrocher quand même douze ans que je n’avais pas fait de solo en multicoque. Une
pour savoir qu’il y a un truc. Et je n’ai même pas eu besoin de réfléchir pour fois les premières conditions suspensives levées, je suis allé dès potron-minet
lui dire non : c’était logique par rapport à la contrainte physique qu’impose rejoindre en Zodiac le bateau bleu qui avait été mis au large. J’ai fait une
ce bateau, mon petit bateau jaune et Artemis, avec qui je prépare la Coupe heure et demie de manœuvres pour voir ce que ça donnait, ce n’était pas mal
de l’America ». en fait. J’ai craché quelques clopes, c’était très difficile mais gérable, en fait.
J’ai dit banco, et c’était parti. »
Ronan Lucas : « Quand je l’appelle, je sais que je ne lui fais pas forcément
un cadeau. Armel et moi étions convaincus que, certes, il valait mieux être Ronan Lucas : « On a annoncé ça un jeudi à la presse et, le lendemain,
en forme pour mener le bateau, mais qu’il n’était pas nécessaire d’être un Loïck partait en qualification. C’était l’occasion de se retrouver face au
golgoth, qu’il valait mieux être intelligent. Loïck était le meilleur choix qui bateau, en solitaire, sans vraiment connaître les finesses du bateau. »
soit, surtout avec son expérience du multicoque à haute vitesse.»
Loïck Peyron : « La veille, Armel m’avait donné quelques ficelles, mais
Armel Le Cleac’h : « Qu’il finisse par dire oui après avoir dit non, c’est surtout, je lui ai demandé de m’accompagner pour suivre le Rhum avec
un soulagement. Pour nous, c’était la meilleure personne pour me remplacer Marcel van Triest. Ce n’était pas facile pour lui, il était encore bousculé
et embrasser cette mission qui n’était vraiment pas facile. » par toute cette histoire, mais c’était une aide inestimable que de l’avoir dans
6 7l’estafette. » >>>opu
Thierry Martinez/Sea&CoRoute du Rhum
décembre 2014
Loïck Peyron : « À peu près au moment où Thomas connaît son accident,
je tombe sous le vent. Je m’emplafonne un taquet en plastique et me fêle une
côte. Je reste scotché un quart d’heure à terre, j’avais du mal à respirer. Ce qui
est fascinant, c’est que la tête a dit à la machine : ‘‘Tu es en tête, tu n’as pas le
droit d’avoir mal, tu n’as aucune excuse.’’ Et, pendant sept jours, j’ai tenu en
ayant mal, un peu, mais moins qu’aujourd’hui. J’ai fait un barrage cérébral
fascinant. »
Armel Le Cleac’h : « Thomas Coville est juste derrière quand Sodebo
aborde le cargo. On ne prévient pas Loïck dans l’instant : il est en pleine
manœuvre et Thomas est hors de danger. Sa première réaction est ‘‘M…, ça
fait ch… pour Thomas’’. Mais l’abandon de Thomas ne change rien à notre
stratégie. L’état de la mer va nous empêcher de tenir les vitesses théoriques
Ronan Lucas, team manager qui nous auraient permis de tenter le coup du trou de souris. La porte s’est
refermée et il ne restait plus qu’à foncer sur la route sud, sauf si un concurrent
tentait le coup. Loïck en était ravi. »
Loïck Peyron : « Au premier grand virement en Manche, le cinquième après
le départ, dans le front, on est tribord et on descend pleine balle vers le sud
contre les vagues ; le problème de l’option était réglé. »
5 – Le D euxième jour
Loïck Peyron : « C’est la deuxième nuit. On est un ris/ORC, dans un vent
très formé, qui commence à prendre un peu de droite, je n’ai pas encore dormi,
je barre en somnolant, debout, dans une position très inconfortable qui vrille
les jambes. Une vague un peu plus forte me fait dévisser, je m’accroche à la
barre, ce qui fait abattre le bateau de 15, 20 degrés. Il y a de l’air sur une coque
bien en l’air. Faute de temps, je me traîne, tourne la barre pour faire lofer en
grand et éviter le chavirage. Je m’en serais voulu : je n’ai jamais chaviré de ma
vie ! Je n’en parle pas, comme de ma côte : il n’y a aucune aide à attendre de
l’extérieur. »
du responsable de la tour, il y a un pilote expert de chaque type de zinc pour Armel Le Cleac’h : « Il y a un passage à niveau un peu après Madère, avec
donner les bonnes indications à la place du pilote s’il rencontre des difficultés 4 – Le D épart une zone de gradients un peu faibles, qui se dégrade pour les bateaux suivants. 2 – La préparation à l’atterrissage. » Ronan Lucas : « Tandis qu’on rejoignait en semi-rigide la ligne, le dimanche C’est pile dans les heures où il aurait enfin pu prendre le temps de se reposer, Armel Le Cleac’h : « Il y avait 20-25 nœuds, Loïck a pu prendre le bateau
matin à deux heures du départ, Loïck racontait l’histoire des bateaux qu’on mais on lui fait remettre du charbon. Là, on fait un break. »rapidement, puis il a listé ses questions. L’idée était que j’apporte des réponses Ronan Lucas : « Loïck est content d’être là. Il a une force incroyable : croisait, Kriter ou le petit jaune qui ressemble au sien, mais pas tant que ça. rapides à ses questions précises. On avait l’encyclopédie du bateau à transmettre. contrairement aux autres, il n’a pas la pression, il est encore super zen. » Serein. Loïck, c’est un champion, quoi. Il n’en est pas là, à 54 ans, avec ce Loïck Peyron : « Pour la deuxième fois – comme juste après le départ où on Ça faisait un an et demi que je naviguais sur ce bateau en solitaire. »
palmarès et cette notoriété, sans être une énorme force de travail. Je l’ai vu, ne savait pas trop ce qui nous attendait –, mais surtout comme en Manche, je
Loïck Peyron : « Avant les derniers jours, on n’a qu’une vision générale de la sur le Jules-Verne et sur le Rhum, il a la motivation d’un gamin de 25 ans et un dois enchaîner plus de virements que prévu. Virement de front, on est deux Loïck Peyron : « C’était une transmission de pilote à pilote, comme dans météo. On réalise qu’on va un peu, beaucoup dérouiller en raison de l’état de la plaisir d’être sur l’eau qui ne s’épuise pas. Tu ne peux pas durer dans ce métier ris/ORC, et il y a une molle au milieu du Gascogne. Je largue un ris pour le un avion, en plus compliqué. Pour autant qu’on pose les bonnes questions, ça mer. Mais on sait qu’on va aller vite. On commence à dérouler le film. » sans avoir ce moteur-là. » reprendre par la suite, c’est une petite perte de temps, mais c’est bien pour pouvait marcher. On s’est bien entendu. On a fait une ou deux navigations
