Relations entre croissance démographique et environnement

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Dominique Tabutin Évelyne Thiltgès Relations entre croissance démographique et environnement In: Tiers-Monde. 1992, tome 33 n°130. pp. 273-294. Citer ce document / Cite this document : Tabutin Dominique, Thiltgès Évelyne. Relations entre croissance démographique et environnement. In: Tiers-Monde. 1992, tome 33 n°130. pp. 273-294. doi : 10.3406/tiers.1992.4689 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/tiers_0040-7356_1992_num_33_130_4689 RELATIONS ENTRE CROISSANCE DÉMOGRAPHIQUE ET ENVIRONNEMENT DU DOCTRINAL À L'EMPIRIQUE par Dominique Tabutin et Evelyne Thiltgès* Des croissances démographiques encore rapides dans de nombreux pays du Sud, des problèmes d'environnement à l'échelle planétaire, r égionale ou locale, des pays pauvres qui s'enlisent dans la pauvreté... « Population et développement », « environnement et développe ment », « population et environnement » : des faits, des mots ou des concepts mis ensemble, conduisant à des dénominations de plus en plus nombreuses de recherches, d'ouvrages, de programmes d'action ou même de formations. C'est une mode nouvelle sans doute ambiguë au premier abord, mais qui repose sur la nécessité, tant pour la r echerche que pour l'action, d'intégrer des problématiques jusqu'alors isolées. Nous nous focaliserons essentiellement sur le binôme « popu lation-environnement ».
Publié le : jeudi 27 novembre 2014
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Dominique Tabutin
Évelyne Thiltgès
Relations entre croissance démographique et environnement
In: Tiers-Monde. 1992, tome 33 n°130. pp. 273-294.
Citer ce document / Cite this document :
Tabutin Dominique, Thiltgès Évelyne. Relations entre croissance démographique et environnement. In: Tiers-Monde. 1992,
tome 33 n°130. pp. 273-294.
doi : 10.3406/tiers.1992.4689
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/tiers_0040-7356_1992_num_33_130_4689RELATIONS
ENTRE CROISSANCE DÉMOGRAPHIQUE
ET ENVIRONNEMENT
DU DOCTRINAL À L'EMPIRIQUE
par Dominique Tabutin et Evelyne Thiltgès*
Des croissances démographiques encore rapides dans de nombreux
pays du Sud, des problèmes d'environnement à l'échelle planétaire, r
égionale ou locale, des pays pauvres qui s'enlisent dans la pauvreté...
« Population et développement », « environnement et développe
ment », « population et environnement » : des faits, des mots ou des
concepts mis ensemble, conduisant à des dénominations de plus en
plus nombreuses de recherches, d'ouvrages, de programmes d'action
ou même de formations. C'est une mode nouvelle sans doute ambiguë
au premier abord, mais qui repose sur la nécessité, tant pour la r
echerche que pour l'action, d'intégrer des problématiques jusqu'alors
isolées. Nous nous focaliserons essentiellement sur le binôme « popu
lation-environnement ».
Un bref rappel historique du développement de ces problématiques
nous permettra d'éclairer ensuite les relations entre croissance démogra
phique et dégradation de l'environnement. La présentation des grandes
positions doctrinales sera suivie d'un point sur les recherches empiriques
en la matière, nous amenant dans une troisième partie à décrire le carac
tère encore fragmentaire et cloisonné des connaissances.
• Institut de démographie, Université Catholique de Louvain.
Revue Tiers Monde, t. XXXIII, n° 130, Avril- Juin 1992 274 Dominique Tabutin et Evelyne Thiltgès
I LE CONTEXTE HISTORIQUE :
DE LA CROISSANCE DES ANNÉES 1950
AU DÉVELOPPEMENT DURABLE
De l'optimisme des années 1950 et 1960...
Jusque vers 1970, régnait une sorte d'optimisme général à propos du
Sud. Il est vrai que les progrès étaient importants dans une grande
partie de l'Amérique latine et de l'Asie, avec une croissance économi
que rapide (parfois même supérieure à celle du Nord) et un développe
ment social significatif en matière de santé et d'éducation. L'Afrique
n'en était pas totalement exclue, même si le contexte sociopolitique et
économique était différent. Des voix discordantes s'élevaient bien de-ci
de-là dénonçant déjà les méfaits à court et à long termes du type de
développement en marche, mais l'idéologie dominante croyait dans les
vertus — pleines et entières — de la modernisation à l'occidentale.
