Québec français. No. 174, 2015

De
À l’été 2009, Québec français lançait un volumineux dossier dans son numéro 154 sur « La francophonie dans les Amériques ». Vingt numéros plus tard, la revue récidive afin de vérifier si des progrès ont été accomplis. Trois grandes parties constituent ce riche dossier : la première porte sur la vitalité de la francophonie dans les Amériques (au Québec, en Ontario, dans l’Ouest canadien, en Acadie, aux États-Unis…), la deuxième regroupe des textes qui veulent faire connaître, par leur apport, des sociétés ou des chaires vouées à la promotion de la francophonie et la troisième est consacrée aux littératures francophones des Amériques, avec entre autres un hommage à Dany Laferrière et un article sur la chanson québécoise. La portion didactique de la revue se penche sur les difficultés et troubles d’apprentissage en classe de français, au primaire comme au secondaire.


  • Éditorial

  • 1. La francophonie dans les Amériques : pour la promotion de la langue française et des cultures francophones Aurélien Boivin


  • Chroniques

  • 4. Une démonstration de cinéma : Birdman, de Alejandro González Iñárritu David Rancourt

  • 7. Se mettre au monde Denys Lelièvre

  • 9. Niochon, niais, ti-pit : des mots qui ont éclos dans le nid des oiseaux Ludmila Bovet

  • 12. L’inaveu de Richard Ste-Marie ou l’importance de la méticulosité Aurélien Boivin

  • 15. Comment Simon Boulerice a écrit certains de ses livres Monique Noël-Gaudreault

  • 17. Jeanne Moreau a le sourire à l’envers de Simon Boulerice Martine Brunet

  • 19. Quelques effets de l’enseignement de l’oral en situation de cercles de lecture Lizanne Lafontaine, Manon Hébert

  • 21. Littérature jeunesse et interactions orales Françoise Armand, Manon Pelletier, Lucie St-Hilaire, Catherine Gosselin-Lavoie

  • 24. Les entraves aux manuels numériques dans les écoles du Québec Gabriel Dumouchel, Aurélien Fiévez, Audrey Raynault


  • Littérature

  • 27. La francophonie dans les Amériques : une étonnante vivacité Aurélien Boivin

  • 29. La francophonie des Amériques – un outil de changement social Denis Desgagné

  • 33. Au coeur de l’avenir de la langue française : la renaissance québécoise Axel Maugey

  • 36. La francophonie canadienne : diversité et vitalité Gratien Allaire

  • 38. L’Ontario français, tant à découvrir ! Benjamin Vachet

  • 40. La francophonie de l’Ouest : une francophonie imprévisible Peter Dorrington

  • 43. Maintien et transmission de l’héritage linguistique chez les francophones des États-Unis Jane Ross, Fabrice Jaumont

  • 45. Une voix qui rassemble : la FCFA quatre décennies de concertation et de mobilisation citoyenne Marie-France Kenny

  • 46. Faire rayonner les recherches sur la littérature acadienne Benoit Doyon-Gosselin

  • 47. Une chaire de recherche vouée aux études acadiennes et francophones Jimmy Thibeault

  • 48. Chaire pour le développement de la recherche sur la culture d’expression française en Amérique du Nord Gynette Tremblay

  • 50. Deux regroupements pancanadiens d’établissements d’enseignement postsecondaire Caroline Gagnon

  • 52. Hommage Ursula Mathis-Moser

  • 55. Les littératures des Antilles françaises : des doudouistes aux (post)-créolistes Françoise Simasotchi-Bronès

  • 59. Écrivains franco-ontariens François Ouellet

  • 61. À l’Ouest, rien de nouveau… mais un corpus bien vivant Benoit Doyon-Gosselin

  • 63. Antonine Maillet : fondatrice de la littérature acadienne contemporaine Denis Bourque

  • 65. Regards sur la littérature québécoise Aurélien Boivin

  • 70. Faire mieux connaître la littérature québécoise au Québec et ailleurs dans le monde : Le Québec, connais-tu ? Robert Laliberté, Aleksandra Grzybowska

  • 72. Chanson d’Amérique Gilles Perron


  • Didactique

  • 74. Difficultés et troubles d’apprentissage en classe de français Christian Dumais, Réal Bergeron

  • 76. Différencier d’abord auprès de tous les élèves : un exemple en lecture Luc Prud’homme, Mireille Leblanc, Mélanie Paré, Pierre-Luc Fillion, Jacinthe Chapdelaine

  • 79. Vivre des expériences variées pour mieux s’engager en lecture Viviane Boucher, Catherine Turcotte

  • 81. La connaissance du nom des lettres chez les élèves en difficulté de lecture Sophie Briquet-Duhazé

  • 84. La fiche d’observation individualisée en lecture : un outil d’accompagnement stratégique Lyne Legault

  • 86. Lire et mieux comprendre au secondaire : bilan et prospectives d’un projet de recherche collaborative Chantal Ouellet, Catherine Croisetière, Amal Boultif

  • 88. Quand les difficultés d’un élève du secondaire cachent un trouble du développement du langage oral Oxana Leonti, Daniel Daigle

  • 90. L’enseignement de l’orthographe lexicale au secondaire : pourquoi et comment ? Anne Plisson, Daniel Daigle

  • 92. Pour une communication efficace avec les parents ! Julie Ruel, André Moreau

  • 95. Savoir justifier pour discuter Christian Dumais, Sonya Bouchard, Jean-François Tremblay, Marie-Claude Carle, Brigitte Charest

  • 98. Aventures, formation et histoire. Pour lire, écrire, parler… Monique Noël-Gaudreault

  • 100. Développer des stratégies interlinguales pour soutenir l’apprentissage du français Raymond Nolin

