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Certu Étude pour le recensement des dysfonctionnements récurrents dans les constructions publiques Septembre 2000 Etude réalisée par IPAA INSTITUT DE PROGRAMMATION EN ARCHITECTURE ET AMENAGEMENT MM. Jacques ALLEGRET et Yannick GUILLEUX Pour le compte du Certu / Département Constructions Publiques Téléphone du secrétariat COP : 04 72 74 59 41 Centre d’Etudes sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les constructions publiques 9, rue Juliette Récamier, 69456 Lyon Cedex 06 Préambule Contexte de la demande du CERTU : (Voir cahier des charges en annexe). Le CERTU, dans son activité concernant la maîtrise d'ouvrage et la gestion des équipements publics, s'intéresse au service rendu par ces équipements et aux méthodes permettant de les améliorer. A ce titre, les travaux sont ciblés à la fois sur la qualité d'usage de ces équipements et sur la qualité du processus qui conduit à leur création, leur réhabilitation, leur maintenance ou leur exploitation. Ceci a permis de capitaliser des expériences et de développer des outils sur des champs multiples tels que l'évaluation de la qualité d'usage, la programmation, la gestion de projet, la gestion de patrimoine. C'est dans ce contexte que nous avons voulu examiner la faisabilité d'approcher un aspect de la qualité d'usage par l'identification de dysfonctionnements "récurrents" en ce sens ...
Publié le : samedi 24 septembre 2011
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Certu






Étude pour le recensement des
dysfonctionnements récurrents
dans les constructions publiques




Septembre 2000





































Etude réalisée par
IPAA INSTITUT DE PROGRAMMATION EN ARCHITECTURE ET AMENAGEMENT
MM. Jacques ALLEGRET et Yannick GUILLEUX

Pour le compte du Certu / Département Constructions Publiques
Téléphone du secrétariat COP : 04 72 74 59 41

Centre d’Etudes sur les réseaux,
les transports, l’urbanisme
et les constructions publiques

9, rue Juliette Récamier, 69456 Lyon Cedex 06

Préambule
Contexte de la demande du CERTU :
(Voir cahier des charges en annexe).
Le CERTU, dans son activité concernant la maîtrise d'ouvrage et la gestion des équipements
publics, s'intéresse au service rendu par ces équipements et aux méthodes permettant de les
améliorer.
A ce titre, les travaux sont ciblés à la fois sur la qualité d'usage de ces équipements et sur la
qualité du processus qui conduit à leur création, leur réhabilitation, leur maintenance ou leur
exploitation.
Ceci a permis de capitaliser des expériences et de développer des outils sur des champs
multiples tels que l'évaluation de la qualité d'usage, la programmation, la gestion de projet, la
gestion de patrimoine.
C'est dans ce contexte que nous avons voulu examiner la faisabilité d'approcher un aspect de la
qualité d'usage par l'identification de dysfonctionnements "récurrents" en ce sens qu'ils seraient
constatés de manière répétitive sur de nombreuses opérations et pourraient être issus de
problèmes mal maîtrisés durant le processus sur lesquels il faudrait attirer une attention
particulière (points de vigilance).
Pour cela nous avons confié une étude à l'Institut de Programmation en Architecture et en
Aménagement qui rassemble des professionnels de la programmation des équipements.
La réponse de l'I.PA.A :
En préalable à son étude, l'IPAA s'est interrogé sur la notion même de dysfonctionnement en
rapport avec la notion d'usage mettant notamment en lumière la relativité du concept,
différentes interprétations possibles et certains risques liés à un fonctionnalisme excessif.
Par ailleurs un regard a été porté sur le paysage des différents acteurs intervenant dans une
opération, mettant en lumière l'avis de l'auteur sur leurs rôles et attitudes.
L'espoir de voir émerger, au travers d'une enquête, des points statistiquement exploitables a été
déçu mettant au passage en évidence le peu de littérature sur le sujet, la méconnaissance de la
vie ultérieure de l'ouvrage qu'ont bon nombre d'acteurs et plus généralement la rareté des
démarches évaluatives.
L'élaboration d'une typologie pour le recueil des dysfonctionnements, partie centrale de l'étude,
a été l'occasion d'analyser des concepts tels qu'établissements, service ou bâtiments publics en
regard des notions de qualité et en liaison avec les différentes phases du processus de
production-exploitation.
La proposition de classement qui en est issue a ensuite été utilisée pour "ventiler" les
dysfonctionnements précédemment inventoriés.
La recherche des causes possibles de ces dysfonctionnements (imputations causales) et des
points de vigilance en découlant, a conduit à proposer une "matrice", cadre méthodologique
pour des évaluations ultérieures.
Cette matrice croise donc typologie de dysfonctionnements constatés (ou susceptibles de l'être)
et origines (causes ou moments) de ces constats.
L'avenir …
L'objectif de ce rapport était de fournir un premier niveau d'information sur le sujet et non pas
de déboucher sur un document opérationnel spécifique
Il a souligné notamment la nécessité de poursuivre dans le développement des démarches
évaluatives, l'importance de l'intelligence des acteurs (par rapport à un simple "outillage") et les
effets, néfastes pour la qualité, d'un taylorisme excessif du processus de production.
Il participe à améliorer les connaissances sur les usages dans les équipements publics et a
vocation à enrichir les méthodes d'évaluation, de programmation, de conduite de projet ou de
gestion de patrimoine que nous avons élaborés et que nous faisons évoluer.
D'une manière plus spécifique, nous envisageons de poursuivre cette approche avec les
professionnels qui le souhaiteront, au travers de groupes de travail interdisciplinaires.

