Par la force, Alassane Ouattara président de la Côte d'Ivoire

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Cet ouvrage relate la prise de pouvoir d'Alassane Ouattara, actuel président de la Côte d'Ivoire, sur le régime de Laurent Gbagbo et les évènements liés à ce changement. Pour l'auteur, ce livre est une thérapie contre l'angoisse née de cette guerre : il y décrit les évènements quotidiens de ce nouveau régime caractérisé par l'ethnisme, la terreur, le pillage ou encore l'acharnement de la justice contre le camp des partisans de l'ancien président, tout en interrogeant le sort du peuple Ivoirien.
Publié le : dimanche 15 février 2015
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EAN13 : 9782336369952
Nombre de pages : 290
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Elie Z. MoneyPAR LA FORCE, ALASSANE OUATTARA
PRÉSIDENT DE LA CÔTE D’IVOIRE
PAR LA FORCE, ALASSANE OUATTARA La démocratie à l’épreuve
PRÉSIDENT DE LA CÔTE D’IVOIRE
Le jeune voltaïque, Alassane Dramane Ouattara, a été fait Ivoirien
par la seule volonté du tout puissant Félix Houphouët-Boigny, La démocratie à l’épreuve
le premier président de la République de Côte d’Ivoire. Guerrier dans
l’âme, il conquiert le Palais présidentiel de la riche et prestigieuse
Côte d’Ivoire au bout de deux décennies de combat acharné
avec l’aide de la communauté internationale. La fn justifant les
moyens, il avait créé, à Paris, en France, contre Laurent Gbagbo
le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la
Paix (RHDP) avec Henri Konan Bédié, son adversaire dans la lutte
de succession à Félix Houphouët-Boigny et bourreau d’hier, qui a
embastillé la direction du Rassemblement des Républicains et l’a
contraint à l’exil.
Son régime se caractérise par l’ethnisme, la terreur, l’horreur, le
mensonge, l’amnésie, le pillage et l’acharnement de la justice contre
le camp des soi-disant pro-Gbagbo.
Pendant que les assaillants se battent pour le partage du butin, les
Ivoiriens meurtris s’interrogent impuissants. De qui viendra le secours ?
Et comment ? Le flm se poursuit.
Elie Z. Money est un observateur très attentif de la politique africaine,
notamment de la situation sociopolitique de la Côte d’Ivoire.
ISBN : 978-2-343-04974-8
29 e
PAR LA FORCE, ALASSANE OUATTARA
Elie Z. Money
PRÉSIDENT DE LA CÔTE D’IVOIRE






Par la force, Alassane Ouattara
président de la Côte d’Ivoire
Elie Z. Money





Par la force, Alassane Ouattara
président de la Côte d’Ivoire

La démocratie à l’épreuve



















































© L’Harmattan, 201 5
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343- 0 4974-8
EAN : 9782 343 049748
*
Le 11 avril 2011, l’horreur est à son comble avec
l’assassinat de Désiré Tagro et la capture de Laurent
Gbagbo par l’armée française. C’est le déclic. Un livre
nous est révélé. Les données, qui en forment la trame, se
sont offertes à nous comme une manne. Il était déjà
achevé fin juillet 2011. Cet ouvrage est pour nous une
thérapie contre l’angoisse née de la guerre menée par
Alassane Ouattara pour présider la Côte d’Ivoire.
Nous vivions en parfaite harmonie jusqu’à son irruption
sur la scène politique ivoirienne. Le drame de la Côte
d’Ivoire vient de Dramane. Tel un prestidigitateur, il a
servi la potion magique de la discrimination au peuple
1Malinké pour le rallier à sa cause. Ainsi Gbagbo qui se
veut le véridique subit l’injustice. Qu’importe la manière,
puisqu’il est prédestiné à être l’un des hommes les plus
2célèbres de la planète terre : Gnénémeu. L’histoire
s’impose aussi bien à ceux qui estiment en être les acteurs
qu’aux victimes déclarées. Désormais fixé sur son sort,
Laurent Gbagbo a le regard tourné vers ses pairs qui l’ont
supplicié ou abandonné de gré ou de force. Qui sera la
prochaine proie de la Françafrique ?
Ce livre, « Enfin Alassane Ouattara président de la
Côte d’Ivoire », nous a été inspiré par la providence. A
notre tour, nous le dédions à son destinataire naturel :
Laurent Gbagbo, le président des Ivoiriens libres.