  •  

  • 104. Nouveautés littéraires

Publié le : lundi 30 mars 2015
Lecture(s) : 23
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782920204324
Nombre de pages : 120
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La francophonie
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ISBN 978-2-920204-32-4
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chanson / cinéma / échos de L recherche en didactique du français / ducation intercuLtureLL
et diversité Linguistique / iches de Lecture / istoires de mots / ouveautés Littéraires / tic
2015 / 10, 95 $Participez à
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Jennifer Botterill François Massicotte
porte-parole porte-paroleLa francophonie dans les Amériques :
pour la promotion de la langue française
et des cultures francophones
l’été 2009, Québec français lançait un volumineux dossier dans son numéro 154 sur « La francophonie
dans les Amériques ». Vingt numéros plus tard, la revue récidive pour souligner l’importance accrue de À la francophonie non seulement dans les Amériques mais un peu partout dans le monde, en particulier
sur le continent africain. Selon le rapport de l’Observatoire de la langue française publié en 2014, le nombre de
locuteurs ayant la langue française comme langue commune s’établit maintenant à 274 millions répartis sur les
cinq continents, soit une augmentation de 7  par rapport à 2010. La langue française est la cinquième langue
parlée dans le monde après le mandarin, l’anglais, l’espagnol et l’arabe (ou l’hindi). En 2050, les projections
sont plus qu’encourageantes : on pense qu’il y aura plus de 715 millions de francophones, dont 85  seront en
Afrique et un peu plus de 20 millions dans les Amériques et les Caraïbes. Mais tout n’est pas gagné pour autant,
devant la montée de la langue anglaise, devenue la langue des communications et des nouvelles technologies.
Point n’est besoin d’une longue démonstration pour constater l’importance de cette langue. Il serait toutefois
vain de tenter d’entrer en opposition avec elle. L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), née de
la défunte Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), qui avait été créée en 1970 à la Convention de
Niamey, s’est investie dans le long processus d’élaboration de la Convention de l’Unesco sur « la protection et la
promotion de la diversité culturelle et linguistique ». Elle défend cette mission dans ses actions de même que
le soutien à l’éducation et à une formation de qualité. La nouvelle secrétaire générale, Madame Michaëlle Jean,
première femme à occuper cette haute fonction, plaide en faveur d’une francophonie moderne et tournée vers
l’avenir et a promis, dans le sillage de son prédécesseur Abdou Diouf, de donner une nouvelle impulsion à la
francophonie. Pour cela, il faut, à notre avis, conforter et accroître l’enseignement et l’usage de la langue française
dans le monde, sans nuire, toutefois, à l’apprentissage des langues nationales, en Afrique en particulier, ce qui ne
peut qu’aider l’apprentissage de la langue française. Il faut aussi assurer une meilleure formation des professeurs,
dans certaines zones, et leur fournir les outils nécessaires pour les accompagner dans leur enseignement, à l’ère
du numérique. Il faut certes applaudir, par exemple, la création de la Bibliothèque numérique de la francophonie
des Amériques, mise sur pied en 2014 par le Centre de la francophonie des Amériques, qui permet la consultation
gratuite de par le monde de plus de 3 500 œuvres littéraires, tous genres confondus, pourvu que l’on s’inscrive
sans frais comme membre. Voilà une importante réalisation qui ne peut qu’aider la francophonie, assurer la
promotion de la langue française et garantir aussi la diversité culturelle. La francophonie se porte bien dans le
monde et chez nous dans les Amériques.
AURÉLIEN BOIVIN, responsable du dossier littéraire
Directrice : Isabelle L’Italien-Savard Collaborateurs au numéro Isabelle L’Italien-Savard, Clément Fondée en 1970, la revue Dépôt légal
Vice-directeur : Réal Bergeron Gratien Allaire, Françoise Armand, Martel, Ursula Mathis-Moser, Axel Québec français est publiée par Bibliothèque et Archives
David Bélanger, Réal Bergeron, Maugey, André C. Moreau, Monique Les Publications Québec français nationales du Québec /
LITTÉRATURE Ginette Bernatchez, Aurélien Noël-Gaudreault, Raymond Nolin, et paraît trois fois par an. Bibliothèque nationale du Canada
Rédacteur en chef : Vincent Lambert Boivin, Sonya Boucher, Viviane Chantal Ouellet, François Ouellet, ISSN 0316-2052-51
Équipe de rédaction et comité de Boucher, Amal Boultif, Denis Mélanie Pagé, Manon Pelletier, Éditions numériques ISBN PDF 978-2-920204-32-4
erlecture : Marie-Andrée Bergeron, Bourque, Ludmila Bovet, Sophie Gilles Perron, Anne Plisson, Luc vitrine.entrepotnumerique.com/ 1 trimestre 2015
Aurélien Boivin, Maude Couture, Briquet-Duhazé, Martine Brunet, Prud’homme, David Rancourt, www.erudit.org
Vincent Lambert, Isabelle L’Italien- Marie-Claude Carle, Jacinthe Audrey Raynault, Jane F. Ross, Julie La revue est indexée dans Point Secrétariat / publicité /
Savard Chapdelaine, Brigitte Charest, Ruel, Françoise Simasotchi-Bronès, de repère. abonnement
Marie-Hélène Constant, Catherine Lucie St-Hilaire, Jimmy Thibeault, Julie Veillet
DIDACTIQUE Croisetière, Daniel Daigle, Denis Gynette Tremblay, Jean-François Graphisme : Djanice St-Hilaire 2095, rue Frank-Carrel, bureau 212
Rédacteur en chef : Réal Bergeron Desgagné, Peter Dorrington, Benoît Tremblay, Catherine Turcotte, Québec (QC) G1N 4L8
Équipe de rédaction et comité Doyon-Gosselin, Christian Dumais, Benjamin Vachet Impression : Groupe ETR
de lecture : Nancy Allen, Réal Gabriel Dumouchel, Aurélien Fiévez, Adresse postale
Bergeron, Murielle Doré, Christian Pierre-Luc Fillion, Caroline Gagnon, Les collaborateurs sont seuls Pour ce numéro, la revue Québec C. P. 9185
Dumais, Joël Thibault, Ophélie Chantale Gingras, Catherine responsables du contenu de leurs français a reçu l’aide financière Québec (QC) G1V 4B1
Tremblay Gosselin-Lavoie, Hans-Jürgen Greif, textes. du Ministre responsable des tél. 418-527-0809
Aleksandra Grzybowska, Manon Affaires intergouvernementales fax 418-527-4765
Révision linguistique et Hébert, Fabrice Jaumont, Marie- La revue est membre de la canadiennes et de la Francophonie revue@revuequebecfrancais.ca
préparation des manuscrits : France Kenny, Lizanne Lafontaine, Société de développement des canadienne, monsieur Jean-Marc www.revuequebecfrancais.ca
Aurélien Boivin, Chrisitan Dumais, Robert Laliberté, Pierre-Luc Landry, périodiques culturels québécois Fournier.
Isabelle L’Italien-Savard Mireille Leblanc, Lyne Legault, (sodep)
Oxana Leonti, Denys Lelièvre, www.sodep.qc.ca.
éditorialCinéma La francophonie
4 Une démonstration de cinéma : dans les Amériques :
Birdman, de Alejandro González une étonnante vivacité
Iñárritu
David Rancourt 26 Présentation
Aurélien Boivin
Chanson
7 Se mettre au monde 29 La francophonie des Amériques – un outil de
Denys Lelièvre changement social pour toutes les Amériques
Denis Desgagné
Histoires de mots
9 Niochon, niais, ti-pit : des mots qui 33 Au cœur de l’avenir de la langue française :
ont éclos dans le nid des oiseaux la renaissance québécoise
Ludmila Bovet Axel Maugey
Fiche de lecture - roman 36 La francophonie canadienne :
12 L’Inaveu de Richard Ste-Marie ou diversité et vitalité
l’importance de la méticulosité Gratien Allaire
Aurélien Boivin
38 L’Ontario français, tant à découvrir !
Entrevue Benjamin Vachet
15 Comment Simon Boulerice
a écrit certains de ses livres 40 La francophonie de l’Ouest :
Monique Noël-Gaudreault une francophonie imprévisible
Peter Dorrington
Fiche de lecture - jeunesse
17 Jeanne Moreau a le sourire à l’envers 43 Maintien et transmission de l’héritage
de Simon Boulerice linguistique chez les francophones des États-Unis
Martine Brunet Jane F. Ross et Fabrice Jaumont
Échos de la recherche 45 Une voix qui rassemble : la FCFA quatre
en didactique du français décennies de concertation et de
19 Quelques effets de l’enseignement mobilisation citoyenne
de l’oral en situation de cercles Marie-France Kenny
de lecture
Lizanne Lafontaine et Manon Hébert 46 Faire rayonner les recherches sur la
littérature acadienne
Éducation interculturelle Benoit Doyon-Gosselin
Couverture : et diversité linguistique
graphisme 21 Littérature jeunesse et interactions
de Chantal 47 Une chaire de recherche vouée aux études
orales. Discuter de la diversité Gaudreault acadiennes et francophones
linguistique et culturelle, de la Jimmy Thibeault
différence, du rejet, du racisme...
Françoise Armand, Manon Pelletier, Lucie 48 Chaire pour le développement de la
St-Hilaire et Catherine Gosselin-Lavoie recherche sur la culture d’expression française
en Amérique du Nord
TIC Gynette Tremblay
24 Les entraves aux manuels
numériques dans les écoles du 50 Deux regroupements pancanadiens
Québec d’établissements d’enseignement postsecondaire
Gabriel Dumouchel, Aurélien Fiévez et Caroline Gagnon
Audrey Raynault
52 Hommage
Dany Laferrière, un « écrivain méditatif »
Ursula Mathis-Moser
sommaire 174
chroniques
littératureW YF IWXV XP WI YP WHMJ
d’apprentissage en classe de français
88 Quand les difficultés d’un élève du 74 Présentation
Christian Dumais et Réal Bergeron secondaire cachent un trouble de
développement du langage oral
76 Différencier d’abord auprès de Oxana Leonti et Daniel Daigle
55 Les littératures des Antilles tous les élèves : un exemple en
françaises : des doudouistes lecture 90 L’enseignement de l’orthographe
aux (post)-créolistes Luc Prud’homme, Mireille Leblanc, au secondaire :
Françoise Simasotchi-Bronès Mélanie Paré, Pierre-Luc Fillion et pourquoi et comment?
Jacinthe Chapdelaine Anne Plisson et Daniel Daigle
59 Écrivains franco-ontariens
François Ouellet 79 Vivre des expériences variées 92 Pour une communication
pour mieux s’engager en lecture efficace avec les parents
61 À l’Ouest, rien de nouveau… Viviane Boucher et Catherine Turcotte Julie Ruel et André C. Moreau
mais un corpus bien vivant
Benoit Doyon-Gosselin 81 La connaissance du nom des Hors dossier
lettres chez les élèves en 95 Savoir justifier pour discuter
63 Antonine Maillet difficulté de lecture Christian Dumais, Sonya Bouchard,
Fondatrice de la littérature Sophie Briquet-Duhazé Jean-François Tremblay, Marie-Claude
acadienne contemporaine Carle et Brigitte Charest
Denis Bourque 84 La fiche d’observation
individualisée en lecture : 98 Aventure, formation et histoire.
65 Regards sur la littérature un outil d’accompagnement Pour lire, écrire, parler…
québécoise stratégique Monique Noël-Gaudreault
Aurélien Boivin Lyne Legault
Situation d’apprentissage
70 Faire mieux connaître la 86 Lire et mieux comprendre au et d’évaluation
littérature québécoise au secondaire : bilan et prospectives 100 Développer des stratégies
Québec et ailleurs dans d’un projet de recherche interlinguales pour soutenir
le monde : Le Québec, collaborative l’apprentissage du français
connais-tu ? Chantal Ouellet, Catherine Croisetière Raymond Nolin
Robert Laliberté et Aleksandra et Amal Boultif
Grzybowska
72 Chanson d’Amérique
Gilles Perron
nouveautés littéraires
104 ESSAI Pierre-Luc Brisson, Ying Chen, Fabien Girard, Jacques Godbout, François Ricard, Yvon Rivard, Corrie Scott NOUVELLE
Bertrand Bergeron, Geneviève Damas, Charles Le Blanc, Jérémie Leduc-Leblanc, Sylvie Massicotte, Alice Munro, Maude
Poissant, Claudine Potvin POÉSIE André Gaulin ROMAN Olivier Adam, Marie-Christine Arbour, Stéphane Boulé,
Louis Carmain, Martin Clavet, Claude Dion, Christine Eddie, Haruki Murakami, Amélie Nothomb, Jean-Jacques Pelletier
I?XGIqP0S
didactiqueUne démonstration de cinéma :
BIRDMAN, de Alejandro González Iñárritu
DAVID RANCOURT *
ichael Keaton ? Qu’avait-il fait À quelques jours de la première, coup de corde de Hitchcock (1948) et L’arche russe
exactement depuis Jackie théâtre. Le second rôle masculin, un acteur de Sokourov (2002). Peut-on désigner un MBrown (1997) de Tarantino ? médiocre, se blesse, et un miracle survient : « gagnant » entre les trois ? Je ne crois pas,
Avait-il définitivement fondu dans Jack l’acteur de génie Mike Shiner (incarné par car Hitchcock a fait œuvre de pionnier et
Frost (2000) ? Surprise, le revoici en haut Edward Norton) est disponible au pied levé, a vaincu des difficultés techniques
imporde l’affiche dans un film de premier plan, il sait déjà son texte sur le bout des doigts tantes. Quant à Sokourov, eh bien, il a créé
Birdman de Alejandro González Iñárritu. et a même quelques idées sur la mise en un film qui est vraiment un seul plan, ce qui
Dans la bande-annonce, Keaton semblait scène… Trop beau pour être vrai ? En effet : est dur à battre. Mais Iñárritu relève le défi
jouer à peu près son propre rôle, et presque cette pièce est en danger. Pas seulement
revêtir à nouveau le costume de Batman… parce que le remplaçant est un être
narcisBref, la publicité a fonctionné, je suis allé sique et imprévisible qui vole la vedette,
voir ce film inattendu, très agréable si on mais aussi parce qu’il y a, à l’intérieur de
le prend pour ce qu’il est : une acrobatie Riggan, un démon ayant toutes les
caractévisuelle qui nous fait plonger dans les ristiques de ce superhéros incarné jadis…
coulisses du théâtre et d’un esprit.
LA GAGEURE TECHNIQUE : UN PLAN
SUPERHÉROS EN DANGER SÉQUENCE ET DES ELLIPSES
Michael Keaton joue Riggan Thomson, La bande-annonce de Birdman ne
un acteur vieillissant resté dans les mémoires disait pas tout : rythmée par le montage,
pour avoir incarné le superhéros Birdman. elle ne révélait rien de la prouesse
techL’ancienne vedette essaie de remettre sa nique majeure du film : il semble constitué
carrière sur les rails en créant sur Broadway d’un seul plan-séquence, sans montage.
l’adaptation d’une nouvelle de Raymond En fait, il n’a pas vraiment été tourné
Carver. Le projet est ambitieux, l’investis- d’une seule traite, mais on en a
l’impressement personnel important : Riggan écrit sion, grâce au gars (numérique) des vues
lui-même l’adaptation, assure la mise en qui a gommé les ruptures entre les plans
scène et tient le rôle principal. Et on sait qu’à réels. Birdman s’inscrit donc dans cette
Broadway, un succès est un vrai succès, mais série de films qui ont tenté l’expérience
un four peut être retentissant. d’effacement du montage, comme La

4 174 2015
chronique
CINÉMAaussi bien que ses prédécesseurs : sa
technique maîtrisée et voyante est aussi mise au
service de ses acteurs et convient très bien à
son histoire de renaissance-déclin.
Il est plein de vie, ce plan-séquence,
ce film. Il nous donne l’impression d’un
flux continu, d’un travelling ininterrompu
de la scène aux coulisses et à l’extérieur,
mais aussi d’un travelling dans le temps.
En effet, un aspect fascinant du film est
son nombre de sauts temporels : le temps
du récit ralentit parfois, puis s’accélère par
bonds. Ainsi, même si la technique traduit
l’idée de continuité, et même si l’histoire se
passe au théâtre, il n’y a certainement pas
d’unité de temps et de lieu. On ne distingue
aucun flash-back : le récit va vers l’avant à
© Focus Featuresune vitesse variable.
Pour nous, spectateurs, deviner quand
un tel saut temporel se glisse dans le film exagérer le caractère radical de Birdman : ce Sanchez, faite en grande partie de
percusdevient vite un jeu. C’est intéressant parce film est vraiment fait pour être compris, et sions, donne du liant à l’œuvre, tout en
que même si Birdman est très cinémato- non pour intimider. ajoutant à la fébrilité hystérique des
avantgraphique, cette idée de passer d’un instant premières de Broadway, où les carrières se
de la journée à un autre sans coupure peut UN JEU POUR LES ACTEURS font, se défont ou se refont. Même si ces
être vue, elle, comme théâtrale, car au Ce film mélange efficacement les tons, percussions insoumises peuvent traduire
théâtre, évidemment, l’image n’est jamais car même si on sent que la pièce de théâtre la fragilité de personnages au bord de la
« coupée ». Il y a dans le film quelques indices risque de s’écrouler à tout moment, en folie, elles ont un je-ne-sais-quoi de
séducde glissement temporel faciles à décoder, emportant avec elle l’équilibre financier et teur pour nous, spectateurs bien au chaud
comme des accélérés sur le ciel qui passe mental du personnage principal, un senti- et en sécurité.
de la nuit au jour ou l’inverse ; parfois aussi, ment de jubilation ne nous quitte pas. Tôt On a l’impression que les acteurs aussi
le temps du récit avance simplement quand dans le film, à partir de l’irruption de l’in- se sont amusés, en tournant. C’est vrai que
un personnage se déplace dans les coulisses supportable et génial Shiner, Birdman ce sont des acteurs, mais on voit dans leur
ou se lève de sa chaise. Ces couloirs, ils ne démarre vraiment et conserve son rythme œil comme une vraie lueur de plaisir. Déjà,
sont peut-être, comme le film, que l’image pour un bon moment. Edward Norton (qui, la machine à rumeurs parle pour eux de
des détours et délires de l’esprit du person- ne l’oublions pas, a lui aussi déjà incarné un récompenses et d’oscars ; est-ce réaliste ?
nage principal. Et nous aussi sommes pris superhéros, Hulk, et fait donc doublement On peut certainement affirmer que leur
dans ces couloirs : le film a l’habileté de nous figure de rival pour Keaton/Thomson) est jeu d’ensemble sert le film. Michael Keaton,
faire croire pendant un temps que Riggan certainement heureux de jouer cet éner- qui n’est pas l’acteur du siècle, a en tout
Thomson a peut-être de vrais superpou- gumène délicieusement irritant. Mais il n’a cas accepté de se montrer tel quel à la
voirs, la télékinésie et la lévitation. Même pas ici le monopole de l’humour tordu, et caméra. Les gros plans ne cachent rien de
une fois le film fini, nous ne pouvons pas d’autres interprètes en sont des vecteurs : ses rides, de son embonpoint, bref de son
tout à fait écarter cette hypothèse. sûrement Keaton, parfois Emma Stone, et âge. Et, autre attrait de son jeu, c’est lui qui
Cet aspect narratif inhabituel ne crée Zach Galifianakis (même s’il joue plus sobre- s’amuse à faire la voix du personnage du
pourtant pas de malaise chez le spectateur. ment que d’habitude). superhéros Birdman, une voix of fort grave
Devant l’écran, nous demeurons même dans Ainsi, l’ambiance générale de Birdman que Riggan entend quand il est seul avec
un certain confort, car la caméra ne nous est surprenante et bienvenue de la part lui-même… Les niveaux de fiction et de
isole pas. Comme dans un film de forme plus du réalisateur Iñárritu. Même si le film se réalité se superposent presque trop
claireclassique, nous voyons très bien les réac- déroule en bonne partie à l’intérieur d’un ment : ce Birdman, ce justicier qui a sauvé
tions des personnages ; nous ne « regret- théâtre, il n’enferme pas ; il contient quelque l’humanité dans des films, pourrait sauver la
tons » pas l’absence du champ-contrechamp chose de plus libérateur que Biutiful, carrière de son interprète Riggan si un autre
habituel, car les mouvements d’appareil et 21 grammes ou Babel, œuvres certes ambi- épisode de la saga était tourné, et nul doute
la présence des personnages dans le même tieuses sur le plan narratif et formel, mais qui qu’il a aussi rescapé la carrière de Michael
plan compensent amplement. Ainsi, même illustraient souvent sans pitié (ou même avec Keaton lui-même. Cela dit, le lien entre
l’acsi notre regard est fortement dressé par les complaisance ?) la misère humaine. On se teur et le personnage ne va finalement pas
codes du cinéma standardisé, le film ne nous perd avec plaisir dans le baroque du Iñárritu très loin. Comme Riggan, Keaton a joué un
laisse pas sans repères devant une proposi- nouveau, dans sa juxtaposition du réel et superhéros pour la dernière fois en 1992, et a
tion artistique indigeste. Il ne faut donc pas du fantasmé. La piste sonore d’Antonio disparu des écrans depuis ce temps. Pour le

