COMMENT L'INDUSTRIE VA DEVOIR S'ADAPTER

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18COMMENTL’INDUSTRIE VADEVOIRS’ADAPTERLes laboratoires pharmaceutiques implantés enFrance viennent de vivre une année difficile sur un marché en pleine reconfiguration. Dans le jeu complexe de la compétitioninternationale, l’Hexagone présente encore des atouts. Mais jusqu’à quand ?——————‘année 2006 ne constituera poursuivront en 2008 - de plusieurspas un grand cru classé centaines de spécialités et baisses depour l’industrie du médi- prix, y compris des génériques, lecament. Bien au contraire. tout assaisonné de taxes contributi-L« 2006 restera dans les an- ves, dites « exceptionnelles » (1,76 %nales comme un exercice désas- du CA en 2006, 1% en 2007), et detreux », expliquent Emmanuel Sève taux « K » d’évolution des dépenseset Emeline Chastres dans une ré- à partir duquel se déclenchent les re-1cente étude consacrée aux nouvel- mises obligatoires des laboratoires.les lignes de force de notre marché En toile de fond de ce train de dispo-hexagonal et aux stratégies d’adapta- sitions contraignantes, une consom-tion que devront engager les acteurs mation française de médicament (3,1 ment de la prévention et du dépis-de la branche. Avec un ECG assez plat milliards d’unités en 2005) qui, sur tage des maladies, voire encore leen matière de dépenses de médica- la décennie écoulée, aura progressé transfert croissant de soins de l’hôpi-ments (à peine 2 % de de +72%, soit un tal vers la ville. « La croissance duprogression en valeur rythme annuel de près ...
Publié le : samedi 24 septembre 2011
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COMMENT LINDUSTRIEVA DEVOIR S’ADAPTER
Les laboratoires pharmaceutiques implantés en France viennent de vivre une année difficile sur un marché en pleine reconfiguration. Dans le jeu complexe de la compétition internationale, l’Hexagone présente encore des atouts. Mais jusqu’à quand ? ——————
‘année 2006 ne constituerapoursuivront en 2008 - de plusieurs pas un grand cru classécentaines de spécialités et baisses de pour l’industrie du médi-prix, y compris des génériques, le tnraeuLx », expliquent Emmanuel Sèvetaux « K » d’évolution des dépenses cament. Bien au contraire.tout assaisonné de taxes contributi-« 2006 restera dans les an-ves, dites « exceptionnelles » (1,76 % les comme un exercice désas -du CA en 2006, 1% en 2007), et de et Emeline Chastres dans une ré-à partir duquel se déclenchent les re-1 cente étudeconsacrée aux nouvel-mises obligatoires des laboratoires. les lignes de force de notre marchéEn toile de fond de ce train de dispo-hexagonal et aux stratégies d’adapta-sitions contraignantes, une consom-tion que devront engager les acteursmation française de médicament (3,1 de la branche. Avec un ECG assez platmilliards d’unités en 2005) qui, sur en matière de dépenses de médica-la décennie écoulée, aura progressé ments (à peine 2 % dede +72 %, soit un progression en valeurrythme annuel de près sur l’ensemble de 2006),de 6 % en valeur, pour Un exercice notre industrie, habi-atteindre près de 32 tuée à des taux de crois-2006milliards d’euros l’an sance supérieur à 5 %passé. Une croissance désastreux depuis 1998 aurait, dequi n’a pour autant l’avis de nos experts,rien d’exceptionnel ! vécu un « véritable cata-Ses vecteurs structu-clysme ». Bien plus encore, une an-rels ont pour nom le vieillissement de née des plus noires de la décennie enla population et l’accroissement na-cours. Ce tableau ne doit rien au ha-turel de cette dernière, l’amélioration sard. Il est le fruit d’une succession dedu niveau de vie et l’intérêt croissant mesures comptables programméesde nos compatriotes pour la santé. de longue date et qui ont connu uneMais aussi les politiques de gestion et nette accélération en 2006. Des me-de santé publiques, avec la mise en sures qui ont panaché dérembourse-orbite, depuis 2004, de véritables ments - engagés dès 2004 et qui seplans de santé publique, l’accroisse-
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ment de la prévention et du dépis-tage des maladies, voire encore le transfert croissant de soins de l’hôpi-tal vers la ville. « La croissance du marché s’appuie essentiellement sur un nombre réduit de spécialités », ré-sument les auteurs de l’étude préci-tée. « La consommation globale de médicaments progresse en effet fai-blement en volume, mais un glisse-ment s’opère vers les thérapeutiques les plus coûteuses ». Un effet de structure qui est alimenté à la fois par le « papy boom », qui oriente la consommation vers des traitements coûteux, longs et lourds, prise en charge des malades chroniques oblige, mais aussi par l’innovation, qui voit les produits les plus chers et les plus récents se substituer aux plus ème anciens. « Ce 2effet est prédomi-
