Langonnet sous la Révolution

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Citoyens, Jamais les chouans ne se sont plus multipliés dans nos parages et n’ont montré plus de desseins   hostiles que dans ce moment. Les versements d’armes ont été faits impunément sur nos côtes par   les anglais. Les chouans se les sont procurés de même impunément. Il en passe des cohortes   nombreuses journellement sur notre territoire. Lundi près Le Faouët, sur la route de Gourin,   trois cent de ces scélérats attaquèrent un faible détachement de notre garnison, parmi lequel se   trouvaient plusieurs patriotes. Ils ont tué un caporal républicain et le citoyen Pierret, un de nos   meilleurs   concitoyens,   et   sont   allés   ensuite   au   bourg   de   Langonnet   où   ils   ont   fait   des  réjouissances scandaleuses et dignes de gens aussi féroces. Dans la même nuit des transports considérables d’armes ont passé par les communes de Lignol,  Ploërdut et Priziac. Le capitaine chef de canton de chouans Duchélas de Langoëlan protégeait   ces transports avec plus de 900 hommes bien armés.  Hier   soir,   trois   cent   hommes   du   même   parti,   aussi   bien   armés   et   provenant   des   derniers   débarquements. Il y a parmi ces bandes beaucoup de déserteurs de troupes. On croit même qu’il   ères’y trouve des troupes étrangères et beaucoup de jeunes gens de la 1  réquisition.
Publié le : lundi 18 mars 2013
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LANGONNET
COMMUNE REBELLE
SOUS LA REVOLUTIONPierre Yves QUEMENER
LANGONNET
SOUS LA REVOLUTION
2Des rencontres, des paysages, des cultures  
3Invitation au voyage
Citoyens,
Jamais les chouans ne se sont plus multipliés dans nos parages et n’ont montré plus de desseins  
hostiles que dans ce moment. Les versements d’armes ont été faits impunément sur nos côtes par  
les anglais. Les chouans se les sont procurés de même impunément. Il en passe des cohortes  
nombreuses journellement sur notre territoire. Lundi près Le Faouët, sur la route de Gourin,  
trois cent de ces scélérats attaquèrent un faible détachement de notre garnison, parmi lequel se  
trouvaient plusieurs patriotes. Ils ont tué un caporal républicain et le citoyen Pierret, un de nos  
meilleurs   concitoyens,   et   sont   allés   ensuite   au   bourg   de   Langonnet   où   ils   ont   fait   des 
réjouissances scandaleuses et dignes de gens aussi féroces.
Dans la même nuit des transports considérables d’armes ont passé par les communes de Lignol, 
Ploërdut et Priziac. Le capitaine chef de canton de chouans Duchélas de Langoëlan protégeait  
ces transports avec plus de 900 hommes bien armés. 
Hier   soir,   trois   cent   hommes   du   même   parti,   aussi   bien   armés   et   provenant   des   derniers  
débarquements. Il y a parmi ces bandes beaucoup de déserteurs de troupes. On croit même qu’il  
ères’y trouve des troupes étrangères et beaucoup de jeunes gens de la 1  réquisition. Les 300 qui 
ont passé hier soir à Langonnet étaient presque tous du Finistère. Nous ne savons positivement 
quel doit être le point de leur réunion mais de pareils rassemblements qui se forment autour de  
nous demandent plus que jamais notre surveillance et un concert fraternel entre les autorités 
constituées pour déjouer les complots de nos ennemis.
C’est par des avis fréquents envoyés de place en place et les marches combinées des troupes  
républicaines que nous pourrons parvenir à sauver notre malheureux pays des fléaux désastreux 
de la guerre civile. Nous avons rempli notre tâche civique en vous adressant ces renseignements.  
Nous pensons que vous déterminerez le général Quantin à nous donner assez de troupes dans ce  
pays pour purger notre territoire des monstres qui le désolent.
Salut et fraternité.
Le tableau brossé par les administrateurs du district du Faouët en ce début du mois d’avril 1796 
est peut­être quelque peu exagéré, il témoigne néanmoins de l’intensité du conflit qui oppose 
depuis   plus   d’un   an   les   tenants   de   la   république   aux   contre­révolutionnaires   dits   chouans, 
partisans d’un retour aux institutions de l’ancien régime. Le pays du Faouët est en proie à la 
guerre civile. Pillages, exécutions sommaires, actes de représailles se succèdent sans interruption. 