Sommaire
Introduction 4
1- Ce que l’on entendra par dysfonctionnement 5
2- La perception différentielle des dysfonctionnements 6
3- Dysfonctionnements des services ou des bâtiments publics 11
4- La culture administrative 14
1 Instrumentation de l'étude 16
2 Elaboration d'une typologie pour le recueil des dysfonctionnements 21
2.1. Aperçus d'une opération de construction publique 21
2.1.1 Établissement public en exploitation 23
2.1.2 Opération de construction publique 25
2.1.3 Autour de l'opération de construction publique 27
2.1.4 Avant et après l'opération de construction publique 29
2.1.5 Bilan des relations et composantes de l'opération de construction publique 31
2.2. Qualités (et défauts) d'une construction publique 33
2.2.1 Qualités de l'établissement public en exploitation 34
2.2.2 Qualités du processus de production 36
2.3. Proposition de classement des dysfonctionnements 37
E- dysfonctionnements de l'exploitation 39
P- dysfonctionnements de la production 39
P/E- dysfonctionnements révélés dans le cadre du passage de la production a l'exploitation 39
3 Dysfonctionnements inventoriés ou présumés 41
4 Origine des dysfonctionnements, imputation causale et points de vigilance 63
4.1. Description de la matrice 63
4.1.1 Les dysfonctionnements 63
4.1.2 Les causes probables des dysfonctionnements 64
4.1.3 Présentation de la matrice 67
4.2. Origines des dysfonctionnements 69
4.2.1 Dysfonctionnements considérés du point de vue "citoyen" 69
4.2.2 Dysfonctionnements considérés du point de vue des utilisateurs et usagers 71
4.2.3 Dysfonctionnements considérés du point de vue gestionnaire 79
4.3. Points de vigilance 82

ANNEXE 1 Enquête auprès des Régions, des Départements, des Villes, … 85 E 2 Listes des personnes contactées de juin à septembre 2000 95
ANNEXE 3 Cahier des charges de la consultation pour la réalisation d’une étude sur le
Recensement des dysfonctionnements récurrents dans les constructions publiques 96
BIBLIOGRAPHIE 100

