Risquer un monde nouveau

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« Pour imaginer l’avenir, c’est-à-dire aller à notre tour et dans la foulée de nos devancières à la rencontre du “nouveau monde” – car c’est bien de cela qu’il s’agit aujourd’hui, lorsque nous mesurons l’ampleur de la mutation culturelle à laquelle nous assistons –, pour retrouver le goût de sortir et d’aller à la rencontre de l’autre, il importe, me semble-t-il, de remonter à ses origines, à ce corps d’intuitions qui ont guidé les fondations des Augustines et des Ursulines, à Québec. » (Extrait de la conclusion de Gilles Routhier)
En 2014, les Augustines et les Ursulines célébraient le 375e anniversaire de leur présence au Québec. Ce livre regroupe les actes du colloque international organisé à cette occasion par la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval, en partenariat avec les deux congrégations jubilaires. Des universitaires, ainsi que des religieux et des religieuses, provenant de divers horizons, du monde de l’éducation à celui des soins, en passant par le service social, ont contribué à ce témoignage étonnant de la vitalité d’un charisme qui a façonné la société québécoise et qui garde toute sa pertinence aujourd’hui encore.
Publié le : mercredi 19 août 2015
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EAN13 : 9782896882779
Nombre de pages : 363
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FORMAT : 12,625” x 9” • ÉPINE : 0,6663” • FINAL
Sous la direction de
RISQUER UN MONDE NOUVEAU Raymond Brodeur et Gilles Routhier
375 ans de vie et d’audace
« Pour imaginer l’avenir, c’est-à-dire aller à notre tour et dans la
foulée de nos devancières à la rencontre du “nouveau monde” – car
c’est bien de cela qu’il s’agit aujourd’hui, lorsque nous mesurons
l’ampleur de la mutation culturelle à laquelle nous assistons –, pour
retrouver le goût de sortir et d’aller à la rencontre de l’autre, il
importe, me semble-t-il, de remonter à ses origines, à ce corps
d’intuitions qui ont guidé les fondations des Augustines et des
Ursulines, à Québec. » (Extrait de la conclusion de Gilles Routhier)
eEn 2014, les Augustines et les Ursulines célébraient le 375
anniversaire de leur présence au Québec. Ce livre regroupe les actes du
colloque international organisé à cette occasion par la Faculté de
théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval, en
partenariat avec les deux congrégations jubilaires. Des universitaires,
ainsi que des religieux et des religieuses, provenant de divers
horizons, du monde de l’éducation à celui des soins, en passant par
le service social, ont contribué à ce témoignage étonnant de la vitalité
d’un charisme qui a façonné la société québécoise et qui garde toute
sa pertinence aujourd’hui encore.
Avec les contributions de : RISQUER UN MONDE NOUVEAU
Lorenzo ALBERTON, Nicole BILODEAU, Carmelle BISSON,
David BOIVIN, Patricia BOUCHARD, Lorraine CAZA, 375 ans de vie et d’audace
Gilles-Pierre CÔTÉ, Jean-Thérèse DANO, Françoise DEROY-PINEAU,
Dominique DESLANDRES, Cécile DIONNE, Catherine FINO,
Rita GAGNÉ, Marie-Nadine GARNEAU, Yves GUÉRETTE, Avec les contributions de
Yvette ISABELLE, Jean-Marie LEBEL, Michel R. MORISSETTE,
Thérèse NADEAU-LACOUR, Monique PELLETIER, Lorenzo ALBERTON, Nicole BILODEAU, Carmelle BISSON,
David BOIVIN, Patricia BOUCHARD, Lorraine CAZA, Gilles-Pierre CÔTÉ, Céline ROUSSIN, Roxane STUDER et Lise TANGUAY
Jean-Thérèse DANO, Françoise DEROY-PINEAU, Dominique DESLANDRES,
Sous la direction de Raymond BRODEUR et Gilles ROUTHIER Cécile DIONNE, Catherine FINO, Rita GAGNÉ, Marie-Nadine GARNEAU,
Yves GUÉRETTE, Yvette ISABELLE, Jean-Marie LEBEL, Michel R. MORISSETTE,
Thérèse NADEAU-LACOUR, Monique PELLETIER, Céline ROUSSIN,
Roxane STUDER et Lise TANGUAY
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34,95 $ / 28 €
Sous la direction de
RISQUER UN MONDE NOUVEAU
Raymond Brodeur et Gilles RouthierFORMAT : 6” x 9” • FINAL
Risquer un nouveau monde int.indd 1 2015-07-29 09:18FORMAT : 6” x 9” • FINAL
RISQUER UN MONDE
NOUVEAU
Risquer un nouveau monde int.indd 1 2015-07-29 09:18Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec
et Bibliothèque et Archives Canada
Vedette principale au titre :
Risquer un monde nouveau. 375 ans de vie et d’audace.
