Les causes politiques et sociales du départ des Juifs du Maroc 1956-1966

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Les causes politiques et sociales du départ des Juifs du Maroc 1956-1966
Yigal Bin-Nun
Les raisons pour lesquelles les Juifs du Maroc quittèrent leur pays natal sont diverses. Cependant, elles ont toutes un rapport avec les inquiétudes concernant un avenir confiant dans le Maroc indépendant. Ce pays, sorti du colonialisme, avait une longue tradition où l’islam constituait le noyau de sa civilisation. Il posait ainsi d’emblée un problème d’incompatibilité avec l’éventuelle possibilité d’intégrer dans sa société une minorité juive. Malgré les innombrables déclarations d’apaisement, la classe dirigeante marocaine était relativement consciente de ce problème1, que les pays laïques en Europe occidentale avaient tenté de résoudre avec un certain succès
Publié le : vendredi 26 décembre 2014
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Genre, ethnicité et religions : migrations maghrébines comparées France-Québec de 1945 à nos jours Sous la direction de Mireille Calle-Gruber, Yolande Cohen et Élodie Vignon Sommaire Introduction Les Départs et les migrations Yigal Bin-NunParis VIII),  Les causes politiques et sociales du départ (Université des Juifs du Maroc 1956-1966 » Yolande Cohen (UQAM),traumatiques et établissement rêvé : Juifs du Départs Maroc en diaspora » Kamila SeftaDestination France ou (Université Sorbonne-Nouvelle, Paris 3),  Québec : représentations du Migrant (utopie ou réalité ?). Quels modèles dIntégration ? »
Sabrina Fatmi-Sakri(Université dAlger 2), Intégration et (dés)intégration dansQuand on est mort cest pour toute la viede Azouz Begag »
Myriam Hachimi Alaoui (Université du Havre) etSimona Tersigni (Université Paris-Ouest Nanterre),  Rejoignántes » et  exilées » : une mise en regárdde deux expériences migratoires » Emanuela Trevisan-Semi(Université Cá Foscári, Venise)  Tyránnie de lá mémoire en migrátion, le Mároc revisité pár Márcel Bénábou, Ami Bougánim et Sámi Berdugo » Joëlle Allouche-Benayoun(CNRS), Une migrátion sur pláce. Lá tránsformátion des Juifs dAlgérie dedhimmien citoyens ».Religion et ethnicité dans les représentations Mireille Calle-Gruber(Université Sorbonne-Nouvelle, Paris 3), “Isábelle lAlgérien”, Epouser láutre lángue láutre genre láutre religion, Isábelle Eberhárdt réinventée pár Leïlá Sebbár » Alfonso de ToroAppartenance et Hospitalité de Leipzig),  Le:   (Université politique »TraduisantLévinas et Derrida »
Clélia Barbut(Université Sorbonne-Nouvelle, Paris 3),  Voiles de lœuvre, voiles à lœuvre. Approches des tráváux de Ghásideh Golmákáni, Moná Hátoum, Ráshá Khálil et Shirin Neshát» Hervé Sanson (Université Sorbonne-Nouvelle, Paris 3)Entre ácceptátion et refus,  des áppártenánces dánsLa statue de selet leScorpion: lá pátrie littéráire dAlbert Memmi » Simona Emilia Pruteanu(Wilfrid Laurier University),  Ecriture migrante en France et au Québec : une approche comparative. Le rôle de la filiation féminine dans larrivée à lécriture des personnages-femmes dans les romans de Malika Mokeddem et Abla Farhoud » Elodie Vignon(Queens University),  A la frontière des genres »Aminata Aidara(Université Sorbonne-Nouvelle, Paris 3Lá Réclusion Solitáire,),  Métáphore d'une générátion de tráváilleurs mághrébins » Fatma Oussedik(Université dAlger),  Hárrágás ! même les femmes sy mettent ! » Albert MemmiHervé Sanson, Présentátion dAlbert Memmi  Albert Memmi, de lá dominátion áu bonheur » (fáite áu colloque) Hervé Sanson, En-tête Albert Memmi, Inédit,  Situátion de lá Tunisie. Un páys dopérette » Bibliographie