Étude réalisée par Jacques ALLEGRET, animateur du comité scientifique de l'IPAA, et Yannick GUILLIEUX,
programmateur. Remerciements à Éric DANIEL-LACOMBE (Essai EDL, architecte), Michel DUCROUX (MD ETC,
économiste de la construction) et Jean-Marie GALIBOURG (MIQCP, architecte, urbaniste), pour l'accueil qu'ils nous
ont fait.
CERTU – Étude sur le recensement des dysfonctionnements récurrents dans les constructions publiques – réalisée par l'IPAA
– Septembre 2000 page 3
Introduction
Le présent rapport d’étude représente, par ses informations et réflexions, une contribution à
l’élaboration d’un “guide” ou de tout autre support de réflexion que le CERTU se proposerait
de rédiger à l’attention des “Conducteurs d’opération”.
Ce guide, présentant une typologie des dysfonctionnements récurrents constatés en phase
d’exploitation des Constructions publiques et proposant des hypothèses sur l’origine de ces
dysfonctionnements, viserait, par l’énoncé de quelques “points de vigilance”, à prémunir les
conducteurs d’opération contre la reproduction de ces dysfonctionnements.
Ainsi, notre travail se présenterait de la façon suivante :
• Engager un inventaire des dysfonctionnements les plus fâcheux et récurrents. Nous disons
« engager » car, au-delà du délai qui nous est imparti, cet inventaire devrait être poursuivi notamment
par la multiplication de « véritables » évaluations qui restent la meilleure modalité de repérage et de
compréhension des dysfonctionnements.
• Tenter une classification typologique de ces dysfonctionnements en considérant qu’une typologie
intéressante suppose le croisement des catégories de faits constatés avec des catégories d’hypothèses
relatives à leurs origines.
• Tenter, en conséquence, de mettre au jour des hypothèses sur l’origine des dysfonctionnements,
c’est-à-dire sur les causes et moments où ils sont générés dans le processus d'élaboration ou de
réalisation des opérations. La vérification de ces hypothèses d’imputation causale ne fait pas l’objet
de la présente étude, mais elle devrait être entreprise pour leur validation ou infirmation.
• Déduire enfin de ce qui précède un certain nombre de “points de vigilance” attirant l’attention des
conducteurs d’opération (entre autres) sur la nature et le moment des décisions ou actions susceptibles
d’engendrer des dysfonctionnements dans l’exploitation des constructions publiques.
L’évidence empirique selon laquelle des dysfonctionnements existent, peuvent être constatés,
expliqués et combattus, ne va pas, toutefois, sans problèmes nécessitant une élucidation
préalable :
• Le terme “dysfonctionnement” peut être pris dans une acception très large (tout ce qui engendre
des insatisfactions de toutes sortes) ou très restrictive, renvoyant à une doctrine fonctionnaliste. (cf. 1-
Ce que l’on entendra par dysfonctionnement)
• Le repérage puis la classification des dysfonctionnements en passe par leur observation directe ou
par leur dénonciation par des tiers. Dans les deux cas entrent en jeu des systèmes de perception
variables et des systèmes de références instables. (cf. 2- La perception différentielle des
dysfonctionnements)
• Certains des dysfonctionnements constatés peuvent porter sur les caractéristiques des espaces et
des constructions, ce qui renvoie bien aux compétences et responsabilités légales des conducteurs
d’opération. Mais d’autres peuvent mettre en cause l’opportunité même ou la localisation des
opérations, ou encore l’organisation des services publics, ce qui renvoie soit à la compétence élargie
des conducteurs d’opération, en position de conseiller, soit à d’autres sphères de compétences et
responsabilités (définition de la norme ou des orientations politiques). (cf. 3- Dysfonctionnements des
services ou des bâtiments publics)
• La forme et la rhétorique “guide” que privilégient la DGUHC et le CERTU dans leurs rapports
avec les conducteurs d’opération ont sans doute leur raison d’être et une certaine efficacité inhérente à
la logique bureaucratique. Toutefois, pour armer les conducteurs d’opération devant des situations
souvent complexes et peu répétitives, il peut être aussi nécessaire de ne pas fétichiser la règle, de
donner plus à comprendre, voire à douter, d’en appeler finalement à l’intelligence. (cf. 4- La culture
administrative)

