Philosophie et politique chez Arturo Andrés Roig

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Cet ouvrage résulte du souhait, à partir de la mise en relation du discours philosophique avec le politique, de rendre compte des allers-retours de la pensée d'un des philosophes majeurs de l'Amérique latine. Voici mis en scène un philosophe et son combat au milieu des circonstances institutionnelles et politiques où se produit le discours philosophique.
Publié le : mercredi 1 octobre 2014
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EAN13 : 9782336357683
Nombre de pages : 332
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PHILOSOPHIE ET POLITIQUE Luis Gonzalo Ferreyra
CHEZ ARTURO ANDRÉS ROIG
Vers une philosophie de la libération
latino-américaine (1945-1975)
Cet ouvrage résulte du souhait, à partir de la mise en relation du discours PHILOSOPHIE ET POLITIQUE philosophique avec le politique, de rendre compte des allers-retours de la
pensée d’un des philosophes majeurs de l’Amérique latine. CHEZ ARTURO ANDRÉS ROIGCette problématique a mené l’auteur à parler de sa radicalisation
philosophico-politico-pédagogique, d’une part, et du curriculum occultum,
d’une autre. La première souligne le tournant principal dans sa réfexion
qui se concrétise autour de la philosophie de la libération des années 70, Vers une philosophie
donnant ainsi naissance à sa période latino-américaniste. Le second concept
veut mettre en valeur, malgré les tournants et ruptures opérés dans sa de la libération latino-américaine
pensée contemporaine, sa délité à la période qui la précède, à savoir, à la (1945-1975)philosophie classique et principalement au platonisme. Il faudra donner une
grande importance, locus enuntiationis oblige, à son séjour parisien entre
1953-1954, auprès de Pierre Maxime Schuhl, Jean Wahl et Jean Hyppolite.
L’auteur de ce livre met en scène un philosophe et son combat, au milieu
des circonstances institutionnelles et politiques où se produit le discours
philosophique. À partir de la confrontation du discours philosophique et
universitaire de Roig avec son engagement émancipateur des années 70,
il veut donner une nouvelle perspective à sa singularité philosophique :
du penseur engagé et philo-marxiste, vers le méconnu ou oublié, spiritualiste,
platoniste, pédagogue et « réformiste ».
Le grand enjeu de ce travail est de rompre ainsi avec le commentaire
académique de son œuvre, qui prend parfois des airs canoniques.
Luis Gonzalo Ferreyra, né à La Para (Argentine) en 1978, vit en France
depuis 2004. Professeur de philosophie dans le second degré en Argentine,
docteur en philosophie de l’université Paris-8, éducateur spécialisé (DEES),
il est également chercheur associé au Laboratoire d’études et de recherches
sur les logiques contemporaines de la philosophie de l’école doctorale
Pratiques et théories du sens, de l’université Paris-8.
LA PHILOSOPHIE EN COMMU N
Collection dirigée par Stéphane Douailler, Jacques Poulain et Patrice Vermeren
Préface de Patrice Vermeren
Illustration de couverture : tableau de Tom Rosa, Retrato, 2013.
ISBN : 978-2-343-00843-1
34 €
f
PHILOSOPHIE ET POLITIQUE CHEZ ARTURO ANDRÉS ROIG
Luis Gonzalo Ferreyra
Vers une philosophie de la libération latino-américaine (1945-1975)






Philosophie et politique
chez Arturo Andrés Roig





















La Philosophie en commun
Collection dirigée par Stéphane Douailler,
Jacques Poulain, Patrice Vermeren

Nourrie trop exclusivement par la vie solitaire de la pensée, l'exercice de la
réflexion a souvent voué les philosophes à un individualisme forcené, renforcé par
le culte de l'écriture. Les querelles engendrées par l'adulation de l'originalité y ont
trop aisément supplanté tout débat politique théorique.
Notre siècle a découvert l'enracinement de la pensée dans le langage. S'invalidait
et tombait du même coup en désuétude cet étrange usage du jugement où le désir de
tout soumettre à la critique du vrai y soustrayait royalement ses propres résultats.
Condamnées également à l'éclatement, les diverses traditions philosophiques se
voyaient contraintes de franchir les frontières de langue et de culture qui les
enserraient encore. La crise des fondements scientifiques, la falsification des divers
régimes politiques, la neutralisation des sciences humaines et l'explosion
technologique ont fait apparaître de leur côté leurs faillites, induisant à reporter
leurs espoirs sur la philosophie, autorisant à attendre du partage critique de la vérité
jusqu'à la satisfaction des exigences sociales de justice et de liberté. Le débat
critique se reconnaissait être une forme de vie.
Ce bouleversement en profondeur de la culture a ramené les philosophes à la
pratique orale de l'argumentation, faisant surgir des institutions comme l'École de
Korcula (Yougoslavie), le Collège de Philosophie (Paris) ou l'Institut de
Philosophie (Madrid). L'objectif de cette collection est de rendre accessibles les
fruits de ce partage en commun du jugement de vérité. Il est d'affronter et de
surmonter ce qui, dans la crise de civilisation que nous vivons tous, dérive de la
dénégation et du refoulement de ce partage du jugement.


Dernières parutions

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de l’égalité chez Jacques Rancière, 2014.
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miroir de la pensée politique de Jacques Rancière, 2013.
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transculturelle, 2013.
Luis Gonzalo Ferreyra











Philosophie et politique
chez Arturo Andrés Roig


Vers une philosophie
de la libération latino-américaine (1945-1975)






Préface de Patrice Vermeren





















































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-00843-1
EAN : 9782343008431







Pour Gaëlle, Hugo et… Sommaire
Préface : Roig contre Roig ? ................................................... 9

A vant-pr opos .......................................................................... 17

Chapitre I - Brève histoire de l’œuvre d’Arturo Andrés
Roig ......................................................................................... 29
Introduction ......................................................................................... 29
1.1 L’université de Roig : formation, atmosphère philosophique et
influences ............................................................................................ 30
1.2 Les périodes de sa pensée et ses recherches ................................. 40
1.3 Roig et la Philosophie de la Libération ......................................... 41
1.4. La pensée libératrice de Roig ....................................................... 49
Conclusion du chapitre I ..................................................................... 70

Chapitre II - Université et engagement politique
(1945-1975) ............................................................................. 73
Introduction ......................................................................................... 73
2.1 Roig et l’université de Cuyo pendant la période péroniste (1945-
1955) ................................................................................................... 78
2.2 L’université de Cuyo pendant la période « desarrollista » (1955-
1966) ................................................................................................... 86
2.3 L’université de Cuyo pendant « les années révolutionnaires »
(1966-1973) ......................................................................................... 97
2.4 Du réformisme à la révolution (1945-1973) ............................... 124
2.5 L’université de Cuyo dans « l’étape participative et libératrice »
(1973-1975) ....................................................................................... 140
2.6 De la « pédagogie de l’acte créateur » à la pédagogie de la
libération ........................................................................................... 157
2.7. De l’université révolutionnaire à l’université participative : Darcy
Ribeiro et Arturo Andrés Roig .......................................................... 160
7 2.8 L’importance de la « théorie de la dépendance » dans la
Philosophie de la Libération ............................................................. 162
Conclusion du chapitre II .................................................................. 167

Chapitre III - Études classiques ou la force actuelle
du platonisme de Roig dans ses écrits contemporains ..... 173
Introduction ....................................................................................... 173
3.1 Premier platonisme ..................................................................... 176
3.2 Séjour parisien (P.-M. Schuhl, J. Wahl, J. Hyppolite) ................. 188
3.3 Le retour : « enrichissement des philosophes classiques » ......... 235
3.4 Second platonisme : « Platon ou la philosophie comme liberté et
expectative » (1972) .......................................................................... 254
Conclusion du chapitre III ................................................................. 273