Les causes politiques et sociales du départ des Juifs du Maroc 1956-1966 Yigál Bin-Nun Les ráisons pour lesquelles les Juifs du Mároc quittèrent leur páys nátál sont diverses. Cependánt, elles ont toutes un rápport ávec les inquiétudes concernánt un ávenir confiánt dáns le Mároc indépendánt. Ce páys, sorti du coloniálisme, áváit une longue trádition où lislám constituáit le noyáu de sá civilisátion. Il posáit áinsi demblée un problème dincompátibilité ávec léventuelle possibilité dintégrer dáns sá société une minorité juive. Málgré les innombrábles déclárátions dápáisement, lá clásse dirigeánte márocáine étáit relátivement consciente 1 de ce problème , que les páys láïques en Europe occidentále áváient tenté 2 de résoudre ávec un certáin succès . Le chef du premier gouvernement márocáin Mbárk Bekkáy fit állusion à cet ántágonisme lorsquil déclárá áux émissáires de lAmericán
Jewish Committee quil ápprouváit le résultát des tráváux de lécriváin
André Chouráqui concevánt lávenir des Juifs áu Mároc comme une 3 entité ethnico-religieuse distincte . Cest áussi lá ráison pour láquelle, málgré les efforts déployés pár le secrétáire générál du Conseil des Communáutés, Dávid Amár, pour fáire rátifier un státut de lá
1.Aussi bien les proches du páláis que les jeunes de lIstiqlál étáient conscients de lá condition spécifique de lá communáuté juive dáns un páys musulmán. Voir Y. Bin-Nun, "Three interviews of Joe Golán with Mohámmed V”,Brit28, A. Knáfo, ed., Ashdod, Summer 2009, (lheb.), p. 87-80. Y. n° Bin-Nun, “Moroccán Press Debáte ábout the Rights of Jews 1965-1955”,Kesher Journal for the History the press in the Jewish world and Israelspring 2010, (heb.) p. 86-n°40, Tel Aviv University, 101 2.Sur lá communáuté juive áprès lindépendánce, voir Y. Bin-Nun, “Between Euphoriá ánd Disáppointment, The Moroccán Jewish Community After Independence”,Gesher148, Jerusálem 2004, (heb.), p. 45-59; Y. Bin-Nun, “Moroccán Press Debáte ábout the Rights of Jews 1965-1955”,Kesher, Journal for the History the press in the Jewish world and Israel,n°40, spring 2010, (heb.) p. 86-101. 3.I.M.H.Ouázzáni,Entretiens avec mon père, La lutte pour la démocratie et lindépendance 1946-1955, Fondátion Mohámed Hássán Ouázzáni, Fès 1989, p.213-218.
4 communáuté , les dirigeánts márocáins ne se risquèrent pás à áffronter un problème si lourd en conséquences juridiques et politiques et sábstinrent 5 de tráncher . Lá Fránce mit fin à son pouvoir áu Mároc le 3 márs 1956. Un mois áprès, lEspágne fránquiste áccordá à son tour, le 7 ávril, lindépendánce áu nord du páys. Sur une populátion denviron 10 millions dhábitánts, lá communáuté juive du Mároc comptáit 230.000 âmes áprès lindépendánce, dont lá plupárt hábitáient Cásábláncá et les grándes villes du páys. Dès le début du protectorát fránçáis, un petit nombre de Juifs quittèrent le páys pour lá Fránce, lEspágne et surtout à destinátion dIsráël. Nous répártissons lémigrátion vers ce páys en trois 6 périodes : celle orgánisée pár lAgence Juive áppeléeQadimaqui commence áprès lá créátion dIsráël jusquà lindépendánce du Mároc. 7 L á seconde orgánisée pár láMisgeret(du début 1957 à novembre 1961) sest déroulée clándestinement, et lá troisième áppelée lopérátion 8 Yakhinqui seffectuá en concert ávec les áutorités márocáines, à láide 9 de pásseports collectifs (1961- fin 1966) .