5 174 2015reste (désir de come-back à Broadway, diffi- abyme : même si Birdman intègre plusieurs de longs plans-séquences changer de
straculté à gérer l’après-gloire), la correspon- éléments de la pièce de Raymond Carver, tégie narrative après 20 ou 30 minutes, par
dance est moins assurée. rien ne le souligne au crayon gras. On ne exemple chez Scorsese ou De Palma, et
D’accord, même si Keaton ne joue pas voit directement que deux courtes scènes j’imagine que cette transition était basée sur
vraiment son propre rôle, les rapports entre de la pièce, toujours les deux mêmes scènes une idée de la capacité de concentration du
vérité et fiction demeurent un thème central en plusieurs incarnations, ce qui préserve le spectateur. Formulé autrement, le problème
du film. L’idée de réalisme du jeu sur scène mystère. Comme la plus grande partie du dans Birdman est simple : il ne nous attend
est poussée jusqu’à l’absurde par le person- contenu de l’œuvre adaptée nous est gardée pas à la fin du film une idée-choc aussi forte
nage de Norton qui, une fois sur les plan- malicieusement secrète, nous sommes que ce que nous avons senti en entrant dans
ches, peut décider de boire vraiment de obligés d’ouvrir grand les yeux quand il s’en son univers.
l’alcool dans une scène de beuverie, ou avoir présente un fragment. Pendant deux heures, nous avons été
une réaction physiologique conséquente Le film d’Iñárritu reconnaît la puissance portés par la caméra mobile d’Emmanuel
dans une scène de lit. particulière du théâtre, tout en donnant Lubezki, par les couleurs et par la musique
Cette soif de vérité est doublée d’une soif certainement des arguments sur la force jusqu’au cœur du théâtre et de la folie, mais
de reconnaissance inassouvissable chez les spécifique du cinéma. C’est un film vraiment une fois le film terminé, que reste-t-il ? Une
personnages. Tout chez eux part de l’ego et cinématographique, dont la technique est expérience intense, quoique pas
exactey revient, c’est leur motivation et leur piège. une part essentielle ; adapter Birdman au ment le vecteur d’un message complexe ou
C’est pour satisfaire leur soif de reconnais- théâtre serait absurde tellement le résultat d’une grande émotion, ni une œuvre
ambisance qu’ils montent sur scène, mais le juge- serait déformé. C’est un pur objet filmique, tieuse. Ce n’est après tout que l’histoire
ment des spectateurs et le spectre de l’échec qui nous fait entrer dans sa dynamique par le d’une pièce à Broadway : difficile de viser
public les terrorisent. Les gens de théâtre mouvement. Loin de la frontalité du théâtre, plus classique comme sujet. Mais Birdman
ne vivent que dans le regard des autres, la caméra nous inclut et nous promène. La montre aussi ce que le cinéma est capable
eux aussi. C’était peut-être évident, mais le promenade est belle, même si le point d’ar- de faire. Ce film nous a immergés d’une
film le montre nettement. Voilà pourquoi rivée n’est pas un sommet. façon inédite, et on peut parier que son
Riggan est si défait quand sa propre fille le Car à un moment donné, un peu avant la souvenir sera durable. Il mériterait vraiment
confronte et lui balance qu’il n’est pas, après fin, Birdman s’essouffle. Ou est-ce nous qui quelques-uns des « oscars techniques »
tout, très important à l’échelle de l’univers. nous essoufflons ? Ou bien tout est-il calculé habituellement réservés aux
superproducpour que nous perdions notre énergie au tions tapageuses : photo, direction
artisLÀ OÙ NOUS PORTE LA CAMÉRA rythme du personnage principal ? Cet épui- tique, et peut-être même montage – ou un
Voilà un film habile par plusieurs côtés. sement était peut-être inévitable, à cause oscar spécial du non-montage.
Les liens entre le théâtre, le cinéma et la vie de la manière dont l’histoire est filmée. On
* Réviseur linguistique et cinéphilen’y donnent pas lieu à de lourdes mises en a vu plusieurs autres films commençant par
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6 -
174 2015Se mettre au monde
DENYS LELIÈVRE *
En 2014, plusieurs artistes nous ont offert des albums remarquables : Grand Corps Malade ( Funambule), Daniel
Lavoie (La licorne captive), Émile Proulx-Cloutier (Aimer les monstres), Gilles Vigneault (Vivre debout), qui
sont parfois passés sous le radar, en dehors de la convergence. Dans cet esprit, il serait pertinent d’ajouter,
du côté français, les albums de Adamo (Chante Bécaud), Julien Clerc (Partout la musique vient), Yves Duteil
(Flagrant délice), À Nous Garo (Inédits et incontournables), et du côté québécois, Audiogram (Trente), Daniel
Lavoie (Raconte Pierre et le loup) et Chloé Ste-Marie (À la croisée des silences, livre-double CD, remarquable
réalisation où elle interprète 57 des plus beaux textes de l’histoire de la poésie québécoise, merveilleux outil
pour l’enseignement de la poésie). Pour cette chronique, trois disques ont été retenus. Deux d’entre eux,
Légendes d’un peuple et Plus tard qu’on pense, rappellent que la question identitaire intéresse une nouvelle
génération, et l’autre, Le monde perdu, que la recherche d’un monde perdu ne se fera pas sans douleur. La
lecture attentive des textes qui suivent vise à montrer la qualité de leur écriture et à suggérer leur utilisation
dans l’enseignement.
engagée auxquels se joignent des voix plus peut plus juguler sa colère : « Le loup quitte
jeunes. Patrice Michaud rend hommage son repaire ° Sous l’étendard il serre le
à Paul Chomedey de Maisonneuve et aux poing ».
fondateurs de Montréal à une époque Pour les années qui suivent, Alexandre
où les Iroquois sont en guerre contre la Belliard retient des noms aussi variés
France : « Le sang des colons baptise la que Denis Vanier, Gérald Godin, Yvon
ville ». Paul Piché prête sa voix à Papineau Deschamps ou Joséphine Bacon. Il relit La
et aux patriotes de 1837-1838, qui n’ont star du rodéo et établit une filiation directe
guère connu un meilleur sort : « Sacrifié au entre Gauvreau et Vanier, ces deux poètes
pied d’un courant ° Qui n’emportera jamais de la marginalité et de l’excès, condamnés
eleur sang ». À la fin du XIX  siècle, Eudore à une profonde solitude : « Il traine sur son
Évanturel, poète et dramaturge, lit en dos ° Toute l’attente d’un lourd passé ».
public le texte d’une pièce intitulée Crâne Gérald Godin a écrit l’un des poèmes
et cervelle. Celle-ci fait scandale. L’écrivain les plus justes sur la Crise d’octobre et sur
LÉGENDES D’UN PEUPLE devient victime du conformisme ambiant cette « raison d’État » justifiant la
répresLe Collectif et est relégué dans l’oubli. Jorane chante sion aveugle. Éric Goulet chante « Libertés
Spectra, 2014 les mots de « La tombe ignorée » dans un surveillées », qui décrit le choc ressenti par
profond recueillement : « Un tombeau que les citoyens : « Il y en a qui sont devenus
cicaLégendes d’un peuple se situe dans le quelqu’un a cherché dans la mousse ° Laisse trices ° Il y en a qui sont devenus frissons ° Il
prolongement d’œuvres réalisées par Gilles voir sur sa croix que nul nom n’est inscrit ». y a ceux qui ont oublié ». Dans « Je sais que
Bélanger et Louis-Jean Cormier, Thomas Stéphane Archambault et Marie-Hélène tu sais », Joséphine Bacon dénonce
l’asHellman, Yann Perreau et Chloé Ste-Marie : Fortin interprètent « En un seul homme similation des Indiens et leur
marginalisafaire découvrir les grands poètes de chez rapaillé ». Nelligan, Gauvreau et Miron tion dans des pensionnats ou des réserves,
nous en mettant leurs textes en musique. parlent tous d’une même voix et nourrissent l’absence de toute rencontre réelle. Chloé
L’initiateur du projet, Alexandre Belliard, l’espoir d’un pays souverain : « Nous sommes Ste-Marie, une alliée naturelle, se joint
signe la plupart des textes. Il trace le portrait en pays boréal ° En un printemps inachevé ° à elle pour scander les mots de ce texte
de personnages historiques ayant contribué Un beau grand pays épormyable ° En un seul rythmé incitant au changement et à
l’acà maintenir la flamme du nationalisme peuple rapaillé ». En chanson, Félix Leclerc tion : « N’attends pas que je me fâche ° Telle
et d’autres, prenant le relais. Le Collectif témoignera de l’évolution du Québec de la une tornade ° N’attends pas que je me
regroupe des interprètes de plusieurs géné- tradition vers la modernité. Richard Séguin libère ° De mes chaînes ».
rations, des vieux routiers de la chanson se reconnaît l’héritage d’un homme qui ne