Conclusion ............................................................................ 287

Bibliographie ....................................................................... 293
1. Ouvrages d’Arturo Andrés Roig ................................................... 293
2. Travaux sur Arturo Andrés Roig 304
3. Autres livres ou articles ................................................................. 308
4. Dictionnaires, encyclopédies ........................................................ 318

Table des matières ............................................................... 321


8 Préface : Roig contre Roig ?
Par Patrice Vermeren




«Mendoza, 23 de diciembre de 1994.
Señor
Patrice Vermeren
(…) 75004 Paris

Mi estimado colega:
Fue para mí una sorpresa muy grande haber recibido su amable carta
del 27 de julio, junto con un bello ejemplar de la revista Corpus dedicado
a Victor Cousin. El paquete me llegó con un enorme retraso y por
casualidad, pues, hace ya dieciocho años que no vivo en la dirección que
Ud. tomó de un libro mío. En 1976 salí exiliado y estuve fuera de mi
patria durante diez años y ahora tengo otro domicilio.
Siempre tuve la intención de publicar un libro sobre Jacques y hasta
logré que El Congreso de la Nación (con la aprobación de ambas
cámaras, diputados y senadores), votara una Ley Nacional que disponía
la edición de las Obras Completas de Jacques. Cuestiones de política
hicieron que hasta la fecha esa ley no se haya cumplido.
Mucho me interesa conocer lo que Ud. y sus amigos escriban sobre el
ilustre pedagogo y filósofo que tan importante papel cumplió en el Río de
la Plata, así como sobre el eclecticismo en general. Siempre tuve,
asimismo, el deseo de publicar un libro sobre el Eclecticismo argentino,
así como le hice con el Krausismo.
Junto con este le envío algunos trabajos que tal vez Ud. no conozca.
Además le envío una lista de mis escritos sobre Jacques.
Con la esperanza de que Ud. reciba estas líneas, le ruego que junto con
mis deseos de felicidad para estas fiestas, reciba Ud. mis saludos más
cordiales.
Dr. Arturo Andrés Roig
Mi actual domicilio es:
Guayaquil 157
(5519) Dorrego – Mendoza
Argentina».
9 Telle est la lettre qu’Arturo Andrés Roig m’envoya en réponse à celle que je
lui avais écrite, depuis la Bibliothèque Nationale de France où j’avais lu des
tirés à part de lui, estampillés de son nom et de son ancienne adresse à Mendoza
datant d’avant son exil à Quito. Je venais de soutenir ma thèse de doctorat :
Victor Cousin. Le jeu de la philosophie et de l’État, et j’écrivais alors sur un
autre philosophe persécuté dans son propre pays, Amédée Jacques, suspendu de
sa chaire académique à Paris, proscrit par la réaction qui suivit la révolution de
1848 et venu en Argentine transporter son rêve démocratique de la philosophie.
Je découvrais que Roig avait écrit sur Amédée Jacques avant moi et mieux que
tout le monde. Il ne s’était pas contenté de célébrer le recteur refondateur du
Collège national de Buenos Aires, il était remonté aux premiers jours de sa
carrière philosophique en France. Sont-ce les études platoniciennes de Roig qui
l’avaient conduit à s’intéresser à la thèse latine de Jacques (« Acerca de la
doctrina platónica de las ideas de acuerdo con el testimonio de Aristóteles y de
lo que este la censura [1837] ») et à préfacer sa traduction en espagnol, et à
travailler aussi sa thèse française : « Aristote considéré comme historien de la
philosophie » ? Roig a raconté plus tard comment le philosophe Coreliano
Alberini, furieux antipositiviste, les avait découvertes lors d’un séjour à Paris en
1927 (au cours duquel il avait prononcé une conférence à la Société Française
de Philosophie et rencontré Meyerson et Bergson), l’une dans les sous-sols de la
bibliothèque de la Sorbonne et le recteur Paul Lapie lui en avait fait cadeau,
l’autre, manuscrite, dans les archives de l’École normale supérieure, et Célestin
Bouglé lui avait permis d’en faire une copie. Coreliano Alberini, directeur de
l’Institut de Philosophie de la faculté de Philosophie et de Lettres, avait adressé
copie de ces lettres à Juan Montovani, et fait promulguer une loi nationale
(n° 19.817 du 30 octobre 1965) à l’Assemblée nationale, avec Gregorio
Weinberg et Hector F. Bravo, prévoyant la publication des œuvres d’Amédée
Jacques par l’imprimerie du Congrès. La veuve d’Alberini fit d’ailleurs cadeau
à Roig des deux précieuses thèses d’Amédée Jacques, dont il voulut en vain
faire don à la Bibliothèque Nationale de l’Argentine, et qu’il me montrera un
jour avec émotion, fustigeant l’indifférence du directeur de l’époque à recevoir
ce si précieux dépôt. Mais surtout, faisant retour aux textes mêmes, Roig avait
resitué Jacques dans la tradition de l’éclectisme de Victor Cousin, à la lumière
d’un travail inédit sur l’influence du spiritualisme universitaire français dans le
Río de la Plata, qui éclairait d’un jour nouveau la philosophie en Argentine dans
ela seconde moitié du XIX siècle. Ma première rencontre avec Arturo Andrés
Roig, livresque et épistolaire, se fit donc sous le double signe d’une
réévaluation d’un héritage philosophique oublié, et de la figure du philosophe
persécuté, l’exil forcé de Roig à Quito m’étant apparu d’emblée comme l’écho
contemporain de celui d’Amédée Jacques à Tucumán et à Buenos Aires.
C’est sous ce double emblème que je le connus une seconde fois, non plus à
travers ses œuvres et sa correspondance, mais dans le réel d’une rencontre au
Chili. Chercheur au CNRS, je m’occupais aussi à l’époque de la philosophie à
10 l’UNESCO, et j’avais proposé à Federico Mayor de fonder la première chaire
UNESCO de philosophie pour Humberto Giannini, courageux résistant par
logique à la dictature militaire de Pinochet et engagé dans la reconstruction des
études philosophiques et de l’Université publique dans son pays revenu à la
démocratie. Avec Humberto et mes autres amis chiliens, Patricia Bonzi, Pedro
Miras, Rodrigo Alvayay, Carlos Ruiz, Cecilia Sanchez, j’avais organisé un
congrès latino-américain sur Filosofía y democracia en América Latina y el
Caribe. Arturo Andrés Roig accepta de s’y rendre, et y prononça une belle
conférence sur le thème : « Consideraciones para una "filosofía popular" de la
1democracia ». Il s’était saisi du livre de Roger-Pol Droit : Filosofía y
democracia en el mundo. Una encuesta de la UNESCO (1995) pour traiter au
présent d’un lien problématique : « Ni la democracia, ni la filosofía, son
conceptos unívocos, sino profundamente equívocos y aquellas lecciones de
“moral cívica” en circulación en los programas educativos del Estado, en las
que aquellos términos aparecen reunidos, pueden ser las de una democracia
liberal, oligárquica o populista, una democracia socialista o inclusive las de un
“gobierno de excepción” dentro del marco general de una democracia a la que
hay que “restablecer”, tal como lo entendieron las atroces dictaduras militares
del Cono Sur latinoamericano. Y la filosofía, por su parte, puede moverse desde
los extremos ideológicos justificatorios de la violencia y la muerte, hasta las
formas de un saber liberador ». Et il s’était interrogé sur ce que la Philosophie
Latino-américaine pouvait apporter à l’éclaircissement de ce problème toujours
complexe et urgent, passant par une évocation magistrale de Bolívar, Bilbao et
Martí, pour poser la question des conditions de possibilité d’une « Filosofía
popular de la democracia ». Nous eûmes l’occasion de converser tous trois
longuement, avec Susana Villavicencio, de José Ingenieros et du concept de
l’Université. Je me souviens aussi des débats avec Humberto Giannini et avec
nos amis colombiens, Bernardo Correa, Victor Florian et Guillermo Hoyos,
avec Jorge Dotti, de Buenos Aires, Massimo Dessiato et Pilar Echeverria de
Ocariz, venus du Venezuela, et María del Pilar Díaz Castañón, tard venue de La
Havane. J’avais demandé à Arturo la faveur de préfacer le livre que je venais de
terminer : Amadeo Jacques. El sueño democrático de la filosofía. Il m’a offert
2un texte magnifique : « El reencuentro de dos tradiciones ». Nous sommes
devenus amis, et à chacun de mes séjours en Argentine, je le rencontrais avec
bonheur, à Mendoza ou à Buenos Aires, ou ailleurs.