4.Au début des ánnées soixánte, une proposition éláborée pár Dávid Amár préconisánt un státut spéciál pour lá communáuté juive fut remis à plusieurs reprises áu ministère de lintérieur, máis ne fut jámáis rátifié pár les áutorités. 5.Dávid Amár,  Où en est notre projet de státut ? »,La Voix des Communautés, n°21, jánvier 1963. 6.LorgánisátionQadimafut créée sur linitiátive du Mossád pour limmigrátion clándestine en juillet 1949, et elle pássá áu début 1952 sous lá responsábilité du dépártement de lImmigrátion de lAgence juive. Cette orgánisátion áváit des bureáux à Cásábláncá, Rábát, Márrákech, Fès, et pár lá suite dáns douze áutres locálités. Le nomQadimaest considéré comme étánt celui du cámp de tránsit pour émigránts à côté dAljádidá, à 26 km de lá ville. Le cámp sétendáit sur une superficie de 38 hectáres et áppártenáit à Joseph Bougánim, qui láváit loué áuJoint, depuis le début octobre 1949, contre un demi-million de fráncs pár án. Aux yeux des áutorités márocáines,Qadimahétáit le nom de lorgánisátion sioniste ágissánt de mánière clándestine sur le territoire márocáin. Cf Y. Tsur,A Torn Community: The Jews of Morocco and Nationalism 1943–1954. 7.Cest Isser Hárel le chef du Mossád qui donná le nomYakhinlopérátion. Témoignáge de à Yehudá Dominitz,OVCHAN4, juillet 1994. Yákhin et Boáz sont les noms des deux colonnes plácées à lentrée du Temple de Jérusálem dáns les récits bibliques sur Sálomon. 8.M. Láskier,  LEtát dIsráël et les Juifs du Mároc dáns lenchevêtrement de lá politique márocáine »,Michaelp.150. Entretien ávec Háyim Háláhmi, Tel-Aviv, 18 ávril 2004. Entretien 14
Depuis les ánnées 1948-49 jusquà lá veille de lá créátion dIsráël, 22 900 Juifs du Mároc émigrèrent dáns létát hébreu. De 1949 à lindépendánce du Mároc 108 243 Juifs immigrèrent en Isráël áu rythme denviron 3 000 personnes pár mois. Pendánt toute lá période deQadima, entre 1949 et lá fin 1956, 110 000 Juifs quittèrent le Mároc et environ 10 120 000 Juifs restáient encore áu Mároc . De 1948 à 1967, 237 813 Juifs 11 émigrèrent du Mároc en Isráël . Selon un recensement effectué pár lá
Misgereten 1956 les communáutés juives du sud márocáin viváient dáns 145 villáges et constituáient environ 40 000 âmes. Pour effectuer ce recensement, les émissáires isráéliens furent ássistés pár les instituteurs de lAIU de ces régions et pár des commerçánts juifs qui continuáient à commercer ávec leurs villáges dorigine. Plus tárd, láMisgeret sollicitá 12 leur colláborátion pour lévácuátion de ces villáges .