nant. La mise sur le marché de nou-velles thérapeutiques par les labo-ratoires est donc le moteur essentiel de leur activité », précise encore l’étude. Ainsi sur les trois composan-tes de la croissance des ventes, l’effet prix est négatif depuis le début de la décennie et l’effet quantité assez modéré (1,5 % en moyenne) est lar-gement devancé par l’effet structure qui représente jusqu’au deux tiers de cette même croissance. D’autres me-sures sont encore venues affecter les comportements, notamment de prescription de médecins, appelés à devenir plus « vertueux » en la ma-tière, modification de la visite médi-cale à l’appui. Avec la création du médecin traitant et la mise en place du parcours de soins (toujours or-phelins du dossier médical person-
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nalisé, un DMP qui tarde à voir le jour), les mêmes praticiens ont été priés de diminuer leurs prescriptions de certaines classes thérapeutiques (statines antidépresseurs, antiulcé-reux ou encore antibiotiques), de ré-pondre favorablement aux conseils prodigués par les DAM (délégués de l’assurance maladie), voire encore à recevoir les visiteurs médicaux avec parcimonie. « Pour limiter le déficit abyssal de la Sécurité sociale à l’ap-proche d’échéances électorales ma-jeurs, les pouvoirs publics ont en ef-fet très largement mis à contribution les laboratoires pharmaceutiques », confie Emmanuel Sève. « En jouant sur des leviers traditionnels, mais également à travers la mise en pra-tiques de solutions bien plus radi-cales qui remettent plus profondé-
ment en cause les axes traditionnels du développement commercial des laboratoires dans l’Hexagone », ajoute encore ce dernier.
Un marketing bouleversé.Ce contexte pour le moins difficile doit-il pour autant désespérer la rue de la Faisanderie ? « Ce renforcement multi-dimensionnel des pressions pesant sur l’industrie pharmaceuti-que dans l’Hexagone ne touche pas uniformément les différentes catégo-ries d’acteurs du marché », poursuit l’analyste de Precepta en estimant qu’en sortie de « l’ère d’abondance » se manifestent des lignes de fractures entre des intérêts souvent divergents. Car l’avenir ne s’écrit pas de la même encre selon la taille des laboratoires concernés. Dans les rangs des big pharma, l’objectif est ainsi de desser-rer deux contraintes, celle pesant sur les prix des produits innovants et celle interdisant la communication grand public. « Sur le premier point leur cause avance », remarque Em-manuel Sève, grâce au système de dépôt de prix instauré en 2003, mais aussi grâce aux déremboursements et aux pressions tarifaires renforcées sur les produits matures, associées au développement du générique. Sur le 2ème registre, les choses évoluent plus lentement, mais significative-ment si l’on observe le poids crois-sant des associations de patients (voir plus loin notre enquête), très demandeurs d’information et de soutiens, et surtout de l’Internet, om-niprésent, y compris au chapitre de la médecine. Deux facteurs qui ont, depuis quelques années, entraîné des bouleversements majeurs de « l’écosystème » du marketing phar-maceutique, en France comme ail-leurs. Du côté des laboratoires fran-çais indépendants, la seule issue dans cet avenir assombri est, à la fois, de tirer parti des capacités de la re-cherche française et de s’internatio-naliser. « Comme pour leurs homolo-gues européens de taille moyenne, la question du financement de la R&D se pose pour eux de manière fron-tale », averti Precepta. « Mais reste à savoir s’ils pourront encore long-temps rester à l’écart du mouvement de consolidation européen, qui s’est accéléré en 2006, en particulier du côté des groupes allemands de taille moyenne ». Un mouvement qui, à sa 444 manière, a constitué une réponse aux
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42006 – 2011 : ARRIVÉE DE GÉNÉRIQUES DANS TOUTES LES CLASSES THÉRAPEUTIQUES
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444 pressions exercées par les Pouvoirs publics sur la branche (cf. Pharma-ceutiques de novembre 2006), mais qui préfigure les mutations en cours vers les spécialisations sur des champs thérapeutiques ciblés aux-quelles se rallient progressivement les laboratoires dit indépendants. Quant aux plus petits laboratoires fa-miliaux, frappés encore plus brutale-ment par les récentes mesures de dé-
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remboursement, ils n’ont, selon les conclusions de l’étude, que deux al-ternatives possibles : gérer le déclin des produits matures et leurs trans-ferts vers l’automédication,se diver-sifier vers des activités moins ris-quées. « Leur avenir est désormais intimement lié à celui de l’automédi-cation et de la santé publique au sens large en France », commentent les analystes.