D’un côté les « patriotes », de l’autre les « royalistes ».
Cinq années à peine après les débuts de la révolution, la jeune république est au plus mal. Et 
pourtant en 1789 qui aurait pu dire que les évènements allaient évoluer de la sorte ? D’ailleurs, en 
ce début d’année 1789 il n’était même pas question de révolution…
Mais au fait, quelle image a­t­on aujourd’hui d’une révolution ? Des manifestations monstres qui 
durent et qui s’amplifient de jour en jour, des émeutes dans les rues, des scènes de violence qui se 
multiplient jusqu’à ce que le gouvernement honni cède et laisse la place aux révolutionnaires. En 
Occident les révolutions se font dans les villes. En Amérique du Sud, en Chine ou en Russie les 
révolutions ont sans doute un autre visage. Que s’est­il passé en France en 1789 ? A peu près rien 
4de tout cela. Tout ou presque s’est déroulé à Versailles et à Paris : la réforme des institutions est 
le fruit des débats de l’assemblée des Etats Généraux. Les émeutes ont été sporadiques. Il n’y a 
pas   eu   de   soulèvement   populaire   général,   pas   d’affrontements   féroces   avec   les   forces 
gouvernementales, pas d’insurrections réprimées dans le sang. La révolution française de 1789 a 
été relativement non violente.
La violence est venue ensuite. Elle est tout d’abord le fait de factions révolutionnaires rivales qui 
tentent   d’éliminer   l’adversaire.   Il   a   fallu   plus   tard   réprimer   les   mouvements 
contre­révolutionnaires qui se sont développés dans le pays à partir de 1793 et qui perdureront 
dans l’Ouest pendant plusieurs années.
Dans les villes de province la réforme en profondeur des institutions, la destitution du roi et 
l’instauration   de   la   république   ont   trouvé   un  écho   largement   favorable.   Les   citadins   ont 
majoritairement soutenus la révolution. Depuis des années, les idées nouvelles circulaient dans 
les villes et le besoin de changement était devenu vital. Les populations des campagnes par contre 
n’étaient pas préparées à tous ces bouleversements. Ce sont elles qui vont rejeter massivement la 
révolution   et   provoquer   une   guerre   civile   qui   ne   s’achèvera   qu’à   l’arrivée   au   pouvoir   de 
Bonaparte.
En Bretagne, l’opposition entre villes et campagne est flagrante. Les petites villes comme Le 
Faouët et Gourin sont des îlots républicains isolés au milieu d’un océan royaliste. Les patriotes 
des campagnes se réfugient dans les villes alors que les compagnies de chouans font régner leur 
loi sur tous les bourgs avoisinants.
A Langonnet, la population va soutenir majoritairement les contre­révolutionnaires, à tel point 
que pour les administrateurs du district du Faouët, Langonnet est en 1795 la  commune rebelle 
qu’il faut mettre au pas. Cela ne se fera pas sans mal. Et pourtant, lorsque la paix sera revenue, ce 
sera paradoxalement l’ancien capitaine chouan de la commune que le préfet va nommer à la tête 
de la mairie…
Voici l’histoire de Langonnet sous la Révolution. 
51789
Les cahiers de doléances
L’affaire importante dans toutes les paroisses du royaume en ce début d’année 1789 est la 
rédaction de ces fameux cahiers. Depuis plusieurs années le pays vit une crise financière grave. 
Les caisses de l’état sont vides et plusieurs tentatives du gouvernement de Louis XVI visant à 
lever de nouveaux impôts ont provoqué des émeutes suffisamment importantes pour que le roi se 
décide à convoquer les Etats Généraux du royaume à Versailles en 1789, ce qui ne s’était plus fait 
depuis le règne d’Henri IV.
Une copie de sa convocation circule à travers tout le pays :
De par le Roi, notre aimé et féal.