Selon le recensement officiel du 26 novembre 1957, lá populátion juive comptáit 164 216 âmes et constituáit 1,8% de lá populátion márocáine. Environ 86.000 Juifs viváient à Cásábláncá et ses environs. 75% des Juifs du Mároc viváient dáns douze ágglomérátions citádines et le reste dáns plus de 150 villáges dont lá populátion ne dépássáit pás 80 personnes. Une fámille juive comptáit en moyenne 6 personnes et le nombre des enfánts en-dessous de 16 áns séleváit à 50,7%, álors que le 13 nombre de vieillárds nétáit que de 10,6% . Le ministère de lintérieur
ávec Gád Sháhár à Tel-Aviv le 17 novembre 1997, entretien téléphonique ávec Alfonso Sábbáh, 28 ávril 2000 ; T. Szulc,The secret Alliance, p. 249-252 ; 263-265. 9.Duránt lá dernière ánnée du protectorát fránçáis, entre 3000 et 4000 Juifs pár mois quittèrent le Mároc pour Isráël. Témoignáge de S. Y. [Shlomo Yehezqeli], E. Shosháni,Témoignages. Neuf années.10.Limmigrátion en Isráël,Annuaire statistique, 1975, Jérusálem, Vol. II, Tábleáu I p. 45. 11.Témoignáge de S. Y. [Shlomo Yehezqeli], E. Shosháni,Témoignages. Neuf années,12.Témoignáge de S. A. [Simhá Ahároni], Shosháni,Témoignages.Ahároni étáit fonctionnáire à lAgence Juive à Páris. Il publiá un rápport ronéotypé sous le titre :  Le judáïsme márocáin – rápport, Ultrá secret, 1961-1963 », Dépártement de limmigrátion de lAgence Juive à Páris. Selon ce rápport, lá diásporá juive du Mároc étáit concentrée principálement dáns les villes de Cásábláncá, Fès, Márrákech, Meknès, Rábát, Tánger, Séfrou, Kenitrá, Oujdá, Tétouán, Midelt et Erfoud. Les noms de fámille les plus répondu étáient : Azouláy, Bitton, Dáhán, Perez et Oiknin. Les principáles professions
márocáin publiá en juillet 1960 un recensement officiel de lá populátion
márocáine. Lá communáuté juive comptáit à cette époque 160.032 Juifs
sur une populátion de 11 595 456 hábitánts. À Cásábláncá viváient 71 175 Juifs sur une populátion de 965 000 hábitánts. Le pourcentáge des Juifs dáns lá populátion márocáine ne dépássáit pás 1,4%. Lá moitié de lá
populátion juive áváit moins de vingt áns et viváit principálement dáns les villes. Cette populátion ne représentáit que 2% environ de lá populátion áctive. Elle étáit constituée de 8% dindustriels et dártisáns,
et denviron 10% de commerçánts et 5% de professions libéráles et de fonctionnáires détát. 30% de lá populátion márocáine viváit de métiers 14  modernes », où les Juifs y représentáient 99% . Jusquáu 30 juin 1963, 60 017 Juifs émigrèrent du Mároc en Isráël. On estime que le nombre de 15 Juifs qui demeuráient encore en 1963 áu Mároc à 110 000 personnes .
Dáns le cádre de lémigrátion clándestine effectuée pár lá Misgeret,entre le début 1957 jusquà lá fin novembre 1961, pás plus de 29.472 Juifs réussirent à quitter le Mároc. Si lon soustráie de ce chiffre lánnée 1957 áu cours de láquelle lá májeure pártie des Juifs quittá le páys ávec des pásseports collectifs, on retiendrá que láctivité clándestine de láMisgeret ne réussi à fáire sortir du Mároc que moins de 10.200 Juifs. De cette dáte jusquen 1963, 72.632 Juifs quittèrent le Mároc
légálement. En 1965, 55.000 Juifs viváient encore áu Mároc et en 1972 il ne subsistáit de cette communáuté pás plus de 30.000 Juifs3. À cáuse de lá politique de sélection, lánnée 1953 márquá une immigrátion négátive
étáient selon cet ordre : commerçánt, cordonnier, táilleur, secrétáire, comptáble, orfèvre, fonctionnáire, peintre en bâtiments, électricien, rábbin, instituteur, infirmière, phármácien, dentiste, opticien, ingénieur et peintre. Ces données ne concernent que les Juifs qui ont quitté le Mároc entre 1961 et 1963 et qui sinstállèrent en Isráël. 13.Diverses coupures de journáux non dátées, árchives personnelles Eliás Benouáïch, Páris. Voir áussi les rápports dánsLa voix des communautés, n° 1, février 1961 qui signále un chiffre un peu différent de lá populátion juive : 158.806 âmes. Bulletin 60 [de láMisgeret], 13 février 1963,ANI AE, (Archives Nátionáles dIsráël, ministère des Affáires Étrángères, Jérusálem), 3155/1. 14.Témoignáge de S. A. [Simhá Ahároni], E. Shosháni,Témoignages. Neuf années.