(Novalis universitaire)
Textes présentés lors d’un colloque organisé par la Faculté de théologie et des
sciences religieuses de l’Université Laval, Québec, du 24 au 26 septembre 2014
sur le thème « Risquer un monde nouveau : 375 ans de vie et d’audace ».
Comprend des références bibliographiques.
ISBN 978-2-89688-201-4
1. Ursulines de Québec – Histoire. 2. Augustines de la Miséricorde
ede Jésus – Histoire. 3. Québec (Québec) – Histoire religieuse – 17 siècle.
4. Canada – Histoire – Jusqu’à 1663 (Nouvelle-France). 5. Dons spirituels.
I. Brodeur, Raymond, 1946- . II. Routhier, Gilles, 1953- . III. Collection :
Novalis universitaire.
BX4543.6.Q8R57 2015 271'.9740714471 C2015-940929-2
Dépôt légal – Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2015
Bibliothèque et Archives Canada, 2015
Direction éditoriale : Jonathan Guilbault, Jean-François Bouchard
Révision : Lise Lachance
Mise en pages : Danielle Dugal
Photo de la couverture : © Daniel Abel
Les textes bibliques sont tirés de la Traduction œcuménique de la Bible (TOB).
© Société biblique française et Éditions du Cerf, Paris, 1988.
Avec l’autorisation de la Société biblique canadienne
© Les Éditions Novalis inc. 2015
Nous remercions le Fonds Gérard-Dion pour l’aide à la publication octroyée.
Financé par le gouvernement du Canada
Funded by the Government of Canada
Nous reconnaissons l’aide fnancière du gouvernement du Canada par l’entremise du
Fonds du livre du Canada (FLC) pour des activités de développement de notre entreprise.
Cet ouvrage a été publié avec le soutien de la SODEC. Gouvernement du Québec –
Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC.
4475, rue Frontenac, Montréal (Québec) H2H 2S2
C.P. 11050, succursale Centre-ville, Montréal (Québec) H3C 4Y6
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Diffusion pour la France et l’Europe francophone :
Les Éditions du Cerf
24, rue des Tanneries
75013 Paris
editionsducerf.fr
978-2-89688-277-9
Risquer un nouveau monde int.indd 2 2015-07-29 09:18Sous la direction de Raymond Brodeur et Gilles Routhier
RISQUER UN MONDE
NOUVEAU
375 ans de vie et d’audace
ACTES DU COLLOQUE SOULIGNANT
L’ANNIVERSAIRE DE L’ARRIVÉE DES AUGUSTINES
ET DES URSULINES EN NOUVELLE-FRANCE
Risquer un nouveau monde int.indd 3 2015-07-29 09:18Risquer un nouveau monde int.indd 4 2015-07-29 09:18eL’année 2014 a été l’occasion de souligner le 375 anniversaire de
l’arrivée à Québec des premières religieuses missionnaires en
Amérique septentrionale, les Ursulines (o.s.u.) et les Augustines
hospitalières de la Miséricorde de Jésus (a.m.j.). À cette occasion, la
Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval,
en partenariat avec ces deux congrégations, a résolu d’organiser un
1colloque international sur le thème : « Risquer un monde
nouveau : 375 ans de vie et d’audace ». Dans le cadre du programme des
efêtes de ce 375 anniversaire, cet événement se voulait un moment
d’arrêt pour réféchir ensemble sur la vie spirituelle qui animait ces
femmes, au point de les amener à quitter tout ce qu’elles avaient
pour venir œuvrer à une mission entreprise, depuis quelques
années, d’abord par les Récollets et, ensuite, par les Jésuites.
1. Le comité responsable de l’organisation de ce colloque était composé de Raymond Brodeur, Cécile
Dionne o.s.u., Gilles Routhier et Céline Roussin a.m.j.
5
Risquer un nouveau monde int.indd 5 2015-07-29 09:18
INTRODUCTIONRisquer un monde nouveau
Risquer un monde nouveau !