1 Gbagbo : Dis la vérité
2 Gnénémeu : nom parvenu dans les contrées lointaines, le Célèbre.
INTRODUCTION
Pays d’immigration à cause des plantations de cultures
de rente dans le Sud, principalement le café et le cacao, et
des opportunités d’affaires qu’il offre, la Côte d’Ivoire
compte l’un des taux de population étrangère le plus élevé
au monde. La communauté d’immigrés économiquement
forte cohabite avec des autochtones riches de leur culture
d’hospitalité.
Trente ans après l’accession à l’indépendance, la crise
de jeunesse s’exacerbe avec la vieillesse de Félix
Houphouët-Boigny, le premier président. Certains
trouvent fulgurant le train de l’évolution du pays, d’autres le
trouvent trop lent comme Laurent Gbagbo et son parti, le
Front populaire ivoirien. La lutte pour le pouvoir, d’après
Félix Houphouët-Boigny, engagée cependant dans le cadre
du multipartisme réinstauré, le 30 avril 1990, a montré la
victoire de la force sur les urnes. La situation actuelle
répond à l’interrogation de Lanciné Sylla qui disait : « Il
est temps de se demander si le parti unique ne constituera
qu’une institution passagère, valable et nécessaire
seulement pendant la phase de la lutte anticolonialiste et
de la construction nationale, ou alors une institution
permanente qui sera inscrite à jamais dans la structure de
3l’Etat africain ».

3 Lanciné Sylla ; Tribalisme et Parti politique en Afrique Noire ;
Thèse de Doctorat 3ème Cycle de Sociologie préparée à l’Ecole
Pratique des Hautes Etudes ; Paris ; page 11.
« Le multipartisme (ne peut) ‘‘s’inscrire durablement
sinon à jamais dans la structure d’un Etat africain’’
comme la Côte d’Ivoire ». L’Afrique n’est pas prête pour
la démocratie, la Côte d’Ivoire encore moins. La Côte
d’Ivoire n’est pas rentrée irrémédiablement dans la
démocratie. Pire, la démocratie est assassinée avec le
4soutien du colonisateur français.
Pourquoi ? se demande-t-on pour savoir les causes d’un
malheur, devant un évènement surprenant, catastrophique
comme une guerre, des souffrances indescriptibles.
Qu’arrive-t-il ? Que se passe-t-il ? D’où vient ce mal qui
ronge la Côte d’Ivoire ? Les populations ivoiriennes
vivaient en parfaite harmonie et en paix sur un socle de
stabilité politique. Comment sont-elles entrées dans cette
sale guerre ? Par qui est-elle arrivée ? Pourquoi les
loyalistes ont-ils perdu le combat ? Que deviennent les
rêves des Ivoiriens ? Où les amène-t-on ?
Ces questions sont un cri de cœur qui monte depuis le
cadeau empoisonné de Noël 1999 et, qui s’est amplifié
sous les bombardements pourtant assourdissants de
l’armée française sur Abidjan un mois durant. Même la
presse des bourreaux s’en est fait l’écho. Et nous, par
devoir de mémoire, livrons cette « revue de presse » un
peu moins de trois mois après la capture du président
Laurent Gbagbo.
Nous aurions produit une œuvre d’art qu’elle aurait été
détruite comme les monuments très généreusement bâtis, à
Abidjan, par les refondateurs. Et quel combat aurions-nous
gagné là où les généraux ont échoué face aux chars de
l’ONUCI et de la force Licorne ? Que sèchent nos larmes

4 Avec Laurent Gbagbo, nous espérions amorcer la démocratie. Il est
fair-play « Les élections municipales de mars 2001 se traduisent par
une victoire relative pour le RDR et une victoire incontestable de la
démocratie ; pour la première fois de son histoire, la Côte d’Ivoire
assiste à une défaite électorale du parti au pouvoir. »
10 au moment où nous écrivons ces quelques mots ! Car,
nous ne pleurons pas sur les morts de nos familles, ni sur
les biens de toute une vie détruits en un instant. Nous ne
nous apitoyons pas non plus sur le sort de Laurent Gbagbo
et de ses proches qui ne sont pas seuls. Ce n’est qu’un
cauchemar ; ça passera. L’endurance de Laurent Gbagbo,
sa patience et même sa naïveté ont permis de démasquer
5les ennemis de la Côte d’Ivoire qui « pourrait devenir le
miroir du monde si rien n’est fait pour l’arrêter dans son
évolution.
Laurent Gbagbo, en asile politique en France en 1984,
contacté pour un coup d’Etat contre Houphouët,
profondément patriote, refuse de détruire son pays qu’il aime
tant. A sa place, Alassane Dramane Ouattara,
fonctionnaire au Fmi, est recruté par Mitterrand et le G7 pour
l’action de déstabilisation et de destruction de notre cher
pays. Car connaissant parfaitement l’origine burkinabé de
6celui-ci, ils le sentaient capable d’un tel comportement. »
Et le président Henri Konan Bédié, à qui Alassane
Ouattara s’est attaqué le premier, lui apporte son appui
contre Laurent Gbagbo. Guillaume Kigbafori Soro, qui
aurait pu établir l’équilibre en restant avec celui-ci, est
retourné en famille rejoindre la rébellion après avoir flirté
quelques années avec lui en tant que son Premier ministre.
Mais, ils semblent très nombreux dans le camp d’Alassane
Dramane Ouattara pour un seul siège. Voilà qui nous situe
sur ce qui paraît être un combat entre Laurent Gbagbo et
Alassane Ouattara. Chacun y va de ses moyens et de ses
arguments.