1 ROIG A., « Consideraciones para una “filosofía popular” de la democracia », in Filosofía y
Democracia, éd. par Humberto GIANNINI et Patricia BONZI, Santiago de Chile, LOM, 1997,
pp. 119-129.
2 ROIG A., « El reencuentro de dos tradiciones », in préface de Patrice VERMEREN, El sueño
democrático de la Filosofía, Buenos Aires, Colihue, 1998, pp. 9-20. Edition française, Paris,
L’Harmattan, 2001.
11 Jusqu’à ce colloque : « Repensando el siglo XIX desde América Latina y
3Francia », organisé à l’Université nationale de Cuyo en août 2008 par Marisa
Muñoz en hommage au philosophe Arturo Andrés Roig. Il y avait prononcé une
conférence sur « Dos visiones de la imaginación en el siglo XIX francés :
Amédée Jacques y Etienne Vacherot ». Comme toujours, Arturo nous surprenait
par l’originalité de ses références (les Français ont oublié Vacherot, auteur d’une
Histoire critique de l’École d’Alexandrie, victime des attaques de l’abbé Gratry
contre son panthéisme supposé, et démissionné de son poste de directeur des
études à l’École normale supérieure pour refus de prêter serment à Napoléon III,
efossoyeur de la République ; lui non), et par sa capacité à passer par le XIX
siècle pour penser au présent, à partir d’un énoncé sorti d’un livre récemment
publié qui joue comme garant de l’actualité d’une question (ici une conférence
de Patrick Vauday, jouant le même rôle que le livre de Roger-Pol Droit dans
« Consideraciones para una filosofía popular de la democracia »). Tous ses
élèves, devenus ses amis, étaient venus des quatre coins du monde, pour
dialoguer avec lui à partir de son œuvre, partageant avec la jeunesse étudiante
en nombre le plaisir qu’il ne cachait pas d’être le premier acteur de cette scène
philosophique inédite. Le moment le plus émouvant de cet hommage fut peut-
être le témoignage de sa fille Elisabeth, d’abord sur le rêve de son père de
contribuer à la reconstruction d’une Université où le partage des savoirs serait
devenu garant d’une ouverture de l’institution à la vie et d’un avenir pour une
communauté humaine intellectuellement et politiquement émancipée : Arturo
Andrés Roig aura été toute sa vie, et restera pour les générations futures, un
professeur ; peut-être le plus digne de toute l’histoire de l’Université Argentine,
indéfectiblement attaché à l’idée que sa tradition, marquée par la Réforme
universitaire de Córdoba, avait pour horizon de contribuer au processus latino-
4américain de libération . Elisabeth a raconté aussi l’exclusion du professeur
Roig de sa chaire par la dictature militaire et sa fuite mouvementée hors de son
pays, pour un exil forcé à Mexico puis à Quito. De même pourrions-nous voir
dans cette situation la possibilité pour Roig d’une nouvelle pratique de la
philosophie, maintenue à l’écart de deux institutions visant à l’asservir, à la
subordonner, ou à la supprimer : l’État autoritaire en Argentine et son Université
déchue d’elle-même et de toute indépendance de la pensée. Miguel Abensour, à
propos d’Adorno, a montré comment l’exil déplace la question politique, et que
chez lui « le refus de la praxis va de pair avec le refus de la résignation puisque
5se découvre dans ce double refus une nouvelle exigence de la pensée ».

