Journée régionale d ‘échanges sur la maladie d’Alzheimer

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Le Bon Pasteur Sainte Germaine -Bruges Journée régionale d’échanges sur la maladie d’Alzheimer13 décembre 2004« les nouveaux modes d’accompagnement :accueil de jour, hébergement temporaire »B. Raspiengeas-Grethen, directrice Bon Pasteur Sainte Germaine – BrugesParlant du « Crépuscule de la raison », Pierre Guillet insiste sur nos responsabilités en disant : « cen’est pas parce qu’on ne comprend pas dans un premier temps, qu’il n’y a rien comprendre. »Quotidiennement, dans notre établissement, nous vivons ces situations difficiles où l’impuissance pourla personne désorientée de ne plus rien pouvoir faire engendre la souffrance physique et morale liée àl’isolement et à la solitude.Pourtant des solutions existent si l’on croit que les personnes atteintes de troubles cognitifs peuventencore mener une vie personnelle, manifester quelques volontés, accomplir des gestes simples,effectuer des tâches quotidiennes et avoir un minimum de relations sociales.L’Accueil de Jour et l’Hébergement temporaire font partie des solutions.I. EVOLUTION des POLITIQUES SOCIALESHistoriquement, l’accueil de jour représente la demande la plus importante et chronologiquement lapremière exprimée par les associations Alz. Depuis une vingtaine d’années, des expériences ont étélancées dans le pays, souvent à l’initiative d’associations locale de familles, qui avec enthousiasme,dévouement, imagination, recherchent un local, des subventions, recrutent une maitresse de maison.Hélas, un ...
Publié le : vendredi 23 septembre 2011
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Le Bon Pasteur Sainte Germaine -Bruges
Journée régionale d’échanges sur la maladie d’Alzheimer
13 décembre 2004
« les nouveaux modes d’accompagnement :
accueil de jour, hébergement temporaire »
B. Raspiengeas-Grethen, directrice Bon Pasteur Sainte Germaine – Bruges
Parlant du « Crépuscule de la raison », Pierre Guillet insiste sur nos responsabilités en disant : « ce
n’est pas parce qu’on ne comprend pas dans un premier temps, qu’il n’y a rien comprendre. »
Quotidiennement, dans notre établissement, nous vivons ces situations difficiles où l’impuissance pour
la personne désorientée de ne plus rien pouvoir faire engendre la souffrance physique et morale liée à
l’isolement et à la solitude.
Pourtant des solutions existent si l’on croit que les personnes atteintes de troubles cognitifs peuvent
encore mener une vie personnelle, manifester quelques volontés, accomplir des gestes simples,
effectuer des tâches quotidiennes et avoir un minimum de relations sociales.
L’Accueil de Jour et l’Hébergement temporaire font partie des solutions.
I.
EVOLUTION des POLITIQUES SOCIALES
Historiquement, l’accueil de jour représente la demande la plus importante et chronologiquement la
première exprimée par les associations Alz. Depuis une vingtaine d’années, des expériences ont été
lancées dans le pays, souvent à l’initiative d’associations locale de familles, qui avec enthousiasme,
dévouement, imagination, recherchent un local, des subventions, recrutent une maitresse de maison.
Hélas, un grand nombre de ces expériences pilotes ont souffert de l’absence de financements pérennes
Il faut attendre octobre 2001 et « le programme d’actions pour les personnes souffrant de la maladie
d’Alz et de maladies apparentées » pour avoir un texte qui fasse référence et reconnaisse enfin
l’ampleur du problème .La circulaire du 16 avril 2002 explicite en détail les objectifs et leur
financement : 7000 places d’ac de j
et 3000 places d’heberg. Temporaire en 4 ans avec un
financement de l’assurance maladie et de l’allocation personnalisée d’autonomie par le biais des plans
d’aide.