7 174 2015
chronique
CHANSONnostalgie d’un monde plus humain, plus sens et d’horizon ° Sans toit, vire feu, sans
juste, plus équilibré. Christophe Miossec religion ». Pellerin reprend deux
chansigne le texte de la chanson-titre, « Le sons majeures du répertoire québécois.
monde perdu », qui, elle, renvoie davan- Comme il l’avait fait dans « La marche du
tage à la fragilité de l’amour : « Comme les Président », Gilles Vigneault exprime, avec
témoins ° D’un fleuve en crue ° Se disant que « Le grand cerf-volant » (1973), le pouvoir de
demain ° C’est peine perdue ». Moran signe la jeunesse de changer le monde : « Nous
les mots de la chanson « L’exil ». Un immi- mettrons le mal à feu et à sang ° Un soleil
grant, chauffeur de taxi, écrit une lettre à rouge, un soleil blanc, un soleil sombre °
la femme qu’il aime encore : « Nous n’ha- Nous mettrons le mal à feu et à sang ° Un
biterons plus jamais le même territoire ° nuage monte, un autre descend ° Un jour
Mais nous partagerons toujours la même sans ombre ° Puis nous raserons la ville en
patrie ». L’une des plus belles chansons du passant ». Une grande chanson de Stephen
LE MONDE PERDU tandem Lebert/Daran, « Une sorte d’église », Faulkner, « Cajuns de l’an 2000 », a gardé,
Daran présente l’amour comme un absolu : « Nous et c’est souci de le dire, toute son
actuaLe Mouvement des marées (Select), 2014 deux nous méritons bien plus haut qu’une lité. Elle reprend la crainte, déjà exprimée
voûte ° Alors je t’ai trouvé une plaine sans par Pauline Julien (« Mommy ») et par Gilles
Deux ans après le superbe L’homme routes ° Et sans autres limites que les points Vigneault (« Quand nous partirons pour la
dont les bras sont des branches (2012), cardinaux ° Et sans traces que celles de nos Louisiane ») il y a plus de 40 ans, de voir
Daran nous revient avec l’un des plus chevaux ° Qui absorbent l’espace ». Enfin, le Québec perdre sa culture et sa langue.
beaux albums de chansons parus au Québec au plan graphique, les dessins de Béatrice Voici les mots de Faulner : « Quand tous nos
en 2014. Pierre-Yves Lebert, un parolier d’ex- Flynn et de Geneviève Gendron suggèrent poètes se seront tus ° Que seront partis nos
ception avec qui il collabore depuis Pêcheur avec finesse cette idée de « monde perdu ». aïeux ° Et que nous aussi nous nous ferons
de pierres (2003), signe neuf des onze textes. vieux ° Quand on changera le nom des
Le monde perdu apparaît comme un long rues ° Pour ceux du pays des Angles ° Que
blues qui ferait la chronique d’un monde nos enfants ne parleront plus la langue ». Le
de plus en plus déshumanisé, le chanteur talent de conteur de Pellerin lui a bien servi
l’exprimant à la guitare et à l’harmonica dans l’écriture d’une des grandes chansons
d’une manière très dépouillée. Les chan- de l’album, « Ovide », elle aussi sur le thème
sons présentent des personnages margi- du legs, de l’héritage : « Et puis le temps fait
naux, exclus, solitaires, qui n’arrivent pas à mille tours ° À moi de répondre à mon fils °
réaliser leurs rêves. Dans le monde actuel, Que le soleil, il n’est pas sourd ° Mais qu’il ne
le clivage entre les riches et les pauvres est fait pas de musique ». Il s’inscrit ainsi dans
plus accentué que jamais. Dans ce monde, la tradition des grands créateurs de
personl’amour même est piégé. Les textes de nages tels Leclerc ou Vigneault (« Ton père
Lebert et la voix de Daran nous font sentir est parti », « Tante Irène »). À la fin de l’album,
l’exil intérieur des personnages. « Gens du une chanson d’une infinie tendresse, « Les
voyage » décrit bien le fossé qui sépare ceux couleurs de ton départ », écrite par Mélanie
qui ont les moyens de leurs rêves («Y a vue PLUS TARD QU’ON PENSE Noël : « Quand le gris des nuages ° Ne sera
sur station balnéaire ° L’océan le grand air ») Fred Pellerin plus de passage ° Quand le gris des pierres °
et ceux qui vivent dans une constante préca- Les Disques Tempête, 2014 Te rappellera qu’on finit sous terre ° Quand
rité : « Elle ne connaît pas son adresse ° Ni le gris de l’heure °Me repoussera à toute
ses identifiants ° Sa tente s’ouvre en deux Avec cet album, Fred Pellerin prend allure ° Je sais qu’un jour je te quitterai ° Pour
secondes ° Ne se refermera jamais ». « Mieux le relais des grands pionniers de notre tous les gris ° Pour tous mes gris ° Je sais
qu’en face » présente des amis qui n’ont chanson. Il répond à l’invitation lancée par qu’un jour je te quitterai ° Mais toi, le cœur
pour seul horizon que le cimetière et le Félix Leclerc dans la chanson « Mon fils » : grisaillé ° M’aimeras-tu encore ? ». Enfin, au
commissariat. Elle illustre le destin de ces « Viens savoir si j’existe ». Les chansons plan musical, il ne faudrait pas oublier de
personnages par un contraste saisissant. portent sur la question identitaire et souli- souligner la qualité des arrangements et de
Une vie sans avenir : « Quand on a nulle gnent l’importance de la continuité entre les la réalisation de Jeannot Bournival.
part sa place ° On cherche pas ° À occuper générations. Un texte de René-Richard Cyr
* Professeur de littérature à la retraite, il est beaucoup d’espace ° On se contente du explicite cette idée de filiation : « Je suis le fils
maintenant journaliste culturel à la pige. Il anime Mieux qu’en Face ». Et puis le baume que de plusieurs pères […] Et d’un poète qu’on
présentement sur les ondes de CKRL FM 89,1
représente le passage d’une femme dans enferma […] Je suis le père de plusieurs à Québec, l’émission Univers francophone,
un café : « Et j’ai fixé son verre ° La trace fils ° Des indécis, des convaincus ° […] Des consacrée à des entrevues en chanson, en
littérature et en théâtre.de ses lèvres ° Toute sa présence encore fois perdants, souvent perdus ° Claireurs
dans l’air ° Comme une preuve de paradis ». de l’ombre, aimeurs de jours ° Grands
Les chansons de l’album évoquent ainsi la angoissés, joueurs de tours ° Chasseurs de
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174 2015
LIT TÉRATURE JEUNESSENiochon, niais, ti-pit : des mots qui
ont éclos dans le nid des oiseaux
LUDMILA BOVET *
qui a fait une erreur, lui demande : « Vous ous prends-tu pour des sera rapidement appliqué aussi à une
niochons ? » (Le Vrai Canard, n’êtes pas fâché ? » Jean : « Fâché contre personne sans expérience et prendra le sens
e 2«NMontréal, 30 août 1879, p. 2, toi ? Mais non, petite niochonne ! » Elle de « sot » (au cours du XIII  siècle) .
col. 4.) « Aristote, un niochon qui a vécu trois ne connaît pas le mot et il lui explique : Dans les régions de France,
diffécents ans avant notre seigneur, et qui par « Niochonne, oui, enfin mettons que c’est rentes variantes ont eu cours : niot et
conséquent n’avait pas entendu un discours un nom d’amitié. Ça te va ? » Maria est ravie gniot « nigaud » en Normandie, nioquet et
de Charles Thibault, ni lu la brochure de d’avoir appris un mot nouveau et, lorsque noquet « dernier d’une nichée » en Aunis
M. Trudel sur les Chambres Hautes prétend Jean lui dit « Au revoir, niochonne ! », elle et en Saintonge, nioche, niochi, gniouchi
3que la base de la politique est l’honnêteté réplique : « Merci bien, Monsieur. Allez, à « niais » dans le Centre . La forme niochon
et la justice. Le pauvre homme était dans revoir, Niochon ! » a été relevée dans la région de Metz en
les patates. » (Le Grognard, 27 mai 1882, Cette appellation affectueuse vient de Lorraine (nord-est de la France), avec le sens
4p. 2, col. 2.) ce que niochon, niochonne désigne aussi de « niais, nigaud » . En Suisse romande sont
Le mot niochon (aussi gnochon) était un jeune enfant : « C’était le plus jeune utilisés dans le même sens les mots niolu et
5bien présent dans les journaux satiriques d’une famille de huit enfants, le gnochon niobet .
emontréalais à la fin du XIX  siècle ; de nos comme on dit par là. » (Le Bulletin des agri- Les mots de sens voisin nono (nonotte),
jours aussi il est souvent utilisé dans un culteurs, Montréal, décembre 1954, p. 56.) noune et nounoune sont consignés dans le
contexte politique. « À entendre certains, Il est ainsi utilisé comme terme d’affection Dictionnaire historique du français
québéon a l’impression que les Québécois ne quand on s’adresse à des enfants : « p’tit cois (Presses de l’Université Laval, 1998) ;
sont qu’une gang de gnochons qui ne gnochon », « pauvre gnochon ». Mais le leur origine est incertaine, mais ils
pourcomprennent pas qu’ils sont les plus taxés terme d’affection englobe aussi une conno- raient se rattacher aussi à la famille de niais
en Amérique du Nord. Qu’ils tiennent aveu- tation moqueuse ; le jeune enfant est peu ou alors à un radical expressif. Nono au sens
glément à leur “modèle québécois”, à leur dégourdi, il est naïf, crédule, à la limite : de « niais » a été relevé dans différentes
Étatprovidence [sic], même s’ils n’en ont nigaud. Appliqué à des adultes, niochon régions de France ; nono et nonotte sont
plus les moyens. » (Le Journal de Montréal, est péjoratif : « Et quand une gnochonne de attestés comme termes d’affection
prodier1  juin 2007, p. 31.) mère en rajoute et encourage sa fille à avoir gués à de jeunes enfants à Provins
(Ile-deCe mot qui équivaut à « imbécile », l’air d’une greluche, pas étonnant qu’il y ait France). Quant aux mots niaiseux et niaiser,
« idiot », « crétin » relève du registre fami- autant de jeunes désespérées. » (Le Progrès- ils figurent comme canadianismes dans Le
lier. Il peut être nom ou adjectif ; le féminin dimanche, 6 octobre 2013, p. 22.) Petit Robert. Niaiser et déniaiser ont aussi
niochonne ou gnochonne se rencontre Le mot niochon remonte au même fait l’objet d’une chronique dans le n°141 de
aussi. L’exemple suivant est tiré d’une étymon que le mot niais, niaise, c’est-à-dire Québec français (printemps 2006).
œuvre d’Anne Hébert, La Mercière assas- au latin populaire nidax, lui-même dérivé de
sinée, téléthéâtre présenté à la télévision nidus « nid » ; nidax se disait du faucon qui NIGAUD ET MORON
1de Radio-Canada au mois d’août 1959.Voici n’est pas encore sorti du nid. En français, L’histoire du mot nigaud est curieuse.
le contexte : Jean, journaliste canadien en le mot est d’abord employé sous la forme Selon les dictionnaires usuels, nigaud serait