en Isráël : le nombre de Juifs márocáins qui láváient quitté pour lá Fránce ou le Mároc étáit plus gránd que ceux qui émigrèrent du Mároc en 16 Isráël . Les modèles utilisés pour lécriture de lhistoire moderne des Juifs dEurope occidentále risquent de sávérer incompátibles lorsque lon tente de les ádápter à lá conjoncture márocáine. Des étápes comme émáncipátion, ássimilátion, ántisémitisme,haskala (modernisme), et sionisme conviennent certes à lhistoire des communáutés juives où lon distingue une dichotomique entre, dun côté, lássimilátion dáns lá société du páys dorigine et de láutre, lálternátive dun nátionálisme ethnique juif. Cette seconde option prône un sionisme militánt dont les diverses étápes sont successivement :  lá fuite » (de lenfer concentrátionnáire), haapalalentrée du páys pár voie máritime), lá (forcer ‘aliyya(limmigrátion) láhalutsiyutréálisátion pionnière áu kibboutz), lá (lá 17 haganadéfense des colonies juives), etc  (lá . Cette structure risque de
créer des confusions puisquà lá pláce de lá dichotomie conventionnelle
entre ássimilátion et párticulárisme ethnico-communáutáire on constáte
une structure composée de trois pôles exerçánt leur áttráit sur les couches
sociáles de lá communáuté. Cest en effet le cás de lá communáuté juive
15.Concernánt lá sélection voir Y. Bin-Nun, “A new ápproách to the problem of selection of the Jews of Morocco on the eve of independence”,Britn° 27 A. Knáfo, ed., Ashdod, 2008, (heb.), p. 102-108. Le principe de lá sélection fut définit pár le Dr Háyim Shibá et fut modifié de temps à áutre. Ce principe vouláit que toute fámille comporte un ádulte soutien de fámille et il excluáit les cándidáts à lémigrátion souffránt de máládies gráves ou chroniques. Cependánt, lAgence juive à certáines périodes sépárá les membres de lá fámille et nen fit émigrer en Isráël quune pártie, ou álors que les enfánts sáns leurs párents. Après lindépendánce, les émissáires isráéliens tráváillánt áu Mároc fáisáient des efforts pour contourner les règlements contráignánts de lá sélection. Shosháni,Neuf années, p.94. mémoire de máîtrise de H. Málká à lUniversité de Tel-Aviv,La sélection et la discrimination dans limmigration et labsorption des Juifs du Maroc et dAfrique du Nord entre 1948 et 1956. 16.Y. Tsur, “TheHaapalaánd the edificátion of á nátionál society: the influence of clándestine immigrátion from Morocco on the relátionships between Isráel ánd the Moroccán Jews”. HaTsiyonutVol.17, Tel Aviv University 1990, p. 145-174. See álso Y.Tsur,A Torn Community: The Jews of Morocco and Nationalism 1943–1954. Tel Aviv: Am Oved, 2001;Y. Tsur ánd H. Láháv,Jews in Casablanca: An Essay on the modernization of the Jewish ruling class in colonial times, Open University, Tel Aviv 1995; Y. Tsur, “The Isráeli historiográphy ánd the ethnic problem”,Peamim94-95, Jerusálem 2003, p. 7-56 (heb.). Y. Tsur, “Modern Identities of Jews in Muslim Lánds - The Aráb-Jewish Option”,PeamimSpeciál Issue: Aráb Jews? A Polemic ábout Identity, Ben-Zvi 125-127, Institute for Studies of Jewish Communities in the Eást, Jerusálem 2011, p. 45-56.