( 22,87€ par jour /place pour l’AJ , 33, 54€ par jour/place HT)
L’annexe III de la circulaire est un cahier des charges pour les AJ . Dans le chapitre définition de ce
service, il est souligné que ces nouveaux services « s’inscrivent pleinement dans une politique de
soutien à domicile… et constituent un des services à disposition des personnes en perte d’autonomie,
et de leur famille, au même titre qu’un service de soins infirmiers à domicile ou un service d’aide et
d’accompagnement ».
Cet aspect a été pour nous essentiel à développer et fait désormais partie du développement de notre
travail en réseau ; j’y reviendrais plus loin…
Malheureusement, les événements politiques suspendent rapidement ce programme- et son
financement-Ce n’est qu’ en septembre dernier, que le plan Douste-Blazy réactualise les actions à
mener pour soutenir cette population en promettant-notamment- 13000 places d’AJ sur trois ans.
2
A ce jour,des statistiques annoncent l’existence de 1822 places d’AJ dédiées ALZ. Ce qui représente
pour 800 000 MA dénombrés 1 place pour 440 malades. En gironde, 2 accueils de jour agréés = 22
places.
II.
LA REPONSE DU BON PASTEUR STE GERMAINE
A. Historique
Il est important de replacer notre nouveau service dans le contexte de l’établissement, car cet
historique résume l’évolution de l’institution, souhaitée dès la création en 1872 par ses fondatrices
puis par l’association qui la gère depuis 1987, afin d’accueillir et d’accompagner dans la qualité et le
respect de la vie et des choix de chacun.
En effet, si dès 1905, l’établissement devient une maison de retraite privée habilitée à l’aide sociale, il
est, aussi, parmi les premiers à signer en décembre 2001, la convention tripartite qui le transforme en
EHPAD.
Enfin en janvier 2003, l’institution ouvre un nouveau service de 18 places dédiées aux personnes âgées
souffrant de la MA ou syndromes apparentés.
( 6 places d’hébergement permanent, 2 places d’HT et 10 places d ‘accueil à la journée)
B. Le projet
La création d’un AJ et d’un HT doit se concevoir en plusieurs étapes.
1. La première consiste à repérer les besoins et à en évaluer l’importance quantitative.
Il est nécessaire, à ce stade, de déterminer le bassin de population raisonnablement concerné en terme
d’accessibilité en kilomètres et en temps de trajet, connaître les structures déjà existantes à proximité,
évaluer la démographie gérontologique actuelle et prévisionnelle afin de pouvoir estimer le nombre de
personnes atteintes de troubles cognitifs.
Si le promoteur est un EHPAD il fera référence à son implantation géographique en répertoriant ses
zones de recrutement et d’intervention.
Le BP st G recrute les résidants de l’hébergement permanent à 90% sur un territoire de la CUB qui
regroupe : Bruges, Le Bouscat, Bordeaux, Eysines. Nous avons, ensuite, utilisé les données de
l’enquête PAQUID, pour calculer la prévalence globale et par tranche d’âge de la démence rapportée
aux chiffres de la démographie de la zone d’intervention de l’établissement ( 11 475 cas pour la
population globale ; 2315 cas pour les + de 85 ans)
Nous avons utilisé le rapport Girard ( décembre 2000) pour prévoir l’incidence de la maladie sur cette
même population ( 4200 nouveaux cas par an / population globale cf ; annexe)
J’insiste sur la nécessité de rassembler ces données, car elle nous ont permis d’obtenir une extension
de capacité à un moment où le conseil général s’interrogeait encore sur la nécessité de créer de
nouvelles places en MR et, était parti du principe que si l’ac de j créaient des places, l’hebergement
permanent et temporaire devaient être inclus dans notre capacité de l’époque.