Dans les Relations des Jésuites, qui parurent dès l’année 1632-1633,
le père Paul Le Jeune avait maintes fois fait allusion à l’intérêt qu’il
y avait que des religieuses viennent « en Kanada » prêter main-forte
pour l’éducation des flles et le soin des malades. D’autres
missionnaires jésuites, retournés en France, ne manquaient pas une
occasion de parler de cette mission et d’inciter des âmes généreuses à s’y
dévouer. Ce fut après bien des démarches et de nombreux contacts
que les choses se mirent fnalement en place : l’appui matériel de
généreuses bienfaitrices, l’accord de la cour royale, l’assentiment
des autorités ecclésiastiques pour que les religieuses quittent leur
cloître en vue d’une fondation dans le Nouveau Monde,
l’acceptation des Hospitalières de Dieppe et des Ursulines de Tours de lais -
ser partir quelques-unes de leurs membres pour aller œuvrer à des
projets pour lesquels n’existaient pas de référents.
erAu terme de nombreuses tractations, au matin du 1 août 1639,
après plus de trois mois en mer sur le navire amiral du capitaine
Bontemps, débarquent à Québec, sur les rives du majestueux feuve
Saint-Laurent, ces premières femmes qui, motivées par leur foi, ont
accepté de consacrer leur vie au service des populations autochtones
et colonisatrices habitant ce vaste territoire. Parmi les arrivantes, on
reconnaît trois ursulines : Marie Guyart, dite mère Marie de
l’Incarnation, 39 ans, Marie de Savonnières de la Troche de Saint-Germain,
dite mère Marie de Saint-Joseph, 23 ans, ursuline de Tours, et Cécile
Richer, dite mère Cécile de Sainte-Croix, 30 ans, ursuline de Dieppe.
Ces trois religieuses sont accompagnées de leur bienfaitrice, madame
de la Peltrie, veuve de 36 ans, qui a entièrement pris à sa charge leurs
frais de voyage et d’installation, en vue d’ouvrir un institut pour
l’accueil et l’éducation des jeunes flles. Elle-même était
accompagnée d’une jeune tourangelle d’Azay-le-Rideau, Charlotte Barré, qui
s’était donnée pour être à son service et qui deviendra la première
professe du monastère des Ursulines de Québec.
Sont également accueillies sur la rive, trois religieuses hospitalières
de l’ordre des Augustines de la Miséricorde de Jésus, soit les mères
Marie Guenet, dite Marie de Saint-Ignace, 29 ans, Anne Le
Cointre, dite Anne de Saint-Bernard, 28 ans, et Marie Forestier,
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Risquer un nouveau monde int.indd 6 2015-07-29 09:18Introduction
dite Marie de Saint-Bonaventure, 22 ans. Elles avaient amené avec
elles une servante laïque, Catherine Chevallier. Ce sont ces femmes
qui vont fonder l’Hôtel-Dieu de Québec, réalisant ainsi le projet
dont la nièce de Richelieu, madame de Combalet, future duchesse
d’Aiguillon, avait pris l’initiative. On retrouve également, parmi les
arrivants, trois pères jésuites, soit le nouveau supérieur, le père
Vimont, 45 ans, ainsi que les pères Poncet et Chaumonot, âgés
respectivement de 29 et 28 ans.
Dans une lettre qu’elle adresse à l’un de ses frères au moment de
quitter Dieppe, Marie de l’Incarnation résume en ces mots les
sentiments profonds qui l’animaient, sentiments que partageait
certainement l’ensemble des voyageurs :
Je m’en vais donc de bon cœur suivre mon cher Jésus et
soufrir tout ce qu’il voudra pour son amour. Priez-le
qu’il me donne un grand courage, et remerciez-le de la
grande grâce qu’il me fait de m’avoir appelée à l’exclusion
de tant d’autres, à une si haute vocation.
De Dieppe, le 15 avril
Pour sa part, Ernest Gagnon rapporte que l’une des fondatrices de
erl’Hôtel-Dieu a laissé la note suivante sur la journée du 1 août
1639, à Québec :
Aussitôt que nous eûmes touché la terre de Québec, nous
la baisâmes dans un transport de reconnaissance et avec
respect, en disant le verset : Voluntarie sacrifcabo tibi et
conftebor nomini tuo Domine quoniam bonum est [Je me
sacrife librement pour toi, ô Seigneur, et je rendrai grâce
à ton nom car il est bon], pour remercier Dieu de ses
conduites amoureuses sur nous, et pour nous ofrir à
soufrir volontairement toutes les croix qu’il lui plairait
nous envoyer.