attaquer un peu plus. On décide d’envoyer le G1 – sorte de gennaker un peu plus ensemble sitôt qu’il a pu, avec son bras. » Armel Le Cleac’h : « Ce n’était pas minuté, mais on savait à quel moment Loïck Peyron : « C’est l’un des rares départs de Transat en solo où je me suis petit, ndlr – ça faisait plusieurs manoeuvres de plus, mais c’est une belle attaque :
Loïck allait faire les choses : trinquette pour le départ, passage à l’ORC au senti serein, parce que j’avais confiance dans le canot, dans l’équipe, dans le on a vu, au fil de la descente, que cette petite ondulation dans l’anticyclone Ronan Lucas : « On a énormément navigué le premier mois, une vingtaine niveau de Bréhat, puis deux virements à faire pour aller s’abriter de la baie travail, les entraînements que j’avais faits. Ce bateau est plus stable que les plus faisait qu’il fallait se magner pour passer pour éviter de se faire prendre. On n’a de jours au total. Après une partie en solo dans des conditions maniables, de Morlaix avec un peu de moins de mer, et parce que c’était intéressant petits et pas assez grand pour ne pas être manœuvrable. Il était juste à la limite pas envoyé très lourd, parce que je suis un garçon très raisonnable et que je n’ai on est parti dans une version faux solo avec Jean-Baptiste Le Vaillant pour d’être plus sud, puis le deuxième ris avant de passer l’axe de la pointe ouest de ce que je pouvais faire. » jamais fait de pointe à plus de 40 nœuds – 38 ou 39 me suffisaient bien. »compagnon de route. Il connaît très bien Loïck et il était précieux dans tout bretonne, où la mer allait être formée et où le vent allait rentrer. C’était une
ce qui était affinage des voiles : on a d’ailleurs retaillé les deux gennakers. configuration qui lui permettait d’être paré pour attaquer le gros du mauvais Ronan Lucas : « Le scénario du premier jour, il l’avait bien en tête. La trace Ronan Lucas : « Il s’est fait mal à un point qu’on n’imagine pas. Il a mal aux Avec Pierre-Yves Moreau et Jean-Baptiste, on est allé au large d’Ouessant temps et enchaîner l’empannage dans 35 nœuds au moment du passage du qu’on a réalisée correspond bien à ce qu’on avait dessiné avant le départ. Et côtes, il n’a pas dormi depuis des jours, et il nous fait confiance quand on lui prendre 30-35 nœuds de vent au près à fond la caisse. On l’a soutenu dans front. Surtout, il fallait ne pas abîmer le bateau et ne pas pousser le skipper on a pu s’appuyer sur notre communication à trois qui a été hyper limpide. demande d’en rajouter alors qu’il est déjà cramé physiquement, simplement sa préparation physique. On n’allait pas en faire un monstre physique, mais dans le rouge. » Avant que Loïck ne soit prévenu de ce qu’il pouvait faire, on avait eu une parce qu’on lui dit : ‘‘C’est maintenant qu’on va capitaliser pour la suite.’’ Je il fallait qu’il ait de la caisse, suffisamment pour que l’envoi de grand-voile ne
connais un paquet de mecs qui m’auraient dit ‘‘Tu me soûles, on va envoyer soit pas une douleur atroce. » Loïck Peyron : « J’entre alors dans un exercice que je pratique beaucoup : le grand maintenant parce que c’est pas pour douze heures sous petit gennak’
la visualisation. Un peu comme un skieur qui, avant d’entrer dans la boîte de que je vais changer la face du monde’’. Loïck a changé ses voiles, attaqué et il je L ’ai vu, sur L e j uLes-verne et
départ, visualise les piquets. Je passe 24 à 48 heures à dérouler chaque action, est resté au guidon. Là, j’ai vu que sa motivation était extrême. »
au détail près, les yeux fermés. C’est une chorégraphie que je mets en place, sur L e rH um, i L a L a motivation
c’est très précis, ça va jusqu’à l’ouverture d’un bloqueur à tel endroit, un ou j’avais L e mo De D ’empLoi, Loïck Loïck Peyron : « Le troisième jour est sympa, mais c’est aussi le moment D’un gamin D e 25 ans et un deux tours autour du winch… » où il m’a semblé que le bras de liaison était cassé. Heureusement que je n’ai L’a a Dapté à sa façon D e faire pas repéré ça avant parce que, vu la mer qu’on a eue sur les deux premiers pLaisir D ’être sur L ’eau qui ne Armel Le Cleac’h : « Dimanche matin, au camion, avant que Loïck jours, j’aurais été particulièrement angoissé. J’ai repéré les dégâts juste avant
n’embarque, on reparle de la stratégie à moyen terme. On se laisse jusqu’à lundi d’envoyer ce gennak’. La mauvaise surprise visuelle est rassurée par la tête s’épuise pas Armel l e Cle AC’h
soir pour décider de la route, entre le Gascogne et le cap Finisterre. À côté de la qui me dit tout de suite : ‘‘Ça paraît grave mais ce n’est pas le cas, sinon le
route classique au sud, stable, on a vu apparaître une route intermédiaire qui bateau serait déjà coupé en deux.’’ Je mène une petite investigation à l’intérieur
Armel Le Cleac’h : « Loïck s’est-il glissé dans ma peau ? Oui et non. Ma passerait au nord ou à travers les Açores pour se glisser entre l’anticyclone des du flotteur, un peu de dialogue avec les préparateurs et puis bon, en avant
connaissance était disponible, il l’a prise et l’a adaptée à sa façon de faire. Je ne ronAn l uCAsBermudes et celui des Açores, qui peut rapporter douze heures d’avance. Cette Guingamp ! »
sais pas s’il a navigué comme j’aurais navigué. Peut-être un peu différemment route avait des inconvénients : elle était compliquée, avec des manœuvres au
sur certains choix de voiles mais, au final, le résultat est assez proche de ce que près, et plus risquée : en cas de retard, l’anticyclone se retrouverait en un seul Ronan Lucas : « La question posée par Loïck est limpide : ‘‘Est-ce que je conversation sur la messagerie (Telegram Messenger) réservée aux gens à terre, j’aurais pu faire dans les mêmes conditions de mer. » morceau. On ne pouvait pas ne pas dire à Loïck que cette route n’existait continue ou pas ?’’ La réponse, c’était à nous, à moi de l’apporter. On s’est mis sur la difficulté de certaines manœuvres. On a ainsi pu le prévenir qu’il avait
pas : imaginez qu’un autre bateau s’y engouffre et fasse un coup gagnant en cheville avec l’architecte, VPLP, Multiplast, le constructeur du bateau et de grandes chances de tirer des bords pour aller à Fréhel. »