evacances en France, est attablé au café d’une archaïque nïés (dès le début du XIII  siècle), une abréviation de Nigodème,
prononciapetite ville ; Maria, la serveuse de quinze ans qui deviendra niais : faucon niais. L’adjectif tion populaire de Nicodème. Dans l’Évangile

9 174 2015
chronique
HISTOIRES DE MOTSde Saint Jean (III, 1-21 ), le pharisien Nicodème feeble-minded. Goddard justifie la créa- prêts à travailler jusqu’à quatre heures du
pose au Christ des questions apparemment tion de ce néologisme, à partir d’une racine matin”. » (La Presse, Montréal, 28 avril 1990,
naïves ; il est plus tard représenté comme un grecque : « It has the advantage [...] of not D-13, col. 4.)
personnage borné dans une pièce de théâtre being already in use in English in any sense. Selon le Robert historique, le mot pit
médiévale, le Mystère de la Passion d’Ar- Consequently we would have no quarrel appartient à la même famille que piton ;
noul Gréban (1458).Le Ro bert historique de or no necessity for saying that we use it in piton est dérivé du verbe provençal pitar
la langue française précise que cette hypo- a special way. We would simply define its « prendre la nourriture avec le bec »,
thèse « s’appuie sur le fait que les premières meaning once for all and by using it, make « picorer, picoter », lui-même dérivé du
attestations de nigaud le donnent comme it stand for what we want ». Le Oxford radical expressif roman pitt- « pointe, chose
nom propre ». Une autre hypothèse plus English Dictionary nous indique que ce pointue » et, par extension, « petite chose ».
simple est que le mot se rattache à la même terme a rapidement passé dans la langue Dans le FEW on précise que du radical pitt-
racine que niais ; il serait issu du verbe nidi- générale, au niveau familier, pour désigner sont issus des termes pour désigner le petit
care (qui a donné nicher), tout comme « a stupid or slow-witted person ; a fool » d’un animal, ainsi qu’un jeune enfant. Il y
niais vient de nidax. On a relevé dans les (attesté dès 1917). En voici des exemples : a aussi une influence probable de pippare
régions de l’ouest de la France (Normandie, « It is possible that while we are governed « pousser un petit cri », d’où pipi, cri pour
Bretagne) les formes nigeot et nigon au by high-grade ‘morons’ there will be no appeler les poussins et aussi « petit oiseau »
sens de « qui s’amuse à des niaiseries », ce practical recognition of the dangers which et terme d’amitié donné aux enfants
6qui appuie cette hypothèse . threaten us. » (Edinburgh Review, juillet (Bretagne, Maine-et-Loire). Il est intéressant
Au Québec, moron est bien placé dans 1922, p. 48.) « It was so obvious it might have de noter que pour le mot bout on relève le
la liste des mots désignant des imbéciles : occurred to anyone but a complete moron. » même sémantisme que pour le mot piton :
traiter quelqu’un de moron, prendre le (Punch, 10 juin 1959.) L’adjectifmo ronic est idée d’extrémité qui passe à « partie
subdimonde pour des morons, faut vraiment aussi attesté depuis 1926 et l’adverbe moro- visée » et à « ce qui reste de... », d’où les
être moron. Il n’a rien à voir avec l’adjectif nically depuis 1931. appellations bout d’homme et petit bout
emorose. C’est un emprunt à l’anglais moron, En français du XVI  siècle sont aussi de chou pour désigner un enfant, ti-boutte
8d’abord terme médical désignant une attestés des mots formés à partir de la racine au Québec .
personne faible d’esprit, sens qui est mainte- grecque moros : morosophe « fou qui a de
nant désuet. Il est issu d’une racine grecque : la sagesse » et morologal « fou » sont des SNOREAU : ORIGINE INCONNUE
moros « stupide » (dont la forme neutre emprunts directs au grec. Moromantie « Mon p’tit snoreau » dira-t-on à un
est moron). Le Oxford English Dictionary « divination folle », morophraste « diseur enfant qui vient de jouer un tour. Le mot
nous apprend que moron est d’un usage d’inepties » ont été créés en français peut être un terme d’affection mais il
relativement récent en anglais. En 1909, à l’époque (1549), ainsi que plus tard englobe la notion de ruse, de manipulation,
l’Association américaine pour l’étude des moro-sphinx pour désigner une espèce ce qui peut lui donner un sens péjoratif. La
déficients mentaux (American Association de papillon (Dictionnaire national de première attestation a été relevée dans un
7for the Study of the Feeble-Minded) avait Bescherelle, 1845). récit de Louis Fréchette appelé le Money
mis sur pied un comité chargé de proposer musk et paru dans le supplément de Noël de
une nouvelle terminologie de classifica- DE RETOUR AU NID La Patrie, le 23 décembre 1899, p. 2: « Quand il
tion des déficients mentaux (Committee on Les nids abritent des pit pit et des ti avait l’archet au bout du poignet, on pouvait
Classification of Feeble-Minded), dont les pit. Ces termes enfantins pour désigner les courir toute la côte du Sud depuis la baie
conclusions, présentées et défendues par oiseaux sont aussi des termes d’affection du Febvre jusqu’au Cap-Saint-Ignace sans
le Dr H.H. Goddard, ont été publiées dans adressés aux enfants. « Regarde le beau petit rencontrer, parmi les vieux comme parmi
le Journal of Psycho-Asthenics (vol.  15, pit jaune » et « viens, mon pit» sont les exem- les jeunes, un snoreau pour le matcher. »
septembre et décembre 1910, pages 17-30, ples donnés par le Glossaire du parler fran- Il s’agit de Fifi Labranche qui, en jouant le
61, et 64-67). Le problème était que, en çais au Canada (1930). Pit et Ti-Pite sont aussi Money musk, fait apparaître les aurores
9anglo-américain, le terme feeble-minded fréquents comme surnoms : «Ti-Pite rentra boréales et les fait « danser » . L’orthographe
était utilisé pour désigner aussi bien l’en- dans la maison paternelle tout beurré de du mot varie : « [...] le malheur c’est que dans
semble des déficients mentaux (sens géné- sang. » (Le Vrai Canard, Montréal, 10 janvier ce temps-là elle a rencontré à Montréal un
rique) qu’une certaine catégorie de ceux-ci, 1880, p. 1, col. 2.) Cet exemple tiré d’un espèce de maudit gars, un feignant. [...] Puis
les moins gravement affectés (sens spéci- journal satirique est la première attestation crac ! un coup de téléphone de son snoraud ;
fique). La proposition principale était de du mot. « J’avions dans not’gang un nommé elle part. » (Ringuet, Le poids du jour, 1949,
diviser les déficients mentaux en trois Tipitte Vallerand, de Trois-Rivières [...] » p. 349.) « Bonjour, mon beau snoreau ! Tu
classes, par ordre décroissant de gravité de (dans E.Z. Massicotte, éd., Conteurs cana- travailles pas, toé, aujourd’hui ? » (Michel
eleur état : 1) Idiots ; 2) Imbéciles ; 3) Morons. diens-français du XIX  siècle, Montréal, Tremblay, La grosse femme d’à côté est
Ce dernier terme s’appliquerait aux individus Beauchemin, 1902, p. 150).Ti-p its désigne enceinte, Leméac, 1978, p. 196.) Parfois aussi
« whose mental development is above that familièrement les jeunes en général : « Et snoro, snôro et, au féminin, snoraude ou
of an imbecile but does not exceed that of a si Michel Lemieux a pu monter les Solide snoreaude.
child of about twelve years » et remplacerait Salade et Mutation, c’est parce que, dit Cyr, Snoreau est consigné comme
canadonc l’usage « spécifique » de l’expression “on était une gagne de ti-pits pas connus, dianisme dans le Petit Robert 2014 avec la
10 -
174 2015Notesmention « origine inconnue ». En effet, il n’a
31 Publié dans Anne Hébert, Le Temps sauvage, , 139b.pas été relevé comme tel dans les régions 7 Voir FEW, moros, vol. 6
éd. Hurtubise HMH, Montréal, 1973 (1967 de France ; cependant, au sens de « sour- 8 FEW, pitt-, vol. 8, 612a et pippare, 559.
pour la première édition). Dictionnaire historique de la langue française, nois » sont attestées les formes sournaud
2 Article niais dans le Dictionnaire historique piton et bout.
et sarraud ; et dans l’ouest de la France, on de la langue française, sous la direction 9 Le même récit a ensuite paru sous le titre
a relevé snoirâon dans le sens de « chétif » d’Alain Rey, Paris, Dictionnaires Le Robert, Les Marionnettes dans l’Almanach du peuple
10 1992, 2 vol. (édition en petit format en et aussi dans celui de « linge sale » Une Beauchemin de 1912, p. 268. Il figure aussi
11 1998). dans E.-Z. Massicotte, Conteurs canadiens-hypothèse suggère que snoreau serait
3 Französisches Etymologisches Wörterbuch français, 1902 pour la première édition.une adaptation, par l’intermédiaire de
l’an(FEW), nidax, vol. 7, 114a.12 10 Voir dans cet ordre : FEW, surdus, vol. 12, glais, du mot yiddish Schnorrer qui signifie
14 D. Lorrain, Glossaire du patois messin, Nancy, 455b; FEW 22 , 137b (thème « sournois »);
« mendiant », « quémandeur », « parasite », 1876. Léon Zéliqzon, Dictionnaire des patois FEW 21, 289b (thème « chétif »).
« pique-assiette », et qui partage peut-être romans de la Moselle, 1922-1924, 3 vol. 11 http://oreilletendue.com/2011/12/17/
(Publications de la Faculté des lettres de ainsi avec snoreau les mêmes connotations mais-comment-l’ecrire/
13 l’Université de Strasbourg, 10-12).de ruse ou de manipulation . Mais tenter 12 Parler germanique des communautés juives
5 Niolou remonte au latin nidalis « qui d’expliquer comment, déjà du temps de d’Europe centrale.
appartient au nid » selon FEW 7, 112.
Louis Fréchette (voir note 9), on a pu passer 13 JewishEncyclopedia.com, article Schnorrer.Dans William Pierrehumbert, Dictionnaire
du yiddish au français populaire québécois historique du parler neuchâtelois et suisse
romand, Neuchâtel, Éditions Victor Attinger, par l’intermédiaire de l’anglais dépasse les
1926 est consigné niolu « dadais, nigaud, capacités d’imagination de l’auteure de ces
rêvasseur ». Le Dictionnaire du patois vaudois
lignes... de F. Duboux-Genton, 1981, relève niobet,
niobeta (fém.) « niais » et niolu « personne
* Linguiste et chercheure indépendante d’esprit borné ».
La majeure partie des exemples cités 6 Article nigaud dans le Dictionnaire historique
provient du Trésor de la langue française, de la langue française (voir note 2) et FEW
CIRAL, Université Laval. nidicare, vol. 7, 115a.