2Ernest Gagnon
2. Ernest Gagnon. Le fort et le château Saint-Louis (Québec) : étude archéologique et historique,
Montréal, Librairie Beauchemin limitée, 1925.
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Risquer un nouveau monde int.indd 7 2015-07-29 09:18Risquer un monde nouveau
Un regard sur 375 ans
Pendant trois jours, soit du 24 au 26 septembre 2014, ce colloque
3a fourni à près de vingt-cinq intervenants et à plus de cent
participants et participantes l’occasion d’approfondir leur réfexion sur les
diverses réalités, tant spirituelles que socioculturelles et politiques,
en jeu dans cette aventure prodigieuse qui a pris racine en ce pays,
il y a 375 ans, et qui se poursuit encore aujourd’hui. L’audace de
leur foi a conduit ces femmes, tant religieuses que laïques, à donner
leur vie et à contribuer à la mesure de leurs moyens pour réaliser
des œuvres d’évangélisation, d’éducation, de santé et de services
sociaux, en cette terre réputée barbare.
Le colloque fut l’occasion de parcourir cette longue histoire de
leurs fondations, depuis ses origines jusqu’à aujourd’hui. Les
diverses personnes qui sont intervenues ont cherché à mettre en
lumière l’inspiration spirituelle et les charismes originels qui ont
motivé chacune de ces personnes, et de ces congrégations, à se
lancer dans une aventure si audacieuse. Sous divers angles, chaque
communication a cherché à mieux comprendre les réalités
spirituelles qui ont sans cesse guidé les choix faits par ces personnes, au
fl des années. On a également tenté d’approfondir comment cette
inspiration originelle et ces charismes peuvent encore être des
sources d’inspiration, aujourd’hui, pour les personnes qui, dans la
foulée de ces fondatrices, œuvrent toujours avec ardeur pour bâtir
une Église vivante et un monde meilleur. C’est de tout cela que
veut rendre compte la présente publication des actes de ce colloque,
laissant par la même occasion un élément de mémoire bien
tanegible de ce 375 anniversaire.
On trouvera dans le présent ouvrage quatre parties distinctes.
La première partie, intitulée : « Le charisme des fondatrices et
l’ouverture aux autres », cherche, d’une part, à identifer ce qu’est, du
point de vue de la théologie spirituelle, un charisme vivant, et
comment celui-ci est appelé à se déployer de manière inédite, dans des
3. On trouvera dans les dernières pages de cet ouvrage une brève présentation biographique de cha‑
cun des intervenants.
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Risquer un nouveau monde int.indd 8 2015-07-29 09:18Introduction
contextes de rencontre et d’ouverture à des personnes et à des
populations bien diférentes de soi, du moins au regard des référents
culturels et religieux. Térèse Nadeau-Lacour rappelle comment les
charismes dont il est ici question sont des réalités fortement
enracinées et efcaces, dans la vie concrète des personnes concernées.
Lorraine Caza prend soin de remonter aux témoignages de quelques
fondatrices religieuses pour discerner ce qu’est un agir fécondé par
une expérience de foi. Les trois autres contributeurs soulignent la
complexité des défs qui se posent pour et dans l’accomplissement
de la mission. Empruntant le regard de la sociohistorienne, Françoise
Deroy-Pineau retrace les diférents réseaux de personnes à l’intérieur
desquels Marie de l’Incarnation s’est retrouvée, tout au long de sa
vie, réseaux indispensables alliant laïques, ordres religieux féminins,
fonctionnaires de l’État et responsables ecclésiaux. Pour sa part,
Dominique Deslandres montre en particulier comment les enjeux
de la rencontre de populations autochtones ont touché ces femmes
et, enfn, Jean-Marie Lebel rappelle comment les événements se
sont déroulés, pour ces deux congrégations féminines catholiques,
au moment de la conquête du pays par des forces anglaises
anglicanes, en 1759.
Sur ce fond de scène à la fois spirituel et historique, la seconde par -
tie de l’ouvrage propose cinq articles sous le thème : « Des
spiritualités créatives et agissantes ». Au fl de ces pages, on se rend compte
que la vitalité d’un charisme se manifeste, en particulier, par sa
faculté de répondre aux besoins qui se présentent et d’innover
chaque fois qu’il le faut, sans perdre de vue son point d’enracine -
ment qui se trouve être au niveau d’une relation vivante avec le
Dieu de sa foi.