5 Un chef n’a pas d’ennemis ou d’amis personnels. Le président
Gbagbo est victime de sa générosité.
6 Informations tirées des Révélations de Félix Houphouët-Boigny,
notes de Gervais Goffri.
11 Les appétits du colonisateur et l’héritage politique de
Félix Houphouët-Boigny ont créé les conditions de la
conquête.
Il y a un aspect de coup d’Etat caractérisé par :
– l’usage de la force comme mode d’accession à la
magistrature suprême ;
– l’omniprésence de l’armée ;
– la suspension formelle ou inavouée de la Constitution
et l’injustice ;
– les atteintes aux droits humains ;
– l’expropriation ;
– la rupture avec le passé ;
– la fracture sociale.
D’autres actes relèvent purement de la conquête : les
massacres, les sanctions qui rappellent le siège imposé à
l’ennemi jusqu’à la reddition et l’ampleur des destructions.



12 PREMIÈRE PARTIE

Les bases de la conquête
La conquête de la Côte d’Ivoire a une base
géographique : la Haute Volta (actuel Burkina Faso), pays
d’origine de Dramane Ouattara, camp d’entraînement et
base arrière de la rébellion. Elle a un fondement
historique : la colonisation française et l’héritage politique de
Félix Houphouët-Boigny incluant l’économie et la
démographie.
Alassane Dramane Ouattara a trouvé en place un
terreau favorable à la violence : des frustrations d’ordre
économique dans une population hétérogène.
L’impatience après la succession ratée de Félix
HouphouëtBoigny et l’impuissance à laquelle l’ont réduit les mesures
prises par Henri Konan Bédié pour l’écarter du pouvoir
ont probablement augmenté la plausibilité de l’utilisation
de la violence et du coup d’Etat comme mode d’accession
à la magistrature suprême, ce qui est contraire à la
démocratie. Nous voici au temps où les chefs de guerre
doivent concéder à leurs troupes le sac des villes prises à
cause des difficultés à faire traduire devant les tribunaux
les auteurs d’excès. Malheureusement, la guerre livrée à la
Côte d’Ivoire a emporté tout le monde sans exclusive.
L’histoire fournit l’éclairage du drame ivoirien. La mise
en place de l’économie a eu pour conséquence la
cohabitation de peuples d’origines diverses et de poids
numériques différents. Elle renfermait les ingrédients
d’une implosion quant à la gestion politique
particulièrement à la notion d’une démocratie naissante à la
faveur de la restauration du multipartisme. L’irruption
d’Alassane Ouattara sur la scène publique coïncide avec le
foisonnement de partis politiques dont il a su tirer profit.
14 CHAPITRE PREMIER

Le facteur économique
L’économie ivoirienne est indissociable de la
colonisation. Terre d’exploitation et donc d’immigration, le nom
de Côte d’Ivoire est assez évocateur à cet égard.
1. Le fait colonial
La Côte d’Ivoire a été ainsi nommée par le colonisateur
français qui lui a tracé ses frontières. « D’abord nommé
‘‘Dépendances des Rivières du sud’’, l’ensemble de la
région acquiert son nom définitif : ‘‘Côte d’Ivoire’’ par
décret du 12 décembre 1891. La colonie du même nom est
7officiellement constituée par le décret du 10 mars 1893. »
Le problème des frontières
« Contrairement aux thèses ultranationalistes
défendues par les tenants de l’Ivoirité, dit Cheik C. Cissé, la
Côte d’Ivoire dans sa configuration actuelle est de
création récente. C’est en 1878 que le négociant Verdier
est reconnu officiellement comme résident de la France
sur la côte de l’or. Le pays, rebaptisé Côte d’Ivoire, est
organisé en colonie autonome, avec Binger comme