3 Repensando el siglo XIX desde América Latina y Francia: Homenaje al filósofo Arturo A. Roig,
éd. par Marisa MUÑOZ et Patrice VERMEREN, Buenos Aires, Colihue, 2009, 815 p.
4 ROIG A., « El proceso de cambio en la Universidad Argentina actual 1966-1973 », in Filosofía,
universidad y filósofos en América Latina [recueil d’articles], Universidad Nacional Autónoma de
México / Centro Coordinador y Difusor de Estudios Latinoamericanos, 1981, p. 172.
5 ABENSOUR M., « La Théorie critique : une pensée d l’exil ? », Archives de philosophie, avril-
juin 1982, p.198 ; VERMEREN P., Filosofías del exilio, Valparaiso, Universidad de Valparaíso,
1992.
12 Constater que « le temps de la maison est passé », refuser l’habiter chez soi,
aller jusqu’au bout de l’exil, c’est préserver la possibilité de vivre autrement,
dans une société qui réaliserait idéalement l’individu dans sa vraie dimension
sociale. La pensée de l’exil procède donc d’une inspiration utopique : « le
penser libre et qui résiste au-delà de lui-même », sans se réifier dans une
nouvelle utopie, dans l’illusion d’un retour au foyer. Ne pourrions-nous pas
dater de ce moment l’accès de Roig à une pensée de l’exil, au sens où Miguel
Abensour la comprend et l’applique au philosophe de l’École de Francfort ?
Deux indices permettraient de s’engager sur cette voie : c’est à Quito qu’Arturo
Andrés Roig écrira ses plus belles pages sur l’utopie, et son retour en Argentine,
après la chute des généraux, témoigne de sa méfiance à l’égard de toute illusion
d’un nouvel habiter. « Seule l’affirmation jusqu’au bout de cet exil – faire du
lieu de nulle part son séjour – peut préserver la possibilité sans garantie de
l’autre, d’une vie transformée, d’une société juste », écrit Abensour, qui cite
Adorno : « Il ne peut y avoir de vraie vie dans un monde qui ne l’est pas ». Ce
que nous disait enfin Elisbeth de son père sur son retour à Mendoza, à l’âge de
63 ans, ce dont il nous a donné la preuve jusqu’à sa mort, c’est l’intransigeance
sereine, souriante et obstinée de son combat philosophique, la revendication
d’une philosophie qui rejette le fait accompli et toute forme de soumission ou
d’allégeance à l’autorité, la pratique d’une expérience en commun d’une
réflexion philosophique jamais achevée, qui ré-ouvre sans cesse les voies de
l’émancipation. Au cours de ce colloque improbable, j’ai reçu de ses mains le
titre académique dont je suis le plus fier, celui de professeur honoraire à
l’université nationale de Cuyo. Venant de lui, c’était une reconnaissance à nulle
autre pareille de notre complicité dans le combat philosophique.
Pourquoi lire aujourd’hui Arturo Andrés Roig ? L’une des réponses possibles
serait que son œuvre, considérable, échapperait aux partages convenus des
territoires disciplinaires, ceux de la philosophie académique ou de la
philosophie hors de soi, ceux de l’histoire de la philosophie et de l’histoire des
idées. Il se tient peut-être toujours en excès sur les tentatives de réduction
unidimensionnelle de son œuvre – fussent-elles subtiles et rigoureuses –, venant
de ses disciples et de ses contemporains, sinon de lui-même. Est-il le théoricien
d’une histoire des idées latino-américaines en crise, ou plutôt un historien de la
philosophie universelle ancré (ou égaré) en Amérique latine ? Arturo Andrés
Roig peut soutenir que l’histoire de la philosophie est remplacée dans la pensée
latino-américaine par l’histoire des idées, mais il ne cesse quant à lui de
mobiliser les concepts et les figures de l’histoire de la philosophie, de Platon à
Kant et de Hegel à Michel Foucault. Est-il un professeur de philosophie saisi
par une interrogation ontologique originale du passé et du présent, ou le
fondateur d’une philosophie de la libération qui déboucherait sur un plein
humanisme et une morale de l’émergence ? On a dit de lui l’un et l’autre. En
réalité, il brouille lui-même les pistes. Peut-être est-il tout cela à la fois, et ce
serait justement les tensions en jeu dans son œuvre qui en feraient la fécondité
13 conceptuelle ? Ou plus simplement est-il un philosophe qui tente de reposer, à la
lecture de la tradition, et d’éclairer d’un jour nouveau, la question vouée à
demeurer question de l’émancipation humaine ? La raison à elle seule serait
suffisante pour rendre nécessaire et actuelle la lecture d’Arturo Andrés Roig.
Une autre raison de le lire aujourd’hui serait la manière dont, seul peut-être
eparmi les philosophes de sa génération, il passe par le XIX siècle pour penser
eau présent. Mais quelle est sa philosophie du XIX siècle ? Il prête attention aux
formes discursives, à ses modes de communication, singulièrement au passage
du journalisme d’idée au journalisme périodique. Mais également il accorde une
importance décisive à l’institutionnalisation de la philosophie et à sa visée
éducationnelle d’un peuple souverain, longtemps politiquement introuvable.
Arturo Andrés Roig, pour autant, n’est jamais affecté par le virus de la
sociologie des élites, sa position demeure obstinément philosophique. Interroger
ele XIX siècle philosophique, c’est donc d’abord identifier son style et ses
formes d’existence dans l’espace public, depuis la presse et l’édition jusque
dans l’institution scolaire et universitaire : articles, essais, fragments, traités,
cours et manuels. D’où une attention privilégiée portée à certains auteurs
négligés, car pour Arturo Andrés Roig, il n’y a pas de philosophes mineurs,
mais une interprétation philosophique toujours possible des écrits qui traduisent
ou reflètent une pensée. Juan Montalvo (voir sur ce sujet le remarquable
chapitre VII d’El pensamiento social de Juan Montalvo, Quito, 1995, p. 157
esqq.) accède ainsi au Panthéon du XIX siècle à la même dignité que Domingo
Faustino Sarmiento, Simón Rodríguez partage les mêmes honneurs que Juan
Bautista Alberdi, sans parler d’Amédée Jacques, dont il faut dire que c’est
Arturo Andrés Roig qui l’a découvert et lui a donné la fonction d’un personnage
philosophique désormais incontournable pour saisir les chemins de la
philosophie en Argentine. Et si les formes d’élaboration, de communication, de
transmission des savoirs philosophiques sont étudiées dans leurs rhétoriques
propres, elles renvoient aussi à la question de leurs destinataires, et
singulièrement d’un peuple dont le concept est analysé en extension et en
compréhension.
Une troisième raison de lire Arturo Andrés Roig aujourd’hui serait la
considération dans laquelle il tient le rationalisme, et singulièrement le
spiritualisme – du romantisme à ce qu’il nomme l’éclectisme de cátedra, contre
la vulgate qui voudrait que le positivisme soit la substructure métaphysique des
idées progressistes dans la naissance des républiques en Amérique du Sud, de
José Ingenieros et Aníbal Ponce à Ricaurte Soler. Bien peu de philosophes sont
allés contre le dogme établi d’un processus de scientifisation qui serait à
e l’œuvre dans la philosophie au XIX siècle et irait de pair avec la modernisation
de la société ou l’émancipation du prolétariat, à part Humberto Gannini au Chili
et Arturo Andrés Roig en Argentine. Ce dernier en tire des études décisives sur
le krausisme, sur Amédée Jacques dans sa lecture de Leibniz et dans le lien qu’il
établit entre démocratie et philosophie, ou sur l’utopie et les utopistes, qui
14 edessinent les contours d’un XIX siècle inédit en Argentine et en Amérique
latine, et devancent de beaucoup l’intérêt que les Français ont porté tardivement
eà leur XIX siècle philosophique.
Il ne faut pas s’y tromper : comme tous les grands philosophes, Arturo
Andrés Roig emprunte parfois les mots des autres, mais c’est pour forger ses
epropres concepts. Son XIX siècle peut être dit culturel, son projet
philosophique une inversion de Hegel, commandant comme effets moraux et
politiques la nécessité d’une Seconde Indépendance et une morale de
l’émergence. Mais ce qui fait la singularité de sa démarche philosophique,
traversée à l’infini par des lectures critiques, des confrontations polémiques, et
le travail incessant des concepts, c’est aussi qu’elle n’est pas seulement destinée
à des jeunes gens pour qu’ils puissent, devenus spécialistes grâce à l’acquisition
de compétences techniques, former à leur tour d’autres spécialistes, mais qu’elle
s’adresse aux hommes pour qu’ils changent d’existence et inventent une
e nouvelle manière de vivre. Lire Arturo Andrés Roig relisant le XIX siècle aurait
aussi cet enjeu – comme le dirait Miguel Abensour à propos de l’opportunité de
e revenir à cette figure énigmatique du XIX siècle : Pierre Leroux – de poser au
eXIX siècle « la question moderne du mode de philosopher qui surgit au
moment où la philosophie, sous l’assaut de crises d’ordres divers (fin du
spiritualisme, positivisme, naissance de la sociologie et du socialisme, etc.),
opère un retour sur elle-même » et fait d’une réflexion sur elle-même l’objet de
son interrogation.
Dans ce livre – qui fut d’abord une remarquable thèse de doctorat en
philosophie – Luis Gonzalo Ferreyra a voulu éclairer d’un jour nouveau la
formation de la pensée d’un philosophe majeur de l’Amérique latine qu’il avait
étudié dans ses œuvres de maturité et dans son projet d’une morale de
l’émergence. Non pas tant pour percevoir ce qui dans le passé annonce le
présent, mais pour mettre en évidence ce qui fait la singularité de sa pensée
philosophique à travers les tensions conceptuelles qui la traversent, plutôt que
sur la cohérence doctrinale de ses énoncés dogmatiques, à l’épreuve du
politique. Il témoigne d’un geste philosophique authentique qui puise aux
sources d’une bibliographie française oubliée des Latino-américains, à l’Étude
sur le Parménide de Platon de Jean Wahl aux Études platoniciennes de P.-M.
Schuhl ou aux écrits sur Bergson de Jean Hyppolite (qui furent pourtant écrits
erpour le I Congrès national de philosophie d’Argentine, en 1949). Un membre
du jury, Stéphane Douailler, y évoquait le geste philosophique d’Arturo Andrés
Roig restitué par Luis Gonzalo Ferreyra à la lumière des analyses de Jean-
Toussaint Desanti. Bien entendu, toute pensée est en rapport avec son temps : la
pensée de Spinoza est en rapport avec la pensée capitaliste du monde
hollandais, etc. Roig a bien écrit cela : toute pensée s’inscrit dans un contexte
historique qui est le sien. Mais, de même qu’une pensée authentiquement
philosophique ne se réduit pas à ses circonstances, il y a un travail de la pensée
irréductible à l’univers de son contexte historique. Toute philosophie procède
15 par des réveils, il y a chez elle un ensemble d’instruments conceptuels,
d’enchaînements, d’opérations, qui sont endormis, et il faut réveiller un moment
qui sommeille pour répondre à une question du temps : car la philosophie parle
de son temps, mais avec des mots qui viennent d’Homère ou d’Aristote.
Comment Roig réveille-t-il Platon pour répondre aux problèmes de notre
temps ? Stéphane Douailler créditait ainsi Luis Gonzalo Ferreyra d’inscrire
Roig dans le champ de la philosophie, d’en faire un philosophe pleinement
philosophe au sens de l’histoire de la philosophie, bien loin de l’histoire des
idées qui voudrait rendre visibles toutes les idées.
Roig contre Roig ? Il se peut qu’en France, ainsi que l’affirment Luis
Gonzalo Ferreyra et Stéphane Douailler, on cherche à empêcher de réduire
l’œuvre d’Arturo Andrés Roig à n’être qu’une histoire des idées, parce que l’on
veut ici que sa réception ici soit celle d’un philosophe, du grand philosophe
qu’il n’aura cessé, ne cesse aujourd’hui et ne cessera pas demain, d’être.