là-dessus ! » AGF, le calculateur. Les premières consignes sont : ‘‘A priori tu peux y aller,
on n’est pas particulièrement inquiet avec les conditions qui t’attendent, rien 3 – De H-36 au D épart Loïck Peyron : « C’était la bataille avec Thomas (Coville), des petits bords à
Loïck Peyron : « C’était une problématique de routeur, ça, une marotte de de grave.’’ Mais on refait des calculs une partie de la nuit avec Hervé Devaux, Armel Le Cleac’h : « Marcel faisait le routage et, à côté, j’apportais les terre, une jolie bagarre, un gros travail mental. »
notre Marcel transnational. Il aime bien – je le connais pour l’avoir pratiqué sur l’analyste structures qui est chez Artemis actuellement. Et, vers 2 heures du éclairages sur la navigation, pour les choix de voiles, la bonne pratique des
le Trophée Jules-Verne, c’est un type fascinant – montrer les voies impossibles matin, après avoir refait des calculs de structure avec un mode très dégradé, manœuvres à bord. À Saint-Malo, Marcel a commencé à envoyer des éléments Ronan Lucas : « C’est clair que ça a dû mettre la pression sur les autres
pour, si besoin, prouver que ce n’est pas la bonne solution. Il explore toutes les voire critique, largement plus que la réalité, on a la certitude que le bateau météo au fil de la semaine. » quand ils ont vu que, à 54 balais, Loïck allait chercher les bascules à terre et
solutions théoriquement bonnes, mais pratiquement impossibles, et des routes tiendra. Certes, il aurait été plus difficile de faire du près dans huit mètres qu’il était fortement dans le match. Il n’a rien lâché ce jour-là, et c’est comme ça
théoriquement plus rapides ne le sont pas toujours dans le vrai monde. Je ne de vagues, mais au portant, avec des enfournements classiques, ça passe sans Loïck Peyron : « Je voulais qu’Armel soit dans la tour de contrôle. C’est qu’il s’est glissé en tête le soir même. »
considérais pas cette micro option comme une option. » problème. »très exactement ce qu’il se passe sur un porte-avion, par exemple. Aux côtés
>>>
8 9
C. Launay/BPCE
R. Grossier/BPCE
Y. Zedda/BPCERoute du Rhum
Loïck p eyron
Né le 1er décembre 1959 à Nantes
paLmarès :
1987 : 1er de La Baule-Dakar (Lada Poch II avec Jacques Delorme)
1988 : 1er de Lorient-Saint Barth- Lorient (Lada Poch II)
1990 : 2e du Vendée Globe (Lada Poch II)
1992 : 1er Transat anglaise (Orma Fujicolor II)
1993-2002 : 23 victoires en Orma, 4 fois champion du monde d’Orma
(1996, 1997, 1999, 2002 sur Fujicolor II)
1985-1999 : 5 victoires au Tour de l’Europe
(1 en formule 3 avec Lada Poch, 4 au classement général avec Fujicolor II)
1996 : 1er Transat anglaise (Orma Fujicolor II)
1999 : 1er Transat Jacques-Vabre (Fujicolor II, avec Franck Proffit)
2001 : 2e de The Race (catamaran Innovation Explorer)
2003 : 1er de la Vendée Sables (Figaro 2 Fujifilm)
2004 : premières victoires en D35 et en match-racing (First Class 8)
2005 : 1er au Bol d’Or Mirabaud et Challenge Julius-Baer (D35 Okalys)
1er Transat Jacques-Vabre (sur Paprec Virbac 2, avec Jean-Pierre Dick)
2006 : début de l’aventure Gitana
2007 : 1er de la Transat Ecover BtoB (Imoca Gitana Eighty)
2008 : 1er Transat anglaise (Imoca Gitana Eighty)
2010 : défaite contre USA 17 en Coupe de l’America, avec Alinghi 5
2011 : 1er de la Barcelona World Race (sur Vorbac Paprec de Jean-Pierre Dick)
1er du Fastnet et du record SNSM (maxi-trimaran Banque-Populaire V)
2012 : Trophée Jules-Verne (maxi-trimaran Banque-Populaire V)
Dispute les America World Series (AC 45 Energy Team)
Rejoint le team Coupe de l’America d’Artemis
2014 : 1er de la Route du Rhum.
6 – Les jours suivants 7– L’arrivée
Armel Le Cleac’h : « Par la suite, je communique avec Marcel, moins avec Armel Le Cleac’h : « Je pars le samedi en Guadeloupe pour être sur zone et
Loïck, ou alors quand il a des difficultés à tenir le pilote automatique, pour donner préparer le contournement de l’île avec l’équipe technique, histoire de lui donner
quelques rappels sur les paramètres à régler ; je lui donne aussi des petits mémos les bonnes voiles. On a préparé un scénario. Ce n’est pas ce qu’on a forcément le
pour marin fatigué : la hauteur de dérive ou de foil selon les conditions de vent… mieux réussi. On a, je pense, sous-estimé la fatigue de Loïck qui avait enchaîné
Je suis en veille quasi permanente, mais j’ai le droit de dormir. Marcel est, lui, pas mal de manœuvres de nuit. On a peut-être été un peu trop gourmand, mais il
en stand-by avec des petites siestes. Au final, on n’a pas beaucoup échangé avec s’en est bien sorti. »
Loïck, seulement des petits mots, il répondait ‘‘Ok, bien reçu’’… Je ne suis même
pas sûr qu’il ait appelé Marcel. » Ronan Lucas : « C’est plus de la mise en place de cellule de routage et de sécurité
locales pour que Loïck ne soit pas trop flippé par ça. On avait prévu un hélico ou
Loïck Peyron : « On parle de quoi, ensuite ? Pas grand-chose. On échange un avion en cas d’arrivée de jour, puis de passer 24 heures exactement au même
une cinquantaine de messages par jour, mais on ne s’appelle pas. On parle endroit pour savoir comment allaient être les vents autour de l’île. Comme il
aussi des analyses d’Hervé Devaux, des comparatifs avec Spindrift. On déroule arrivait de nuit, ça ne marchait plus, alors on a pris deux vedettes, on a embarqué
tranquillement le reste de la course, on fait nos points météo deux fois par jour, les anémomètres et des moyens de communication pour rester en liaison avec
pour ne pas avancer à l’aveugle. Ronan me relance pour faire des petits checks Marcel. Pas avec le bateau. »
d’énergie. Ensuite, on est dans la gestion de l’alizé, avec des analyses plus poussées
de Photosat menées par Marcel, sur la nébulosité et les lignes de grains, histoire Loïck Peyron : « C’est la seule erreur qu’on ait faite. C’est d’ailleurs quand j’ai
de savoir où on va tomber sur des molles, mais ça se passe bien et vite, vraiment. perdu la main et que je n’ai pas suivi mon plan, pour l’arrivée. Depuis 48 heures,
Je donne des précisions sur la direction des vents, qui ne correspondent pas on sait que je vais arriver de nuit, ce que j’ai déjà connu sur une route du Rhum,
toujours à ce que les fichiers peuvent donner à voir à Marcel. J’adore les routeurs, à côté de Lionel Lemonchois quand je dirigeais Gitana (en 2006, pour établir aussi