Catherine Fino ouvre cette seconde partie avec une réfexion de
fond sur ce qu’était le sens de l’hospitalité pour ces femmes
premières missionnaires et sur ce que cela peut encore dire de nos
jours, dans le contexte actuel de laïcité. Le relais est pris par
Carmelle Bisson qui montre comment le type de soins et
d’hospitalité que cherchent encore aujourd’hui à ofrir les Hospitalières
trouve ses racines chez les fondatrices de la première heure.
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Risquer un nouveau monde int.indd 9 2015-07-29 09:18Risquer un monde nouveau
Les contextes évoluent, l’univers de la maladie et du soin ne cesse
d’évoluer, mais l’attitude profonde des personnes qui soignent ne se
limite pas à l’exécution visible de gestes, si performants soient-ils.
Raymond Brodeur poursuit en attirant l’attention sur le fait qu’à
l’époque de ces missionnaires fondatrices on assiste à une
émergence de l’afrmation du sujet. En efet, dans la foulée des grands
ebouleversements qui caractérisent le tournant du XVII siècle,
plusieurs initiatives, tant personnelles que communautaires, jaillissent.
À cet égard, Marie de l’Incarnation est un témoin puissant de cette
prise de parole qui exprime l’intensité de la vie intérieure, fécondée
par une expérience de rencontre à la fois personnelle et ecclésiale
avec le Dieu révélé en Jésus Christ. Tout son travail missionnaire
sera grandement caractérisé par le soin qu’elle apporte à rendre
possible la communication entre les autochtones et le Dieu-Amour qui
est au centre de sa vie. Dans l’article suivant, Yves Guérette aborde
ce qui fait l’essentiel même de la mission évangélisatrice de ces
premières femmes missionnaires venues pour éduquer et prendre soin
des pauvres et malades. Il ne s’agit pas tant d’audace de leur part
que d’une volonté indéfectible de répondre le plus fdèlement
possible à un amour radical qui les habite. Elles apparaissent comme
des « hérauts », des messagères de la venue de Quelqu’un d’autre,
dont elles sont éprises.
Pour conclure cette seconde partie, Rita Gagné attire l’attention sur
la signifcation de la rencontre de l’autre, telle qu’en parle Marie de
l’Incarnation et telle qu’elle se présente aujourd’hui, dans notre
société multiethnique et plurireligieuse. Elle démontre
l’importance de prendre en compte la dimension spirituelle ou «
pneumatique » de la personne, pour que soit vrai et fécond un tel dialogue,
en précisant que « le spirituel n’est pas optionnel » et en montrant
que chez tous les êtres humains, l’ouverture à l’infni jaillit au cœur
même de leur existence fnie, incarnée.
Dans la troisième partie de cet ouvrage, intitulée : « Des charismes
toujours vivants » et subdivisée en trois sections, les auteurs
présentent comment encore aujourd’hui, après 375 ans, ce Soufe et
cette Source qui ont inspiré et vivifé les actions des fondatrices
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Risquer un nouveau monde int.indd 10 2015-07-29 09:18Introduction
sont toujours fort vivants, actifs et pertinents, dans trois horizons
bien distincts que sont le monde de la santé, le monde de
l’éducation et le monde des services sociaux.
Par rapport au monde de la santé, Jean-Térèse Dano nous entraîne
d’abord à la rencontre de malades qu’elle a côtoyés dans l’exercice
de ses fonctions et, ensuite, à la rencontre des religieuses Augustines
ede la Miséricorde de Jésus de Dieppe du XVII siècle, à travers le
livre de leurs constitutions. À partir de ces visites, elle convie les
lecteurs à prendre conscience de la dimension spirituelle de la
personne, qui se manifeste indubitablement au cœur même de ces
rencontres. Ensuite, Michel Morissette, s’appuyant sur une longue
carrière en médecine, exercée en grande partie dans les marges de la
société, décrit comment les problèmes rencontrés aujourd’hui dans
le monde de la santé rejoignent, à bien des égards, ceux des
fondatrices que nous célébrons et font appel, aujourd’hui comme à leur
époque, au charisme de la miséricorde et de l’hospitalité. Enfn,
Roxane Studer ouvre la réfexion sur l’importance et la pertinence
d’inscrire la prise en compte de la dimension spirituelle de la
personne dans la formation actuelle des intervenants du monde de la
santé. Elle cherche à cerner les conditions pour qu’un soignant
puisse assurer une réelle prise en charge de la dimension spirituelle,
au cœur de sa pratique.