16 Avant-propos
Comment sommes-nous arrivé à la philosophie latino-américaine et,
spécifiquement, à la Philosophie de la Libération ? Tout d’abord, ce qui peut
paraître paradoxal, nous sommes arrivé à cette dernière, par la théologie de la
libération. D’une part, elle était une rébellion à notre formation scolastique,
théologique et philosophique, lors de nos quatre années passées au Grand
séminaire de Córdoba (1997-2000), en Argentine, d’où nous sommes sorti avec
le titre de « professeur en philosophie et théologie pour le second degré » ;
d’autre part, les convictions véhiculées par la théologie de la libération étaient
présentes chez nous avant même nos études théologiques. En effet, nous avons
reçu et participé lors de notre adolescence à une formation chrétienne très forte,
dans l’esprit du concile Vatican II (plus tard nous ferons le choix de conférence
de Medellín) et de la doctrine sociale de l’Église qui s’ensuit. Pour nous, à cette
époque, être un jeune chrétien engagé était synonyme d’« option pour les
pauvres », qui dans les années 90 se manifestera sémantiquement en tant
qu’option pour les exclus. Le sentiment initial d’un christianisme traditionnel
fondé uniquement sur la charité était remplacé par celui du travail pour la
justice et l’inclusion sociale. Enfin, ces mêmes convictions nous amèneront en
2001 en Côte d’Ivoire pour travailler dans un projet d’alphabétisation – comme
nous l’avions également fait à Córdoba auprès des enfants des rues. Ce séjour
finira par remettre en question les convictions évoquées précédemment : les
seules convictions religieuses, voire théologiques, étaient-elles suffisantes pour
soutenir un engagement émancipateur quelconque ? Comment garantir un
partage interculturel et un vivre-ensemble respectueux de la diversité d´autrui,
au-delà de l’acculturation et de la destruction culturelle ? La confrontation de la
spécificité de deux univers postcoloniaux (l´Amérique du Sud et l’Afrique
occidentale), une fois notre propre foi en crise et bientôt disparue nous
poussera, dès notre retour au pays, au moment de reprendre nos études de
licenciatura en philosophie (équivalent au bac+5 français), vers l’étude de la
philosophie latino-américaine. A partir de ce moment, notre cheminement sera
contraire à celui qu’Ignace Lepp, communiste devenu jésuite, évoquait dans son
livre intitulé Itinéraire de Karl Marx à Jésus Christ (1955).
Pourquoi Arturo Andrés Roig ? De prime abord, parce qu’il est considéré
comme l’un des principaux philosophes latino-américains. À ce propos,
l’historien des idées Hugo Biagini déclare : « Arturo Andrés Roig a joué un rôle
fondamental, dans et hors du pays, dans l’exploration d’insoupçonnés chemins
doctrinaux et dans l’élaboration de nouvelles catégories théoriques et
historiographiques. » « Nous le considérons, continue Biagini, comme la figure
17 qui a laissé une empreinte méthodique et créative dans le domaine, mis en
question, de la philosophie latino-américaine, et comme celui qui a
inlassablement parcouru notre continent, ce à quoi peuvent s’ajouter dix ans
6d’un fécond exil . » Dans ce même sens la disciple de Roig, Estela Fernández
Nadal, consigna aussi que Roig est celui qui a donné un grand élan à la
« réorientation théorique et à l’élargissement méthodologique dans les études
7latino-américaines […] à partir des années 70 ». En effet, ce sens de la méthode
et cette créativité pour affirmer notamment l’existence d’une pensée
philosophique latino-américaine font de Roig l’une des figures principales de la
pensée latino-américaine contemporaine. Cette considération pour Roig est
visible non seulement à travers le grand nombre de distinctions qu’il a reçues de
la part de divers pays et organismes, mais aussi tout au long de son travail
d’enseignement de plus de quarante ans en Amérique latine.
En ce qui concerne ses livres, ils ont été publiés dans de nombreux pays
d’Amérique latine, comme l’Argentine, l’Équateur, le Mexique, le Chili, la
Colombie, le Venezuela et le Brésil. Plusieurs de ses articles ont été publiés aux
États-Unis, en Allemagne, en France et en Espagne. Quant aux écrits sur Roig
en français, nous pouvons signaler des « comptes rendus » à propos de certains
8de ses écrits des années 60 et 70 parus dans différentes revues , l’article de
Gregor Sauerwald dans l’Encyclopédie philosophique universelle et un court
paragraphe dans le travail d’Alain Guy La Philosophie en Amérique latine
(1997). En relation aux écrits de Roig publiés en France ou en langue française,
on retrouve deux articles des années 50 autour de ses études classiques : un
article intitulé « La philosophie de l’histoire comme message », publié dans la
revue Comprendre (Revue de politique de la culture), édité à Venise, et un
article dans la revue Caravelle sur le philosophe français exilé en Argentine,
Amédée Jacques. Il faut rappeler que Roig a étudié de manière très approfondie
la réception et l’influence de l’éclectisme français en Amérique latine. Dans ce
cadre, il faut aussi citer deux préfaces : la première, au livre édité par Alain Guy,
L’Amérique ibérique vue par les penseurs (1996) ; la seconde, au livre de
Patrice Vermeren, Le Rêve démocratique de la philosophie (2001). Pendant
l’année 2010, est également parue une autre préface dans le livre, traduit de
l’espagnol, d’Horacio Cerutti Guldberg : Philosopher depuis notre Amérique.
En 2012, nous devons aussi en signaler une autre, dans le livre de Marisa
Muñoz : Macedonio Fernández philosophe. Le sujet, l’expérience, l’amour.
Enfin, nous devons nous souvenir de l’entretien [en ligne] en français réalisé par