le désormais ex-record de la Route du Rhum, allégé de quelque deux heures par Peyron cette
année, ndlr). J’avais vu le danger pour les bateaux suiveurs. J’allais arriver vite, mais
je voulais arriver en mode ‘‘safe’’, un ris/ORC. Mais le record commence à me
j’aDmire L es routeurs, mais je titiller. J’attaque encore un peu, sous gennak, juste avant la Désirade. Là, je prends
une grosse décharge physique, deux fois 45 minutes de manœuvres, je prends un n’aime pas L e routage. s i je ne ris à 35 nœuds, j’enroule le gennak, il y a plein de bateaux. Le temps d’affaler, je
prends quelques secondes pour connaître l’état du vent dans les Saintes. Ils me sais p Lus penser par moi-même,
répondent : ‘‘Tout va bien, tu peux passer J2 grand-voile haute.’’ Et, là, je fais
l’erreur de ne pas passer en J3, le petit ORC, avant Basse-Terre. Je la regrette, c’est c’est que je me suis mis D ans DEPUIS TOUJOURS, NOUS CROYONS
la mienne. Je me retrouve à la rue, avec du vent qui rentre, avec deux virements
Le rouge. c ’est un aveu D e à faire sur la côte à la bouée de Basse-Terre, puis un autre, un gros, sur une coque
à 35 nœuds avec, à droite, les bateaux suiveurs et la côte à gauche. Je ne peux faibLesse
plus virer, et, vert de rage, je décide d’abattre en grand, d’enrouler cette voile
qui est trop grande. Et voilà. On n’a pas forcément estimé l’ampleur du danger AU DÉPASSEMENT DE SOI
que représentait la bouée de Basse-Terre pour moi. Sur ces bateaux, on n’a pas
loïCk Peyron droit à la moindre erreur, jamais. Pour le coup, cette dernière journée aura été
passionnante, mais épuisante. »
je les connais tous et je les admire beaucoup, mais je n’aime pas le principe du Ronan Lucas : « Ce n’est pas évident de se glisser dans la peau du mec qui
routage. C’était indispensable pour cette histoire mais, si j’accepte d’être téléguidé est en mer depuis huit jours. On s’est fait surprendre par un grain à Basse-Terre
à l’aveugle, c’est que je me suis tellement mis dans le rouge que je ne suis plus au niveau de la bouée, avec des conditions plus faciles derrière. Il avait envie
en état de réfléchir par moi-même. C’est un aveu de faiblesse, pour moi. Ce qui était de mettre l’ORC avant, mais on voyait une énorme zone de pétole à traverser,
vraiment agréable en revanche, c’était d’avoir confirmation de ce que j’imaginais : on ne voulait pas qu’il reste dedans. Pour moi, ce n’est pas une erreur, c’est le
j’étais d’accord avec les deux meilleurs mecs pour cette histoire. Je dis grain au mauvais moment. Dix minutes après, les conditions n’étaient plus les
aussi ‘‘Silence radio, les gars, je vais dormir.’’ Je privilégie le sommeil ou, du moins mêmes. »
le repos. »
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BPCE – Société anonyme à directoire et conseil de surveillance au capital de 155 742 320 € – Siège social : 50, avenue Pierre-Mendès-France - 75201 Paris Cedex 13 RCS Paris n° 493 455 042 – BPCE, intermédiaire en assurance inscrit à l’ORIAS sous le n°08 045 100
Réf. : 04/2014 – Crédits photo : BPCE/B. Stichelbaut – Impression : Imprimerie PDI – Route du Rhum
Le podium uLtime
1 – Loïck Peyron
(Banque Populaire VII)
7 j 15 h 8’ 32’’
2 – Yann Guichard
(Spindrift 2)
16 h 15’ 15’’
3 – Sébastien Josse
(Edmond de Rothschild)
1 j 5 h 30’ 42’’
Le saLaire
de la sueur
en terminant 2e de la r oute du r hum – destination Guadeloupe à bord du plus grand trimaran de course
au monde, prévu pour un équipage de 14 personnes, Yann Guichard est venu à bout d’un déf sportif
hors du commun. un pari un peu fou relevé à la force des bras.
Texte de Camille El Beze - Photos Chris Schmid/Spindrift et Thierry Martinez
ans la chaude après-midi des Antilles en ce 10 novembre, Yann Guichard, empannage, passer de 1ris/trinquette à 3 ris/ORC, le tout au milieu des cargos,
un peu hagard, légèrement amaigri, enlace l’enrouleur de gennaker de des pêcheurs. Ça a été chaud. Et puis, sur la fn, j’ai fait plus de manœuvres D son trimaran géant, Spindrift 2. Il ressemble à un Playmobil sur son pendant le tour de la Guadeloupe que pendant toute la course ! Mais le plus
bateau de pirate, minuscule bonhomme perché en haut d’immenses étraves dur a été à l’approche de Madère et l’envoi du grand gennaker. Il était plein
presque deux fois hautes comme lui. Quatre ans auparavant, Franck Cammas de fotte, il a fallu le charrier en utilisant un système de bouts, j’ai passé deux
avait débroussaillé le terrain en prouvant qu’on pouvait traverser seul de Saint- heures et demie à l’avant à me faire secouer. J’étais vraiment, vraiment cramé,
Malo à Pointe-à-Pitre sur un trimaran de 100 pieds. Dans l’exploit personnel, et j’ai mis beaucoup de temps à m’en remettre. Après chaque manœuvre, t’es un
dans la dimension du monstre, dans l’effort que représente le domptage de peu sonné. Au niveau cardio, tu es à fond. Tu te fais des phases de 30 minutes
l’énorme mammifère marin couleur café, Yann Guichard a fait encore plus fort. à 1 heure à 150/160 pulsations minute. J’avais sur moi un cardiofréquencemètre
Certes, il n’a pas gagné la Route du Rhum. Mais il est allé plus vite à travers pour savoir quelle limite ne pas dépasser. » Toute intervention sur le bateau
l’Atlantique (8 jours, 5 heures et 18 minutes) et s’est emparé de la deuxième devait être minutieusement anticipée. « J’ai fait beaucoup d’imagerie mentale
place sur un bateau encore plus long (40 mètres), encore plus lourd (21 tonnes) pour décortiquer et organiser chaque manœuvre, imaginer où je mettais les
et encore plus puissant. pieds et les mains. Les forces exercées sont telles qu’on peut vite se blesser
gravement. Je n’ai eu aucun bobo et heureusement, car ça aurait été une cause
d’abandon. On ne peut pas mener ce bateau si l’on est diminué. » À 14 contre 1
Spindrift 2, conçu pour être mené en record par 14 gaillards affûtés, n’est pas
à l’échelle d’un seul homme. À bord, tout est lourd, tout est gros, tout est deux fois sur La tranche
démesuré. Lover une écoute est une épreuve pour les bras, larguer un ris ou Dans ce contexte particulier, le routage, assuré par le météorologue Richard