Nous avons besoin du concours de nos fidèles sujets pour nous aider à surmonter toutes les  
difficultés où nous nous trouvons relativement à l’état de nos finances, et pour établir, suivant 
nos vœux, un ordre constant et invariable dans toutes les parties du gouvernement qui intéressent 
le bonheur de nos sujets et la prospérité de notre royaume. Ces grands motifs nous ont déterminé  
à convoquer l’Assemblée des Etats de toutes les provinces de notre obéissance, tant pour nous 
conseiller et nous assister dans toutes les choses qui seront mises sous nos yeux, que pour nous  
faire connaître les souhaits et doléances de nos peuples, de manière que par une mutuelle 
confiance et par un amour réciproque entre le souverain et ses sujets, il soit apporté le plus  
promptement possible un remède efficace aux maux de l’Etat, que les abus de tout genre soient  
réformés et prévenus par de bons et solides moyens qui assurent la félicité publique et qui nous  
rendent à nous particulièrement, le calme et la tranquillité dont nous sommes privés depuis si  
longtemps.
Donné à Versailles, le 24 janvier 1789.
On le voit, un changement de régime politique n’est nullement envisagé. Par contre, la mission 
confiée aux Etats Généraux dépasse le cadre d’une simple réforme fiscale, les représentants des 
provinces devront proposer au roi des solutions pour que les abus de tout genre soient réformés. 
Par le biais des cahiers de doléances il s’agit de faire une synthèse des revendications de toutes 
les couches de la population française, et de voir ensuite de quelle manière il sera éventuellement 
possible de les satisfaire. Dans chaque ville et village de France les membres du Tiers Etat 
(hommes de 25 ans et plus, domiciliés dans la paroisse et inscrits sur le rôle des impositions) vont 
s’atteler à la rédaction de leur cahier, souvent avec la participation des membres du clergé de la 
paroisse. Ils doivent également désigner les délégués chargés de porter le cahier de la paroisse au 
siège de la sénéchaussée royale dont elle dépend. Les délégués des différentes paroisses devront 
ensuite établir une synthèse de tous les cahiers de la sénéchaussée en vue des débats de la 
prochaine assemblée des Etats Généraux devant se tenir à Versailles dans le courant du mois de 
mai 1789.
Des modèles de cahiers sont établis dans les principales villes de Bretagne. Ils circulent de bourg 
en   bourg   et   on   retrouve   ainsi   une   certaine   homogénéité   entre   les   différents   cahiers.   Les 
revendications concernent bien sûr la fiscalité mais aussi le régime seigneurial et ses privilèges, le 
fonctionnement de la justice et le traitement de ses fonctionnaires, etc…
6L’assemblée des paroissiens de Langonnet s’est tenue dans le cimetière du bourg le lundi 30 mars 
1789 à la suite de l’assignation faite au prône de la grand­messe de la veille.  Le cahier, rédigé par 
Nicolas   Yves   Le   Clech   greffier,   tient   sur   deux   pages   et   contient   onze   articles.   A   titre   de 
comparaison celui de Gourin comporte 20 articles développés sur neuf pages, celui de Guiscriff 4 
articles, celui du Saint 11 articles, celui de Leuhan 12 articles, tandis que celui du Faouët en 
comporte 92. Les Langonnetais ont évité les redites superflues : l’article 1 stipule qu’ils adhèrent 
eraux articles 1 , 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 15 et 16 des sentiments de Messieurs les officiers du siège 
royal de Gourin en date du 12 janvier 1789. Il pourrait s’agir du modèle de cahier établi à Gourin 
mais je ne l’ai pas retrouvé aux Archives Départementales. L’annonce de l’ouverture des Etats 
Généraux avait été annoncée par le roi le 5 juillet 1788 et dès la fin de l’année des travaux 
préparatoires avaient été mis en chantier dans différentes provinces. En conclusion à leur cahier, 
les commissaires de Gourin déclaraient à cet égard  adhérer aux réclamations consignées aux 
délibérations prises en l’Hôtel de Ville de Rennes les 22, 24, 25, 26 et 27 décembre 1788. Ce 
texte a été rédigé par les représentants du Tiers Etat breton à l’occasion de l’ouverture des 
derniers Etats de Bretagne qui se sont tenus à Rennes du 29 décembre 1788 au 3 janvier 1789. 
Bon nombre de cahiers bretons se sont inspirés de ce cahier initial et il est vraisemblable que le 
modèle établi à Gourin le 12 janvier soit dans ce cas. Ce cahier posait les règles de négociation 
souhaitées par le Tiers en vue des prochains Etats Généraux, dans le contexte d’un conflit 
d’intérêts notoire entre les différents ordres. On y précisait entre autres :
1° Qu’on voterait dès l’ouverture des Etats par têtes et non par ordres,
2° Que le Tiers s’abstiendrait de délibérer sur toutes affaires quelconques avant d’avoir obtenu 
l’égalité d’impôt et de représentation.