6 BIAGINI H., Filosofía americana e identidad: el conflictivo caso argentino, Buenos Aires,
Eudeba, 1989, pp. 308 et 315.
7 FERNÁNDEZ NADAL E. M., « Arturo Andrés Roig (1922) », in Semillas en el tiempo. El
latinoamericanismo filosófico contemporáneo, éd. par Clara Alicia JALIF DE BERTRANOU,
Mendoza, Ed. de la Universidad Nacional de Cuyo, 2001, p. 165.
8 Caravelle, Bulletin de l’université de Toulouse, Les Études philosophiques, Bulletin hispanique,
Revue de philosophie et théologie de Louvain.
18 Dominique Fournier, ainsi que du dialogue [en ligne] très fécond avec Miguel
Abensour lors de la journée d’étude doctorale « Inactualité de l’utopie ?
Hommage à Miguel Abensour » organisée par le Laboratoire d’études et de
recherches sur les logiques contemporaines de la philosophie (Paris 8), en mai
2011.
Parmi ses principaux commentateurs et critiques, nous pouvons citer Ofelia
Schutte, Jorge Gracia, Gregor Sauerwald, Raúl Fornet-Betancourt, Horacio
Cerutti Guldberg, Mario Magallón Anaya, Heinz Krumpel, Carmen Bohórquez,
María Hernández Muñoz, Santiago Castro Gómez, Norbert-Bertrand Barbe,
Yamandú Acosta, Vilma Figueroa Casas, Gerardo Oviedo, Günther Mahr, entre
autres. Et enfin, ceux que nous pourrions identifier comme étant l’« École
d’histoire des idées de Mendoza » : un groupe de chercheurs formés par Roig
lui-même, lors de leur doctorat, et qui ont, pour la plupart, intégré l’équipe de
9recherche de l’Institut de sciences humaines, sociales et environnementales , de
l’antenne régionale du CNRS argentin de Mendoza (Cricyt-Conicet). Faisant
partie de cette « école », nous pouvons mentionner Adriana Arpini, Alejandra
Ciriza, Estela Fernández Nadal, Luis Gago, Liliana Giorgis, Olga Jalif de
Bertranou, Marisa Alejandra Muñoz, Dante Ramaglia, sans vouloir être
exhaustif.
Concernant les thèses doctorales exclusivement consacrées à Roig, nous
avons connaissance de celle de Carlos Pérez Zavala (1997, université de
Córdoba, Argentine) et de celle de Jorge Jesús García Angulo (2006, université
de Las Villas, Cuba). Dans le cadre d’une étude comparée avec d’autres
philosophes latino-américains, nous pouvons citer celle de Günther Mahr (1999,
université de Vienne, Autriche) et celle de Gladys Olivera Grotti (2002, Ipealt-
Toulouse-le-Mirail), republiée en 2003 chez L’Harmattan, sous le titre Aux
abords de l’identité latino-américaine.
En ce qui nous concerne, cette grande importance académique du philosophe
de Mendoza, est venue accentuer naturellement notre intérêt pour la philosophie
latino-américaine contemporaine et, plus particulièrement, pour la Philosophie
de la Libération. En effet, en 2004, sous l’influence du professeur Horacio
Cerutti Guldberg qui était venu à Córdoba pour des obligations académiques,
nous nous étions résolu à étudier la pensée d’Arturo Andrés Roig. Cela même
quelques mois avant notre départ pour la France, où nous allions compléter
notre expérience argentine d’enseignement dans le second degré par celle du
partage interculturel – en tant qu’assistant de langue et professeur contractuel –
ou de travailleur social – en tant qu’assistant pédagogique et éducateur
spécialisé. Une fois à Paris, nous avons eu l’occasion d’approfondir ce
mouvement philosophique dans la pensée du philosophe argentin,
spécifiquement autour de la problématique de la possibilité et le fondement

9 Spécifiquement le Département d’historiographie et histoire des idées qui édite la revue
Estudios de Filosofía Práctica e Historia de las Ideas.
19 d’une éthique, nommée par lui-même, morale émergente ou morale de
l’émergence – notre D.E.A.
Le propos général de ce travail était de définir cette morale depuis ses
différentes origines historiques, aussi bien latino-américaines (Simón Bolívar,
Simón Rodríguez, Juan Germán Roscio, Francisco Bilbao, José Ingenieros,
Eugenio María de Hostos, José Martí) qu’européennes (Kant, Hegel, Marx,
Heidegger, Wittgenstein, Nietzsche), qui seront utiles à Roig pour la
caractériser, jusqu’à la formulation de sa « structure théorique ». Bien que cette
réflexion roigienne ait commencé à prendre forme à partir de 1994, nous avons
montré que pour arriver à une compréhension plus juste du sujet il ne fallait pas
ignorer un livre capital : Teoría y Crítica del pensamiento latinoamericano.
Nous l’avons affirmé d’autant plus que, à notre avis, sans l’aide de ce dernier
ouvrage, il serait très difficile de délimiter la « structure théorique » de la
morale émergente dont les concepts principaux sont la sujétivité, la subjectivité
et l’a priori anthropologique (qui implique aussi, entre autres, les concepts d’a
priori historique et de dignité humaine). A partir de ces thèses, nous avons
montré comment l’a priori anthropologique – qu’il tire de sa discussion et sa
réinterprétation de Platon, Spinoza, Kant, Hegel, Foucault – devient le noyau de
la morale émergente. Réinterprétation critique qui, en même temps, rend
possible la relation et le dépassement que Roig entretient entre philosophes
modernes et « postmodernes » européens, situant ainsi la pensée latino-
américaine – au moins celle exprimée dans le discours roigien – dans sa propre
modernité : modernité latino-américaine nourrie par la continuité moderne et la
discontinuité postmoderne.

Quel était et quel est devenu notre projet de recherche ? Dans ce cadre, notre
projet initial était, dans sa première formulation, un approfondissement de notre
DEA, c’est-à-dire un travail sur la pensée contemporaine ou latino-américaniste
de notre auteur, intitulé Philosophie et politique chez A. A. Roig : une réception
latino-américaine de la philosophie française et européenne. Premièrement,
avec ce large titre nous voulions souligner la place nodale de Roig dans la
circulation des savoirs philosophiques dans ses dimensions historiques et
contemporaines : sa manière de travailler et de critiquer la philosophie
occidentale ; son dessein de faire une philosophie émancipatrice depuis
l’Amérique latine où la mise en valeur de l’historicité empêchait toute vision
totalitaire du monde. Nous voulions ainsi, en partant de Roig et d’après la
constante interaction entre la théorie et les pratiques démocratiques dans les
différents mouvements sociaux latino-américains (les mouvements des quartiers
en Argentine, le mouvement « sans terre » au Brésil, les mouvements
indigénistes en Bolivie, au Mexique, la révolution bolivarienne au Venezuela,
etc.), montrer la possibilité d’une théorie éthico-politique depuis l’Amérique
latine : la politique et le droit fondé sur une morale (a priori anthropologique, a
20 priori éthico-axiologique ou « dignité humaine », a priori éthico-politique ou
« émergence des opprimés »).
Deuxièmement, avec notre projet initial nous voulions, à partir de la façon
originale d’Arturo Andrés Roig de mettre en relation la philosophie et le
discours politique, éclaircir et voir la tâche ou le rôle des philosophes ou des
intellectuels face à la politique. Quel est le rôle des philosophes dans cette
relation intrinsèque entre la politique et la philosophie ? La tâche justificatrice
de la philosophie est-elle faite par le philosophe ou par l’homme politique lui-
même ? Pouvons-nous donc parler d’un homme politique-philosophe ? Quelle
est alors la tâche spécifique de la philosophie ? Est-elle justification ou
dénonciation ? A-t-elle un statut spécial ? Le philosophe est-il un intellectuel
public, une sorte d’élu, un prophète ou pourquoi pas un intellectuel
messianique ? Et finalement, comment parler aujourd’hui d’un intellectuel
engagé, au-delà de tout prophétisme, messianisme ou avant-gardisme, sans faire
en même temps une justification du présent, sans faire non plus que la pensée ne
soit dévorée, réduite à se déclarer sur la conjoncture politique, sociale et
culturelle du moment ?
Dans cet ensemble programmatique, au fur et à mesure que nous avancions,
d’une part, dans la lecture, presque de manière chronologique, des œuvres
complètes de Roig en les classant thématiquement et tenant toujours compte de
sa pensée contemporaine, et, d’autre part, dans les études et les commentaires
les plus divers sur son œuvre, deux évidences nous sont venues à l’esprit. La
première était que personne n’avait auparavant étudié le Roig qui précédait la
période que nous appellerons latino-américaniste commençant au début des
années 70. La deuxième était que, même si par moment le Roig bien connu
apparaissait de temps en temps, il était aussi évident que sa pensée avait subi
plusieurs transformations que les commentaires ne révélaient pas assez. De
même, certains aspects de sa formation et de ses inquiétudes de jeunesse (études
classiques, platonisme, historiographie, spiritualisme et pratique pédagogique)
avaient été délaissés ou omis par les critiques et les commentateurs. En effet,
nous pouvons affirmer que les différentes études sur Roig ont toujours eu deux
caractéristiques. La première est un regard unidirectionnel sur toute son œuvre à
partir de son engagement émancipateur des années 70. La seconde a consisté,
pour cette raison, à ne jamais se poser de questions sur la période précédente.
Dans ce même sens, la Cubaine María Hernández Muñoz, dans son article
critique de 1988, évoque, à juste titre, l’« académisme » des premiers travaux de
Roig, sans pour autant sentir le besoin de l’approfondir : la signification du
Roig contemporain, celui du « saut révolutionnaire » en matière
méthodologique ou conceptuelle, comme elle le dit, voire
10l’« antiacadémiciste », l’emporte . Ainsi est occulté l’intérêt de ses premiers