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1- Ce que l’on entendra par dysfonctionnement
Dans la période de production de masse de l’après guerre, marquée par l’urgence de la
reconstruction, par l’expansion démographique et par une forte urbanisation, les
administrations, les planificateurs et les programmateurs ont rencontré avec satisfaction les
sécurisantes doctrines fonctionnalistes proposées par certaines écoles sociologiques et plus
particulièrement, dans nos milieux, par la Charte d’Athènes. Dans les deux cas, le
fonctionnalisme proposait “un ordre des choses” donné comme rationnel : ici, une justification
de l’ordre social, de ses hiérarchies et rapports sociaux ; là, une organisation hygiénique de
l’espace avec le zonage fonctionnel et une distribution réfléchie des populations et des
équipements (cf. la grille Dupont).
Sans doute ne faut-il pas rejeter en bloc la référence à des “fonctions” qu’il faut assumer,
remplir, localiser, etc., surtout dans des domaines à forte contingence tels que les usines à hauts
risques, les laboratoires, les hôpitaux, les aérogares, etc. De ce point de vue, la référence à des
fonctions représente le degré “0” de la programmation, un point de passage obligé. Mais, cette
prise en compte des fonctions doit rompre avec la doctrine fonctionnaliste comme système
“d’explication/justification” du monde en ce qu’elle masque la complexité et l’évolutivité des
pratiques quand elle ne contribue pas à les normer et à les figer.
De plus, la prise en compte des fonctions avérées (et plus souvent assignées) doit être attentive
à leur dédoublement pratique et symbolique en ce qu’elles sont support ou prétexte à d’autres
fonctions associées ou superposées : l’école sert-elle d’abord à enseigner la lecture, l’écriture,
l’arithmétique, etc. ou à dire à chacun, outre la bienveillance de l’État, sa place dans la société
et la façon de s’y tenir ? Le bistro sert-il à étancher sa soif ou à suppléer l’impossibilité de
communiquer quand on est rivé à sa chaîne, ou à écouler la surproduction vinicole, ou encore à
affirmer son statut d’homme ?
Autre exemple pour ”enfoncer le clou” : on peut réfléchir au logement rationnel (surtout pour
les plus pauvres logés à l’étroit) avec ses sectorisations jour/nuit, propre/sale, public/privé et
avec toute la science des ergonomes qui disent les gestes élémentaires de l’hygiène, de la
cuisine, etc. et ne rien comprendre si l’on ne s’interroge pas sur le plaisir que trouvent certains
à vivre et à se donner à voir vivre dans un loft.
Cette mise en cause des doctrines fonctionnalistes n’est pas anecdotique. Elle est l’une des
conditions pour rompre avec les pratiques normatives qui leur sont associées et pour rompre
avec l’idéologie de l’espace qui voit dans ce dernier un puissant effecteur social capable de
faire le bonheur ou le malheur de l’Humanité. En ce sens, elle est également nécessaire pour
comprendre Marie-Claude DEROUET-BESSON qui, dans “les murs de l’école” avance que
l’espace gagne à être considéré plus comme une “ressource” pour le déploiement des pratiques
sociales que comme le “cadre” (sous entendu fonctionnel) de ces dernières.
Ajoutons enfin cette observation faite par nombre de nos interlocuteurs, observation qui
interroge particulièrement les programmateurs : l'hyper-fonctionnalisme est assez souvent une
source de dysfonctionnement tant les pratiques et leurs accessoires (matériel médical,
informatique, etc.) évoluent vite.
La réponse à ces évolutions, dans la limite de la conscience possible (limite qui nous empêcha
longtemps d'envisager qu'un noir était un homme, qu'une femme …, etc.), peut s'inspirer de
l'analyse des tendances lourdes ou de toutes autres démarches prospectives. Mais, devant la
difficulté de ces exercices, la bonne réponse consistera le plus sûrement à allouer des surfaces
plus largement appréciées, à donner plus de souplesse aux distributions d'espaces, à faire des
réserves foncières d'extension et à retenir des dispositifs architecturaux autorisant ces
extensions.
En effet, outre les gestionnaires et utilisateurs qui souhaitent de la flexibilité, les gestionnaires
de patrimoine ont attiré notre attention sur l'intérêt de programmer et concevoir des bâtiments
ultérieurement valorisables ou revendables pour accueillir d'autres destinations, le jour probable
CERTU – Étude sur le recensement des dysfonctionnements récurrents dans les constructions publiques – réalisée par l'IPAA
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où leur fonction actuelle ou leur localisation s'avéreront obsolètes ou inappropriés. Ainsi, sauf
pour les constructions explicitement éphémères, les gestionnaires du patrimoine, différents des
conducteurs d'opérations, souhaitent une meilleure articulation entre la prise en compte des
valeurs d'usage et celle de la valeur patrimoniale.
Pour ces raisons nous avons choisi de donner à la notion de “dysfonctionnement” une acception
très large recouvrant l’ensemble des faits susceptibles d’engendrer des insatisfactions de toutes
natures en regard des attentes très diversifiées des personnes concernées par les services et
bâtiments publics et plus particulièrement leurs gestionnaires, leurs personnels utilisateurs et
leurs destinataires usagers.
De ce fait, il est difficile d’objectiver des dysfonctionnements “absolus” puisque ceux-ci sont
dans une large mesure révélés par l’expression d’insatisfactions “relatives” à des systèmes
d’attentes différentielles de “Qualités” tantôt de services, tantôt architecturales. Ces deux
univers de Qualité parfois, mais pas nécessairement, articulés, sont, de plus, éminemment
problématiques, en atteste le lancement par le PUCA d’un appel d’offre de recherche sur les
"Qualités architecturales".
En conclusion, nous voulons finalement soutenir cette remarque de plusieurs de nos
correspondants qui soulignent le caractère figé du fonctionnalisme: "les dysfonctionnements,
c'est la vie".