Dans cette étape « état des lieux » il est indispensable, également de repérer
-
les futurs partenaires : services et consultation de neurologie, de gériatrie et de psychiatrie, les
centres de consultation mémoire, hôpitaux de jour gériatriques, médecins libéraux, gériatres
ou généralistes, SSAD, CCAS, association ALZ., CLIC …susceptibles d’informer et de
favoriser la fréquentation de l’AJ et de HT
3
-
de solliciter le soutien des partenaires du moment pour évaluer avec leurs compétences
respectives les besoins et les meilleures réponses concernant :
o
l’accessibilité
o
les jours d’ouverture
o
les horaires
o
la capacité d’accueil
En ce qui nous concerne, nous avons étroitement réfléchi avec le service de soins à domicile de
Bruges, les différents CCAS , PAPA Bouscat et le médecin-gériatre responsable de la consultation
mémoire de l’HSB, pour définir, notamment,
-
les horaires d’ouverture ( « pas avant 10H recommandait l’infirmière responsable du SSAD,
car les personnes à domicile qui bénéficient de l’aide des aide-soignantes du service ou de
celui des IDE libérales ne seront pas prêtes…
-
l’organisation de l’accessibilité (« si vous ne proposez pas la possibilité d’un transport aller-
retour par vos soins, au moins 50% des demandeurs ne pourront avoir accès à votre service,
car ou l’aidant est trop âgé et fatigué, lui aussi,, ou les proches ne pourront pas s’organiser
pour gérer ce temps de transport… nous avait dit l’animateur de PPB)
Dans un EHPAD, il est essentiel de faire participer les professionnels à la réflexion bien en amont de
la réalisation du service :
Pour nous, dès 1996- date à laquelle nous avons commencé à accueillir, en nombre limité
volontairement, des résidants diagnostiqués Alz.-un plan de formation spécifique a été mis en place
afin de préparer ce projet :
96-97 :formation AMP et diplôme pour un agent de service titulaire
98-99 : formation AMP et diplôme pour un agent en CES, embauchée à l’issue, en CDI
Mars à novembre 99
formation de 12 membres du personnel en équipe pluriprofessionnelle sur le
thème : « comprendre pour mieux aider les personnes atteintes de pathologies démentielles
2000
stage dans un service de psycho-gériatrie ( CHS de Pau, service du Dr. Gillaumot) pour
une infirmière, une aide-soignante et une aide-médico-psychologique
2001/2002 formation AMP pour deux agents de service
Enfin, en dernière condition, mais pas des moindres, pour cette première étape, il faut la volonté de
l’équipe de direction ( CA, directeur) de mettre en place un projet ambitieux par sa qualité en sachant
tout du combat à mener pour en obtenir les moyens.
Une fois ces préalables, le promoteur peut construire les grands objectifs de son projet.
2. Les objectifs
:
J’évoquerai ce point rapidement, car chaque promoteur les déclinera selon les besoins qu’il aura repéré
dans la première étape. Les grandes lignes du plan 2001 restent cependant incontournables, parce
qu’elles sont construites sur une démarche qualitative et objective des situations des malades et de
leurs aidants.
Nos objectifs pour l’HT étaient de proposer un accueil de deux places, ouvert toute l’année . Notre
expérience antérieure d’HT fonctionnant depuis 1995 nous a permis de décliner les objectifs suivants :
-
préserver ou rétablir les contacts sociaux
-
repérer les modifications comportementales susceptibles d’être liées à une pathologie
intercurrente et, en collaboration avec le médecin traitant, y apporter les réponses appropriées
-
permettre à l’aidant principal de « souffler » sur une période de quelques jours ou semaines
-
éviter les risques de dérive vers un hébergement permanent insuffisamment préparé.
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Pour l’AJ , nous proposions l’accueil de 10 personnes par jour avec quatre objectifs principaux pour ce
service :
-
qu’il ne soit pas une réponse à lui tout seul, mais qu’il s’inscrive dans la politique de réponses
existant localement au niveau des communes, du SSAD, du réseau gérontologique, de la
consultation mémoire, des services spécialisés hospitaliers, des médecins et spécialistes
libéraux
-
qu’il favorise le soutien à domicile le plus longtemps possible en aidant la personne malade à
retrouver auprès des soignants, un statut personnel qui puisse favoriser la reprise de la
conscience d’elle même, de ses capacités, de ses possibilités ; en soutenant, grâce à ces
moments de pause, les familles aidantes, mais en jouant, également, le rôle de relais et de
personnes ressources pour les proches .