La seconde section de cette partie, concernant le monde de
l’éducation, débute par le texte de Monique Pelletier qui présente une
réfexion, à la fois profonde et stimulante, sur la manière dont le
charisme propre aux Ursulines s’enracine dans l’expérience
spirituelle et évangélique qui sous-tend les valeurs léguées par sainte
Angèle Mérici, la première choisie pour mettre au monde la
Compagnie de Sainte-Ursule, et par sainte Marie de l’Incarnation,
la première appelée en terre de Nouvelle-France. Elle raconte
comment ces deux fondatrices ont été et sont encore de grandes
inspirations pour toute mission éducative. En ouvrant son propos sur la
manière dont ces valeurs sont mises en œuvre, dans
l’accompagnement des jeunes des maisons d’éducation ursulines, pour les aider à
façonner leur demeure intérieure, elle prépare le terrain pour les
trois autres interventions de cette section.
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Risquer un nouveau monde int.indd 11 2015-07-29 09:18Risquer un monde nouveau
En efet, Yvette Isabelle, qui s’est engagée à fond dans le processus
et les transactions qui ont conduit à confer la gestion de deux
écoles ursulines de la ville de Trois-Rivières à des corporations
laïques, expose les lignes de force qui ont présidé aux choix
nécessaires, en soulignant le soin apporté pour assurer la pérennité de
l’héritage spirituel et culturel propre aux religieuses. Marie-Nadine
Garneau, laïque et actuelle directrice adjointe de l’École des
Ursulines de Québec et Loretteville, et Nicole Bilodeau, laïque et
directrice générale du collège Mérici de Québec, exposent
comment le projet éducatif de leurs établissements respectifs est
profondément enraciné dans la spiritualité de leurs fondatrices et balisé
par les valeurs qu’elles ont promues et léguées. Chacune explique
également comment ces réalités spirituelles et culturelles sont
présentes dans l’animation et le ressourcement du personnel éducatif.
La troisième section de cette partie ouvre l’horizon sur la vitalité
toujours actuelle des charismes des fondatrices, dans l’univers des
services sociaux. En efet, la présence primordiale et l’œuvre
d’évangélisation des Ursulines et des Augustines, en milieux éducatif et
hospitalier, ont également des retombées importantes dans
l’univers social. Des laïques, engagés dans des projets d’ordre familial,
éducatif et d’insertion sociale, lèvent le voile sur les apports à la fois
spirituels et matériels des religieuses, dans la réalisation de projets
qui contribuent à l’humanisation de notre monde. Gilles-Pierre
Côté et son épouse, Patricia Bouchard, racontent avec éloquence
l’importance qu’a eue, dans leur vie de couple et chez des acteurs
de leur milieu, la rencontre de religieuses augustines, de même que
leur engagement comme « associés » de cette communauté. Pour
leur part, David Boivin et Lorenzo Alberton relatent avec
reconnaissance l’histoire et la vitalité toujours actuelle du Piolet, un
centre d’accueil, de formation et de réinsertion sociale qui a vu le
jour grâce à l’engagement d’un groupe de pastorale sociale et à
l ’appui des Sœurs de Saint-Joseph-de-Saint-Vallier, suivies
rapidement par d’autres communautés. Face aux défs de la misère et des
soufrances toujours présents, les auteurs en viennent à considérer
que, un peu comme les premières Ursulines et Augustines venues
en Nouvelle-France, les membres du Piolet sont en quelque sorte
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Risquer un nouveau monde int.indd 12 2015-07-29 09:18Introduction
condamnés à l’espérance devant la soufrance qu’ils côtoient
quotidiennement et le potentiel néanmoins toujours présent au cœur
des personnes accueillies.
Enfn, dans la quatrième partie de cet ouvrage, les auteurs parlent
des enjeux et des défs actuels de la mission. Céline Roussin expose,
d’entrée de jeu, une réfexion autour du pôle vocation-profession,
en prenant bien soin de défnir les concepts en jeu. En efet, le sens
du mot « profession », au sein d’une communauté religieuse, a un
sens bien précis. Il désigne une expérience exclusivement réservée
aux vœux prononcés, au cours d’une célébration marquant le
passage d’une étape à une autre, durant le cheminement vocationnel.