4QUELLES CONSOLIDATIONS POUR L’AVENIR ? Sanofi Aventis et BMS seGenentech début des années rapprocheront-ils, comme1990), ou J&J, s’est également l’annoncent régulièrement lesengouffré le leader mondial de la analystes de la presse spécialiséebranche, Pfizer, qui a multiplié les ? Tout est à cet égard possible etacquisitions dans les biotechs les paris demeurent ouverts. Mais(6 rachats aux USA depuis 2003). à cette perspective de nouvellesPlus près de nous, en Europe, méga fusions dites « défensives »,l’Allemand Merck vient de l’étude Precepta oppose plutôtreprendre Serono. « Au cœur des des stratégies d’acquisitions plusrachats, on trouve le plus souvent sélectives visant à renforcer leles volontés de renforcer le potentiel de R&D des groupes. Despotentiel de R&D et de se mettre à stratégies qui visent le secteurl’abri des ambitions d’éventuels des biotechnologies, « vecteurprédateurs ». L’orientation vers les désormais majeur de lachamps de spécialités est très consolidation de l’industrienette et apparaît comme le terrain pharmaceutique mondiale ». Surde jeu dominant des la voie ouverte en son temps parconsolidations à venir. Roche (avec la reprise de
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Ce tableau des évolutions en cours se serait pas complet sans celle que connaissent les fabricants de géné-riques, pour lesquels 2006 a marqué un coup de frein, après des années plus favorables à la croissance – à deux chiffres - de leur produits. Au total, les baisses de prix généralisées (17 % en moyenne) sur l’ensemble du répertoire, l’encadrement plus strict des conditions tarifaires accordées aux officinaux (limitation des marges arrières à 20 %) ou encore les vagues de TFR auront pesé sur le secteur, dont les ventes devraient repartir du fait de l’arrivée prochaine de block-busters hors brevet dans leur panier. Mais aussi grâce aux objectifs indivi-duels de substitution auxquels ont souscrit les officinaux français pour atteindre un taux de 70 % du réper-toire en fin d’année écoulée.