Pendant ce temps, le Nord s'enrichissait, produisait et consommait de
plus en plus, puisant au Sud les matières premières et la main-d'œuvre
qui lui manquaient. De population et d'environnement, il n'était guère
question.
Au scepticisme des années 1970... t
Dès la fin des années 1960, il apparut déjà que les choses n'étaient
pas aussi simples et que le développement du Sud ne se réglerait pas
aussi vite que prévu. On versait déjà dans l'incertitude et le scepticisme.
Les théories et les modèles de se multiplient, mais les
faits sont rapidement là tant en matière économique (crise de l'énergie,
dette, inégalités...) que démographique (croissance on ne peut plus
rapide de la population) ou environnementale (pollution urbaine, pil
lage de ressources, deforestation ou désertification...). C'est en 1972 que
paraît le modèle catastrophe du Club de Rome (D. H. Meadows et al.,
1972), puis celui déjà moins pessimiste de l'Université du Sussex
(H. Cole et ai, 1974). Ils seront suivis de bien d'autres tentatives, plus
régionalisées et sophistiquées1. C'est dans ce contexte que les Nations
Unies créent deux organismes spécialisés, le fnuap pour la population
1. Sur leur historique et leur philosophie, voir par exemple M. Loriaux (1984). entre croissance démographique et environnement 275 Relations
dès 1969 et le pnue pour l'environnement en 19721. Ils sont le reflet des
préoccupations grandissantes de la communauté internationale et sur
tout des pays du Nord à propos de la croissance démographique et de la
dégradation générale de (au Nord comme au Sud),
mais les problématiques et les champs d'action restent sectoriels, bien
séparés.
Et au pessimisme des années 1980
Après une période déjà difficile pour les pays en développement, sur
vient la récession mondiale des années 1980-1983 dont seuls les pays du
Nord et quelques pays d'Asie de l'Est se remettront rapidement, sans
grand dégâts (sauf peut-être le chômage qui s'accentuera). Ce n'est pas
le cas de la plupart des pays en développement, et notamment de l'Afri
que, la plus touchée, qui depuis sont en récession économique continue
avec son cortège inhérent de conséquences (dette, inflation, déclin du
niveau de vie et du bien-être social...). On en arrive aux politiques
d'ajustement structurel à court terme, proposées (et imposées) par le fmi
et la Banque Mondiale, une médecine peut être indispensable pour les
grands équilibres financiers, mais dont les conséquences immédiates sur
l'emploi, l'éducation et la santé sont désastreuses dans nombre de pays,
notamment pour les classes les plus pauvres, pour les femmes et surtout
pour les jeunes2. C'est la fin, diront certains, des théories et des recettes ;
c'est l'échec complet, du modèle capitaliste au modèle centralisé.
Dans une série de domaines, une grande partie des pays africains se
retrouvent en 1990 dans la situation des années 1960 ou 1970, mais avec
une population et des problèmes d'environnement d'une tout autre
ampleur. En l'absence de perspectives suffisantes, les investissements
privés des banques et des industries du Nord vont peu à peu vers
d'autres deux plus promoteurs, comme le Pacifique ou même l'Europe
de l'Est. Dans une mondialisation et une privatisation croissante de
l'économie, dans une idéologie de libéralisme de plus en plus affirmée,
cela ne peut « qu'accentuer la marginalisation et l'impuissance du Sud »
(Rapport de la Commission Sud, 1990, p. 5).
1. Fonds des Nations Unies pour les activités en matière de population et Programme des Nat
ions Unies pour l'environnement.
2. Bien des écrits ont été consacrés aux conséquences de cette politique et à la nécessité d'ajuste
ment social ou humain, voir par exemple Unicef (1987). 276 Dominique Tabutin et Evelyne Thiltgès
De l'èconomisme au développement, du court terme au durable
C'est dans ce contexte de crise profonde de nombreuses économies et
sociétés du Tiers Monde, mais aussi — cause et conséquence — des
théories, des stratégies et des politiques économiques, qu'émergeront
véritablement sur la scène internationale quelques nouveaux1 concepts
ou paradigmes intégrateurs : population et développement, environne
ment et développement et peut-être surtout développement durable2.
Clairement, le débat et la réflexion s'élargissent3.
D'une part les faits sont là : la population augmente toujours très r
apidement au sud, et en particulier en Afrique (D. Tabutin, 1991), consti
tuant — qui pourrait le nier ? — une contrainte majeure à toute straté
gie à court et à moyen termes ; par ailleurs, l'environnement devient une
préoccupation majeure des populations et des gouvernements du Nord,
avec l'émergence (médiatisée) de risques sérieux à terme pour la planète
et de catastrophes dans le Sud.