7 Voir Traité de Grand-Bassam en Côte d’Ivoire.
premier gouverneur en 1893 (Atger, 1962). Son territoire
est augmenté au Nord, de pays conquis par Samory et
détachés du Soudan (Odienné, Kong et Bouna).
La Côte d’Ivoire telle qu’elle est connue aujourd’hui a
été bâtie essentiellement dans sa partie Nord à partir des
dépouilles de l’Etat samorien et du royaume de Kong en
8ruines. »
La Côte d’Ivoire est devenue une colonie officiellement
constituée par le décret du 10 mars 1893. Les autres
entités, dépouillées à son profit, ont été redessinées par le
même colonisateur. Le rappel historique de Cheik C. Cissé
soulève plusieurs questions : La guerre à la Côte d’Ivoire
inaugure-t-elle une remise en cause des frontières héritées
de la colonisation ? Veut-on reconstituer l’empire du
Soudan ? Réclamer Odienné, Kong et Bouna semble en
contradiction avec le qualificatif appliqué par le quotidien
Le Jour du 20 mai 2011 à « la zone forestière appelée
‘‘partie utile’’ ». Car la partie suppose un ensemble. Ou
bien doit-on s’attendre à la création d’un ensemble plus
vaste sur les cendres de la Côte d’Ivoire ? La configuration
de la Côte d’Ivoire et sa création récente ne suffisent pas à
justifier la guerre qui lui est faite. Il y a probablement
d’autres explications : le mode d’exploitation des
richesses, le poids démographique et économique des étrangers,
et l’opportunisme d’Alassane Ouattara.
1.2. Le problème de l’exploitation des richesses
La côte évoque l’accostage, le débarquement, la venue
ou l’invasion d’un peuple étranger. Corrélativement, la
côte située au sud du territoire évoque l’hinterland et la
descente de peuples venant du Nord. L’ivoire dérive de

8 Cheik C. Cissé, Côte d’Ivoire aux origines d’une crise ; 3 octobre
2004 ; in Recherches Africaines, n°3 ; Université de Bamako, Faculté
des Lettres, Langues, Arts et Sciences Humaines, FLASH, Bamako.
16 l’abondance des dents d’éléphants dans la contrée.
Cellesci sont prisées par l’homme blanc qui vient accaparer les
richesses locales. La côte et l’ivoire traduisent le
phénomène d’exploitation : l’appropriation des biens des
indigènes.
La terre, ce qu’elle porte et son sous-sol sont la
propriété de la France. Elle peut en disposer à sa guise.
Avant que la Côte d’Ivoire ne fût née elle était assujettie.
Car par un traité signé, le 10 février 1842, avec Attékéblé,
dit « Peter », la France établit son protectorat sur la
« rivière », ou lagune de Grand-Bassam, et, en échange de
la location d’un fort sur la lagune, elle s’engage à payer au
souverain Attékéblé et à ses héritiers une « coutume » de
94.000 francs par an jusqu’en 1915.
La colonisation pose deux problèmes : le problème de
la souveraineté, celui de la porosité des frontières et le
problème de l’exploitation des richesses. La liberté, disent
les uns dont Laurent Gbagbo, ne s’octroie pas ; elle
s’arrache. Il ne faut pas faire trop de tapages autour de
l’exploitation des richesses parce qu’elles sont très
convoitées.
2. Le poids démographique et économique des
étrangers
L’extrait ci-après fait le lien entre la démographie et
l’économie. En effet, l’éditorial du quotidien Le Jour
n°2172 du vendredi 20 mai 2011, en sa page 2, a inspiré le
titre du paragraphe « A la lumière des évènements
survenus ces derniers temps, la Côte d’Ivoire a basculé
dans un nationalisme ethnique. Ce nationalisme visait à
défendre les intérêts de groupes ethniques originaires de
la zone forestière appelée ‘‘partie utile’’. (…) Les
étrangers vont être présentés comme une menace pour les