 Ce cahier de référence ne correspond sûrement pas au cahier final de Gourin car celui­ci contient 
au moins un article ­ le n° 9 ­ relatif aux juridictions seigneuriales en total désaccord avec l’article 
11 du cahier de Langonnet. Ces préoccupations se retrouvent par contre dans les articles 1 à 11 du 
cahier du Faouët. Nous y reviendrons plus loin. 
Voici une transcription du cahier des doléances de Langonnet :
Les habitants roturiers de la paroisse de Langonnet et sa trève de la Trinité, assemblés ce jour,  
trente mars mille sept cent quatre vingt neuf,au nombre de huit cent dans le cimetière de la dite 
paroisse, aux fins d’assignation prônale de hier, pour procéder tant à la rédaction d’un cahier de 
leurs plaintes et doléances aux états généraux, qu’à l’élection de huit députés pour porter le dit  
cahier en la sénéchaussée royale de Gourin le troisième jour des présents mois et en suivant  
l’assignation qui leur a été donnée par l’acte (de) notification des lettres de convocation du  
souverain aux dits états généraux. Sont unanimement tombés d’accord sur les objets et articles  
qui suivent.
er  ­   erArt. 1 Ils adhèrent aux articles 1 , 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 15 et 16 des sentiments des m.m.  
officiers du siège royal de Gourin, en date du 12 janvier 1789.
Art. 2 ­ Ils demandent que les rolles des impôts soient faits et rédigés de l’avis des égailleurs  
nommés à cette fin par le général de chaque paroisse et par tel commissaire qu’il élira pour les 
faire et rédiger, que la rédaction en soit faite en chaque paroisse, et que copie en soit délivrée  
sans déplacer aux égailleurs.
Art. 3 ­  D’avoir la liberté de disposer des bois qui sont sur les domaines, comme les ayant  
plantés, nourris, conservés dans leurs terres.
Art. 4 ­ Que les eaux de vie soient distribuées à un prix égal à tous les sujets du Roy dans la  
province.
Art. 5 ­ Que le corps des ponts et chaussées soit supprimé et qu’il y soit pourvu d’une manière  
moins onéreuse.
Art. 6 ­ Que les corvées soient réduites à celles prescrites par (les) coutumes de la province et  
établies par les titres.
7Art. 7 ­  Que chaque sujet ait la liberté de faire moudre son grain de consommation dans tel  
moulin  qu’il  jugera  à  propos,  ayant été  jusqu’à  présent  (soumis)  au  vol  et au  pillage  des  
meuniers des moulins auxquels ils font  mouture.
Art. 8 ­  Que tous les seigneurs à qui il est dû rente en grain la perçoive en espèce et qu’ils 
n’aient point l’option de la percevoir autrement.
Art. 9 ­ Qu’il soit fait un règlement certain des mesures de chaque seigneur pour la perception  
de leur rente en grain, d’aune, pot, chaupine, balances et autres choses semblables.
Art. 10 ­ Qu’il n’y ait point d’incompatibilité pour l’exercice des offices de notaire et procureur,  
l’une étant sans l’autre insuffisante pour faire subsister et vivre l’officier qui en est pourvu.
Art. 11 ­ Que les seigneuries de seigneurs soient continuées dans leurs exercices accoutumés et 
leurs ordinaires comme étant moins coûteuses aux vassaux tant pour y plaider qu’à cause des 
journées et droits du greffe qui sont infiniment moins forts que ceux d’une juridiction royale.
Ce sont les plaintes, doléances et représentations que font les habitants roturiers de la paroisse  
de Langonnet et trève à leur souverain et seigneur Roy, par les voix et organes des députés par  
eux ci­après dénommés pour présenter un double du présent à m.m. les juges du siège royal de  
Gourin, l’autre étant déposé aux archives de la dite paroisse. Fait et arrêté au cimetière de la 
paroisse   de   Langonnet   sous   les   seings   des   maîtres   Yves   Le   Clech   avocat   au   parlement   et  
procureur fiscal de la juridiction de Langonnet, d’autre maître Nicolas Yves Le Clech notaire 
royal,   de  Thomas  Le   Clech,  de   René   Broustal,   d’Yves   Peron,  d’Yves  Le   Bihan,   de   Michel  
Beauropers, chacun pour soi, et de François Hamon pour Barthélemy Le Dü qui a déclaré ne  
savoir signer. Les dits jours et an que devant.