D'autre part, une autre vision du monde et de la science, déjà amorcée
dans les années 1970, se diffuse progressivement tant dans les milieux
scientifiques que dans les agences internationales de développement.
Devant la dégradation générale de la situation, devant l'échec des poli
tiques purement sectorielles ou verticales (comme celle du planning
familial des années 1960), devant la complexité, enfin reconnue, des
causes et conséquences de tout phénomène social (de la fécondité à la
dégradation des sols), devant aussi la diversité des situations dans le
monde, on en arrive à admettre par exemple que :
— le monde est fini (au rythme actuel d'utilisation, les ressources
s'épuiseront) et complexe (il y a interactions constantes entre la bio
sphère et l'homme) ;
— l'économique ne régit pas, ni n'explique pas tout (diversité des His
toires et des Cultures) ;
— il n'y a pas (ou plus) de modèle historique à suivre ;
— « le durable » vaut mieux que « le court terme » (les générations de
demain ont droit à une vie décente).
1. Parallèlement ou peu après les théories de l'écodéveloppement, du développement intégré, du
développement autocentré...
2. Sustainable en anglais, parfois traduit aussi par soutenable.
3. Y sont pour beaucoup les travaux du Worldwatch Institute, avec entre autres leur Etat de la
Planète depuis 1984 (L. Brown et al.) et ceux de la Commission mondiale sur l'environnement et le
développement qui se sont terminés en 1988 par Notre avenir à tous (connu aussi sous le nom de Rap
port Brundtland). Relations entre croissance démographique et environnement 277
Comment dès lors ne pas accepter le concept de développement
durable tel qu'il est défini dans le Rapport Brundtland : « Le dévelop
pement qui rencontre les besoins du présent sans compromettre ceux
des générations futures » ? Mais il reste, et c'est l'enjeu, à préciser les
objectifs, les besoins et surtout à identifier les moyens d'éliminer la
pauvreté et par là une grande partie de la dégradation de l'environne
ment dans les pays en développement. Pour une telle vision soucieuse
de l'équilibre entre les ressources et l'environnement, soucieuse des
besoins actuels mais aussi de ceux de demain, les mots de viabilité, de
durabilité, d'équitabilité et d'intégration prennent tout leur sens. Dans
le moyen et le long terme, on ne peut dès lors dissocier population, env
ironnement et développement.
II — POPULATION-ENVIRONNEMENT :
TROIS GRANDES POSITIONS DOCTRINALES
Depuis longtemps, la problématique population-ressources a retenu
l'attention de penseurs, de philosophes, d'économistes : elle a été
développée par les mercantilistes du xvf au xviii6 siècle, assez favorables
à une croissance de la population, puis à la fin du xvine par les écono
mistes classiques (A. Smith, J. S. Mill, D. Ricardo et surtout
Th. Malthus) qui, eux, s'inquiétaient déjà de la croissance démog
raphique face à des ressources limitées. Un débat qui s'est poursuivi,
parfois confus, souvent idéologisé, mais, comme nous le verrons,
toujours présent. La problématique s'est peu à peu élargie vers les
relations entre population et développement pour en arriver aujourd'hui
à population, environnement et développement. C'est le résultat de « la
simultanéité » de deux tendances, d'une part de la croissance démograp
hique rapide du Tiers Monde, et d'autre part de la dégradation de l'e
nvironnement (au Nord comme au Sud), conduisant à partir du début
des années 1970 à une inquiétude croissante sur l'avenir1 et à l'émer
gence de la pensée et des mouvements écologistes.
Depuis vingt-cinq ans, la littérature sur le sujet augmente régulière
ment, sans que l'on sache très bien où elle commence ni où elle finit2. Il
est vrai que la problématique est large, que de plus en plus de disciplines
1. Que des travaux, extrêmement bien diffiisés et médiatisés, comme ceux du mit (Halte à la
croissance) de 1972 n'ont fait qu'exacerber.
2. Pour une synthèse récente sur population et développement, voir N. Keyfitz (1991). 278 Dominique Tabutin et Evelyne Thiltgès
scientifiques s'en mêlent et que surtout on s'accorde de plus en plus sur
les interrelations entre phénomènes. Le schéma ci-dessous illustre gros
sièrement notre propos.