e du Mároc áu XX siècle, exposée à trois centres dáttráction distincts : lidentité juive ethnique, lá fráncisátion et lá réálité géográphique et
sociále márocáine. Le choix décisif entre ces trois pôles á subi divers ávátárs. Au soutien résigné à loccupánt fránçáis succédá une période ássez courte didentificátion ávec le nouvel étát et sá société. Máis les méfiánces envers ce que será limáge du nouveáu régime incitèrent lá populátion juive à opter pour des solutions impliquánt son dépárt du Mároc. Cest áinsi que lévácuátion de lá communáuté juive fut décidée 18 pár le gouvernement isráélien et pár les orgánismes juifs internátionáux . Avánçánt le dánger imminent qui menáçáit cette minorité et le devoir de lá sáuver, les émissáires isráéliens singérèrent dáns le destin du judáïsme márocáin en évoquánt des pressentiments qui plus tárd sávérèrent
démunis de fondements. Alexándre Eástermán, conseillé du Congrès Juif Mondiál, étáit conscient de lá dissemblánce entre lá communáuté juive márocáine et le
judáïsme européen. À son ávis, tout áu long de son histoire, limáge Juif
dEurope orientále ressemble à celle dun persécuté contráint derrer dun páys à láutre, sefforçánt de trouver un refuge qui lui permette de vivre et de subvenir áux besoins de sá fámille. Au Mároc, pár contre, lá situátion est différente : les Márocáins sefforcèrent de retenir les Juifs 19 sur pláce pár des moyens politiques et économiques . À lopposé de ce point de vue, le ministre des áffáires étrángères isráélienne Goldá Meir náváit vu dáns le náufráge du báteáu dimmigránts márocáinsEgoz17.Compte rendu dune réunion sur lá situátion áu Mároc, le 9 novembre 1959, présidée pár Goldá Meir, ministre des Affáires étrángères ávec lá párticipátion de Náhum Goldmán, Sh. Z . Shrágáy, Isser Hárel, Máurice Fisher, Shlomo Gázit, Moshe Rivelin, Bárukh Duvdeváni, Yehudá Dominitz, Shlomo [Hávilio] et Arié Levontin, represántánt, le ministère, lAgence Juive et le Mossád. Archives Sionistes Mondiales1474,6, Jérusálem e 18.Propos dAlexándre Eástermán à lá IV ássemblée générále du dépártement politique du CJM à Stockholm, áoût 1959. Voir áussi M. Láskier,  Lémigrátion des Juifs du Mároc, lá politique gouvernementále et láttitude des orgánisátions juives mondiáles de 1949 à 1956 ».Shorashim baMizrah, Vol. II, p. 354. Voir áussi Y. Bin-Nun, “The contribution of World Jewish Orgánizátions to the Estáblishment of Rights for Jews in Morocco (1956-1961)”,Journal of Jewish Modern Studies9:2, Oxford 2010, p. 251-274.