2- La perception différentielle des dysfonctionnements
L’analyse de la littérature existante disponible (il semble qu’un certain nombre “d’évaluations”
aient un caractère confidentiel), les débats avec les professionnels proches de l’IPAA, les
premiers résultats de l’enquête que nous avons administrée et nos connaissances et expériences
propres, montrent que “chacun voit midi à sa porte”, n’aperçoit pas les mêmes
dysfonctionnements , ne les hiérarchise pas de la même façon.
Cela tient à la “position” des acteurs et agents, laquelle oriente leurs intérêts et systèmes
d’attente face aux qualités attendues. Cette diversité des systèmes d’attente, donc de perception,
avait été remarquablement mise en évidence par MC DEROUET-BESSON lors d’une
exposition sur l’école à l’INRP. Directeurs, intendants, proviseurs, enseignants, surveillants,
personnels de service, élèves et parents d’élèves ne voyaient pas l’école, son fonctionnement et
ses locaux de la même façon parce qu’ils n’en attendaient pas la même chose .
Il faut aussi, dans nos milieux très obnubilés par la chose bâtie à laquelle nous prêtons trop de
vertus et de tares, se rappeler l'observation d'une élève dont le collège était très décrié : "depuis
que nous avons changé de proviseur, tout va bien".
L’analyse montre aussi que l’appréhension des dysfonctionnements par les différents agents et
acteurs impliqués, est limitée par la nature et le moment de leurs responsabilités contractuelles,
comme nous allons le détailler en prenant en considération quelques principaux acteurs.
Les programmateurs
Ainsi les programmateurs qui sont rarement impliqués pratiquement et juridiquement (le maître
d’ouvrage valide le programme) dans les phases de mise au point des projets architecturaux, de
réception des travaux, de mise en service puis d’exploitation, méconnaissent généralement les
dysfonctionnements et les insatisfactions qui les révèlent.
S'il est peu fréquent de voir les programmateurs impliqués contractuellement dans un travail
d'ajustement programme / projet, il est exceptionnel qu'ils soient invités à l'inauguration des
bâtiments. Ceci est pour eux, si non le dysfonctionnement le plus grave, du moins le plus
récurrent.
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Ils ont jusqu’alors été peu impliqués dans des évaluations systématiques a posteriori et ce qu’ils
savent de quelques dysfonctionnements tient au fait qu’il leur arrive de faire, au seuil d’une
programmation singulière, des visites critiques de bâtiments similaires. Mais, pour des raisons
de temps et de moyens, ces visites sont généralement conduites sans protocole d’observation et
n’enregistrent que quelques propos de chefs de service (cf. l’étude de cas réalisée par l’IPAA
“l’encadrement et la formulation de la commande architecturale”, juin 1998).
Les concepteurs et maîtres d’œuvre
Les concepteurs et maîtres d’œuvre qui vont être impliqués, dès leur choix, jusqu’à la réception
des travaux, auront à connaître des malfaçons, en principe, reprises avant la levée des réserves.
Au-delà, seuls des contentieux imputables en responsabilité biennale, décennale ou trentenaire
peuvent les amener à revisiter (autrement que pour des opérations médiatiques convenues) les
bâtiments en exploitation. Au demeurant, à ce moment et dans ces circonstances, ils s’en