9 Cheik C. Cissé ; op. cit.
17 Ivoiriens. (…) L’économie du pays est entre leurs mains.
Ils sont riches, puissants, dominateurs et maintenant
veulent le pouvoir politique. Pour y parvenir, ils usurpent
la nationalité ivoirienne. »
Le terme étranger vise particulièrement les populations
des pays limitrophes. Les mossis ont immigré en Côte
d’Ivoire comme main-d’œuvre dans les plantations de café
et de cacao et autres travaux domestiques. Ils sont ouvriers
dans les usines, et exercent dans le commerce et les
services. A la longue, beaucoup d’entre eux créent leurs
propres plantations. Avec les autres africains : Maliens,
Guinéens, Sénégalais, Nigériens, ils ont le monopole de
plusieurs leviers de l’économie : le bois, les tôles, le
poisson, le bétail et la viande.
Ils sont les plus grands bénéficiaires des services
sociaux : Centre national des prestations sociales, centres
médicaux, écoles publiques et autres. Rosalie Kouamé
« Roska », dans une lettre ouverte à Obama, affirme : « un
étranger ne peut prospérer dans un pays, si les lois et les
habitants de ce pays n’en donnent pas l’occasion. Les
Burkinabé(s) planteurs de cacao ou de café en Côte
d’Ivoire ne sont pas (venus avec des plantations). Ils ont
d’abord été hébergés par des Ivoiriens, qui leur ont
permis de travailler comme employés et (…) de
10manger »
Les mots-clefs relevés dans le texte sont : prospérer
dans. Rosalie Kouamé permet de comprendre que la Côte
d’Ivoire est convoitée par les étrangers, parce qu’elle est
une terre de prospérité. Les Ivoiriens ne s’en prennent pas
aux biens des étrangers. Le problème est créé par les
étrangers. Ils demandent plus. La crise économique a
offert l’occasion à Alassane Ouattara d’obtenir un haut
poste de responsabilité et de briguer par la suite la
magistrature suprême.

10 Roska.net@yahoo.com
18 3. La crise économique et le poste de président
du Comité interministériel de stabilisation et
de relance de l’économie
La crise économique survient au bout d’un long règne
sans partage du « vieux » (Félix Houphouët-Boigny).
Alassane Dramane Ouattara est désigné comme président
du Comité interministériel de coordination du programme
de stabilisation et de relance de l’économie de la Côte
d’Ivoire, du 18 avril au 7 novembre 1990. Auparavant,
dans la seconde moitié de 1988, il est promu par la volonté
d’Houphouët-Boigny gouverneur de la BECAO, poste
réservé à la Côte d’Ivoire, pour succéder à Abdoulaye
Fadiga décédé, afin de payer une dette envers Sangoulé
Lamizana, ancien président voltaïque, du 3 janvier 1966 à
1980.
En mars 1990, la Banque mondiale et le Fonds
monétaire international ont imposé à la Côte d’Ivoire
l’application d’un plan d’ajustement structurel qui prévoit
une baisse des salaires dans le secteur public et le
prélèvement d’une contribution de solidarité dans le
secteur privé. Le ministre du Budget, Moïse Koumoué
Koffi avait mis en place un plan drastique d’austérité, qui
prévoyait la diminution des salaires dans la Fonction
publique jusqu’à hauteur de 40%. Ces mesures furent
rejetées par les Ivoiriens. « Dès lors, il fallait trouver un
Ivoirien qui, de par ses relations au niveau de ces
institutions, était censé pouvoir influencer les décisions à
leur niveau. Alassane Ouattara (ADO), Ivoirien d’origine
Burkinabé, d’obédience musulmane, et gouverneur de la
Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest, était
11l’homme qui répond aisément à ces critères. »

11 Digithèque MJP.
19 « C’était un chat vivant comme un dévot ermite,
Un chat faisant la chattemite,
Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras,
12Arbitre expert sur tous les cas. »
« Débarqué dans une Côte d’Ivoire où planait le
spectre de la misère, les menaces sur les salaires et autres
revenus avec pour corollaire l’incapacité des nationaux à
juguler la crise, Alassane Ouattara met en place ses
méthodes. Très rapidement (…) Ouattara devient la
deuxième personnalité du PDCI après le premier président de
13la République » . Il prend, par la suite, la tête du parti
politique de Djéni Kobéna, le Rassemblement des
républicains (RDR) qui lui servira de tremplin.





12 Jean de La Fontaine ; Le chat, la Belette et le petit Lapin.
13 Edition spéciale Le Patriote n°3452 du samedi 21 mai 2011 page 2.
20 CHAPITRE II