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11 174 2015L’INAVEU
de Richard Ste-Marie ou
l’importance de la méticulosité
AURÉLIEN BOIVIN *
euxième roman de Richard Malgré ces interrogations et devant l’absence
Ste-Marie, professeur retraité de de preuves, Pagliaro est réticent à ouvrir une Dl’École des arts visuels de l’Uni- véritable enquête. Duchesne fils est
toute1versité Laval, L’inaveu , publié chez Alire, fois tenace et poursuit seul son enquête, au
a été finaliste au prix de la Ville et du Salon point que sa femme s’inquiète de son
obsesdu livre de Québec, en 2012, et à celui Saint- sion, qui menace sa vie de couple. Un nouvel
Pacôme du roman policier, la même année. élément reliant les coupures de journaux
Ce polar, comme son premier, Un ménage à la disparition d’une fillette, survenue le
oà trois (voir Québec français, n  153, prin- vendredi saint 20 avril 1973, qui a terrifié tout
temps 2009), a été acclamé par la critique. Montréal, voire le Québec tout entier, mais
Le romancier vient de récidiver pour le plus qui n’a jamais été résolue, vient relancer les
grand plaisir de ses lecteurs et lectrices avec recherches, trente-cinq ans plus tard. Avec
oRepentir(s) (voir Québec français, n  173, son flair proverbial, Pagliaro, avec l’aide de
automne 2014), un autre succès assuré. Duchesne, en vient à mettre en place tous les
éléments du casse-tête et à remonter jusqu’au
DE QUOI S’AGITIL ? meurtrier, tout en apportant un éclairage
À la mort de son père, le plus souvent complet sur les documents du comptable et
absent d’esprit au sein de sa petite famille, sur la signification des initiales CS.
Régis Duchesne, professeur de littérature
au Cégep du Vieux-Montréal, insiste, à la fin LE TITRE
d’une journée de travail, pour rencontrer, On cherche en vain le terme « inaveu »
dans son bureau à Parthenais, le sergent- dans le Larousse ou le Petit Robert. Mais à
détective Francis Pagliaro, enquêteur au en juger par son contraire, « aveu », le fait
Service des crimes contre la personne à d’avouer quelque chose à quelqu’un que l’on
la Sûreté du Québec, tout en poursuivant a tu jusque-là, le titre du polar de Ste-Marie
des études en philosophie à l’Université de est bien trouvé quand on le rattache au refus
Montréal, pour lui remettre un carnet de de Georges Duchesne de dénoncer, non
notes et un album photos qu’il a trouvés seulement aux autorités mais encore à sa
parmi un lot de documents personnels de famille immédiate, soit sa femme et son fils,
son père. Sont rassemblés dans cet album, le chantage dont il a été victime pendant plus
non des photos, mais des coupures de de trente-cinq ans.
presse ne se rapportant pas à sa famille, mais
à divers crimes commis sur le territoire de la LA COUVERTURE
Communauté urbaine de Montréal entre 1973 Elle est particulièrement réussie. C’est le
et 2004. Quant au carnet, de couverture noire, sentiment que ressent le lecteur à la fin de sa
il contient des notes et une série de montants lecture. Les objets qui y figurent sont placés
d’argent suivis des initiales CS. Si ces docu- dans un ordre logique. D’abord le carnet
ments, pour le moins étranges, inquiètent au de notes et le livre comptable,
communéplus haut point Duchesne fils, ils éveillent la ment appelé ledger, que Régis Duchesne a
curiosité du sergent-détective : pourquoi un découverts en faisant le ménage des
docucomptable sans histoire aurait-il décidé de ments que son père a laissés à sa mort et qui
recueillir autant d’informations sur des crimes encombrent le sous-sol de la maison. Puis
s’échelonnant sur une si longue période ? une lampe que le sergent détective allume
Aurait-il mené double vie en étant mêlé à dès qu’il franchit la porte de son bureau, peu
des histoires louches, sinon crapuleuses ? importe l’heure du jour. Cette lampe
pour-
12 174 2015
chronique
FICHE DE LECTURE  ROMANrait sans doute symboliser l’ouverture que par un Prologue et un Épilogue. Le Prologue que le sergent-détective réussisse à établir
manifeste Pagliaro à l’égard de son visiteur et ne couvre pas même deux pages et semble le moindre lien entre les deux documents.
son humanisme. Enfin, une automobile d’un avoir pour but de mêler les cartes afin, peut- Comme il ne veut pas, poussé par son
intuimodèle ancien, stationnée dans une ruelle être, d’orienter les lecteurs dans une tout tion, « passer à côté de quelque chose » (p. 47),
d’un quartier à l’aise d’une ville, Montréal, autre direction. Il y est question d’un homme il se rend chez son visiteur, dans la troisième
facilement identifiable, la lecture terminée. qui, après avoir failli heurter une fillette au tranche de cette partie, pour y découvrir un
volant de son automobile, l’invite, parce immense tableau, œuvre du fils Duchesne,
L’ESPACE ET LE TEMPS qu’elle a eu peur, à une balade sur le mont représentant « graphiquement toutes les
L’inaveu se déroule en grande partie à Royal, où, soudain effrayée, elle lui fausse coïncidences entre les inscriptions du carnet
Montréal, rue Moncrieff, dans le quartier compagnie. La première partie, intitulée avec les coupures de journaux contenus dans
Ville Mont-Royal, et à la centrale de la Sûreté « Aujourd’hui », compte cinq chapitres, tous l’album » (p. 53-54). Suit une description
métidu Québec, rue Parthenais. Une fillette est titrés, avec les lieux et les dates où se déroule culeuse du tableau (p. 54), avec un code de
entraînée en automobile en haut du mont l’action, entre le 18 juillet et le 8 août 2008, couleurs, ce qui n’est pas sans impressionner
Royal, où elle fausse compagnie au conduc- soit depuis la rencontre entre Régis Duchesne le détective. Il renonce toutefois à poursuivre
teur pour ne plus être revue vivante. Les poli- et Francis Pagliaro, au bureau de ce dernier, son investigation faute de preuve,
recomciers enquêteurs l’ont baptisée « la Disparue rue Parthenais. Le visiteur, qui dérange mandant alors au fils d’étendre ses recherches
du Vendredi saint » (p. 97). Certains épisodes quelque peu le sergent-détective sur le point auprès de membres de sa famille et auprès
du roman se déroulent à la résidence de de quitter pour deux semaines de vacances, des amis et connaissances de son père. Au
Pagliaro, à Rosemère, résidence qu’il a acquise lui fait part de sa découverte, dans les papiers terme de ses vacances, Pagliaro revient au
à un prix plus que raisonnable parce qu’elle de son père, de documents curieux dont il bureau mais, surprise, le fils Duchesne l’y
avait été la scène d’un triple meurtre (raconté n’est pas encore arrivé à trouver sens, soit un attend déjà pour lui remettre un ledger,
dans Un ménage à trois). À deux reprises, carnet de notes, dont « [c]ertaines pages ne « imprimé en lettres d’or au centre de la
l’enquêteur se rend à Québec pour les besoins contenaient que quelques mots. Comme des couverture » (p. 81).
de son enquête, d’abord au QG de la Sûreté mots clés. Presque toutes étaient remplies Ce document, qui donne son titre à la
du Québec, boulevard Pierre-Bertrand, puis au complet dans une calligraphie très serrée, deuxième partie, est la copie manuscrite du
aux Archives de la Commission scolaire de plusieurs jours par page. Cela ressemblait récit du père, qui, après avoir appris qu’il
soufla Capitale, rue Léon-Hamel, et enfin rue plus à des listes ou à des comptes-rendus [sic] frait d’un cancer incurable, a décidé de mettre
de Bernières pour y rencontrer le juge à la qu’à des récits, avec ce qui semblaient être de l’ordre dans ses affaires et de révéler dans
retraite François Bisson, « féru des procédures des énumérations des faits. Certaines pages les moindres détails le harcèlement dont il a
et des techniques de la cour » (p. 220). consignaient aussi des montants d’argent. été victime de la part d’un dénommé CS, qu’il
L’intrigue de L’inaveu s’amorce le 18 juillet Toutes les inscriptions étaient datées (p. 20) n’identifie jamais et qui l’aurait fait chanter,
2008 pour se terminer le 16 août suivant. Mais et plusieurs étaient suivies des initiales CS. Il pendant plus de trente ans, en lui soutirant
elle couvre en fait une période beaucoup plus lui remet aussi un album, non pas de photos, des sommes d’argent sous prétexte qu’il
grande puisque le récit de Georges Duchesne, mais de coupures de journaux, souvent en l’aurait surpris, un vendredi saint, sur le mont
reproduit intégralement dans la deuxième rapport avec les entrées du carnet, mais Royal en compagnie d’une fillette, qui n’a
partie du roman, débute le 28 septembre 2006 portant toutes sur des événements, meurtres, jamais été revue. Il y raconte les nombreuses
et se termine peu avant sa mort, en décembre vols, trafic d’armes et de drogue, survenus à visites de CS, qui l’ont souvent terrorisé, tout
suivant (p. 17). Dans ce récit, qui ressemble à un Montréal et auxquels peut-être son père en notant, pour chacune d’entre elles, les
journal intime, mais non daté au jour le jour, aurait pu avoir été mêlé. Voilà certes, aux montants qu’il a remis à cet impertinent
visil’auteur rapporte le calvaire qu’il a enduré yeux du sergent détective, un travail méti- teur. Ce n’est qu’à la mort de ce véritable
pendant un peu plus de trente-quatre ans, en culeux, d’une très grande précision, mais tortionnaire, en 2005, qu’il a pu enfin respirer,
relation avec les visites de celui qu’il nomme fort étrange car il n’a aucun rapport avec la comme il l’écrit à la fin de son récit, qu’il a
CS et qui le fait chanter. Ce récit s’échelonne du famille Duchesne. Après avoir parcouru rapi- décidé de rédiger comme pour se libérer,
vendredi 20 avril 1973 jusqu’au jeudi 14 octobre dement les deux documents, sans grande sans toutefois aucune volonté, aucun désir
2004. Il vient expliquer les faits et dates colligés conviction, Pagliaro veut remettre à son visi- de vengeance.
dans le carnet de notes que le comptable teur le contenu de l’enveloppe, mais finit par Dans la troisième partie, intitulée
simpleagréé y a minutieusement consignés. accepter de l’amener avec lui en vacances. ment « CS », Pagliaro relance l’enquête,
Quelques heures plus tard, incapable de se d’autant qu’il est question, dans le récit de
LA STRUCTURE concentrer sur le travail de philosophie qu’il Duchesne père, de « la Disparue du Vendredi
Elle témoigne de la richesse de l’imagi- doit remettre, après avoir déjà obtenu un saint », en avril 1973, disparition non résolue
naire du romancier et de son sens de l’orga- délai de son professeur, il repasse chacune trente-trois ans plus tard. Amorcée le 8 août,
nisation et de l’art qu’il possède de susciter de ces coupures qui répertorient pas moins cette partie se termine huit jours plus tard,
l’intérêt de ses lecteurs et lectrices, qu’il sait de quatre-vingt-sept crimes de toutes sortes soit le 16, quand le sergent détective fait
tenir en haleine du début à la fin, incapables perpétrés pendant trente et un ans sur le part à Duchesne fils de la conclusion de son
de déposer le livre avant de connaître la solu- territoire de la communauté urbaine de enquête, en lui révélant l’identité de
maîtretion finale. L’inaveu est divisé en trois parties, Montréal. Quant aux montants consignés chanteur, jusque-là connu sous les initiales
d’à peu près égale longueur, bien enchâssées dans le carnet, ils totalisent 85 650 , sans CS, qui avait fait une vingtaine d’autres

