Marie de l'Onde

De
Après la mort de son conjoint, Marie décide de quitter Québec, son travail d’enseignante, sa mère avec qui elle est en conflit depuis toujours, pour se retirer à la campagne en compagnie de Sandrine, sa fille de onze ans.
À la recherche de sa propre identité, la jeune femme choisit de retourner aux sources, près du moulin à eau qui appartenait jadis à ses grands-parents. La rivière de son enfance, fascinante, l’aidera à plonger au cœur d’elle-même où rien ne lui sera épargné, ni les visages de l’amour, ni ceux de la mort, qui s’entrecroiseront parfois en une danse troublante où viendront se mêler le souvenir d’une grand-mère aimante, le mystère d’une mère aigrie, le souvenir d’un amour d’enfance disparu dans des circonstances trop cruelles, la maladie qui menace, l’amour qui semble impossible, l’accident de Sandrine qui refuse de grandir…
Mais la nature retrouvée, la rencontre de gens vrais, le désir de protéger le moulin familial, l’amitié enfin découverte et un nouvel amour qui tente d’émerger dans sa vie inspireront à Marie la force de faire face à « sa » vérité, et la mèneront peu à peu sur le chemin de la réconciliation… avec sa mère, contre toute attente, mais surtout avec elle-même.
Publié le : lundi 22 février 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782923445816
Nombre de pages : 194
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Marie StArnaud
Marie-de-l’Onde
Marie de l’Onde
Mots en toile
Marie St-Arnaud
Marie-de-l’Onde
Éditions Mots en toile
Graphisme et mise en page : Jean Bergeron Photo de la couverture : © Pemaphoto Naništa | Dreamstime.com
Les Éditions Mots en toile Téléphone : 514 680-9186 1237, rue Beaudry Montréal, QC H2L 3E3 Courriel : info@motsentoile.ca
Dépôt légal Bibliothèque et Archives nationales du Québec — 2016 Bibliothèque et Archives Canada — 2016 ISBN: 978-2-923445-82-3 Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés © Éditions Mots en toile 2016
À ma mère, Irma Bédard StArnaud
Tu m’as légué un amour indéfectiblede la langue française Et, si généreusement, tu m’as transmisl’art de construire le bonheur Dans ton audelà, sache que le personnagede la mère, dans ce roman, n’est que pure fiction De toute éternité, je t’aime
Mai 1982
La préposée qui replace les oreillers de ma mère a le geste sûr ; les miens sont encore hésitants... on ne s’habi tue pas à voir mourir sa mère. On a éteint la lumière crue du couloir sur les pas des derniers visiteurs. Si maman était consciente, sans doute chercheraitelle avec moi, dans la pénombre de sa pe tite chambre, à saisir par la fenêtre les contours d’un paysage qui s’estompe peu à peu dans la nuit naissante. Victime à 63 ans de thromboses successives ayant en dommagé son cerveau, elle a glissé depuis ce matin dans un état semicomateux, et appartient déjà à un autre monde, que je ne connais pas. Je ne connais rien, en ce moment, que ma peur de voir s’éclipser à leur tour les contours de sa vie. J’allume la veilleuse. Le nom de jeune fille de ma mère apparaît, écrit à la main à la tête de son lit : Gilberte Leblanc... la moitié de mes origines. Une moitié presque sans résonance pour moi il n’y a pas si longtemps encore. J’étais une Prévost. Comme une intruse dans la vie de ma mère, une étrangère dans ses bras. Il s’en est fallu de peu que je la laisse mourir sans lui avoir pardonné. Sans qu’elle aussi m’ait pardonné l’unique faute qu’à ses yeux j’aurais commise : exister. J’ai d’abord dû partir. C’était il y a quatre ans. Quitter Québec, où j’avais toujours vécu. Laisser ma famille, mes amis, mon travail d’enseignante. Me terrer à la cam pagne, dans les BoisFrancs. Me recroqueviller, comme quelqu’un qui se prépare à mourir. Ou à naître.
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Août 1978
Chapitre I
Partir. La première décision prise seule par Marie. Cette fois, même JeanLou n’a pas eu voix au chapitre. L’image obsédante de ce mari foudroyé par la mort l’avait fait sombrer depuis un an dans un monde sans espérance. Elle devait réagir. Il en allait de son salut et de celui de Sandrine, sa fille de onze ans. Le matin du départ, dans la voiture, si le regard de la jeune femme s’accrochait à la route, il rencontrait parfois furtivement l’alliance qui ornait toujours son annulaire gauche. Ayant été prévenue que le camion de déménage ment devait s’arrêter en chemin, Marie emprunta la pe tite route 132 qui longeait le SaintLaurent. Les cuisses et le dos collés à la banquette, elle sentait la sueur lui cou ler sous les aisselles, entre ses seins devenus lourds. À ses côtés, Sandrine s’agitait sur son siège. Visiblement, elle aussi avait chaud. Les longs cheveux noirs de la fillette masquaient en partie son visage aux traits encore enfan tins mais dans lesquels on percevait une volonté d’affir
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mation. D’un geste affectueux la mère caressa la tête de l’enfant, dégageant son front mouillé, ce qui arracha San drine à son mutisme. — Estce qu’on va pouvoir se baigner, à SainteJustine, dans notre rivière, maman ? — Sûr. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai acheté cette maisonlà. C’était vrai. À cent mètres de la maison, sur le lopin de terre qu’elle avait acquis, une petite rivière, vive et claire, courait d’un méandre à l’autre en bondissant sur les pierres, pour se reposer un peu plus loin en vaste nappe sombre, quasiimmobile, jusqu’au prochain rétrécisse ment où elle reprenait sa course. C’est d’abord la rivière qui avait séduit la femme et l’avait incitée à fixer son choix. Moins de trois mois plus tard, de village en village,Marie roulait vers son coup de cœur : une maison en bois, pièce sur pièce, presque deux fois centenaire, rénovée bien simplement. Un lieu pour repartir de zéro, réinven ter son quotidien, profiter de ce qui restait d’enfance à Sandrine avant que l’adolescence ne vînt la lui ravir com plètement. Le passé s’estompait et le fleuve, à sa droite, la menait vers cette maison qui serait, elle le voulait, pour elles seules. Pourtant, tandis qu’elle laissait monter en elle les images de tous ces murs aux planches embouvetées, de ces poutres grossièrement équarries, au grenier, sou tenant une toiture courbée, s’imposait insidieusement la mémoire de JeanLou. Pour la centième fois Marie se de manda s’il aurait approuvé son choix, mais elle tenta aus sitôt de se libérer de cette pensée. Bien malgré elle, tout mort qu’il était, ce mari aux opinions si réfléchies impo sait encore sur le bienfondé de ses décisions un doute qui la tenaillait. Cet homme avait toujours su l’entraîner sur des sentiers éprouvés, des chemins pavés de bon sens. Marie lui avait assujetti son destin, ne se permettant aucune vague importante, aucun remous dans leur vie de couple. Elle avait trop souffert de l’intransigeance de 10
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