Signatures (le   bas   de   page   est   déchiré)   :   Yves   Peron,   R.   Broustal,   Y.   Le   Bihan,   Michel  
Beauropers, Le Clech, Le Clech fils greffier
On   remarque   tout   d’abord   que   l’affaire   a   suscité   un   véritable   engouement  à   Langonnet 
puisqu’elle   a   rassemblé   800   personnes   environ,   sur   une   population   totale   de   3200   pour   la 
paroisse.
L’église de Langonnet et son cimetière vers 1950
8Quelques précisions sur l’état­civil des huit délégués de la paroisse :
• Yves Le Clech, 65 ans, veuf, de la Villeneuve du Bois, avocat au parlement et procureur fiscal 
de la juridiction abbatiale de Langonnet.
• Nicolas Yves Le Clech, 31 ans, célibataire, fils du précédent, notaire royal au bourg.
• Thomas Le Clech, 53 ans, marié, demi­frère du premier nommé, laboureur à Kergréach.
• René Broustal, 34 ans, marié, laboureur à Kerfraval.
• Yves Péron, 34 ans, marié, laboureur à Coataudren.
• Yves Le Bihan, 41 ans, marié, laboureur au Ninijou.
• Michel Beauropers, 29 ans, marié, laboureur à Guernougal.
• Barthélemy Le Du, 42 ans, marié, laboureur à Kermat (trève de la Trinité).
Il est vraisemblable que la plupart d’entre eux faisait alors partie du conseil général de la paroisse, 
communément appelé le « Général » ou le « conseil de Fabrique ». Ce conseil était composé 
d’une douzaine de membres élus ou cooptés plus trois membres de droit (le recteur, le sénéchal 
seigneurial et le procureur fiscal). Ses attributions étaient les suivantes :
- gérer les finances de la Fabrique pour l’administration des biens de la paroisse,
- nommer les égailleurs chargés de répartir les impôts sur les contribuables de la paroisse, et 
les collecteurs chargés de leur bon encaissement,
- subvenir aux besoins des plus pauvres.
L’une   des   premières   réformes   de   l’Assemblée   Constituante   va  être   la   refonte   totale   des 
circonscriptions administratives (départements, districts, cantons et communes) et la création 
d’organes   de   gestion  à   tous   les   niveaux.   Pour   les   paroisses   les  conseils   municipaux  se 
substitueront naturellement aux Généraux et l’on retrouvera le plus souvent dans les premiers les 
anciens membres des seconds, à savoir les notables et les paroissiens les plus aisés.
A Langonnet, six des huit délégués chargés de représenter la paroisse à Gourin sont laboureurs. Il 
s’agit de paysans instruits (et donc aisés) car tous savent signer, à l’exception de Barthélemy Le 
Du, qui donne procuration à François Hamon pour signer à sa place. Les deux autres délégués 
(Yves Le Clech et son fils Nicolas Yves) sont des hommes de loi. Il n’y a aucun marchand. Les 
différents articles du cahier des doléances de la paroisse reflètent parfaitement l’origine sociale 
des rédacteurs.
Du fait de la reprise à l’article 1 de onze articles « standard » inclus dans le cahier modèle de la 
sénéchaussée, nous pouvons considérer que tous les autres articles correspondent réellement à des 
souhaits particuliers des habitants de Langonnet. Voyons cela en détail.
L’article   2   traite   de  la   répartition   des   impôts  entre   les   contribuables   de   la   paroisse.   Les 
Langonnetais souhaitent la stricte application des attributions du Général de la paroisse, à savoir 
la  nomination  des égailleurs  par  ce  conseil.  Doit­on  en  déduire  que  les  avis  des égailleurs 
n’étaient pas toujours respectés ? Que certains contribuables bénéficiaient d’exonérations fiscales 
injustifiées ? Quoiqu’il en soit, les Langonnetais veulent conserver la maîtrise de la répartition 
fiscale.