Comment alors concilier cette réalité avec celle du « travail
professionnel » à proprement parler ? Et comment la vocation
compose-telle alors avec la profession, entendue dans l’un et l’autre sens,
puisqu’il y a plusieurs personnes qui, ayant fait profession dans leur
communauté, ont aussi une profession au sein de celle-ci et dans le
monde ?
Lise Tanguay, prenant le relais, apporte un éclairage sur la transfor -
mation qui s’opère, aujourd’hui comme hier, chez une personne
qui consacre sa vie entière au service des malades, à l’intérieur
même de la communauté des Augustines de la Miséricorde de
Jésus. Au fl de ses propos, elle expose comment ce charisme du
soin et de la miséricorde, inspiré de l’Évangile, est en réalité
l’élément central, constitutif de l’identité même de la religieuse
hospitalière.
Sous un angle diférent, Cécile Dionne met l’accent sur ce que fut,
en quelque sorte, la manière d’éduquer de Marie de l’Incarnation.
Elle aussi, fdèle au Christ de l’Évangile, aspirant sans cesse à
s’identifer à lui, malgré toutes ses faiblesses, témoigne, tout au long de sa
vie apostolique, d’un grand amour et d’un grand respect de chaque
personne rencontrée, mettant en œuvre tous ses eforts et ses talents
pour que chacune puisse vivre une rencontre personnelle et
fraternelle, en sa langue maternelle, avec Jésus Christ. À bien des égards,
Marie de l’Incarnation peut être source d’inspiration pour les
éducateurs d’aujourd’hui, qui ont aussi comme mission d’aider chacun
à faire advenir son potentiel tant spirituel qu’intellectuel.
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Risquer un nouveau monde int.indd 13 2015-07-29 09:18Risquer un monde nouveau
Au terme de ce parcours, sous la forme d’une conclusion synthèse,
Gilles Routhier propose un ensemble de considérations qui
émergent, au fl des divers textes. Au moment de la conception du projet
de colloque, les responsables avaient ciblé comme objectif celui
d’en faire un moment privilégié pour s’arrêter sur les charismes qui
furent à l’origine des projets menés en Nouvelle-France, par les
Ursulines et les Augustines, et pour réféchir à la pertinence et à la
vitalité de ces charismes aujourd’hui. La démarche dont témoigne
l’ensemble des articles de ce volume montre bien que nourrir la
mémoire de ce passé héroïque ou revenir au charisme de fondation
n’a d’autre fnalité que l’actualisation du charisme des
congrégations, charisme qui s’exprime dans les diverses fondations. Se
remettre en mémoire les années de fondation et les 375 années qui
ont suivi fournit une occasion privilégiée pour retrouver les
intuitions originelles, mues par une vie spirituelle ardente, pour se
rappeler les défs rencontrés au fl des événements et des rencontres des
autres, et pour comprendre mieux ce que signife et ce qu’implique
des réalités toujours étonnantes qui poussent à se réinventer sans
cesse, dans le souci constant de ne pas se couper de la source qui
féconde les personnes et leurs projets, l’Esprit de la promesse.
Le colloque, dont le présent ouvrage contient les actes, a été
l’occasion choisie par la ministre de la Culture et des Communications
du Québec, Hélène David, pour désigner l’arrivée des Ursulines et
erdes Augustines en Nouvelle-France, le 1 août 1639, comme un
« événement historique inscrit au patrimoine culturel du Québec ».
Nous avons donc inclus, en annexe de ce livre, le communiqué
ofciel annonçant cet événement ainsi que les deux avis de désignation
promulgués par la ministre.
Il ne nous reste qu’à souhaiter aux lecteurs et lectrices de trouver
plaisir et proft à lire cet ouvrage, qui se veut à la fois mémoire
d’une histoire exceptionnelle et occasion de réfexion sur un
élément fondateur d’une Église et d’une nation toujours bien vivantes :
la spiritualité vivante et créative des Ursulines et des Augustines.