reprendre trois mètres de chariot de grand-voile coûte une demi-heure de travail Silvani et le navigateur Erwan Israël (qui connaît bien Spindrift 2) devient aussi
intensif. Pour virer, compter 45 minutes à une heure d’effort. S’il lui avait fallu une affaire de compromis: « On a essayé de faire les choses intelligemment,
la latte inférieure de grand-voile, il lui aurait fallu se battre avec une perche de le plus propre et le plus simple possible. Sur ce bateau gigantesque, chaque
13,5 mètres de long, lourde de 20 kilos. Avant de réussir à envoyer son grand manœuvre se fait au prix d’une énergie folle. Si tu mets le mec dans le rouge
gennaker (150 kg, 445 m2), au large de Madère, Yann a bataillé pendant quatre trop souvent, il perd en lucidité et en effcacité. Donc, on a moins manœuvré que
heures, pas moins. Au fnal, beaucoup de sueur et parfois quelques larmes : « Je les autres, mais la trajectoire était pas mal quand même ! », explique Richard. «
n’étais jamais allé aussi loin dans la souffrance. » Le marin de 40 ans, qui fendait Au reaching, j’ai aussi navigué sous-toilé après m’être fait peur à deux reprises,
autrefois la vague sur un catamaran olympique de six mètres, s’était préparé le bateau sur la tranche, au large du Portugal », reconnaît le skipper. Ce pari un
à cette épreuve de force. « Dès que nous avons lancé le projet, j’ai attaqué la peu dingue, qui rappelle de loin celui d’Alain Colas à bord de son gigantesque
préparation physique. Seul, sans coach personnel, parce que je me connais bien Club Med dans la Transat Anglaise 1976, Yann était un des rares à y croire. Le
et que j’ai fait des études de sport. J’ai fait du super spécifque, énormément de reverra-t-on un jour en solo sur ce bateau ? Il y a peu de chances. « Je suis super
cardio. J’ai bossé sur un grinder pour travailler les bras, j’ai fait du rameur, de la content d’avoir réalisé ce rêve et d’avoir concrétisé le travail énorme de toute une
sangle TRX. Beaucoup de gainage et surtout, 30 à 40 bornes de vélo par jour. équipe, mais je ne suis pas certain qu’il soit possible d’être vraiment compétitif
Ça a été intensif pendant un an, mais heureusement que j’avais cette préparation en solo sur ce bateau. Comparé au Maxi Banque-Populaire (ex-Groupama
de fond. » 3) avec lequel Loïck a gagné, Spindrift 2 est trop pour un seul homme. Trop
puissant, trop lourd. Je suis un compétiteur et, si je reviens dans quatre ans sur
la Route du Rhum, ce sera pour gagner. » Le bateau va bientôt revenir dans sa Le départ ? 5 À 6 heures de sueur
confguration d’origine et braver les embruns en équipage dès l’hiver prochain Trois phases de la course ont été particulièrement éprouvantes : « Après
pour un Trophée Jules-Verne... entre autres. le départ, en l’espace de 5 à 6 heures, j’ai dû enchaîner deux virements, un
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31.10.2014 12:50 (QUADRI-tx vecto) flux: PDF-1.3-Q-300dpi-v-X1a2001-fogra39 Route du Rhum décembre 2014
Qui vous a le plus bluffé sur ce r hum ? Loïck peyron ? Yann Lorient et Vannes. À compétences et prix égaux ou presque, c’était la volonté de
Guichard ou sébastien Josse ? Macif que de faire fonctionner les entreprises françaises. Mais je ne bouderais
François Gabart : « Les trois m’ont impressionné ! Le podium est très pas le plaisir d’aller passer six mois en Nouvelle-Zélande pour suivre un projet
beau, tous les trois ont fait une super course. Seb, qui part avec un Multi70, a de construction, un jour !
priori moins rapide, a fait un très beau boulot de développement. Yann, avec
un bateau de 40 mètres prévu pour l’équipage, ce n’était pas un déf donné à Vous rêvez déjà d’un nouveau bateau ?
tout le monde. Il a eu des galères et les a surmontées, je dis bravo ! Quant à F. G. : Pas tout de suite, non (rires). Mais le déf technologique à venir, c’est de
Loïck, il gagne avec un super bateau et une super équipe. Débarquer un mois faire des bateaux plus petits, avec des ratios longueur de coque-vitesse optimisés.
et demi avant et réaliser ce qu’il a fait, c’est juste énorme. Mais je suis triste C’est l’objectif à venir. Du coup, je me dis que j’aurais dû faire du kitesurf !
pour Thomas (Coville, contraint à abandonner), qui promettait un super duel entre
Banque Pop et Sodebo… Les casses mécaniques font partie de la course, ça m’est Quel va être votre programme ?
arrivé il y a un an sur la Jacques-Vabre et je peux dire que j’en ai bavé. Mais F. G. : Ce n’est pas encore calé, mais sur du long terme il y aura le tour du
c’est ce qui fait la beauté et la diffculté de la course ! monde en solitaire 2017/2018 et la Route du Rhum fn 2018. Le reste n’est pas
encore défni. Je vais avoir une longue période de mise au point, parce que ces
Vous aviez un œil sur les ultimes, à saint-malo et au départ ? bateaux sont compliqués et que j’ai encore tout à apprendre. Je ne veux pas
F. G. : Honnêtement, je ne les ai pas regardés, même s’ils n’étaient pas très loin griller des étapes même si ça risque d’être long. On tentera les records de la
de moi. Au cap Fréhel, ils étaient juste devant moi, j’avais Spindrift en visuel. Je Route de la découverte, de l’Atlantique nord ou de la Méditerranée. Est-ce que
savais que Loïck était en tête et que Sodebo s’était arrêté, j’avais eu l’information. je vais manquer de compétition ? Être de capable de naviguer sur un multicoque
À la VHF, j’avais même entendu la demande d’assistance. Mais je ne pouvais de 30 mètres, à fond les ballons, déjà c’est pas mal. Ça peut même largement
rien faire. Puis j’ai pris quelques classements complets, de temps en temps, pour combler mon manque de challenges sportifs.
suivre les autres mais, même à Saint-Malo, je ne suis pas allé voir les bateaux. Il
fallait que je mette des œillères. Il y a un moment où il faut arriver à cloisonner Vous venez de conclure de la plus belle des manières votre
un minimum et rester concentré pour ne pas se disperser. Ça valait le coup de histoire avec Macif 60…
se priver, non ? F. G. : Ah, mais oui, c’est top ! La très belle boucle a commencé avec ma
victoire sur le Vendée Globe. Vraiment, c’était une surprise, je ne m’inscrivais
Vous aviez peur que ça aiguise votre appétit ? pas parmi les favoris, mais je m’étais quand même donné les moyens de gagner.