La situation politique
Les dirigeants des principaux partis politiques se
disputent la succession de Félix Houphouët-Boigny
pendant sa vieillesse et après son décès. Alassane Dramane
Ouattara s’estime en première ligne de par sa position de
Premier ministre en poste face au président de
l’Assemblée nationale, Henri Konan Bédié, dauphin
constitutionnel. Il a la situation en main. Henri Konan Bédié, son
rival a la loi pour lui. Une lutte fratricide s’engage entre
ces deux prétendants issus du même parti politique, le
PDCI. Dans cette arène politique se trouve un intrus,
Laurent Gbagbo président fondateur du FPI. Dans la joute
électorale de 2010, Alassane Dramane Ouattara et Laurent
Gbagbo ont-ils la même compréhension de la démocratie ?
1. Le foisonnement des partis politiques
La politique fascine sous les tropiques. L’autorité, les
honneurs, l’envie, les frustrations tout y pousse. Tous s’y
engouffrent : intellectuels, analphabètes, hommes
d’affaires qui se découvrent des vertus de meneurs d’hommes
une fois que leurs avoirs augmentent. La restauration du
multipartisme, le 3 avril 1990, a fourni l’occasion de la
création d’une centaine de partis politiques. Ils sont si
nombreux qu’il est presque impossible de trouver une
démarcation idéologique entre eux. Les trois principaux
sont : le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), le
Rassemblement des Républicains (RDR) et le Front
populaire ivoirien (FPI).
1.1. Le Parti démocratique de Côte d’Ivoire et le
Rassemblement des républicains
L’ancien parti unique, le Parti démocratique de Côte
d’Ivoire se justifie comme le creuset de l’unité nationale.
Il se targue d’utiliser le dialogue comme arme de
prévention et de règlement des conflits. Il prône une
économie de type capitaliste. Le Rassemblement des
républicains, sorti de ses entrailles, s’est approprié les
prétendues frustrations des populations du Nord. Ainsi a
été conçu le concept de crime de faciès dont elles seraient
accusées.
èmeL’économiste, inscrit 2 sur la liste du Comité central
èmedu PDCI-RDA, après le 9 congrès de 1990, commence
ensuite à mettre sur pied ses réseaux de soutien au sein de
l’armée, de la police, des médias, etc. Enfin et surtout
début septembre 1992, à l’émission « L’invité de la Une »
d’Aly Coulibaly, il manifestera ouvertement ses ambitions
èmeprésidentielles (…) Et lors du 3 congrès extraordinaire
du 30 avril devant consacrer l’arrivée de Bédié à la tête du
PDCI-RDA, Ouattara est rayé des instances du parti, Djéni
Kobéna est empêché de prendre la parole en son nom. Le
29 septembre de la même année, le Rassemblement des
républicains (RDR) est porté sur les fonds baptismaux.
1.2. Le Front populaire ivoirien
Le Front populaire ivoirien se dit un parti socialiste,
refondateur de la Côte d’Ivoire (Gouverner autrement). Il a
été créé en 1982. Son dossier de reconnaissance fut déposé
22 au ministère de l’Intérieur le 13 décembre 1980. Il
culpabilise le PDCI, le rend responsable de la débâcle
14économique des années 1980 . En réalité, le FPI a
supplanté le Parti républicain de Côte d’Ivoire (PRCI)
créé, le 04 mai 1975 à Lyon en France, donc
antérieurement au FPI. Son fondateur, Robert Gbaï Tagro voulait
en faire le second parti fort du pays. « Le PRCI lutte
précisément pour l’avènement de deux partis forts en Côte
d’Ivoire. » Il a clairement pris position dans la crise de
1990 pour le changement. « Au nom de son parti,
monsieur Gbaï Tagro demande la réouverture des écoles,
refuse la ponction sur les salaires et propose
l’organisation d’une table ronde sur les problèmes de l’heure avec
15la participation du PRCI »
Les anciens ont trouvé dans la proclamation du
multipartisme l’occasion de sortir de la clandestinité. C’est
l’opportunité d’assouvir une ambition bloquée sous la
bannière du PDCI, parti unique. Le Parti ivoirien du
travail (PIT) du professeur de droit Francis Vanga Wodié
a tenu son Congrès constitutif le 8 avril 1990.
Certains nouveaux partis semblent constitués pour
attirer l’attention du vieux parti en vue d’une alliance
porteuse de promotion ou d’espèces sonnantes. Que
d’autres soient suscités comme viviers ou pour affaiblir
l’adversaire, c’est la domination de la scène politique,
voire sa monopolisation qui était recherchée.
« Les opposants, eux-mêmes, croyaient au parti unique.
Bien sûr un parti unique d’un autre type : un parti
d’avant-garde, constitués des éléments les plus conscients
du peuple travailleur et tourné résolument vers la solution
à apporter aux problèmes de l’immense majorité de la