-
qu’il recrute sur la « proximité » afin d’éviter la rupture avec l’environnement habituel et
faciliter le passage entre le domicile et l’entrée en institution si celle-ci devient nécessaire
-
qu’il constitue, enfin, un lieu d’enseignement et de recherche approprié, en lien étroit avec
l’organisation gérontologique locale.
3. Le projet architectural et l’organisation matérielle :
Cette étape découle directement des précédentes, puisque le promoteur réfléchira les locaux et
l’organisation du service en fonction des objectifs qu’il aura défini.
Quelques recommandations générales semblent, cependant, incontournables :
-
prévoir l’affectation de locaux spécifiques, disposant d’un accès indépendant de l’entrée
principale de l’établissement, si l’AJ se fait au sein d’un EHPAD. Il ne s’agit pas d’une
mesure discriminatoire , ni de ségrégation, mais » d’un choix qui respecte et préserve la
dignité tant des résidants et visiteurs de l’EHPAD que des personnes et familles venant à
l’accueil de jour » comme le souligne le pr. Marc Berthel dans son article « que peut faire un
EHPAD pour soulager les aidants du voisinage » paru dans la revue de Gériatrie , en mars
dernier.
-
Une surface minimale est , également, indispensable : 150 à 200m2 sont conseillés pour un
groupe de 10 à 15 malades
-
Les locaux comprendront une grande pièce aménagée et modulable en plusieurs secteurs ;
repas, activité, repos
-
Une pièce pour l’accueil des familles ou pour des temps de prise en charge individuelle
-
Des installations sanitaires permettent de pallier les problèmes d’incontinence
-
L’accès à un jardin sécurisé est un plus indéniable.
Globalement, l’architecture de notre service répond à ces critères. Nous avons installé, en plus, une
cuisine dite « américaine », ouverte sur l’espace de vie qui incite les personnes accueillies à retrouver
les gestes d’un quotidien antérieur : installation du couvert, essuyage de la vaisselle, préparation de
gâteaux à partager lors du goûter…
Un coin esthétique permet aux professionnels d’assurer, dans l’intimité, des soins de coiffure, de
massage du visage, des mains, les soins des ongles, le maquillage pour les personnes qui le souhaitent.
Une terrasse prolongée par un jardin sécurisé permet, dès les beaux jours, de prendre les repas dehors,
de planter et ramasser des fleurs, de cueillir les tomates ou les courgettes pour en faire des gratins,
d’avoir le plaisir de manger du raisin à même le pied de vigne…
4. cette étape concerne le personnel
:
Je laisse la parole au Pr. Marc Berthel, cité plus haut « combien, quelles qualifications, quel suivi ? Ce
sont les trois questions essentielles. Elles sont fondamentales dans la qualité du projet mais aussi dans
ses conditions de financement. On ne peut pas faire à la fois bien et pas cher. La qualité a forcément
un coût. »
Il continue : « Il s’agit d’accueillir des malades et de les aider avec compétence. Cela justifie la
participation de l’Assurance maladie. »
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Je crois, en effet, qu’il est essentiel que l’équipe se compose de professionnels compétents, animés par
la même volonté d’être acteur de la stabilisation, de la réadaptation et de l’amélioration de l’état des
personnes accueillies. Le personnel de l’accueil de jour et de l’HT a été choisi dans l’établissement ou
recruté , en fonction de sa formation, de ses qualités humaines, de sa motivation et sa disponibilité face
à la réalité de ces nouveaux résidants.
Le choix du responsable de ce service est primordial : il peut être infirmier, psychologue, l’essentiel de
sa compétence doit reposer sur ses capacités de coordination, d’analyse des situations médico-sociales,
sa maturité personnelle, son aptitude psychologique.
Nous avons fait le choix d’une psychologue qui correspondait aux critères ci-dessus. Elle accomplit sa
mission de psychologue coordonnatrice ( temps plein) à la fois au niveau de l’unité de vie, de l’HT et
de l’AJ dont elle anime l’équipe pluri-professionnelle.