10 HERNÁNDEZ MUÑOZ M., « Algunas consideraciones acerca del historicismo de Arturo
Andrés Roig en la filosofía de la liberación », Islas, Revista de la Universidad Central de Las
Villas, Santa Clara (Cuba), nº 90, 1988, p. 106.
21 travaux universitaires. Symptomatique de ce procédé, la plupart de la
bibliographie citée sur Roig, étudiée par ses commentateurs et ses critiques, ne
commence qu’à partir de ses travaux de la fin des années 60. Dans ce contexte,
lorsque se faisait un approfondissement de son passé intellectuel, c’était pour y
11rechercher la confirmation de sa pensée émancipatrice . En restant sur ce
niveau d’analyse, sa philosophie et sa méthodologie historiques seraient
toujours restées critiques, son engagement politique univoque. Enfin, comme
nous le verrons, ce procédé sera véhiculé aussi par la propre lecture
rétrospective de Roig : nous appellerons cette approche générale lecture post
factum de la pensée roigienne, c’est-à-dire une lecture fondée sur la fidélité au
présent. Pour pallier ce manque, nous nous sommes décidé à travailler les textes
les plus significatifs élaborés entre le premier et le troisième exil politique qui
ont eu lieu à l’université de Mendoza entre 1945 et 1975, d’autant plus que nous
étions convaincu que pour apporter quelque chose de nouveau sur la pensée de
Roig nous devions nous en occuper.
La question méthodologique qui demeurait était de savoir comment y
accéder et que garder du projet initial : comment rendre compte de l’évolution
de sa pensée philosophique et de son engagement en tant qu’universitaire, c’est-
à-dire de la synthèse entre vie intellectuelle et action politique ? Comment
mettre en valeur sa première période platonicienne et spiritualiste sans se limiter
à l’expédier en quelques lignes, ou, uniquement en suivant les simples
affirmations rétrospectives de Roig ? Comment mettre en valeur ses écrits
classiques, historiographiques et pédagogiques écrits entre la fin des années 50
et le début des années 70 ? Comment aborder la problématique des rapports
entre le politique et la philosophie sans passer par la réflexion contemporaine de
Roig ? Comment donner une perspective plus critique à l’étude de sa pensée ?
Et enfin, comment accéder à son engagement politique qui, selon lui, a toujours
eu lieu depuis le plan culturel ?
Tous ces questionnements nous aideront à trouver une solution à notre
problème méthodologique. Nous nous sommes alors décidé à étudier ces textes
à partir de la mise en relation avec les situations historiques, sociales et
politiques où ils furent produits. Nous avons senti le besoin d’y accéder par
l’histoire universitaire argentine en cherchant son engagement politique dans le
cadre de son université, c’est-à-dire dans la prise de conscience de sa fonction
sociale. Si la radicalisation progressive avait bien caractérisé toute
l’intelligentsia progressiste argentine entre 1943 et 1973, et tout
particulièrement celle des universitaires, nous étions prêt à aller la chercher dans
les textes de la période concernée. Nous avons été ainsi « obligé », pour
retrouver notre sujet initial, à faire un détour : au lieu d’aborder et d’élaborer les
questions posées autour des intellectuels et de la politique à partir du Roig

11 e Cf. BRAGONI B., « Prólogo », in ROIG A., Mendoza en sus letras y sus ideas (2 éd.
augmentée et mise à jour), Mendoza, Ediciones Culturales, 2005, pp. 11-12.
22 contemporain, nous nous sommes proposé d’aller chercher dans ses textes les
propres rapports que la conception philosophique du moment lui permettait
d’établir avec le politique. Autrement dit, de ne pas aller chercher dans le passé
la confirmation du Roig contemporain, latino-américaniste, philo-marxiste, etc.,
car avec cela nous aurions accompli les mêmes erreurs méthodologiques que
nous voulions attaquer : celles du regard unidirectionnel sur toute son œuvre,
celle de la lecture post factum. Ces raisons nous amèneront aussi à questionner
et à penser le Roig d’avant pour pouvoir ainsi mettre en lumière l’évolution, les
ruptures, les omissions, les sens cachés et les tournants de sa pensée. L’analyse
et l’élaboration de l’histoire sociale et conceptuelle de la pensée roigienne,
délaissées suite à son statut universitaire actuel, nous ont permis d’accéder au
Roig platonicien, spiritualiste, réformiste et pédagogue. Une façon de critiquer
sa propre auto-perception et la propre histoire de sa pensée en train de s’écrire.
Alors, de notre titre original il n’est seulement resté que la première partie
Philosophie et politique… pour souligner l’ensemble de ce processus complexe
qui converge justement vers le Roig « émancipateur », celui qui rentre en
politique, et qui s’engage en tant qu’intellectuel.
Dans ce sens, notre sujet de recherche ne porte pas sur la riche réflexion
roigienne initiée en 1973, qui, comme nous le verrons ultérieurement, consistait
à mettre en relation ces deux domaines : la philosophie et le politique. Réflexion
qui, en fait, se trouve à l’origine de sa mise en valeur de l’enracinement social
de tout discours et qui finira dans l’« élargissement méthodologique » de
l’histoire des idées évoqué par Biagini et Fernández Nadal. Par ailleurs, ce
même sujet fut déjà largement traité par les différentes thèses citées
précédemment, et retravaillé, de manière récurrente, par ses différents critiques
et commentateurs.
Ainsi, avec notre titre, nous voulons souligner que la mise en relation entre
la philosophie et le politique peut nous montrer les tournants majeurs d’une
pensée. Nous voulons restituer, dans leur complexité, les points nodaux à partir
desquels Roig a pu pendre position pour mieux interroger le présent. Autrement
dit, aller chercher dans ses écrits les propres rapports que la conception
philosophique du moment lui permettait d’établir avec la politique ou,
inversement, les étudier à partir de la mise en relation avec les situations
historiques, sociales et politiques où ils furent produits. Le grand enjeu de ce
travail est de rompre avec le commentaire académique de son œuvre, qui prend
parfois des airs canoniques. Nous essayerons de mettre en scène un philosophe
et son combat au milieu des circonstances institutionnelles et politiques où se
produit le discours philosophique. Dans ce sens nous voulons être, avec ferveur,
roigien, en utilisant, à notre manière, son propre « élargissement
méthodologique ».
À partir de la confrontation du discours philosophique et universitaire de
Roig avec son engagement des années 70, nous voulons donner une nouvelle
perspective à sa singularité philosophique. Bien sûr, notre travail ne se réduira
23 pas à une recherche sur Roig, nous voulons surtout « penser Roig », comme le
12disait Miguel Abensour à propos de son travail sur Levinas . En définitive,
notre titre évoque le dessein de voir la singularité d’une pensée philosophique,
dans cette tension constante et déstabilisante qu’est le politique.