14 Diégou Bailly ; 1995 ; La restauration du multipartisme en Côte
d’Ivoire ou la double mort d’Houphouët-Boigny ; Paris ; Editions
L’Harmattan, page 139.
15 Diégou Bailly ; idem ; page 6.
23 population. Oui, nous étions tous pour le parti unique,
même si le parti unique que nous rêvions de construire
16était dans ses objectifs radicalement opposé au PDCI »
L’opposant rêve de parti unique ; à plus forte raison, le
tenant du pouvoir. C’est dire que de nombreux politiciens
sont encore disposés à marcher dans le sillage de Félix
Houphouët-Boigny. D’autres sont dictateurs dans l’âme.
2. La nomination d’un Premier ministre, un
acte dictatorial au regard de la Constitution
ivoirienne
La Côte d’Ivoire est une République de type
présidentiel. Un poste de Premier ministre n’est pas
conforme à la Constitution.
2.1. Le régime présidentiel
La Constitution en son article 34 stipule que : le
président de la République est le Chef de l’Etat. Il incarne
l’unité nationale. Il veille au respect de la Constitution. Il
assure la continuité de l’Etat. Il est le garant de
l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire, du
respect des engagements internationaux. Vers les années
1989, les Ivoiriens découvrent un Alassane Dramane
Ouattara au sujet duquel, le président Houphouët ne tarit
pas d’éloges. Il occupe le poste de Premier ministre
expressément créé pour lui.
Un virage de l’histoire de la Côte d’Ivoire venait d’être
amorcé. Sous prétexte de vouloir résorber la crise, un
Premier ministre est imposé à Félix Houphouët-Boigny, ce
d’autant plus facilement que le choix d’une personne
d’origine étrangère connue de tous permettrait l’appli-

16 Gbagbo Laurent ; 1991 : « Agir pour les Libertés » ; L’Harmattan ;
p. 13-14.
24 cation de l’article 11 de la Constitution en faveur du
dauphin Henri Konan Bédié en cas de vacance du pouvoir
par décès. Le ministre Maurice Séri Gnoléba, Bété de
Daloa, dont le nom circulait comme prétendant était craint
pour son inflexibilité. Il fut par la suite limogé du
Gouvernement. Alassane Dramane Ouattara allait chercher
obstinément à déjouer les plans de Félix
HouphouëtBoigny qui venait de commettre sa plus grave faute
politique en voulant s’en servir comme bouclier. Il était en
possession d’un passeport ivoirien délivré à la faveur de sa
nomination au poste de gouverneur de la Banque centrale
des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).
On attribue à Félix Houphouët-Boigny lui-même les
17informations précises, ci-après, sur son poulain . « Mais
chacun de vous se demande pourquoi et si c’était de gaieté
de cœur que j’ai nommé Alassane Ouattara comme
Premier ministre de la Côte d’Ivoire. C’est essentiellement
par souci de préservation de la Côte d’Ivoire d’une
implosion sociale, à l’avènement du retour au
multipartisme en 1990. Ainsi sur intervention du G7 et des
Institutions de Bretton Woods, je nomme d’abord,
Alassane comme président du comité interministériel le 18
avril 1990, ensuite comme Premier ministre en novembre
1990. Mais avant de le nommer comme Premier ministre,
Alassane s’engage par écrit à rester en dehors de la
politique ivoirienne, en s’occupant uniquement de
redresser l’économie, même après ma disparition.
Pourquoi ai-je exigé cela de lui ? C’est parce que
Alassane n’est pas Ivoirien, mais plutôt Voltaïque
(Burkinabé), d’origine. En effet, Alassane Ouattara est né
à Noumoudara qui signifie en Tiéfo, sa langue maternelle,
village de forgerons en ex-Haute-Volta (Burkina Faso).
Noumoudara est dans le canton de Sindou, de la
subdivision de Banfora, qui est du cercle de Bobo-