Elle élabore avec l’équipe et le médecin coordonnateur les projets de soin et de vie individuels,elle
tient le rôle de personne ressource auprès des résidants et leurs familles tant pour les outils ou les
réponses à mettre en place pour améliorer la vie au domicile, que sur les prestations sociales
auxquelles ces personnes peuvent prétendre.
Elle est entourée de deux aide-médico psychologique, deux auxiliaires de vie, une animatrice. Nous
avons demandé, sur le budget 2005, un mi temps infirmier spécifique à l’accueil de jour.
( ratio créé par l’établissement : 0,55 ETP , financé par conseil général et assurance maladie à hauteur
de 0,30 ETP)
5
. Vient, enfin, le temps délicat et passionnant pour une équipe motivée de l’élaboration du
projet
d’accompagnement et des projets de soins et de vie individuels.
En ce qui concerne nos AJ et HT, la réflexion de l’équipe de préparation du projet s’est élaborée à
partir de son expérience, de ses formations, de ses rencontres avec des spécialistes.
Nous avions été particulièrement frappés par les notions développées par le Pr. Francois Cohadon,
neuro-chirurgien bordelais, spécialiste des « états de coma » qu’il rapproche beaucoup des « états de
démence » .
Dans les concepts développés par le Pr. F. Cohadon, nous avions plus particulièrement retenu celui de
la nécessité de préserver la conscience supérieure1)qui se construit dans la présence d’autrui. Mais
comment faire avec les personnes atteintes de troubles cognitifs ?
1) la conscience d’ordre supérieur permet de prendre du recul, d’élaborer le monde, de
prendre conscience de soi, d’avoir le sentiment d’être une personne unique et de se
représenter la continuité
Le Pr. Cohadon répond : « les moments de l’être où la conscience affleure doivent être recherchés, le
corps doit être utilisé comme « un chemin vers la conscience » ( Merleau-Ponty) car il est porteur
d’identité. »
« Les signes de communication humaine doivent continuer et produire du sens. Le « commerce des
signes » doit perdurer le plus longtemps possible »
« Si le sujet est celui qui pose un choix, il faut tout faire pour que l’autre existe encore en mettant en
place des « stratégies ».
C’est à ce compte, alors, que la prise en charge devient une relation thérapeutique, dans un des sens du
mot grec therapeuein : « l’ami qui accompagne, l’autre homme en face »
Le projet de vie et de soins proposé aux personnes accueillies tant dans l’AJ que dans l’HT, s’est
construit autour de ces grandes notions.
III.LE SERVICE AUJOURD’HUI
Ce service a une triple action :
Pour les personnes âgées désorientées :
Optimiser leurs capacités restantes en leur permettant de devenir à nouveau acteur de leur existence,
ce lieu de vie, d’expression de soi et de contact avec les autres favorise alors le soutien à domicile en
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offrant un relais supplémentaire à l’organisation qui y est déjà établie (Auxiliaire de Vie, IDE, portage
de repas à domicile…) ou que l’on peut aider à établir.
Pour leur familles
, épuisées et si souvent mises de côté par leurs pairs
« Je n’ai
plus d’amis car peut-être pensent ils que la maladie de ma femme est contagieuse »
Il permet également d’offrir un espace commun où l’appartenance au groupe et les points communs
vécus aident à informer, comprendre, solutionner, exprimer un quotidien lourd et épuisant.
Ce service offre également un « temps de répit » à l’aidant familial.
.
Pour les professionnels entre eux :
De pérenniser le partenariat en entretenant le lien, de faire circuler l’information, de s’offrir des
regards et compétences complémentaires, de tisser un réseau efficace d’action, d’écoute et de soutien
et de suivi des Personnes Agées en souffrance et de leur Famille.