remettent le plus souvent à leurs avocats et aux experts des compagnies d’assurance et des
tribunaux. Relevons également que les contentieux pour erreur de conception sont
statistiquement rares, encore qu'un rapport du "GESTEC" sur les dysfonctionnements dans les
installations de chauffage, climatisation et ventilation, établisse combien, au côté des défauts de
maintenance, sont nombreuses les erreurs de calcul thermique et de conception générale des
systèmes.
L’étroitesse des bureaux dont se plaignent certains parlementaires au Palais de l’Europe de
Strasbourg n’est pas imputable à l’architecte qui a respecté le programme. Dont acte, mais le
fait que l’on s’oriente mal dans un bâtiment circulaire à Strasbourg, à Roissy en France ou à la
Maison de la Radio, dénoncé comme dysfonctionnement important, montre combien nous
capitalisons peu les enseignements des expériences antérieures.
Les Maîtres d'ouvrage
Les Maîtres d'ouvrage, au rôle éphémère, sauf s’ils sont par ailleurs élus et réélus, voire usagers
des services et bâtiments publics ou s’ils sont, cas assez rare, qui les assimile aux gestionnaires,
les futurs responsables des établissements, auront peu à connaître de l’exploitation concrète de
ces derniers et des dysfonctionnements qui y apparaîtront. Pour la plupart d’entre eux, la notion
de bonne fin porte plus sur le processus que sur le produit.
Sauf s’ils sont élus, ils sont rarement responsables de l’opportunité, de la localisation, de
l’objectif, des délais et de l’enveloppe financière de l’opération.
Il est attendu d’eux qu’ils s’entourent de professionnels compétents (imposés par la loi ou par
des effets de procédures), qu’ils fassent émerger les meilleurs projets en s’en remettant de
préférence au choix d’un jury (qui connaîtra ou reconnaîtra peu le programme) et enfin qu’ils
respectent et fassent respecter les délais et l'enveloppe financière impartis.
Cette polarisation des maîtres d'ouvrage sur le processus d'élaboration et de fabrication de
l'équipement tient sans doute au fait, qu'à ce moment, ils ne réalisent pas encore bien que dans
la plupart des cas ils resteront propriétaires du bâtiment avec tout ce que cela implique de
nouvelles responsabilités. En effet, bien que la gestion et la maintenance courante de
l'équipement revienne au Directeur de l'établissement, la maintenance lourde reste à la charge
du propriétaire.
Chez la plupart des maîtres d'ouvrage et, en tout cas, dans les grandes collectivités territoriales,
où la division du travail est très développée, les services responsables de la conduite d'opération
sont rarement responsables du patrimoine.
La transmission de responsabilité se fait dès l'établissement de la "Garantie de Parfait
Achèvement".
Les Maîtres d'ouvrage, sauf s’ils sont des professionnels permanents ou des élus sur la longue
durée, ne sont donc pas des informateurs avertis sur les dysfonctionnements d'usage, d'entretien
CERTU – Étude sur le recensement des dysfonctionnements récurrents dans les constructions publiques – réalisée par l'IPAA
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et de maintenance ordinaire qui peuvent apparaître lors de l’exploitation des services et
bâtiments publics. S’ils le sont, ils ne seront pas toujours des confidents prolixes.