L’article 3 aborde le problème du domaine congéable
Le domaine congéable était un type de contrat entre propriétaire terrien et exploitant agricole très 
fréquent   en   Basse   Bretagne.   Le   tenancier   (celui   qui   exploite   une   « tenue »)   paie   une   rente 
annuelle au propriétaire pour le loyer du sol, versée en général à la Saint Michel, mais tous les 
9bâtiments   et   améliorations   (fossés,   talus,   engrais,   etc…)   ainsi   que   les   arbres   fruitiers   lui 
appartiennent en propre, du moins tant que le propriétaire du fonds ne résilie pas le contrat. Dans 
ce cas le propriétaire du fonds doit reverser au tenancier le prix des édifices et superficies. Ces 
indemnités étaient généralement élevées et de ce fait les résiliations étaient rares et les tenanciers 
pouvaient ainsi transmettre leurs biens sur plusieurs générations, ou même les louer à d’autres 
tenanciers (appelés dans ce cas  fermiers). Ce système a largement contribué à l’émergence de 
paysans aisés. Tous les laboureurs cités plus haut en ont sans doute profité. 
A qui appartenaient les terres de la paroisse ? 
Essentiellement à l’abbaye. Le Terrier Royal de Bretagne nous donne le détail des biens de 
l’abbaye de Langonnet en 1684 : en surface cela représente un peu plus de la moitié de la 
superficie de la paroisse, la plus grande partie au nord d’une ligne partant de l’abbaye vers le 
bourg de Langonnet, en passant par les villages du Harlay, St Brandan, Guernegal et Kerivoal. 
Pour cette partie nord il faut enlever les villages de Runello, Ninijou et les environs, Kerlebihan, 
Penker Goff et quelques autres villages. L’abbaye possédait en outre quelques terres au sud du 
bourg de Langonnet et d’autres sur Le Faouët, ainsi que le bois de Conveau et des tenues dans les 
paroisses voisines.
Elle était également propriétaire de nombreux moulins : le moulin du bourg, le moulin Baëron, 
ceux de Kerantonz, de Conveau (Gourin), de Kerourgan (Plouray), etc…
Toujours   d’après   le   Terrier   Royal   nous   avons   la   répartition   des   terres   restantes   entre   les 
èmedifférentes seigneuries à la fin du 17  siècle :
Les  Kerguz,   seigneurs   de   Kerstang   en   Gourin,   possédaient   une   quinzaine   de   villages   et  à 
l’extrême sud de la paroisse et du côté de Runello (par l’héritage d’Hélène Thérèse de Kergoat, 
dame de Runello et première épouse de Jacques de Kerguz).
Les Lopriac possédaient le manoir de Kermain (tout près de l’abbaye) et une dizaine de villages 
assez disséminés autour du bourg.
D’autres seigneurs possédaient quelques terres : les  Gargian,  Collober,  Lohéac,  Hamon des 
Roches du Diarnelez (Le Faouët), L’Ollivier de Tronjoly (Gourin). La commanderie de  Saint 
Jean du Croisty possédait plusieurs villages à l’ouest de la paroisse.
A l’aube de la Révolution ces seigneurs ne résidaient plus souvent dans leurs fiefs depuis que 
Louis XIV avait imposé aux nobles de se présenter à sa Cour de Versailles. Ceux­ci devaient 
donc acquérir un hôtel particulier à Paris qui devenait parfois leur résidence principale. En 1737, 
Guillaume Sébastien de Kerguz, seigneur de Kerstang, demeure rue Bourbria, paroisse St Séverin 
à   Paris.   En   1780,   Louis   de   Querhoat,   marquis   d’Assérac,   vicomte   du   Dréors,   seigneur   de 
Crémenec, Kermain et Kéroual réside à Paris avec son épouse Félicité de Lopriac en leur hôtel du 
faubourg St Germain. De fait, on ne voyait plus guère les seigneurs sur leurs terres et les relations 
avec les paysans qui les exploitaient en ont certainement été très affectées. A la lecture des 
registres paroissiaux on s’aperçoit rapidement que le nombre de « parrainages » d’enfants de 
èmepaysans par les seigneurs du lieu chute inexorablement dès le début du 18 . Les nobles ont 
confié leurs intérêts à des intendants qui se chargent de gérer leurs biens et d’encaisser les rentes 
annuelles auprès des paysans. De protecteurs les seigneurs sont peu à peu passés au statut de 
simples percepteurs.
Les principaux personnages influents des petites villes et des campagnes sont maintenant les 
notables de la paroisse,  la plupart hommes de loi ou marchands. Un climat délétère s’installe : la 
classe bourgeoise envie les privilèges de la noblesse tandis que celle­ci ne cache pas son mépris 
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