Le Fonctionnement :
Implanté au coeur de la cité, au sein même de l’EHPAD du
« Bon Pasteur Sainte Germaine »
, ce
service d’
Accueil de Jour ET HT
bénéficie de la logistique technique et médicale de l’établissement
(hôtellerie, infirmière, médecin coordonnateur…) mais possède, nous l’avons vu plus haut, sa propre
identité architecturale en lien avec le reste de l’établissement.
Nous accueillons 10 personnes par jour du Lundi au Samedi, de 10H à 17H, au minimum une fois par
semaine et à journée fixe ce qui leur permet :
- à la fois d’inscrire un repère dans leur temps,
-
de réengager des liens sociaux souvent émoussés par l’entrée en dépendance.
Le transport :
Un service de transport nous permet d’aller chercher les personnes directement chez elles et de les
ramener le soir :70% des personnes accueillies utilisent ce service.
Sans ce service, de nombreuses personnes ne pourraient pas bénéficier de ces journées d’accueil et un
grand nombre d’entre elles resteraient isolées.
Même en ville, proposer « une tournée » parait
essentiel et doit faire partie en priorité du projet.
Le contact direct établi à ces moments là avec la famille par notre collègue est essentiel, il permet, de
s’informer des derniers évènements vécus par le couple ou la famille, de suivre l’état psychologique
de l’aidant principal et de rester vigilant quant à son humeur, moral ; de transmettre le résumé de la
journée écoulée ; d’offrir une présence qui restitue et fait partager ce qu’a vécu son parent permettant
alors de renouer la communication entre eux.
Au départ, nous possédions un seul véhicule qui permettaient de transporter 6 personnes. Répondant à
notre souhait, la Fondation Médéric Alz. et l’AG2R viennent de nous financer un second véhicule qui
augmente notre capacité de transport nous permettant à la fois de raccourcir le temps des
tournées,d’offrir ce service à un plus grand nombre de personnes, mais également de profiter de places
supplémentaires lors de nos sorties à l’extérieur pour inviter les aidants à vivre des moments avec nous
et leur parent.
La famille est presque toujours culpabilisée lorsqu’elle doit faire appel à un relais, souvent ressenti
comme un échec avoué à une prise en charge de plusieurs années seul.
Permettre aux familles de vivre et de continuer à participer à l’accompagnement de leur proche avec
nous ,nous parait essentiel .
Les temps d’animation :
Dans ce service, il nous est apparu nécessaire de réfléchir sur la dimension sociale et l’appartenance à
un groupe pour ces personnes désorientées, celles-ci en effet, luttent en permanence contre des
sentiments de frustration, d’inutilité, d’angoisse, d’insécurité existentielle. Tacher de réinscrire la
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Personne dans un groupe nous a semblé être une solution
pour atténuer les ravages psychiques
constamment aggravés par la sensation de solitude et d’isolement.
La confrontation aux autres est un excellent moyen de stimuler cette différenciation de l’individu, tout
en le sécurisant dans son appartenance à une unité sociale et sans annihiler son identité propre du fait
du petit groupe accueilli.
Les différents ateliers de stimulations proposés pendant ces journées d’accueil ont comme but
principal d’optimiser leurs capacités restantes et de maintenir leur autonomie (si minime soit-elle).
Ainsi en participant aux divers ateliers, en vivant et en partageant des moments de vie quotidienne les
personnes peuvent à nouveau se sentir actrices et vivantes.
L’isolement des personnes est rompu par ces rencontres régulières, s’effectuant autour des activités
« normales »de la vie quotidienne, chacun se sentant utile à sa façon, attendu même…..