F. G. : C’est compliqué de faire une Gagner une première fois, alors
Route du Rhum et quand, tu es sportif, que tu es outsider, c’est compliqué,
ça te demande toute ton énergie et toute mais ce n’est rien en comparaison
ta concentration, il faut juste être à fond de l’obligation de gagner une
dedans ! Ton cerveau ne peut pas être deuxième fois. Clairement, je me
sur 50 000 projets à la fois. Cette année, comptais parmi les favoris pour le
c’était un peu la diffculté d’allier la Rhum, mais je n’étais pas le seul.
conception du bateau et la préparation Il y avait Vincent (Riou), Jérémie
de la Route du Rhum. Mais une fois que (Beyou), Marco’ (Guillemot)… Rien
l’équipe est parfaitement lancée et que ça n’est pareil, dans la démarche,
peut rouler sans moi, c’était nécessaire l’approche de l’événement, la
que je ne me mette pas personnellement manière de s’entraîner. C’est
dans le projet pour être concentré sur mentalement que ça se joue, dans
la route du Rhum. Je ne suis même ces conditions-là.
pas allé voir la coque centrale de mon
maxi-trimaran depuis mi-septembre, Vous étiez très proches les
parce que je sais que je me serais plus uns des autres…
impliqué que je ne l’aurais dû. Il faut F. G. : Oui, c’était serré avec
parfois cloisonner, parce que le cerveau Vincent surtout, qui a beaucoup
a ses limites et ne peut s’investir sur progressé. Malheureusement, il a dû
mille projets à la fois. abandonner alors que, sincèrement,
cela aurait été intéressant de voir la
Vous êtes arrivé à déléguer bagarre entre nous deux. La mini
sans difficulté ? déception de ne pas batailler avec
F. G. : Il le fallait. Le planning ne s’est Vincent a été vite compensée par
pas trop mal goupillé. Les importantes la super navigation de Jérémie. Je
décisions de conception, comme les pense qu’il était un peu fatigué de
géométries générales, ont été prise la Solitaire du Figaro ; cela s’est
l’hiver dernier, en janvier et février. Le podium des imoca vu sur les entraînements, il n’avait
C’est là que je devais être au plus pas la même niaque. Il n’avait pas 1 – François Gabart (Macif) en 12 j 4 h 38’ 55’’
près de la conception du bateau. Au le même niveau de préparation
2 – Jérémie Beyou (Maître-CoQ) à 2 h 11’ 18’’
printemps, on est vraiment rentré dans avec son bateau que l’on avait avec
3 – Marc Guillemot (Safran) à 15 h 59’ 20’’la construction et, en juin, on remettait Vincent, même s’il a énormément
le 60 pieds à l’eau. J’assurais juste du progressé dans les derniers mois La connexion avec Le
suivi de chantier, je n’ai aucune valeur qui ont précédé le départ. Je fais
ajoutée dans les autres corps de métier. une petite différence à la fn, «
Quand on va se rapprocher de la mise à l’eau du bateau, en juin, j’aurai à autour des 9e et 10e jours, peut-être avec un peu de chance, probablement sur
intervenir sur les petits détails de fn de construction, le positionnement des la fraîcheur. Je le dis, et je pèse mes mots, je suis incapable de faire une Route bateau, c’était physique winches et l’ergonomie du bateau. du Rhum en ayant fait une Solitaire du Figaro avant. Ce n’est pas une question
d’envie, mais je n’arrive pas à avoir la même implication physique et mentale
o ù en est votre 100 pieds ? pour enchaîner deux courses comme celles-ci.
F. G. : La coque centrale est quasiment terminée. Après les petits détails de
ce jour-là, françois Gabart venait d’être battu. dans la course à la matinale d’itélé, un autre françois, fnition, il quittera le chantier Multiplast à Vannes pour rejoindre la base de f inalement, c’est en solitaire que vous avez eu le plus de réussite.
Kéroman, à Lorient. Les fotteurs sont fabriqués à Port-la-Forêt chez CDK. F. G. : Un peu, oui, même si on n’a pas été si mauvais en équipage. En solo, j’ai premier lui aussi, lui avait grillé la politesse. Journal du Nautisme remercie le Vatican pour ces quelques
Il y en a déjà un qui est arrivé à Lorient pendant le Rhum. Un bras arrive gagné la B to B, le Vendée Globe et la Route du Rhum. Sportivement, il ne faut minutes supplémentaires autour d’un thé avec le vainqueur de la route du rhum en imoca qui, après avoir
dans les jours qui viennent. Le mou du mât est terminé. Les voiles sont en pas se leurrer, les objectifs avec la Macif étaient le Vendée Globe et la Route du
bouclé sur une victoire son aventure avec Macif 60, attend avec appétit la naissance de son maxi-trimaran fn de conception chez CDK, certains plans de fabrication sont même partis à Rhum. Je ne veux pas dévaloriser la Transat Jacques-Vabre, car on l’a préparé
de 100 pieds, prévue en juin prochain. North Sails aux États-Unis. Les fotteurs sont dans un même moule et, quand de manière sérieuse mais qu’on le veuille ou non, c’était nos courses phares.
un fotteur est terminé, commence le greffage du premier sur le bras de liaison. Donc ça a infué dans ma préparation avant chaque course, c’est évident. Ce
C’est un gros puzzle ! 90 % du bateau se font en Bretagne, entre Port-la-Forêt, que j’ai pu vivre en solitaire sur les quatre dernières années est à mes yeux plus
Propos recueillis par Frédéric Pelatan (avec B. D.) - Photos D.R >>>
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«RRoute du RhumOUTE DU RHUM
au large, et je découvre et je kiffe cette connexion que j’ai tout seul avec le
bateau. Là je suis très content du projet avec la Macif puisque je serai encore en
solitaire. Cette connexion que j’ai eue en monocoque, j’aimerais la retrouver en Je prends un kiff énorme à
multicoque avec un niveau de stress qui est hyper important.
naviguer en solitaire parce
La bonne nouvelle c’est que vous avez encore 25 ans pour que tu es obligé de sentir et
gagner, Loïck Peyron l’a prouvé !
