Enluminures, Enlumineurs

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Le Moyen Age occupe une place privilégiée dans notre imaginaire: pour tout un
chacun il est l'époque bénie des enluminures et des enlumineurs, des chevaliers et
des cathédrales.
L'esprit s'envole vers les scriptoria sombres des couvents et nous avons la vision de
cohortes de moines courbés sur leurs pupitres. Le Nom de la Rose se rappelle à
nous et impose sa vision.
Publié le : samedi 27 juin 2015
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«Les plus beaux manuscrits enluminés du Sud-Ouest s'exposent au musée des Augustins»
C'est une exposition exceptionnelle... Le musée des Augustins de Toulouse présente jusqu'au 16 février 2014 les plus beaux manuscrits enluminés conservés dans le Sud-Ouest depuis le Moyen-Age. On y trouve près de 80 textes anciens sur parchemin ou sur papier.
Scriptorium. Libro de los juegos, XIII ème siècle, monastère de l'Escorial.
Le Moyen Age occupe une place privilégiée dans notre imaginaire: pour tout un chacun il est l'époque bénie des enluminures et des enlumineurs, des chevaliers et des cathédrales. L'esprit s'envole vers les scriptoria sombres des couvents et nous avons la vision de cohortes de moines courbés sur leurs pupitres. Le Nom de la Rose se rappelle à nous et impose sa vision.
Mais l'enluminure est aussi un travail qui se fait hors les murs des couvents dans des ateliers de laïcs regroupés selon leurs spécialités à partir du XII ème siècle quand la demande se fait plus importante et qu'elle provient de mécènes laïcs: ainsi à Toulouse dans la rue Pargaminière, on trouve des marchands de parchemin, cette peau qui vient dePergamed'oùPergamênê, «peau qui vient de Pergame »,mais aussi des ateliers, des marchands de pigments, de brosses et de pinceaux, de racloirs et de mines de plomb. Tout un peuple d'artisans spécialisés, des hommes et des femmes aussi :
Femme peintre:
Autoportrait sur bois Boccace, Le livre des clercs et nobles dames, XV ème siècle.
..... maniant pinceaux et couleurs, à la recherche de matériaux rares et précieux: l'or, les rouges.....
Ils sont confrontés dans les temps de la fin du Moyen Age et de la Première Renaissance aux même problèmes que les peintres de tableaux: retrouver les principes de la perspective, exprimer les plans à différentes échelles, donner du volume et de la profondeur.
Guillaume Jouvenel des Ursins visitant un enlumineur dans son atelier Mare Historium, BNF Lat 4915 fol 1.
Enluminer veut dire donner de la lumière, ouvrir une fenêtre sur un texte, le rendre immédiatement sensible aux yeux et à l'esprit. Les images, choisies dans le corpus de l'imagination collective, raniment le souvenir d'une histoire familière: les rois mages suivant l'étoile, l'âme d'Abraham s'envolant, la Vierge recevant l'ange Gabriel, Marie et Joseph à Bethléem.
Adoration des Rois mages, manuscrit enluminé du XIVe siècle
Le lecteur lettré savoure la finesse de l'illustration, se voit avec orgueil représenté comme donateur au pied de la Vierge ou du Christ. Il a demandé à ce que soit personnalisé peut-être le seul livre qu'il possède et a choisi dans l'atelier les illustrations. Il a écouté l'enlumineur, lerubriquier,il a
comparé avec d'autres œuvres produites dans l'atelier. Il sait que « miniature » vient du latinminium, rouge. Plus tard, le mot désignera toute représentation de très petite taille.
Le Donateur présente la bible au roi de France Charles V, Paris 1371, Jean Bondol, (La Haye, Museum Meermanno-Westreenianum). Le conseiller de Charles V, dit le Sage, ayant à l’esprit les penchants bibliophiles de son souverain, avait fait réaliser un condensé de la bible en vers, avec 269 illustrations. Le roi y fit ajouter une page de titre sur laquelle son peintre de cour, Jean Bondol de Bruges, avait peint de sa propre main la remise de l’ouvrage. Sont rendus avec une grande exactitude la tête surdimensionnée et le long nez du roi, le visage pâle de cet érudit et juriste qui n’a rien d’un chevalier, la posture voûtée d’un corps chétif.
L'illettré sait se repérer dans le texte et sait de quoi il va être question même s'il ne sait pas déchiffrer le texte. Il admire les couleurs, la finesse des personnages et des décors quand il prête serment sur le livre « juré » de sa commune ou qu'il consulte le livre « ferré » de Cordes. Car même s'il appartient à un groupe social aisé, l'homme du Moyen Age n'est pas un lecteur habile. S'il sait lire, il sait lire un peu; la plupart du temps il ne sait pas lire du tout. Il sait lire les majuscules mais peine sur la longueur. Ou bien la main du scribe est particulièrement difficile à comprendre. L'acte de lire n'est pas aussi « naturel » que dans nos sociétés où il semble aussi spontané que la respiration. Ce en quoi nous faisons erreur.
Les Très Riches Heures du Duc de Berry, L'hiver
 Enluminer c'est raconter des histoires à l'intérieur d'un tout petit cadre, donner de la profondeur, inventer des paysages, faire entrer des montagnes dans une lettre. Imaginez la précision, la minutie du geste. Et pas question de gâcher le parchemin, ou le vélin précieux; il faut maîtriser sa main, bloquer sa respiration, ne pas gâter l'or de son souffle et apposer d'un geste à la fois sûr et prudent les couleurs.
 Enluminer: dans la rondeur d'une lettre, étirée, tronquée, parée, installer Isaïe, Jésus, Saint Louis, une ville, un palais. Parfois les lettres prennent du relief, s'ornent de feuilles d'acanthe, de cornes d'abondance. Le lettre devient un animal ondoyant et fantastique, elle se fait arche et s'ouvre sur des paysages immenses. L'enlumineur se spécialise dans les lettres, les lettrines.
LeLivre de Kells(Book of Kells en nglais: Leabhar Cheanannai en irlandais , également connu sous le nom deGrand Évangéliaire de saint Colomban, est un manuscrit illustré de motifs ornementaux et réalisé par de moines de culture celtique vers l'an 820.
 Enluminer: se pencher, courber le dos, choisir les mines, les pinceaux, les pots de couleur, tracer le cadre. Saisir la loupe, plonger son regard dans le verre trouble, et assurer sa main pour poser le trait, la couleur.
 Enluminer: travailler à plusieurs sur un espace si réduit: le spécialiste de la lettre, le peintre des personnages, des visages, des mains, celui des villes et des montagnes. Enluminer pour rendre sacré le mot, enluminer pour éclairer le texte.
SOURCES:
 Catherine Calvel.
Petite Histoire des métiers à Toulouse http://web.actoulouse.fr/automne_modules_files/standard/public/p7567_02e2f5bb07 b0e4e055ae82b85f34b867metiers_toulouse.pdf
Hérodote L'âge d'or du livre Manuscrits médiévaux et enluminures, Isabelle Grégor.
http://www.herodote.net/L_age_d_or_du_livre-synthese-1873.php
L'art de l'enluminure et de la calligraphie
http://www.maisondupatrimoine-enbroceliande.com/files/467/dossier_enluminure_a_diffuser.pdf
La tribune de l'art http://www.latribunedelart.com/tresors-enlumines-des-musees-de-france
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