17 Révélations d’Houphouët-Boigny, notes de Gervais Goffri.
25 Dioulasso. Il a pour père feu Ouattara Djika et pour mère
feue Boro Bintou, tous deux Burkinabè d’origine.
Alassane est jumeau, son frère est mort à sa naissance, ce
qui entraina, également la mort de sa mère. Ainsi,
Alassane fut élevé par Tabili Ouattara, la deuxième femme
de son père, jusqu’à l’âge de 4 ans. C’est à cet âge
également que le cousin et ami de son père, Tiécoura
Ouattara, affectueusement appelé Mossi Ouattara à
Dimbokro, comme cuisinier de l’administrateur colonial
de l’époque (l’a recueilli). Retenez également qu’Alassane
Dramane Ouattara a fait le cycle primaire et secondaire,
après l’école coranique en ex-Haute-Volta, actuel Burkina
Faso. Il a obtenu son Bac au Lycée Zinda Kaboré de
Ouagadougou. Alassane est parfaitement conscient de ses
origines voltaïques. J’en veux pour preuves le document
signé de lui et qui se trouve entre les mains d’une
personne digne de confiance dont je vous révélerai le nom
dès mon retour de la France. »
L’auteur certifie l’origine étrangère d’Alassane
Dramane Ouattara qui fait de lui l’espoir des étrangers
dans cette Côte d’Ivoire d’ouverture extrême avec ses 30%
d’immigrés environ. Il a cependant omis de signaler
qu’avant 1990, donc avant l’irruption d’Alassane Dramane
Ouattara sur la scène politique, il n’y avait ni xénophobie
ni guerre de religion en Côte d’Ivoire. Les habitants de ce
pays vivaient en parfaite harmonie.
2.2. La gestion autocratique du pouvoir
L’autorité de Félix Houphouët-Boigny était
incontestable. Il avait les moyens de se faire respecter : le
caractère, le charisme et l’argent. L’adepte du dialogue
supportait peu la contradiction.
Ainsi fut créé un poste de Premier ministre dans un
régime présidentiel dont l’occupant n’est nullement
ministre, ce qui fit couler beaucoup d’encre et de salive.
26 Les murmures finirent par se taire. Personne n’était prêt à
essuyer la colère du « vieux ». L’autorité et le charisme de
Félix Houphouët-Boigny avaient force de loi. Houphouët
connaissait son peuple et le manipulait à souhait. Mais
quelqu’un viendra à bout de son inflexibilité. « Ainsi, par
l’intervention personnelle de celle-ci (Dominique
Ouattara née Dominique Folloroux Nouvian) auprès de
moi, je demande l’accord du président Thomas Sankara
pour qu’Alassane soit nommé vice-gouverneur de la
Bceao, au compte du Burkina Faso. Mais pour mener à
bien sa mission de destruction de la Côte d’Ivoire,
Ouattara va demander à être Ivoirien en m’adressant une
lettre à cet effet, sur conseil de Dominique Ouattara. Je
me contenterai seulement de lui faire établir un passeport
de travail, tout en lui promettant la nationalité ivoirienne
par décret de naturalisation, lequel décret n’a jamais été
signé de moi et qui se trouve entre de bonnes mains. Notez
que Dominique Ouattara, d’origine juive, française de
nationalité, est la clé qui ouvre les portes à Alassane. Une
18tâche à laquelle elle s’attelle avec finesse. »
2.3. L’héritage de Félix Houphouët-Boigny le
sage de l’Afrique
Le rayonnement de la Côte d’Ivoire est bien connu.
C’est la locomotive de l’Afrique de l’Ouest. Le pays de
Félix Houphouët-Boigny contribue pour 40% à
l’économie de l’UEMOA. Il offre les meilleures opportunités
d’affaires. Il est l’eldorado de l’Afrique de l’Ouest, la
plaque tournante de la musique africaine, le centre de
formation de l’élite, le premier contributeur de la plupart
des organisations sous-régionales. « Notre pays est
sucré », disait une personnalité de ce pays.

18 Révélations d’Houphouët-Boigny, notes de Gervais Goffri.
27 L’honneur de succéder à Félix Houphouët-Boigny
surpassait tout. Le descendant du pays de l’hinterland, en
accédant à la présidence de la Côte d’Ivoire, met à la
disposition de son pays d’origine les ports d’Abidjan et de
San Pedro, mais surtout surclasse le président Burkinabè
Blaise Compaoré.
La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense
19Quelque diable aussi me poussant...
La Fable de La Fontaine trouve là son application. Le
goût du pouvoir, l’accès aux finances de l’Etat vont
aiguiser l’appétit du gestionnaire. Un dicton cristallisera
l’idéologie naissante : il n’y a pas quelqu’un pour tirer les
marrons du feu et un autre pour les consommer. De la
fierté de relever une économie exsangue, on passe à une
idée collectivement partagée d’une corvée qui requiert
compensation. Le poste de Premier ministre est donc un
tremplin pour la présidence de la République de Côte
d’Ivoire. En 1991, paraît une charte anonyme intitulée : Le
grand Nord en marche. Ce tract dont l’initiative a été
attribuée au chanteur reggae, Alpha Blondy partage la
Côte d’Ivoire en deux, la partie septentrionale étant
flanquée du drapeau voltaïque « vert et rouge ». « Faire
bloc autour d’Alassane Ouattara avait été notre intention
première. Celle-ci date de 1989 comme l’atteste l’entête de
ce document, alors qu’Alassane n’était encore que le
président d’un comité interministériel. » Qui avait dit
qu’Alassane Ouattara ne nourrissait pas d’ambition
politique ? Il lui était offert la nationalité ivoirienne à
travers un passeport naïvement délivré par le sage de
l’Afrique qui croyait confondre ses détracteurs en lançant
de manière ironique : « vous exigez du candidat au poste
de gouverneur de la BCEAO la nationalité ivoirienne, je
lui donne un passeport. » Né à Kong par la volonté de
Félix Houphouët-Boigny, la Charte du grand Nord lui

19 Jean de La Fontaine : « Les animaux malades de la peste ».
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