Raymond Brodeur, Université Laval
14
Risquer un nouveau monde int.indd 14 2015-07-29 09:18PREMIÈRE PARTIE
Le charisme des fondatrices
et l’ouverture aux autres
Risquer un nouveau monde int.indd 15 2015-07-29 09:18Risquer un nouveau monde int.indd 16 2015-07-29 09:18Un horizon spirituel qui
ouvre sur le Nouveau Monde :
le charisme des fondatrices
Thérèse Nadeau-Lacour, Université Laval
et Université du Québec à Trois‑Rivières
L’Esprit, source des charismes, soufe où et quand il veut, dans
l’Histoire et dans nos histoires personnelles, mais il soufe toujours
à même une situation bien concrète qu’il vise à transformer, à
un moment donné de l’histoire humaine. Pour commencer ces
quelques réfexions, je vous propose un texte qui se présente d’abord
comme la chronique d’un événement historique. Le monde est
en feu…
Le monde est en feu, on veut pour ainsi dire condamner
à nouveau le Christ, on lève contre lui mille faux
témoignages, on veut détruire son Église. [...] Les temps ne sont
pas à traiter avec Dieu d’afaires de peu d’importance !
Ayant appris les dommages causés en France [...] je me
désolai beaucoup et, comme si j’eusse pu ou eusse été
quelque chose, je pleurai devant le Seigneur et je le suppliai
de porter remède à un si grand mal. Il me semble que
j’aurais donné mille vies pour sauver une seule âme parmi
toutes celles que je voyais se perdre ; mais je n’étais qu’une
pauvre femme, imparfaite et entourée d’entraves [...];
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Risquer un nouveau monde int.indd 17 2015-07-29 09:18FORMAT : 12,625” x 9” • ÉPINE : 0,6663” • FINAL
Sous la direction de
RISQUER UN MONDE NOUVEAU Raymond Brodeur et Gilles Routhier
375 ans de vie et d’audace
« Pour imaginer l’avenir, c’est-à-dire aller à notre tour et dans la
foulée de nos devancières à la rencontre du “nouveau monde” – car
c’est bien de cela qu’il s’agit aujourd’hui, lorsque nous mesurons
l’ampleur de la mutation culturelle à laquelle nous assistons –, pour
retrouver le goût de sortir et d’aller à la rencontre de l’autre, il
importe, me semble-t-il, de remonter à ses origines, à ce corps
d’intuitions qui ont guidé les fondations des Augustines et des
Ursulines, à Québec. » (Extrait de la conclusion de Gilles Routhier)
eEn 2014, les Augustines et les Ursulines célébraient le 375
anniversaire de leur présence au Québec. Ce livre regroupe les actes du
colloque international organisé à cette occasion par la Faculté de
théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval, en
partenariat avec les deux congrégations jubilaires. Des universitaires,
ainsi que des religieux et des religieuses, provenant de divers
horizons, du monde de l’éducation à celui des soins, en passant par
le service social, ont contribué à ce témoignage étonnant de la vitalité
d’un charisme qui a façonné la société québécoise et qui garde toute
sa pertinence aujourd’hui encore.
Avec les contributions de : RISQUER UN MONDE NOUVEAU
Lorenzo ALBERTON, Nicole BILODEAU, Carmelle BISSON,
David BOIVIN, Patricia BOUCHARD, Lorraine CAZA, 375 ans de vie et d’audace
Gilles-Pierre CÔTÉ, Jean-Thérèse DANO, Françoise DEROY-PINEAU,
Dominique DESLANDRES, Cécile DIONNE, Catherine FINO,
Rita GAGNÉ, Marie-Nadine GARNEAU, Yves GUÉRETTE, Avec les contributions de
Yvette ISABELLE, Jean-Marie LEBEL, Michel R. MORISSETTE,
Thérèse NADEAU-LACOUR, Monique PELLETIER, Lorenzo ALBERTON, Nicole BILODEAU, Carmelle BISSON,
David BOIVIN, Patricia BOUCHARD, Lorraine CAZA, Gilles-Pierre CÔTÉ, Céline ROUSSIN, Roxane STUDER et Lise TANGUAY
Jean-Thérèse DANO, Françoise DEROY-PINEAU, Dominique DESLANDRES,
Sous la direction de Raymond BRODEUR et Gilles ROUTHIER Cécile DIONNE, Catherine FINO, Rita GAGNÉ, Marie-Nadine GARNEAU,
GUÉRETTE, Yvette ISABELLE, Jean-Marie LEBEL, Michel R. MORISSETTE,
Thérèse NADEAU-LACOUR, Monique PELLETIER, Céline ROUSSIN,
Roxane STUDER et Lise TANGUAY
Risquer un nouveau monde couv.indd 1 2015-07-23 10:43
Sous la direction de
RISQUER UN MONDE NOUVEAU
Raymond Brodeur et Gilles Routhier

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