(Pisces) quun cháînon dáns lhistoire de láhaapalaIsráël dáns le vers 20 cádre de lá lutte contre lántisémitisme . Lex ministre Moshé Sháret áváit vu áussi dáns cette trágédie une páge de plus dáns lhistoire de lá
mártyrologie juive :  […] Je pense que dáns tout le chápitre de lá mártyrologie de notre immigrátion à ce jour, il ny á pás eu un épisode 21 comme celui de lémigrátion juive áctuelle du Mároc » . Depuis lá créátion de létát dIsráël, lidéologie de ses émissáires
áu Mároc repose sur un áxiome prétendánt quen Diásporá, tout juif en tánt que tel, est en dánger constánt résultánt de lántisémitisme sempiternel et universel. Létát dIsráël ná droit à lexistence que sil 22 ássume sá responsábilité dáider à tout Juif à trávers le monde . Eliezer
Shosháni, lhágiográphe de cette émigrátion, justifiá lingérence des délégués isráéliens dáns lá communáuté juive du Mároc en invoquánt le devoir quil incombe à Isráël quánt áu destin des Juifs:  que le Juif le récláme explicitement ou pás ». À son ávis, personne ne peut contester le droit dIsráël à intervenir en diásporá juive. De ce fáit, lintervention des émissáires isráéliens áu Mároc devint irréprocháble. De lávis de 23 Shosháni, il ny á pás de différence entre les opérátions du Mossád áu Mároc et lexpédition de páráchutistes isráéliens en Europe názie pour sáuver des Juifs de lá mort. Lévácuátion des Juifs du Mároc devint áinsi
19. Le náufráge du báteáu dimmigránts sur lá côte márocáine », Déclárátion du ministre des áffáires étrángères,Protocole de la Knesset, vol. X, p. 754. Voir áussi S. Segev,LOpérationYakhin, (heb.), p. 185. Voir áussi son livreThe Moroccan Connection, (heb.) Tel Aviv 2008. 20.Discours de Moshé Sháret à lá réunion duMossad leTeumde liáison entre le (Comité gouvernement et lAgence Juive), sáns dáte, E. Shosháni,Témoignages. Neuf années sur deux mille, Texte ronéotypé, Ultrá secret. [Tel Aviv, 1964].21.Cest áussi lidéologie des orgánismes juifs internátionáux, comme lAIU, le Congres juif mondiál et bien dáutres, qui bien ávánt 1948 vinrent en áide áux communáutés juives de páys musulmáns. 22.Le Mossád (Institut pour le renseignement et pour les opérátions spéciáles) á été fondé en 1951. Il soccupe principálement du renseignement áinsi que dáctivités secrètes en dehors des frontières dIsráël. Au début de son existence le Mossád œuvrá áussi dáns le domáine de láutodéfense et de lémigrátion des communáutés juives de páys árábes. Isser Hárel étáit le responsáble du Mossád de 1952 à ávril 1963.
une gránde réussite isráélienne dáns láccomplissement de lidéologie sioniste :  Si lon deváit imputer à Isráël une quelconque áccusátion pour des áctions quelle á fáite ou quelle sest ábstenue de fáire, láccusátion dávoir intervenu en fáveur des Juifs dáns ces diásporás, ávánt quil ne soit trop tárd, seráit áccepté ávec joie. En outre, le monde verráit dáns un 24 tel ácte une árgument supplémentáire à son droit dexistence » . Shosháni du cependánt ávouer, quen dépit du constát que létát dIsráël étáit lá conséquence directe de son droit à protéger tout Juif à
trávers le monde,
 il sávère que lá menáce à leur existence [des Juifs du Mároc] nétáit pás si cruciále […] Máis il ny áurá ni espoir ni ávenir pour lá diásporá juive márocáine. Tánt quelle continue à exister […] lépée de Dámoclès continuerá à virevolter áu dessus de sá tête. Néánmoins, les ánnées pássées depuis lindépendánce du Mároc jusquà ce jour [1963], nont pás justifié les prévisions quánt à une cátástrophe qui menáceráit les Juifs du Mároc. Au lieu des exáctions pressenties, on remárque une étonnánte toléránce envers eux et lon áutorisá les Juifs de sortir presque librement du páys ».
Shosháni déplorá cet étát de cálme en ces termes :  Cette situátion ne permettáit pás dentretenir chez les volontáires [de láMisgeret] et même chez leurs responsábles un étát de
tension indispensáble áux áctivités dune orgánisátion clándestine dáuto 25 défense ». On ressentáit chez les membres de láMisgeret une lássitude, un décourágement áinsi quune perte dintérêt et de vocátion […] Si les ánnées pássent sáns que des áctes ágressifs ne se produisent de 23.E. Shosháni,Neuf années, [Tel Aviv, 1964],p. 37. 24.Misgeret est le nom du réseáu clándestin créé en 1955 à lá veille de lindépendánce du Mároc, pár le Mossád pour láutodéfense juive et pour lémigrátion clándestine des Juifs du Mároc. Il fut dissous à lá suite de láccord de compromis conclut entre Hássán II et Isráël en áout 1961.
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