Les conducteurs d’opération
Les conducteurs d’opération, conseillers et bras techniquement et administrativement armé de
la maîtrise d'ouvrage, travaillent en référence aux mêmes injonctions politiques que cette
dernière et avec les mêmes fins et limites temporelles : la gestion du processus de production.
De plus, pris individuellement, comme agents de l’État ou des Collectivités territoriales, les
conducteurs d’opération sont soumis à une mobilité de carrière telle qu’ils ont une faible
probabilité d’assumer le processus opérationnel dans sa totalité et une probabilité plus faible
encore d’en connaître les conséquences dans l’exploitation des services et bâtiments publics.
Les agents de la fonction publique territoriale, à la carrière moins mouvementée, nous ont fait
valoir leur grande expérience des dysfonctions, surtout quand leur trajectoire a commencé dans
un service de gestion du patrimoine. Mais cette expérience des dysfonctions les conduit souvent
à une attitude peu tolérante : "nous recommandons ceci, ..., nous ne voulons pas de cela...".
Avec tous les "gardes fous" dégagés de leur expérience capitalisée, leur seule réelle hantise
réside dans les vices cachés (une poche de glaise inaperçue dans les sondages), ou dans la
"fatalité" (un jury qui se laisse séduire). Dans ce cas, pour sauver leur honneur, à défaut de
sauver l'équipement, ils archivent précieusement les rapports de la Commission Technique et
toutes autres traces de mise en garde.
Toutefois, au-delà des agents, la structure est pérenne, qu’il s’agisse des Cellules des
Constructions Publiques des DDE ou des Services Techniques des collectivités territoriales, et
l’on aurait pu s’attendre à ce que ces structures constituent des pôles de capitalisation
d’expériences et de savoir sur les dysfonctions apparues. Dans les faits, la et le
retour d’expérience et de savoir sur les dysfonctionnements d’usage, de gestion, de
maintenance, ne s’effectuent pas spontanément ; ce qui pourrait justifier la prise de dispositions
particulières, par exemple :
• une extension des compétences et responsabilités des organismes habilités à la conduite
d’opération au-delà de la réception des travaux,
• une implication de ces organismes, à titre d’animateur, dans des observatoires ou dispositifs
d’évaluation a posteriori des services et bâtiments publics (toutefois, les conducteurs d’opération, ne
pouvant être juges et parties, ne sauraient être évaluateurs sur des opérations dont ils eurent la charge et,
en fait, il y aura lieu de développer une qualification et un métier d’évaluateur indépendant).
Nous signalons pour mémoire que des services constructeurs (de conseil général ou de ville) se
sont déjà engagés dans cette voie.
Nous avons relevé, dans ce sens, qu'une grande ville s'est engagée dans une démarche
d'évaluation en créant une fonction de médiation entre ses services constructeurs (conduite
d'opération) et son service de gestion du patrimoine qui a à connaître certaines dysfonctions de
maintenance ou certains problèmes de vieillissement et d'obsolescence calculée.
Toutefois, par courtoisie entre services et pour ne pas "faire perdre la face" à un collègue, biens
des problèmes sont minimisés ou occultés. En tous cas, on ne s'attachera pas à en rechercher et
dénoncer l'origine si celle-ci n'est pas imputable à des acteurs ou partenaires extérieurs aux
services techniques de la ville.

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