F. G. : Oui, j’ai un peu de marge ! Ça me laisse encore un peu de temps.d’être à l’écoute du bateau
Il va vous rester une image forte de cette Route du Rhum ?
F. G. : Le dernier bord c’est juste top ! Tu causes avec le bateau, tu te dis
que c’est le dernier, en termes d’émotions, c’est hyper intense ! Sur le Tour de
fort, même si j’ai beaucoup appris avec Mich’ (Desjoyeaux) sur la Transat Jacques- Guadeloupe, j’étais en mode compétition, je pouvais rester coincé derrière la
Vabre. Mais l’investissement que j’ai mis dans le bateau en solo, je n’ai pas réussi Guadeloupe pendant 5 heures et je pouvais fnir avec Jérémie à 10 mètres. Une
à le retrouver en double ou en équipage. Je prends un kiff énorme à naviguer fois passée la bouée de Basse-Terre, dans le canal des Saintes, sauf gros pépins,
en solitaire parce que tu es obligé de sentir et d’être à l’écoute du bateau. Tu c’était tout bon ! J’ai eu une ou deux heures pour apprécier le truc, et c’est
ne t’arrêtes jamais et c’est le déf que je relève à chaque fois : comment vais- kiffant. C’est bizarre, parce qu’il y avait plein de bateaux guadeloupéens autour
je faire pour tenir 12 jours sans rien lâcher ? En double c’est différent : tu as de moi, mais je ne voulais pas partager. J’en suis désolé pour les gens qui étaient
toujours des coupures donc tu ‘’sors’’ un peu du bateau pour te reposer et c’est là, mais j’ai été égoïste, j’ai gardé ce moment pour moi, pour mon bateau et moi.
nécessaire. Ce moment était génial. Je vivais un truc qui n’était pas intellectuel, mais hyper
physique.
Courir sur courant alternatif vous frustre un peu ?
F. G. : À l’arrivée de la Route du Rhum ou du Vendée Globe, j’ai eu la Ça se vit dans les tripes ?
sensation d’arriver au bout, physiquement. Vidé, je sais que j’ai tout donné. F. G. : Oui, c’est ça. C’est idiot, mais j’avais vraiment envie de fnir sur une belle
À la fn de la Jacques-Vabre, je n’étais pas fatigué de la même façon, j’avais la risée, avec le bateau qui glisse, sur de belles sensations. Ça m’aurait fait ch…
sensation qu’il m’en restait encore sous le pied. de fnir dans la pétole avec ce bateau. Quelques algues dans le safran faisaient
brouter le bateau, mais j’ai quand même fni sur un bord qui glissait un peu,
La relation est plus intime ? sans trop de vitesse. J’ai même poussé un peu hors cadre pour arriver avec de la
F. G. : Oui bien sûr. Il y a juste toi et le bateau. Et c’est spécial, il se passe vitesse ! En fait, tu ne réféchis pas trop, tu apprécies, tu vis le truc. Ah si, j’ai un
vraiment quelque chose. Bien sûr, quand tu arrives à faire ça avec un équipage, peu intellectualisé un truc, une projection : je me suis dit : ‘‘J’espère que, dans
c’est génial aussi ! Je pense que si 10 personnes sur un bateau sont capables de quatre ans, entre Basse-Terre et Pointe-à-Pitre, il y aura un bel alizé de 20 nœuds,
capter l’intensité que j’ai vécue en solitaire, en symbiose, ça peut être absolument plein est, pour que je puisse tirer ce dernier bord à 35 nœuds, en volant.’’ »
génial. Mais en ce moment, je suis dans une période d’apprentissage de la course
16
05.11.2014 14:41 (QUADRI-tx vecto) flux: PDF-1.3-Q-300dpi-v-X1a2001-isocoated-v2-300 Route du Rhum décembre 2014
Texte de Pierre-François Bonneau `
Photos Olivier Blanchet / DPPI media
et Lalou Roucayrol, n’a pas le même nombre de milles que
nous à son bord. Alors qu’on aborde la sortie du golfe de
Gascogne, Yves m’appelle. Il trouve que je ne vais pas très vite Le PoDIUM MULtI50
et suppose que j’ai un pépin technique. C’est là qu’il m’avoue 1 – Erwann Le Roux (FRA) (FenétréA Cardinal) en 11 j 5 h 13’ 55’’
ses problèmes de girouettes et qu’il m’annonce qu’il va faire 2 – Lalou Roucayrol (FRA) (Arkema – Région Aquitaine) à 16 h 15’ 15’’
escale à Cascais. En un coup de fl, je réalise que j’ai changé 3 – Gilles Lamiré (FRA) (Rennes Métropole – Saint-Malo Agglomération) à 1 j 5 h, 30’ 42’’
d’adversaire. Sauf que pendant ce temps-là, Lalou s’est décalé
dans l’ouest. Je me suis piégé stratégiquement tout seul. En
me calquant sur Yves, je n’ai pas réalisé que la route du sud
était en train de se fermer.
Face à cette situation, quelle est votre réaction ?
E. L. R. : D’abord, j’ai un gros coup au moral. C’est paradoxal, mais on n’aime
jamais quand un adversaire est obligé d’abandonner. Ça retire du piment à la
course, ça tend à dévaloriser ta prestation… On a beau être concurrents, on
s’estime et on sait ce que ça représente de boulot pour être au départ d’une telle
course. Et puis, je suis bien obligé de constater que pendant ce temps, Lalou s’est
un peu fait la malle par l’ouest. Donc là, je pousse la barre et comme on dit chez
nous, ‘‘je mets du charbon’’. C’est vraiment une course de vitesse qui s’engage.
et votre équipe vous soutient à terre…
E. L. R. : En fait, ils sont trois à me suivre. Jean-Yves Bernot dessine les grandes
lignes météo et affne les options, en liaison avec Corentin Douguet qui est mon
routeur offciel. Et puis, je bénéfcie des conseils de Daniel Souben. Avec Daniel,
on se connaît parfaitement : je suis son équipier depuis plusieurs années sur le
Tour de France à la voile, il navigue avec moi régulièrement sur FenêtréA Cardinal.
C’est lui qui va imprimer le tempo. Il me fxe des objectifs à tenir, ce sont mes
points de repères. Et chaque jour, je grignote une partie de mon retard sur Lalou.
Ce n’est pas forcément quelque chose d’évident de coacher
un solitaire comme ça depuis la terre.
E. L. R. : Ce que les gens ne savent pas, c’est qu’avec Daniel on a passé des heures
d’entraînement en faux solitaire. La Route du Rhum, j’y pensais déjà en janvier
2012. Et tout cet hiver-là, on sortait avec Daniel en baie de Quiberon pour tester
les limites du bateau, engranger de l’expérience en solo. Daniel connaissait donc
parfaitement ma manière de fonctionner en solitaire. Ensuite, il y a le routage. On
était tombé d’accord pour toujours se décaler un peu plus au sud que Lalou. On
espérait ainsi des vents plus stables, un alizé mieux établi.