économie
sciences du développement
Développement biologie démographie agronomie sociologie
Population
Environnement
sciences de l'environnement sciences de la terre santé écologie
Nous nous en tiendrons essentiellement à l'équation population-
environnement, et notamment à l'examen du rôle de la croissance
démographique sur la dégradation de l'environnement. Dans la plu
part des cas, la relation entre ces deux éléments passera par les deux
autres. Quelles sont les grandes « théories » scientifiques en pré
sence ? sont les positions doctrinales prédominantes dans les
grandes agences internationales du développement ? Que confirme ou
infirme la recherche scientifique de terrain, dans des contextes et
sociétés bien spécifiés ? Le problème est plus complexe qu'il n'y
paraît a priori.
Comme en matière de relations entre population et développement
(ou croissance), on retrouve les deux grandes oppositions classiques et
anciennes : en simplifiant à l'extrême, l'une attribue à la croissance dé
mographique tous les maux de la terre, l'autre lui dénie quasiment tout
rôle dans la détérioration de l'environnement. Un débat d'école peut-
être, mais surtout un conflit idéologique reposant sur une vision diffé
rente du monde (la crainte du Sud par exemple) et pouvant aboutir à
des priorités politiques opposées : l'une reposerait sur la planification
familiale, l'autre sur le développement. Si les positions des uns et des
autres étaient clairement affirmées dans les années 1960 et 1970, elles
sont aujourd'hui relativisées, mais le fond du problème demeure. Relations entre croissance démographique et environnement 279
Le modèle néo-malthusien pur et dur...
A une époque où le doute s'installe sur les capacités futures de la pla
nète à répondre aux besoins humains, l'argumentation de Malthus sur
l'impact négatif de la croissance démographique sur la production agri
cole a été globalement et « logiquement » étendue à l'environnement.
Avec l'hypothèse d'un monde fini, les limites physiques et biologiques de
la terre constituent les contraintes ultimes à la croissance démographi
que et aux changements socio-économiques. Autrement dit, c'est l'au
gmentation des populations (du Sud, puisque celles du Nord stagnent
quasiment) qui est à l'origine des problèmes, qui est la menace de
demain pour le monde entier. La population mondiale croît tellement
vite et sera tellement importante qu'aucun processus d'adaptation n'est
envisageable, ni possible dans les vingt ou trente prochaines années.
Une phrase de F. Ramade (1987) résume bien cette position : « ... La
catastrophe majeure qui affecte l'humanité et dont découle la plupart
des maux dont elle souffre déjà ou qui la menace est d'origine intrinsè
que : elle provient de sa reproduction anarchique avec pour consé
quence un accroissement exponentiel du nombre d'hommes. »
Comme le pensent maints biologistes et écologistes, on aurait même
déjà dépassé les capacités d'autorestauration des écosystèmes de la planète,
on en est à dilapider son capital biologique, le point de non-retour serait
quasiment atteint... Dans cette vision globale et pessimiste des choses1, l'u
rgence prioritaire pour éviter la catastrophe est le contrôle des naissances dans
le Tiers Monde, avec une politique ferme et efficace de planification familiale.
Cette logique « catastrophiste » et simpliste (nous y reviendrons) est encore
fort répandue dans les sciences exactes et le grand public. Elle a guidé les
politiques démographiques du Nord vis-à-vis du Sud des années 1960 et
1970, conduisant à des systèmes de planning familial verticaux, isolés, par
fois excessifs (en Inde par exemple), souvent sans guère de résultats rapides.
Le néo-malthusianisme nuancé...
Depuis la fin des années 1970, dans nombre d'agences internatio
nales du développement, comme la Commission mondiale sur l'enviro
nnement et le développement2, l'Union internationale pour la conserva-
1 . Dont de grands tenants sont P. Ehrlich et F. Ramade (1982, 1989).
2. Par exemple dans Notre avenir à tous de 1987. 280 Dominique Tabutin et Evelyne Thiltgès
tion de la nature et des ressources naturelles1 ou le fnuap2, dans nombre
d'institutions indépendantes, comme le World Watch Institute3, chez
une majorité désormais de scientifiques de sciences sociales, on trouve
aujourd'hui une position moins radicale, plus modérée : la pression
démographique n'est plus la cause directe des problèmes d'environnement,
mais elle en est un facteur accélérateur 4. Elle est un frein en quelque sorte
inhérent à tout processus de développement, à tout progrès, à toute
dynamique de changement. La solution préconisée est toujours la
même : ralentir le plus possible la croissance démographique et stabili
ser rapidement la population, mais elle n'est plus envisagée isolément.