En interne nous organisons des ateliers de stimulations cognitives, jeux de sociétés, activités
manuelles, chant, après-midi dansant, lecture, manucure/ esthétique…
Nous proposons aussi des sorties à l’extérieur : Visite de musées ou d’expositions, promenades dans
les quartiers d’origine des résidants, promenades dans les galeries marchandes et retrouvaille avec le
« lèche-vitrine », achat de fruits ou de légumes frais dans un marché afin de cuisiner des plats
traditionnels une fois rentrés dans le service, participation à des thés dansant organisés par les clubs du
troisième âge de la commune, visite à la bibliothèque et à la médiathèque toutes les semaines…
Cette ouverture , cet investissement de la cité comme lieu de vie et d’expression, quel que soit l’âge ou
le handicap, permet à la fois aux personnes accueillies de continuer à vivre en tant que citoyen acteur
et utilisateur des services, mais aussi pour les familles qui sont invitées lors de ces promenades,
d’appréhender et de considérer de manière plus positive leur parent et de pouvoir à nouveau les
ressentir comme « avant ».
Le soutien des professionnels
-Dés la réflexion du projet, nous l’avons dit précédemment, l’équipe de l’EHPAD s’est vue proposée
un engagement basé sur le volontariat.
Cette équipe s’est vue offrir des temps de paroles lors d’un travail avec une psychologue extérieure
pendant les 6 premiers mois de la mise en service de cette Unité de Vie.
Une formation autour de la technique de
« La Validation »
de
Naomi FEIL
,thérapeute américaine
leur a été proposé en 2004.
Une réunion hebdomadaire permet à cette équipe de construire et affiner, autour de la psychologue, le
projet de service, d’évaluer les projets individuels des résidants et de les réajuster.
. Le service dans un réseau vivant
- Nous sommes au sein d’un réseau Gérontologique local qui fonctionne de manière satisfaisante : un
lien fort avec les Centres Hospitaliers Universitaires, les Libéraux et les équipes gériatriques est
instauré déjà depuis quelques mois.
Nous orientons la plupart des familles vers les services de P.A.P.A Bouscat (Prévention Action Auprés
des Personnes Agées)afin qu’elles puissent bénéficier notamment du groupe d’aide aux aidants, des
entretiens avec l’animatrice du service…
La psychologue de l’établissement rencontre une fois par trimestre l’équipe de la Consultation
d’Evaluation Gériatrique de l’Hôpital Suburbain du Bouscat et de P.A.P.A Bouscat afin de faire le
point sur les personnes que nous suivons en commun.
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Evolution de la maladie, participation aux ateliers, intégration dans le groupe, pertinence et légitimité
d’un tel accueil, pointage des limites d’accompagnement face à un cas particulier, accompagnement
des familles sont les différents points abordés avec cette équipe. Echanger les réflexions, pouvoir faire
appel à des personnes ressources, confronter nos opinions et expériences permet d’affiner et de
personnaliser notre prise en soin quotidienne.
Les familles informées de notre travail en réseau sentent ainsi se tisser autour d’elles du lien qui
favorise des prises de décision plus efficaces et mieux adaptées aux situations individuelles
Le travail de lien avec le domicile :
Après un premier contact établi souvent par téléphone et l’envoi d’un dossier de pré inscription, la
Psychologue Coordonnatrice se déplace au domicile de la personne intéressée afin de la rencontrer
avec sa famille. Cette rencontre permet de récupérer le dossier envoyé et de récolter des informations
quant aux habitudes de vie, à l’anamnèse et aux intervenants gravitant autour de la personne âgée
(IDE, auxiliaire de vie, professionnels médicaux et paramédicaux...).
Un compte rendu est ensuite transmis à l’équipe de l’AJ et HT afin de leur permettre d’identifier la ou
le futur résidant.
Ce lien amorcé est entretenu lors de la journée d’essai proposée systématiquement et qui permet :
-à la personne accueillie de faire sa propre opinion des services rendus, des relations avec les
autres résidents et l’équipe.
-à l’équipe d’élaborer des objectifs d’accueil adapté à ses capacités restantes et à ses goûts à
court et long terme afin de rendre cohérent son accompagnement.
-à la famille de visualiser les lieux et de faire connaissance avec l’équipe.
Un bilan, établi par la psychologue en collaboration avec le médecin coordonnateur est transmis une
fois par trimestre au médecin généraliste ainsi qu’à tous les acteurs du réseau prenant en charge la
personne afin de transmettre un suivi de son intégration dans la structure et d’évaluer les objectifs mis
en place à son arrivée concernant sa « prise en soin » et son accompagnement.