Avant cette Route du Rhum, vous aviez déjà deux victoires
dans la t ransat Jacques-vabre avec Franck-Yves escoffier et
Yann eliès. Avez-vous pu mesurer leurs apports respectifs ?
E. L. R. : Avec Franck-Yves, ce que j’ai appris, ce sont les bases de la conduite en
multicoque. Quoi qu’il advienne, il a toujours ramené son bateau à bon port. On
l’a critiqué parce qu’il n’y avait pas de concurrence en Multi50, mais c’est grâce à
sa ténacité que la classe a pu prendre son envol. Et pour avoir navigué avec lui, je
peux dire qu’il ne naviguait pas le pied sur le frein. Je pense avoir gardé beaucoup
de choses de lui dans ma manière d’aborder la navigation en multicoque. Avec
Yann, j’ai découvert une certaine forme de rigueur et de gestion du temps utile,
indispensable pour le haut niveau : par exemple, quand tu branches le pilote, ça Une vICtoIRe ne sert à rien de rester à côté pour vérifer qu’il fonctionne bien. Tu dois partir du
principe qu’il fonctionne bien et te concentrer sur d’autres tâches. Sinon, ça veut
dire que tu t’es mal préparé…
des Princes qui nous a échappé de peu au proft de Lalou Roucayrol. C’était
quasiment un sans-faute depuis trois ans, mais il fallait aussi que je prouve ma
Quid de l’avenir ?
capacité à mener le bateau en solitaire. A priori, les gens peuvent penser que j’ai
E. L. R. : Personnellement, je pense que cette classe est à un tournant. Elle mérite qui vient de loin plutôt une culture d’équipage. J’étais donc très attendu au départ cette Route
beaucoup mieux que ce qu’elle a. Je crois vraiment à ces bateaux, au devenir des
du Rhum.
Multi50. L’an prochain, on devrait continuer avec ce bateau. Ensuite, j’aimerais
Il faisait indéniablement partie des favoris de cette Route du Rhum en Multi50. Mais tenir son rang bien en faire construire un nouveau.
Cette Route du Rhum s’est révélée impitoyable pour la classe
n’est pas toujours une évidence, surtout quand cette course représente l’aboutissement d’une démarche
Multi50…
Pas d’autres rêves ?engagée quatre ans plus tôt. on dit parfois que l’envie vient au secours du résultat : une chose est sûre, E. L. R. : Oui, mais je persiste à penser que ce sont plus des questions de
E. L. R. : Si, bien sûr… Comme tout le monde, j’ai envie d’un tour du monde en
circonstances. C’est clair qu’au départ, on identifait quatre bateaux qui avaient cette victoire-là, erwan Le Roux la voulait vraiment très fort. solitaire. Mais ce sera sur trois coques. Je suis mordu par ces bateaux. »
le potentiel pour gagner. Très vite Loïc Féquet sur Maître Jacques perd un bout de
fotteur. On n’est déjà plus que trois. Ma tactique était alors plutôt de me calquer
sur le rythme d’Yves Le Blévec.
eureux, il l’était visiblement à son arrivée sur la darse de Pointe-à-Pitre. De plus, vous avez une histoire forte avec ce multicoque... eRwAn Le RoUxDonc ne pas imprimer le tempo vous-même…Erwan Le Roux a beau ne pas être de nature expansive, le skipper de E. L. R. : Oui, puisque c’est l’ancien Crêpes Whaou 3 de Franck-Yves Escoffer. À
Né le 7 Septembre 1974 à Auray (Morbihan)E. L. R. : Exactement. Je sais que Yves a plus de vécu que moi. Il a déjà participé H FenêtréA Cardinal a fêté dignement cette victoire amplement méritée. l’époque, il m’avait sollicité pour que je suive tout le chantier de construction du
2007 : 3e de la Transat Jacques-Vabre sur Chocolat Monbanaà la Route du Rhum sur son bateau qu’il connaît parfaitement. À ce moment-là, Comme il l’expliquait sur la ligne d’arrivée : « Cette victoire-là ne doit rien à bateau. Autant dire que je le connais sous ses moindres coutures. Ensuite, j’ai
2008 et 2009 : vainqueur du Tour de France à la voile je sens qu’il faut que je me mettre dans le rythme, je ne suis pas moralement en personne… » L’équipier modèle entrait enfn en pleine lumièr. fait la Transat Jacques-Vabre en 2009 avec lui, transat qu’on avait remportée en
et champion de France en équipage sur Courrier Dunkerquesituation d’attaquer. Donc, je décide de le laisser mener la danse. C’est pour moi fnissant premier, toutes classes confondues, au Costa Rica. Aussi, quand
Franck2009 : vainqueur de la Transat Jacques-Vabre (avec Franck-Yves Escoffer) l’adversaire le plus dangereux et j’attends d’être en forme pour passer à la vitesse Cette victoire sur la Route du Rhum, c’est le plus fort moment Yves, fn 2011, a décidé de raccrocher, j’ai réussi à convaincre mes partenaires
sur Crêpes Waouh 3supérieure. En fait, durant la traversée du golfe de Gascogne, je dors plutôt pas de votre carrière ? de racheter le bateau. Je savais que c’était un bateau bien né et que son potentiel
2010 : participe à sa première Route du Rhum sur FenêtréA Cardinal. mal. Le sommeil emmagasiné devrait me servir pour la suite. Erwan Le Roux : « Sans aucun doute… La Route du Rhum, ce n’est pas rien restait intact. La suite l’a prouvé…
Finit 6e en Multi50
quand même. C’est surtout ma première grande victoire en solitaire. Et c’est
2011 : 3e de l’Ar Men Race à bord de FenêtréA Cardinalet là, la course bascule…une jolie façon de boucler l’histoire commencée, il y a quatre ans. Lors de la Avec un palmarès plus qu’honorable jusqu’à cette Route du
2012: vainqueur de la Transat Québec - Saint-Malo sur FenêtréA CardinalE. L. R. : Avec Yves, on se connaît bien. On n’habite pas très loin l’un de l’autre, dernière édition, j’avais terminé 6e, mais sur un multicoque dont on savait qu’il Rhum…
2013 : vainqueur de la Transat Jacques-Vabre (avec Yann Eliès) on a programmé des sorties d’entraînement régulièrement ensemble. Je le ne pourrait pas se battre pour la gagne. E. L. R. : On a commencé par une victoire dans la Québec – Saint-Malo en
sur FenêtréA Cardinalconsidère comme mon adversaire le plus dangereux. Loïc Féquet a abandonné 2012, puis la Transat Jacques-Vabre en 2013 avec Yann Eliès. Il y a juste la Route
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