Pour « redresser l'équilibre », le FNUAP par exemple (1990, p. 3)
propose : « 1) de se reconvertir à des technologies plus propres... ; 2) de
combattre directement et sans merci la pauvreté elle-même ; et 3) de
réduire les taux globaux d'accroissement de la population... ce qui sera
un maillon essentiel de toute stratégie de développement durable. » Le
World Watch Institute exhorte à une stabilisation très rapide de la popul
ation (L. Brown, 1989). Le Rapport Brundtland (1988) est plus nuancé :
« La pauvreté est à la fois effet et cause des problèmes mondiaux d'env
ironnement » (p. 4), mettant l'accent sur les inégalités, sur les relations
entre développement économique et environnement, sur la responsab
ilité des politiques nationales et du système économique mondial
(p. 7), même si « l'explosion démographique est une menace ». Mais
« les politiques démographiques doivent avoir un objectif plus vaste que
de maîtriser les effectifs » (p. 126). « Elles ne seront efficaces que si elles
sont associées à d'autres questions ayant trait à l'environnement et au
développement. » Le rapport récent de la Commission Sud (1990)
reconnaît que « l'accroissement rapide des pays du Sud accentue la pres
sion sur les ressources naturelles, à des degrés divers, selon la disponibil
ité des terres cultivables et les régimes fonciers » (p. 169), mais la pres
sion démographique n'est qu'un des sept facteurs portant atteinte à
l'environnement, les autres étant les régimes fonciers, le type de dévelop
pement agricole, la pression économique du Nord, l'impératif d'indust
rialisation et de croissance, l'adoption d'habitudes de consommation
utilisant beaucoup d'énergie et enfin l'exode des populations rurales vers
1. Dans son rapport Population and sustainable development de 1987.
2.les rapports de sa directrice (Dr. Nafis Sadik) comme Préserver l'avenir (1989) ou L'état
de la population mondiale 1990.
3. Dans ses publications annuelles sur L'état de la planète.
4. Mais comment interpréter une phase telle que « l'expansion démographique est en phase de
miner la planète entière. L'accroissement rapide de la population dans les pays pauvres a commencé
à produire des changements permanents sur l'environnement » (N. Sadik, 1990, p. 2) ? entre croissance démographique et environnement 281 Relations
le nord. « II y a nécessité impérieuse pour une action visant à modérer
l'accroissement démographique... car même s'il n'est pas toujours la
cause ultime de la pauvreté, il peut saper radicalement l'aptitude d'un
pays à mettre en valeur son capital humain » (p. 108).
Finis le simplisme théorique, la recette facile (le contraceptif), la
solution rapide, même si la croissance démographique est une cause
immédiate aggravant tout. Pour reprendre l'exemple de D. T. Hogan
(1991), la désertification en cours n'est pas la conséquence directe de la
croissance de la population ; elle est le produit d'accidents climatiques
survenant dans des sociétés à fortes inégalités sociales qui enlèvent toute
alternative aux paysans. Pour L. Brown (1986), l'extension de la popul
ation amène une réduction des terres cultivables par habitant, une sur
exploitation des sols conduisant à leur érosion, à une baisse de leur pro
ductivité et à une réduction de la production alimentaire. Face à une
demande qui s'accroît, l'offre baisse. Avec en plus des sécheresses,
comme au Sahel en 1973-1974 et 1983-1984, on peut aboutir à la famine
et à une hausse de la mortalité.
Il faut modifier les taux de croissance démographique, facteur imméd
iat et aggravant de la dégradation actuelle, pour éviter toute détériora
tion supplémentaire dans le futur. Pour ce courant de pensée qui est
celui du fnuap aujourd'hui, une des priorités est donc lej-alentissement
de la croissance démographique du Sud, qui ^^
sements d'ici 2000 en matière notamment de planij
'
13/ ЛГ*
L 'anti-malthusianisme
Du pessimisme ambiant des deux modèles prl
dans une sorte d'optimisme : en simplifiant, ГЫ
montré capable d'affronter les menaces extérieures et
les problèmes comme il l'a fait hier. Il a une grande capacité d'adapta-
tion et d'innovation. La population n'est qu'un facteur tout à fait
secondaire, parfois même favorable ; les vrais facteurs sont ailleurs : la
pauvreté, les inégalités, l'inadéquation des technologies, les politiques
agricoles (priorité aux cultures commerciales), la propriété foncière, le
biais urbain, les guerres, les régimes politiques... C'est une position rap
pelant qu'il y a d'autres urgences que la seule planification familiale,
c'est aussi une position pouvant justifier toute politique de non-inter
vention en matière de fécondité.
On a la thèse populationiste extrême, défendue notamment par
J. Simon (1981), selon laquelle il n'y a pas de problème de population,

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