Il nous paraît nécessaire de préciser ici que notre engagement en faveur du maintien à domicile des
résidants accueillis dans ce service, se fonde sur l’idée qu’aucune structure si organisée soit-elle, ne
peut apporter seule un accompagnement global à la personne et à sa famille. L’ouverture vers
l’extérieur, la confrontation aux autres professionnels et le partage des compétences et champ d’action
nous permet au quotidien de respecter l’être humain dans sa totalité en prenant en compte sa
spécificité
S’il est un mot apte à rendre compte de manière synthétique du travail accompli, c’est bien celui
d’échange.....Echanges toniques, riches, douloureux, intimes toujours stimulants. L’échange
procède de la différence, cette différence permet le recul par rapport aux positions individuelles.
L’échange met en relation, il ouvre une porte…Il représente pour nous une nécessité
incontestable à l’avancée.
IV.PERSPECTIVES VOIRE PROSPECTIVE , MAIS PAS CONCLUSION…
Il y a encore peu d’AJ et d’HT temporaire en Aquitaine. Il m’a semblé nécessaire d’interroger
d’autres promoteurs, porteurs de tels projets dans la région. J’ai demandé à deux collègues,
directeurs de même service que le notre, fonctionnant l’un en gironde et l’autre dans les
Pyrénées Atlantiques, ce qui,à partir de leur expérience, leur apparaissait important à vous
communiquer en termes de difficultés repérées, de réflexions et de questionnement.
-
l’HT est un service qui fonctionne , dès son ouverture, à son activité maximale : pour l’HT de
Pau comme celui de Ste Germaine, le taux de 95% a été atteint très rapidement, et en tout cas,
dès la première année de fonctionnement. Nous suggérons aux financeurs de tarifer un prix de
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journée tenant compte des investissements nécessaires à cet accueil : achat de mobilier par
exemple , ainsi que personnel hôtelier spécifique.
-
La problématique de l’AJ est plus complexe :
-
Nous constatons tous que les premiers mois nécessitent une information et une communication
importante vis à vis des éventuels bénéficiaires . Cette information doit se faire par le biais des
médecins généralistes, des spécialistes, des services et des professionnels intervenants au
domicile, des services de gériatrie.Pour notre part nous avons réalisé une plaquette envoyée à
toutes les personnes concernées et répertoriées , avant même l’ouverture de l’AJ.
Le service de Pau, ouvert quelques mois avant nous, fonctionne actuellement à 80% de sa
capacité, nous sommes à 100% depuis seulement octobre dernier. Pour atteindre ce taux, il est
nécessaire d’avoir une file active de 40 personnes : cette file ne se construit pas en quelques
semaines, les financeurs doivent être attentifs à cet aspect et soutenir les déficits des premiers mois
de fonctionnement.
Les frais liés au transport aller-retour nécessitent, également, un effort des tarificateurs : ils sont
certes financés, en partie, par l’APA , mais cette part reste largement insuffisante par rapport au
coût réel de la prestation.
Mais la question essentielle est certainement posée par notre collègue dont l’AJ.autonome ne
bénéficie pas de la logistique d’un EHPAD, comme les accueils de Bruges et de Pau : « que
veulent les pouvoirs publics en matière d’AJ, nous ne le savons pas vraiment, et chacun doit
défendre son projet devant l’autorité compétente qui a elle- même sa propre définition et surtout
ses propres contingences financières. Où et comment les structures autonomes peuvent-elles se
placer ? »
Ma collègue poursuit : « Est-ce que l’accde j ou l’acT est une simple garderie ? C’est ce que nous ,
nous refusons de faire. Nous avons défini un projet de structure avec du personnel qualifié, une
animation et un quotidien constamment tourné vers la prévention de la dépendance et le
ralentissement des effets de la maladie. Est ce le cas pour tous ? Et, surtout, quels moyens nous
donne-t-on ? ».
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