13 174 2015victimes. Il n’a toutefois jamais expié ses sa patience, il n’y aurait pas d’intrigue. C’est la petite Véronique, d’autant qu’elle habitait à
crimes, car il est décédé en 2005 (p. 228). grâce aux documents que ce comptable quelques maisons de la sienne, sur la même rue.
Dans l’Épilogue, Pagliaro revient chez agréé a consignés que Pagliaro a pu iden- La persévérance. Cette qualité
s’apDuchesne fils pour tenter de le réconforter et tifier l’homme qui l’« a fait souffrir » (p. 236) plique tant à Duchesne père, qui consigne
l’inviter à se réconcilier avec son père, car le fils pendant plus de trente ans, lui qui a été un par écrit les sommes d’argent et les
événes’en veut de n’avoir rien vu. Il tente une expli- personnage effacé, presque asocial, tant il a ments qu’il a soigneusement notés à la suite
cation sur la rédaction du ledger, « une sorte refusé de se mêler à ses collègues et aux gens de chaque visite de CS, que son fils Régis,
de mémorial, un écrit destiné à perpétuer le de son entourage. Jusqu’à qu’il soit à nouveau qui n’a rien ménagé pour tenter de donner
souvenir » (p. 239), qui invite le fils « à choisir en contact avec CS, qu’il avait connu à l’école un sens au carnet de notes et à l’album de
entre le tourment et la quiétude » (ibid.). C’est primaire qu’il avait fréquentée à Québec. S’il coupures de journaux de son père, peu après
en quittant la famille Duchesne que Pagliaro décide de se taire devant le chantage de CS, sa mort. Il a fait preuve de patience en
prépas’interroge sur « la poursuite de sa carrière c’est qu’il a peur d’être accusé du meurtre rant l’immense tableau qui épate Pagliaro.
de policier ou de philosophe. De penseur ou de la fillette. Les documents qu’il a soigneu- Cette qualité s’applique encore au
sergentd’homme d’action » (p. 240). sement rédigés et conservés tout ce temps détective qui, une fois son enquête amorcée,
permettent à Pagliaro de mener son enquête entend bien la mener jusqu’au bout.
LE S PERSONNAGES jusqu’au bout et d’identifier le meurtrier et le L’injustice. Duchesne père a été victime
Francis Pagliaro. Âgé de quarante- maître-chanteur. de graves injustices, une grande partie de sa
sept ans (p. 7), le sergent-détective Pagliaro CS. Pour Chien Sale, de son vrai nom vie, et n’a connu la paix que deux ans à peine,
est détenteur d’une maîtrise en criminologie Gatien Labrecque, un policier de la ville de avec la mort de son bourreau. Pagliaro veut
depuis dix ans (p. 6) et prépare un baccalau- Montréal qui, pendant plus de soixante ans, corriger le sort de cette victime car il est
désiréat en philosophie à l’Université de Montréal. depuis l’école primaire, opérait des activités reux de connaître la vérité. À ce thème est
Marié depuis vingt-cinq ans à une femme criminelles qui lui auraient rapporté plus reliée la lutte entre le bien et le mal, lutte de
qu’il aime, il jouit, en raison de son expé- de deux millions de dollars, sans toutefois tous les instants dans L’inaveu, même dans
rience, de ses compétences et de son huma- avoir payé ses dettes et à ses victimes et à la le travail de philosophie que doit remettre
nisme, « de l’estime de ses confrères et de ses société, puisqu’il est mort au moment où il le sergent-détective philosophe Pagliaro
patrons » (p. 7). Grand amateur de musique est identifié. sur « les conceptions du bien et du mal dans
classique, de Schubert en particulier dont Il faudrait encore parler de Laura, l’épouse l’œuvre de quelques philosophes » (p. 37), tels
il apprécie surtout les « pièces pour piano de Pagliaro depuis vingt-cinq ans, préposée à Baruch Spinoza, Friedrich Nietzche, Jean-Paul
seul » (p. 37), il est passionné par son travail. l’accueil au Centre de rendez-vous en radio- Sartre et Emmanuel Kant (p. 38).
Il est capable d’empathie pour les victimes logie à l’Hôtel-Dieu de Montréal et jardinière L’amitié. C’est assurément une
véride crimes sur lesquels il enquête et est un aux pouces verts dans ses loisirs. Elle est très table amitié qui s’établit entre le
sergenthomme d’écoute. Il sait, par son intuition, compréhensive auprès de son mari, souvent détective et Duchesne fils. L’enquêteur
donner sens à une série d’indices qui, indi- forcé de s’absenter. Quant à Sylvie Ogilvy, est convaincu, dès sa première rencontre
viduellement, n’expliquent rien. Il est encore l’épouse de Régis Duchesne, elle est titulaire avec le jeune professeur, qu’il a affaire à un
très méticuleux, d’une grande détermination d’un MBA et est PDG de la compagnie que lui honnête homme, comme lui, et accepte de
et d’une patience exemplaire. a léguée son père. Elle se dit très heureuse et l’aider, d’abord en lui donnant des conseils,
Régis Duchesne. Professeur de litté- trouve le temps de s’impliquer socialement, puis en prenant en charge l’enquête, qui lui
rature au Cégep du Vieux-Montréal (p. 49), siégeant « à plusieurs c.a. de sociétés de permettra de faire la lumière sur ce qu’on
il habite une somptueuse résidence, bienfaisance » (p. 53). Sa fille Florence, sept pourrait appeler « l’affaire CS ».
« dessinée vraisemblablement par un archi- ans, est d’une belle naïveté. C’est sa candeur
tecte de renom [qui] devait valoir près de qui amène Pagliaro, qui n’a pas d’enfant, à LA PORTÉE DU ROMAN
quatre millions de dollars » (ibid.), ce qui la côtoyer à quelques reprises, en rendant Avec L’inaveu, Richard Ste-Marie a sans
n’est pas sans étonner Pagliaro jusqu’à ce visite à son père. C’est grâce à elle, – elle est doute voulu donner de belles heures de loisir
que le sergent-détective apprenne que ce du même âge que la petite Véronique, la à ses lecteurs et lectrices. Mais il a voulu aussi
professeur « à soixante-dix mille dollars par « disparue du Vendredi saint » –, si le détec- leur montrer que les policiers, peu importe
année » (ibid.) était marié à la fille d’un riche tive accepte de relancer l’enquête avec son leur titre ou leurs fonctions, sont capables
négociant à qui elle avait succédé « comme collègue Martin Lortie, que l’on voit à peine, d’écoute, peuvent faire preuve d’un grand
PDG des Confiseries Ogilvy, vendues dans car affecté à l’opération Jouvence (p. 10), une humanisme et même éprouver de
l’empatoute l’Amérique » (p. 52). Il a hérité de la affaire de gang de rue qui a mal tourné. thie à l’égard des victimes de crimes, quels
méticulosité de son père et de sa persévé- qu’ils soient.
rance. Sa femme craint qu’il soit obsédé, elle LES THÈMES
* Professeur émérite, Département des littératures, qui voudrait bien que son mari redevienne La peur. C’est sans aucun doute le thème
Université Laval
l’homme qu’il était avant la mort de son père. central de L’inaveu, car c’est elle qui force
Georges Duchesne. Le père de Régis Duchesne père à ne rien dévoiler à son entou- Notes
pourrait certes figurer facilement comme rage des agissements de CS, convaincu que 1 L’inaveu, Québec, Alire, 2012, 242 p.
le personnage principal de L’inaveu. Sans son maître-chanteur le dénoncera comme le
lui, sans sa détermination, sa persévérance, responsable de la disparition et du meurtre de
=
14 -
174 2015Comment
SIMON BOULERICE
a écrit certains de ses livres
PROPOS RECUEILLIS PAR MONIQUE NOËL-GAUDREAULT *
DE LA COURTE ÉCHELLE À CAMUS joyeusement les livres pour adultes et ceux a l’écriture heureuse ! Pour la révision, ses
Simon Boulerice se réclame de la généra- écrits pour les jeunes. retouches consistent à épurer, à retrancher
tion de la Courte Échelle, et la faillite récente les phrases superflues, les adverbes, les
de cette maison d’édition lui fait de la peine. UN PLAN PLEIN DE LIBERTÉ adjectifs, même si, selon lui, un adverbe bien
Dès l’âge de douze ans, en effet, il était Lorsqu’il écrit ses romans, son plan est choisi donne du style ! De façon générale,
rémunéré par la Courte Échelle pour lire les peu détaillé, et parfois, il ne connaît pas la décontenancer et être décontenancé sont
manuscrits. Il remplissait un questionnaire, fin de son histoire. Par ailleurs, il trouve très pour lui des sensations agréables…
recevait un chèque de 25  ainsi que le livre rapidement des titres. Il intègre des anec- Enfin, plutôt souple lorsqu’on lui suggère
qu’il avait évalué, celui-ci une fois paru. dotes, les plus surréelles, qui proviennent de des retouches, l’auteur n’en sait pas moins
Cependant, il lisait aussi des livres venus son entourage, lequel donne en général son ce qu’il veut. Ses directeurs littéraires
appréd’ailleurs, par exemple, de chez Québec- accord pour que l’écrivain les utilise. L’auteur cient son travail, et cela le réjouit. Rien de
Amérique, et signés Anique Poitras, Michèle aime aussi découper dans les journaux des plus réconfortant que de sentir leur amour
Marineau, Sonia Sarfati, entre autres ; à vrai nouvelles insolites. Il s’agit de nourrir la du livre ! Selon qu’il s’agit de poésie, de
dire, il avait un faible pour Susanne Julien, trame principale, d’arrimer, le cas échéant, théâtre ou de roman jeunesse, ses
manusà cause de son talent dramatique, et aussi au minimum deux histoires ensemble. Ce crits se retrouvent là où il sent que cela
s’insparce qu’elle était moins populaire parmi qui lui fait dire que l’écriture a un côté arti- crit bien.
ses camarades de classe. Mention spéciale sanal, de l’ordre du patchwork.
toutefois à Robert Soulières, qui continue Son plan déborde de liberté. En général, TÉLÉRÉALITÉ ET CULTE DE
de le faire rire. les antagonistes lui sont connus, il sait où L’APPARENCE
À 17 ans, Simon Boulerice, cégépien il veut aller et s’appuie sur une idée forte. La série M’as-tu vu ? vise à rejoindre
inscrit en littérature, dévore Camus, Kundera Jetées sur le papier, les idées deviennent de un plus grand lectorat (10 ans et plus). Une
et Kafka. À la fin de ses études secondaires, il courtes phrases et, peu à peu, le récit prend caméra va filmer pendant cinq semaines la
avait déjà découvert le grand Michel Tremblay. forme. Il faut ensuite donner du souffle au prétendue réalité d’une école secondaire.
À l’heure actuelle, sa table de chevet projet. Cependant, comme Simon Boulerice Alors que l’intimité est quelque chose à
déborde de livres. Éclectique dans ses choix, n’est pas souvent chez lui, il traîne partout préserver à l’adolescence, chacun sera vu et
il en lit plusieurs en même temps ; jugez- un des cahiers qu’il achète en quantité trouvé beau ou laid. Ceux de cette seconde
en vous-mêmes : Tout foutre en l’air, de industrielle et y note toutes sortes d’obser- catégorie seront relégués à l’arrière, tandis
Simon Lanctôt, sur l’enseignement ; une vations. Il y colle même les nouvelles inso- que les belles occuperont l’avant-scène. Une
autobiographie de l’actrice Sophia Loren ; lites, dûment datées, qu’il relit et encercle s’il telle situation s’avère idéale pour créer un
Big Brother, de Lionel Shriver ; de Marie- les juge dignes d’intérêt pour l’un ou l’autre personnage plein de mordant en dépit de
Sissi Labrèche, La vie sur Mars ; ou encore des projets d’écriture qu’il mène de front. son air effacé. Avec d’autres exclus, Cybèle
Dagaz, de Stéphanie Pelletier… Toutefois, La rédaction s’effectue dans le plaisir. Cet apprendra en effet à tester son sens de
l’huil ne dédaigne pas non plus lire des livres acte libérateur obéit à un rituel un peu chao- mour. Avec le début des amitiés, le rapport à
jeunesse comme l’album adapté de Dracula, tique, de l’avis même du principal intéressé. l’apparence sert de prétexte à des dialogues
par Fabrice Boulanger. En fait, il alterne Bref, ressentant toujours l’envie d’écrire, il légers, mais non dénués de vrais enjeux.
© Maxime
Leduc
15 174 2015
chronique
ENTREVUEL’intimidation y est présentée de façon petit drame à lui est qu’il a des pellicules, son propre aveu, l’auteur se reconnaît à la
subtile, souterraine. Il faut saluer ici une mais il en existe de plus costauds, comme fois dans Edgar le flamboyant et le
personforme d’engagement de la part de Simon l’anorexie de son frère. nage d’Henri, le grand frère narrateur, plus
Boulerice, soucieux que justice soit faite : Enfin, avoir le sourire à l’envers signifie pâle, dans l’ombre du plus jeune. Quant
comme il s’agit d’une trilogie, le personnage aller à l’encontre de la norme, nager à au lecteur, il peut se reconnaître dans les
de Cybèle va évoluer d’un tome à l’autre et contre-courant. contradictions des personnages, car elles
eprendre sa place en 4  secondaire. sont universelles, mais il ne faut pas craindre
EDGAR PAILLETTES de cultiver son caractère unique.
ANOREXIE MASCULINE Ce roman est inspiré d’un personnage
Le roman Jeanne Moreau a le sourire à réel, diférent , vraisemblablement autiste. LES MOTS DE LA FIN
l’envers nous entraîne dans un sujet tabou, Simon Boulerice a rencontré ce petit garçon Les enseignants ne doivent pas oublier
e peu discuté, celui des problèmes alimen- en France, alors qu’une metteure en scène que leur pouvoir est immense. En 4 année,
taires à l’adolescence. Au sein d’une famille montait Éric n’est pas beau, une de ses sa professeure avait dit à Simon Boulerice
aimante, unie, les parents ne voient pas pièces. Cet enfant acteur arrivait costumé qu’il écrivait bien, et cela lui avait donné des
que leur fils aîné se fait vomir. Ce garçon tous les matins ; ce jour-là, flamboyant ailes. En réalité, il s’agissait d’un quiproquo :
qui souffre d’anorexie a un jeune frère, dans sa tenue de cow-boy, il a demandé à elle parlait de sa calligraphie, mais il avait
Léon, le narrateur. Ce dernier tente d’aller brûle-pourpoint à l’auteur : Vous aimez les compris qu’elle évoquait le contenu de ses
vers son grand frère cultivé, Antoine, qui paillettes ? Les autres enfants étaient à la textes ! Quoi qu’il en soit, cette remarque
se passionne pour le cinéma de la Nouvelle fois protecteurs et jaloux de ce touchant, l’avait galvanisé et forcé à lui donner raison.
Vague, mais en même temps, Léon est attiré unique et charmant personnage, capable L’auteur profite de cette anecdote pour
par le côté sportif de son ami Carl, un brin de jouer une fée vaporeuse avec sa propre saluer ici les professeurs passionnés qui
prétentieux, la dégaine assurée. Il est ici ombre. encouragent leurs élèves et prennent en
question d’ambivalence, de complémenta- De cette rencontre marquante, l’auteur compte les particularités de ces derniers.
rité et de contradictions en chacun de nous. a aimé faire une pièce de théâtre, avec lui – Il s’estime choyé d’avoir rencontré, à
Dans le film Jules et Jim, où a triomphé également comédien –, jouant son propre chaque étape de sa vie, des personnalités
l’actrice Jeanne Moreau, l’amitié entre deux texte en français. Sa directrice littéraire lui marquantes qui ont su se dépasser : il se
garçons est compromise à cause d’une jeune a alors demandé d’étoffer. Un an plus tard, souvient très bien des encouragements
fille. Dans le roman, Léon correspond avec il remettait le roman Edgar Paillettes entre de Serge Boucher au secondaire ; du cours
Léonie et tente de concilier l’écriture sur les mains du véritable petit garçon. Il faut de poésie, au cégep, donné par Stéphanie
Facebook et l’envoi de lettres par la poste dire que Simon Boulerice a voulu traduire la Martin, exigeante envers ses élèves mais
à sa correspondante. Avec cette dualité, poésie qui se dégageait du véritable Edgar. aimante ; et de son plaisir en littérature à
l’auteur insiste sur l’importance de préserver Le roman ne manque pas d’humour non l’université.
des plaisirs anciens, sans nécessairement plus : dans une scène désopilante, Henri
* Professeure au Département de didactique à vouloir en relancer la mode. Autre aspect à surprend même le petit en pleine
négocial’Université de Montréal
signaler, la jeune fille fabule à propos de sa tion avec la Fée des dents en visite, la nuit,
vie, alors que Léon est plus authentique. Son dans cette famille banale de dentistes… De
QUELQUES TITRES DE SIMON BOULERICE
Edgar paillettes, roman jeunesse, Éditions Québec Amérique, 2014
M’as-tu vu ? (01) Hors champ, roman jeunesse, Éditions Les Malins, 2013
M’as-tu vu ? (02) En contre-plongée, roman jeunesse, Éditions Les Malins, 2013
Jeanne Moreau a le sourire à l’envers, roesse, Éditions Leméac, 2013
Un verger dans le ventre, album illustré par Gérard Dubois, La Courte Échelle, 2013
Les Monstres en dessous, roman jeunesse, Éditions Québec Amérique, 2013
tt=ttttJEANNE MOREAU A
LE SOURIRE À L’ENVERS
de Simon Boulerice
MARTINE BRUNET *
DE QUOI S’AGITIL? de Québec. Les deux adolescents ont été son frère, Carl, Katy, Léonie et celui-ci nous
Ce roman jeunesse de 196 pages de jumelés dans le cadre de leur cours de fran- raconte diverses péripéties survenues dans
Simon Boulerice, Jeanne Moreau a le çais respectif. sa vie. Il mentionne comment son père lui
sourire à l’envers, est destiné aux élèves L’univers vraisemblable évoque des lieux a acheté un shampoing spécial pour lui
du niveau secondaire. L’auteur y aborde la familiers fréquentés par les adolescents permettre de résoudre son problème de
situation particulière d’un jeune homme de québécois : leur chambre, l’école, la maison pellicules, comment son frère lui « sauve
18 ans, Antoine, passionné du cinéma de la des parents, etc. la vie » alors qu’il croit être mordu par un
Nouvelle Vague. serpent dans sa douche (sa vive imagination
LA STRUCTURE DU RÉCIT lui révèle qu’Antoine tient beaucoup à lui) ;
LE TITRE Le roman est divisé en 31 chapitres au à un autre moment, il relate son échange
Étant donné que le personnage d’An- cours desquels on découvre la vie paisible verbal avec Katy, intéressée par Carl.
toine est féru de cinéma, il écoute et des protagonistes : Antoine, le frère de Léon, Au fil du roman, la situation se précise :
réécoute Jules et Jim, de François Truffaut, étudie au cégep, raffole de cinéma et de Antoine a un comportement étrange lors des
et son amie Léonie émet une remarque à littérature ; Léon complète son secondaire, repas ; il va souvent à la toilette, a peu
d’appropos du sourire de la comédienne Jeanne est perturbé par ses pellicules et considère pétit et s’isole. Personne dans son entourage
Moreau au moment où l’image est fixe. sa vie banale comparée à celle de Léonie. ne se préoccupe de la situation jusqu’à ce
La jeune fille a une vive imagination et sait que Léonie rende visite à son copain ; elle,
LE TEMPS ET L’ESPACE capter l’intérêt de Léon par ses histoires elle sera sensible à ce que vit Antoine et avise
Le récit se déroule à l’époque actuelle : familiales. Par exemple, elle mentionne Léon de la maladie de son frère : l’anorexie.
les problématiques, inquiétudes, rêves des la façon dont ses parents auraient fait La famille est alors très ébranlée.
personnages l’attestent hors de tout doute. connaissance et fournit des détails sur leur
Le lecteur vit le début de l’année scolaire vie sexuelle, ce qui accentue chez Léon son LES PERSONNAGES PRINCIPAUX
sur la rive sud de Montréal, à Saint-Rémi, penchant à se trouver quelconque, ordinaire. Léon
où Léon échange des lettres avec Léonie, On découvre les personnages qui Léon incarne un adolescent ordinaire
sa correspondante, qui habite la rive sud peuplent le quotidien de Léon : ses parents, de 15 ans qui croit que son ami Carl lui