Le moteur de l’international.Si la dynamique de la branche pharma est incontestablement affectées par la somme de contraintes réglementai-res et comptables précitées, cette même branche tire son épingle du jeu sur d’autres registres. Notam-ment dans le domaine de la produc-tion des médicaments comme dans celui des exportations où des « signes positifs » se manifestent. Ainsi, grâce 444 aux investissements massifs réalisés
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4L’INNOVATION : LES RELAIS EN PANNEpéens », note l’étude. Une Europe qui pèse ainsi 55 % de nos exportations « Au-delà des politiques publiques,notamment du retard accumulétotales en 2005 mais où leur rythme la faiblesse des relais dedans le secteur desde progression faiblit (1,3 % entre croissance offerts par l’innovationbiotechnologies. La France2003 et 2004). Toujours en rythme demeure une problématiquedemeure pourtant une place forteannuel moyen, ces mêmes débou-centrale pour les industriels dupour la recherche pharma enchés à l’international ont augmenté ème médicament », note les analystesEurope, où elle se situe au 2de 25 % en valeur vers l’Amérique du de Precepta. Depuis 2001,rang derrière le Royaume-Uni, avecNord (14 % des exports) et de 40 % seulement 21 nouvelles moléculesprès de 4 milliards d’euros devers le Japon (2,5 % des exports) sur sont en moyenne introduites pardépenses, dont 958 consacrés à lala même période. « Une performance an sur le marché français, contresous traitance. L’issue est àà souligner dans la mesure où les si-29 sur la période 1995-2000. Enchercher du côté des biotechs.tes de fabrication européens doivent 2005, leur nombre a chuté àMais ici aussi des signes plus fortsrépondre à des normes spécifiques 17 NEC. Par ailleurs, à l’image dedoivent être donnés pour favoriserdrastiques pour accéder à ces deux ses homologues européennes,le développement dun secteur quizones », ajoute les analystes. la recherche pharmaceutiquedemeure encore loin derrière ses2007 sera-t-elle l’année du renou-française souffre d’un déficithomologues allemands ou anglais.veau pour la branche pharma ? « Au d’attractivité, en raisonvu de l’efficacité comptable de la po-litique du médicament en 2006 et de la reprise conjoncturelle en France, 444par les grands groupes dans les an-2007 s’annonce malgré tout plusprécise l’étude précitée. Ainsi le ra-nées 90 dans leurs outils productifs,lentissement du marché intérieurcalme sur le front des nouvelles me-l’Hexagone s’est imposé en Europeaura été partiellement compensé parsures défavorables à l’industrie phar-comme le champion incontesté de lala forte accélération des débouchésmaceutique », plaident les experts de production de médicaments, loin de-extérieurs, accélération confirmée enPrecepta qui misent sur une reprise vant le Royaume-Uni ou encore l’Al-2006. L’international fait ici incontes-de la croissance des dépenses à la lemagne. Sur les deux dernières an-tablement figure de moteur pour leshausse, une fois l’échéance électorale nées, le renforcement de l’appareilindustriels de la bran-passée. Reste que les 215 productif s’est maintenu tant du côtéche, dont le taux d’ex-fabricants de médica -Un des laboratoires français (Sanofi surportation a plus quements opérant sur notre ralentissement ses sites de Val de Rueil et de Mont-doublé entre 1990 etsol et particulièrement compensé par pellier, Pierre Fabre à Pau et à Tou-2006. Un taux qui dé-les filiales des groupes louse, Servier dans son fief de Gidy)passe désor mais lesdes débouchésinternationaux, atten-que des groupes étrangers (GSK à40 %, contre moins dedent des conditions ca-extérieurs Hérouville-Saint-Clair dans le Cal-20 % il y a seize ans,dres plus favorables vados et récemment à Saint-Amans-avec un CA qui atteint l’an passé 18pour les inciter à investir sur notre les Eaux, dans le Pas-de-Calais), avecmilliards d’euros sur les 42,4 mil-territoire. En un mot, une vraie poli-des investissements cumulés supé-liards que réalise globalement latique d’accompagnement à des ou-rieur au milliard d’euros (dont plusbranche en France (en prix fabricant,tils productifs qui peuvent générer de la moitié pourGSK). Pour l’an-hors taxe), selon les estimations dedes emplois. Ce que semblent vouloir née 2006, la production française dePrecepta. Au nombre de nos « bonsles postulants à l’Elysée. Rendez vous médicament aura ainsi dépassé lesclients », les Etats-Unis et le Japon re-après mai.10 %, rythme le plus élevé depuis 10donnent ainsi du souffle à une bran-ans, dû pour l’essentiel aux débou-che qui, à l’heure des PLFSS succes-JEAN-JACQUES CRISTOFARI chés à l’étranger qui soutiennentsifs, se cherche parfois des raisons de cette même croissance. « La fortepersévérer sur la plateforme hexa-croissance de l’activité à l’exporta-gonale. « Depuis 2003, la reprise des (1) « Laboratoires pharmaceutiques en France, tion a permis de limiter les dégâtsexportations françaises de médica-nouvelles lignes de force du marché et stratégies pour l’industr ie pharmaceutiquements a été soutenue par une explo-d’adaptation » Precepta, Intelligence concurrentielle, octobre 2006 française sur la période 2005-2006 »,sion des débouchés extra-euro-
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