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chronique
FICHE DE LECTURE  JEUNESSEest supérieur parce qu’il est ambidextre, billon de vivacité. Elle est charmante et sa LES THÈMES
grand, sportif, charmant et ressemble à un visite chez Léon permet à celui-ci de mieux L’amitié
acteur américain. Léon trouve Carl « vrai- découvrir la façon dont elle se comporte, sa Léon et Carl partagent des activités, des
ment impressionnant : il a fait sept ans de propension à raconter de petits mensonges fous rires et des confidences à propos des
karaté, trois ans de taekwondo, deux ans de et, surtout, à quel point il tient à elle. filles. Ils se fréquentent à l’école et en privé
gymnastique » (p. 40) ; lui est très différent, il Léonie fait cheminer grandement Léon en aussi. Les deux adolescents écoutent des
joue « le rôle du pitre » (p. 40). Léon s’attache lui révélant l’anorexie d’Antoine ; toute- films et passent du bon temps ensemble à
petit à petit à Léonie, qu’il trouve ravissante fois, le jeune homme a honte de lui-même, se parler de leur vie. Léonie trouve Carl de
et intelligente ; il préfère voir Carl tourner « honte de mon manque de discernement, son goût, ce qui peine un peu Léon.
autour de Katy Mossalim. de jugement » (p. 186).
Il s’intéresse à la graphologie et tente L’anorexie
de cerner les personnalités des gens de Antoine Par petites touches, l’auteur évoque le
son entourage : « Ma mère a une calligra- Le frère aîné de Léon représente le problème d’Antoine, qu’aucun membre de
phie montante, ça signifierait que ma mère frère modèle, aimant. Toutefois, il mange sa famille n’a décelé en dépit de son rapport
a un élan optimiste et de l’ambition » (p. 43), très lentement, ce qui exaspère son père. Il étrange avec les aliments : des vomissures
« mon père, lui, a une écriture moins parti- estime les membres de sa famille goinfres trouvées sur la lunette de la toilette à la
culière » (p. 44). Léon se présente ainsi : « Je parce qu’ils dévorent ; « votre cerveau a pas maison, Antoine qui vomit à nouveau lors
le dis tout de go : la masturbation fait partie le temps de saisir – que vous êtes pleins – du souper au restaurant en l’honneur du
ede ma vie. De même que Carl, Léonie, ma parce que vous faites juste avaler sans 19  anniversaire de mariage de ses parents.
famille, Les Simpson, les dictionnaires d’An- arrêt » (p. 72). Antoine a une fine stature, Léonie attire le regard de Léon sur le
toine, l’école et Megan Fox font partie de ma « une piètre envergure des épaules, il s’af- comportement de son frère et fait évoluer
vie » (p. 46). fine » (p. 74-75), ce qui amène des commen- la situation pour qu’Antoine reçoive l’aide
taires désobligeants du père, Bruno. La dont il a besoin.
Léonie mère intervient, dans ces moments-là, pour
* Enseignante à la Commission scolaire de Rouyn-La correspondante de Léon a un rire préciser qu’Antoine a de petits os. Elle le
Noranda
communicatif, une belle légèreté ainsi défend sans remarquer qu’il maigrit, qu’il
qu’une personnalité qui fait d’elle un tour- vomit parfois après les repas.
PISTES D’EXPLOITATION
1. Compare les personnalités des deux copains, Carl et Léon, en insistant sur leurs différences.
CARL LÉON
Conception de la vie
Relation avec les filles
Faiblesses
Relation avec les parents
2. Comment peux-tu expliquer que la famille d’Antoine n’ait rien pressenti de ce qu’il vivait ?
3. Relève trois différences majeures sur le plan psychologique entre Léonie et Katy.
4. Dégage le schéma actanciel du roman.
Quel est le sujet ?
Quel est l’objet ?
Qui est le destinateur ?
Qui est le destinataire ?
Retrouve-t-on un adjuvant ?
Retrouve-t-on un opposant ?
5. Propose une discussion aux élèves au sujet de l’anorexie après avoir obtenu quelques statistiques sur les pourcentages de garçons
concernés par rapport aux filles.
6. Faire une recherche sur l’anorexie pour savoir qui elle touche en Occident.
7. Rédige un texte de 150 mots dans lequel tu fais ressortir les caractéristiques des parents d’Antoine et de Léon.
8. Attarde-toi au personnage de Léonie et présente-le en 150-200 mots. Fournis beaucoup d’exemples pour appuyer tes dires.
t=tttttMARTIN CLAVET CLAUDE DION
Ma belle blessure Si seulement les vents avaient été favorables
VLB éditeur, Montréal, 2014, 121[2] pages JCL éditeur, Saguenay, 2014, 428 pages
Ceux et celles qui ont cru ou qui croient encore Pour être un auteur nouvellement né à l’art
romaque le prix Robert-Cliche attribué à une première nesque, Claude Dion n’en a pas moins un certain âge.
œuvre n’a plus la même qualité littéraire qu’à ses En fait, il a derrière lui une carrière en électronique,
débuts avec les Chrystine Brouillet, Robert Lalonde, domaine qui ne prédestine pas à l’écriture, en principe.
Madeleine Monette, et quelques autres, devront faire En pratique, ce Trifluvien se tire d’affaire plus
qu’hoamende honorable avec le roman de Martin Clavet, norablement dans ce premier roman, soutenu par un
Ma belle blessure. Le thème exploité est l’intimida- souffle indiscutable et dont l’intrigue est construite
tion dans les cours d’école. La narration est confiée à avec grand soin.
un enfant de dix ans, Rastaban, qui vient d’aménager L’action se déroule dans le premier tiers du
edans un nouveau quartier – son « grand-papaternel » XIX  siècle. Fils d’un forgeron établi en Ohio, Frank
ayant déniché un nouvel emploi – et qui fréquente une décide de filer à l’anglaise, pour fuir une vie de
gagnenouvelle académie où il n’est pas très bien accueilli petit. Il a bien d’autres aspirations que de succéder
(c’est un euphémisme). À son retour à la maison, le à son paternel. Au terme d’un voyage éprouvant, il
soir, il confie à son journal intime, son « frënz », selon parvient à Boston, ville que la légende et les récits de
son propre vocabulaire d’enfant rempli de néolo- voyageurs lui ont décrite comme un Eldorado. Le jeune
gismes, ses états d’âme. À l’école, il est perçu comme homme compte y faire fortune rapidement, obsédé
un garçon « féminé » et il est vite identifié comme qu’il est par la richesse. Comme il est plus
qu’impa« tapette ». Il devient le souffre-douleur d’un véritable tient, tous les moyens sont bons pour lui. À compter
bourreau, Phobos, qui lui administre, en présence du jour où on lui offre un emploi de commis dans une
souvent des autres élèves de l’académie, des sévices banque, il n’a de cesse de mettre au point une stratégie
corporelles presque inimaginables, insoutenables pour dépouiller son employeur.
pour certains, en raison de leur cruauté, sans toute- Pendant ce temps, Patricia, la fille de son patron,
fois nuire à la vraisemblance et au réalisme du récit. a beau se rebeller, son père entend la promettre à un
La violence, on l’aura deviné, est omniprésente, dans bon parti, un jeune homme fortuné choisi parmi la
toutes les entrées du journal de Rastavan,  – neuf sont bonne société. Mais, dès que Frank et elle se
renconnumérotées, l’une est chapeautée d’un « ? » et une trent, ils tombent éperdument amoureux l’un de
autre a été écrite vingt ans après que le jeune ait quitté l’autre, à un point tel que la fille convient de s’associer
l’école et soit devenu adulte. Le récit des journées de avec le voleur. Ensemble, ils établissent un plan pour se
classe à l’académie est écrit dans la langue d’un enfant retrouver à Londres quelques mois plus tard.
de dix ans, une langue colorée, farcie de néologismes Son méfait perpétré, le jeune homme s’embarque
qui confirment l’intelligence de l’enfant, capable de avec sa fortune sur un voilier qui devrait le conduire à
jouer avec les mots et expressions qui donnent de la destination après avoir passé par le sud des Amériques
vie à son récit. C’est ainsi qu’il prend le « shmorbus » et longé la côte ouest en s’adonnant au cabotage. Mais
pour se rendre à l’école, où il espère jouer au « ballon- une violente tempête fait rage dans les quarantièmes
tueur », il écoute la « holovision », le soir, avec ses rugissants, près du cap Horn, qui met le navire à mal et
géniteurs, il ne discute pas mais « babelite » avec ses le force à un long radoub sur une île, alors que la jeune
interlocuteurs ou ses « gynées », qui ont « trop d’hor- femme dont Frank est épris n’a d’autre choix que de
mones dans les ovaires » (p. 27). Pour se démarquer prendre époux ; ayant convaincu ce dernier de
l’emauprès des autres élèves, il attache beaucoup d’im- mener à Londres en voyage de noces, elle y disparaît
portance à sa chevelure et à ses vêtements toujours aussitôt sans laisser de traces, et toutes les recherches
trop cool, ses « sublimes habits top fashion » (p. 31) que pour la retrouver resteront vaines.
son bourreau ne manque pas d’abîmer à chaque fois Lorsque Frank se retrouve enfin dans la grande ville
qu’il s’attaque à lui, victime et vrai martyr, sans que avec un retard considérable, son amante ne le cherche
les adultes, tant ses parents que ses professeurs, voire plus, s’étant résignée à croire que son navire a sombré
le directeur ne songent à intervenir. C’est finalement corps et biens. Elle est peu à peu tombée dans la misère
Rastaban lui-même qui, vingt plus tard, sans jamais la plus noire et ce ne sera qu’après bien des
tribulaavoir oublié l’humiliation qui l’a privé de son enfance, tions que le hasard remettra les deux jeunes gens en
se fera justice, pensant que la violence dont il a été présence l’un de l’autre.
victime ne peut se régler que dans la violence. Fin pour Le lecteur qui se laissera séduire par ce roman en
le moins décevante, il faut le dire, malgré la sensibi- aura pour son audace. Porté par la plume de Dion, il
lité, l’originalité, la cruauté aussi du récit. Notre société fera pratiquement le tour du monde occidental et
visifabrique-t-elle des monstres ? C’est à croire, si on se fie tera bien des lieux, les uns sordides ou périlleux, les
au premier roman de Martin Clavet, une belle réussite. autres pleins de charme. La société de l’époque, tant
AURÉLIEN BOIVIN américaine que britannique, lui sera présentée avec
=
roman
117 -
174 2015beaucoup de précision, dans une écriture évocatrice enfants. Angèle, parfois avec humour, nous fait part
propre à recréer les atmosphères. de son quotidien, de ses rêves mais aussi de ses
décepSi, au départ, on a un peu de difficulté à comprendre tions, surtout qu’elle est consciente d’être privée de ses
le caractère extrême de la cupidité de Frank, on oublie enfants et de son mari, comme si elle était condamnée
vite ce malaise, emporté dans le feu d’une action riche à vivre sur une île déserte. Car, on peut le comprendre,
de péripéties et dense en termes de contenu, qui ne après la tragédie dont elle a été victime, Angèle souffre
laisse place à aucune stagnation, à aucune longueur. de la solitude. Mais elle est un modèle de résilience,
CLÉMENT MARTEL tout en étant aussi très émotive, surtout quand elle est
en présence de ses jumelles, qu’elle ne peut toucher
CHRISTINE EDDIE ou serrer dans ses bras, ou de son mari, qui ne peut la
Je suis là visiter sans pleurer.
Alto, Québec, 2014, 150[1] pages Christine Eddie a su, et cela ne doit pas être facile,
« Histoire vraie mais [qui] n’est pas se mettre dans la peau de son amie Angèle et
reconstout à fait la vérité », selon la quatrième tituer, quatre ans après le drame, cette histoire triste
de couverture, Je suis là, dernier roman mais pas larmoyante, qui invite à l’humanité, au
de Christine Eddie, qui nous avait déjà partage, à l’entraide, à la vie en somme. Et, comme
donné, également chez Alto, Les Carnets dans ses autres romans, la romancière sait raconter
de Douglas  (2008), Le cœur de la dans une langue impeccable, belle, juste, qui tâte de la
crevette (2010) et Parapluies (2011), fina- poésie ici et là. À lire, oui, à petites doses, et à méditer
liste au Prix littéraire de la Ville de Québec en cette période d’austérité, plaisir assuré.
et du Salon du livre, ne laissera personne AURÉLIEN BOIVIN
indifférent, tant l’histoire est émouvante.
L’intrigue se déroule presque essentielle- HARUKI MURAKAMI
ment en Acadie, là où la romancière a vécu L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de
une partie de son existence et à laquelle pèlerinage
elle est restée fidèle, comme le prouve Traduit du japonais par Hélène Morita
l’hommage inconditionnel qu’elle rend à Belfond, Paris, 2014, 368 pages
l’un des grands Acadiens, le linguiste et l’homme à Que savons-nous de la littérature japonaise ?
tout faire Pascal Poirier, l’auteur entêté d’un précieux Peu de chose, et ce, malgré les nombreuses
traducglossaire de la langue acadienne. tions. Pourtant, les sujets sont passionnants, comme
erLa narratrice, prénommée Angèle, née le 1  août, celui des magnifiques Belles endormies de Yasunari
comme son écrivaine préférée Anne Hébert, mais Kawabata ou Le jeu du siècle de Kenzaburō Ōe, La
58 ans plus tard, à qui elle rend hommage aussi, a été femme des sables de Kōbō Abe, La tombe des lucioles
une femme tout à fait ordinaire et sans histoire jusqu’à d’Akiyuki Nosaka. La liste est longue. Au Québec,
ce qu’elle donne naissance à des jumelles. Peu de temps on lisait volontiers des auteurs japonais dans les
après, celle qui se qualifie de « reine du mouvement et années 1970. Yukio Mishima en tête. Maintenant, seuls
de l’indépendance » (p. 64-65) est victime de ce qu’elle les fidèles de ces maîtres en connaissent les œuvres.
appelle « un tir groupé d’infortunes » (p. 62), soit « [u] un En Occident, Haruki Murakami est devenu célèbre avec
mélange dévastateur d’hypertension, d’hyperempoi- sa trilogie 1Q84, il y a de cela deux ans, une
transposonnement, d’hypervirus et de muscle cardiaque sition des temps modernes dans le monde de George
complètement dépassé par les événements » (p. 62-63), Orwell. Un rappel : lors de sa parution, en moins d’un
qui l’a laissée tétraplégique. Désormais, elle doit se mois, un million d’exemplaires avaient été vendus au
résigner à ce coup cruel du destin, qui la « ligote à un Japon, tout comme cela a été le cas lors de la
publifauteuil roulant », situation qui limite considérable- cation de L’incolore Tsukuru Tazaki. La « formule »
ment sa marge de manœuvre, « trop étroite pour la de l’auteur reste essentiellement la même, lui
assuliberté » (p. 64) dont elle jouissait, en tant que « femme rant ses succès maintes fois répétés : avant tout, il
qui court, qui rit, qui mange du homard, qui joue du s’agit d’évènements banals en apparence, mais qui se
violoncelle, qui fait l’amour » (ibid.). En raison de son compliquent sans que l’on s’en rende compte, pour
handicap sévère, elle vit dans une maison spécialisée, se terminer sur une ouverture permettant plusieurs
à Shédiac, entourée de quelques autres pensionnaires, avenues, selon le goût ou le caractère de chaque
dont les sœurs Margot et Ghislaine McLaughlin, la très lecteur. Le plus récent roman n’est pas une exception.
colorée Alice Bourgeois avec son langage populaire Après une longue et intense amitié, les quatre amis
acadien, la dévouée préposée aux bénéficiaires Doris, de Tsukuru, Rouge, Bleu, Blanche et Noire l’excluent
Yann, l’ambulancier violoncelliste, voire des person- un jour de leur cercle sans autre façon. (Les couleurs
nages sans doute inventés, comme Népenthès, du sont cachées dans les prénoms des amis, seul celui
grec qui veut dire « qui dissipe la douleur », sorte de Tsukuru signifie une autre qualité, il est « celui qui
d’ami imaginaire, comme on en voit parfois chez les construit ».) Pour lui, l’absence de couleur sera
l’es==
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nouveautés
roman

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