Quelle structure pour notre livre ? Il s’articule en trois parties qui furent
pensées de manière indépendante, bien qu’en étroite relation les unes avec les
autres. Dans le respect de cette indépendance, chaque partie est composée d’une
introduction et d’une conclusion.
Néanmoins, dans le souci de donner une vue d’ensemble nous pouvons
avancer que la première partie est essentiellement biographique et historique :
nous présentons l’homme et le philosophe Arturo Andrés Roig, sa formation, les
différents domaines et périodes de sa pensée ainsi que sa place au sein de la
philosophie latino-américaine, ou plutôt dans le courant philosophique nommé
Philosophie de la Libération. Au-delà des distinctions internes et conceptuelles
dans ce courant, nous postulons que sa production philosophique en fait partie.
Nous partons, dans une certaine mesure, du Roig connu et reconnu, le
philosophe professionnel de la théorie critique et historien des idées latino-
américaines, engagé et philo-marxiste, qui pense la philosophie en étroite
relation avec le politique, pour aller vers le Roig méconnu ou oublié : le Roig
spiritualiste, platoniste, « réformiste » et pédagogue.
Dans les deux autres chapitres, nous aborderons le sujet principal de notre
livre : le Roig méconnu, sa philosophie et son rapport avec le politique. En
effet, notre premier chapitre fait fonction d’initiation à notre « voyage » de
retour vers le Roig d’avant la période latino-américaniste. Mais, pour ne pas
rester fixé dans le passé, nous effectuerons un constant aller-retour entre ces
deux périodes, c’est-à-dire une mise en parallèle entre le Roig des débuts et le
Roig contemporain, qui nous permettra de voir l’enrichissement sémantique de
certaines de ses catégories les plus importantes. Avec ce voyage de retour –
parfois les notes de pied de page accomplissent cette mission –, nous voulons
donner une nouvelle perspective à sa pensée contemporaine, en montrant les
ruptures et les tournants opérés dans sa philosophie.
Dans le deuxième chapitre intitulé « Université et engagement politique
(1945-1975) », nous présenterons et penserons plus spécifiquement le Roig
universitaire « réformiste » et pédagogue, toujours humaniste, qui enfin s’ouvre
à la politique et parvient à penser le politique. Ici, nous donnerons une grande
importance aux circonstances institutionnelles et politiques de la production
philosophique et historiographique de Roig. Suivant en cela Beatriz Sarlo, nous
prendrons le mouvement argentin péroniste comme le paradigme interprétatif
principal pour toute l’analyse de cette période historique. Nous centrerons notre

12 ABENSOUR M., « Penser l’humain. Entre le métapolitique et le politique » (Propos recueillis
par Danielle Cohen-Levinas), Europe, Revue littéraire mensuelle, novembre-décembre 2011,
n° 991-992, pp. 21-48.
24 effort explicatif et critique prioritairement autour de ses textes pédagogiques et,
de manière transversale, de ses écrits historiographiques. À partir de ces écrits,
nous essayerons de comprendre ce que nous caractérisons comme sa
radicalisation philosophico-politico-pédagogique. Dans l’accomplissement de
celle-ci, nous verrons, entre autres facteurs, l’importance qu’a eue chez lui la
politisation de la jeunesse de la fin des années 60, ainsi que son contact avec la
« théorie de la dépendance » et les pédagogues brésiliens Paulo Freire et Darcy
Ribeiro. Enfin, dans cet ensemble, nous ne réduirons jamais son engagement et
sa réflexion politiques à la recherche et à la pédagogie critiques, même si celles-
ci furent sa forme première lui permettant d’entrer en politique, et de s´engager
en tant qu’intellectuel. Il faut se rappeler que la normalisation de l’activité
philosophique en Argentine, survenue avec la réaction antipositiviste de 1930,
avait réduit l´engagement politique des intellectuels, dans la plupart des cas, au
cadre universitaire ; comme si la relation d’extériorité entretenue vis-à-vis de
l´État était le compromis qui assurait l’organisation démocratique de celle-ci.
Les parcours de Roig nous montrent enfin sa propre réaction face à une
université antipositiviste-académiste-apolitique.
Dans le dernier chapitre intitulé « Études classiques ou la force actuelle de
son platonisme dans ses écrits contemporains », il sera question de philologie
classique, de philosophie de la culture, de mythologie et, dans une grande
mesure, de platonisme. Nous analyserons les textes les plus divers,
principalement élaborés de 1949 à 1975. Nous donnerons une grande
importance, locus enuntiationis oblige, à son séjour parisien entre 1953 et 1954,
auprès de Pierre-Maxime Schuhl, Jean Wahl et Jean Hyppolite. En paraphrasant
Roig lui-même, nous appellerons cette étape, enrichissement des philosophes
classiques, et nous verrons comment, d’une part, elle lui permit de revisiter
l’atmosphère du « nouveau spiritualisme universitaire » de sa faculté de Lettres
et Philosophie de Mendoza, ce que nous nommerons son premier platonisme et
comment, d’autre part, ce même enrichissement des philosophes classiques
rendit possible sa nouvelle lecture de Platon en 1972 : son second platonisme.
Enfin, dans ce chapitre, nous tenterons de démontrer que la philosophie
classique tient une fonction de curriculum occultum dans la période latino-
américaniste. Curriculum occultum renforcé dans la méconnaissance et/ou
l’omission que nous avons évoquées, et qui se fonde, d’une part, dans l’auto-
perception roigienne et, d’autre part, dans le manque paradoxal de perspective
historique dans les commentaires et les analyses de ses œuvres les plus divers.
Nous espérons, sans prétendre lever tous les voiles de sa pensée, montrer
l’ensemble du processus complexe qui converge justement vers le Roig
« émancipateur », délaissé par la critique et par ses commentateurs, mais que la
radicalisation philosophico-politico-pédagogique et l’enrichissement des
philosophes classiques veulent pendre en compte.

***
25 Pour finir, nous voulons rendre hommage à la disparition d’Arturo Andrés
Roig survenue le 30 avril 2012, quelques jours après avoir achevé notre
manuscrit. Il travaillait, comme l´atteste le bureau de son cabinet, tout
particulièrement sur un « prologue » pour la réédition de son livre sur Platon
(1972), ainsi que sur la révision de la traduction française de son livre Teoría y
crítica del pensamiento latinoamericano (1981) – témoignage ultime de sa vie
intellectuelle, menée jusqu´au bout.
En août 2008, nous avons pu nous entretenir personnellement avec lui à
Mendoza, lors du colloque en son honneur déjà évoqué dans la préface par
Patrice Vermeren. La silhouette faible et lumineuse de 86 ans qui nous ouvrit la
porte de sa maison, nous laissait d’emblée apercevoir son humanité profonde et
généreuse. Le poncho qui l’abritait, ne ressemblait pas au cliché de ceux que
portent nos gauchos du crépuscule caractéristiques des festivals de folklore et
des rodéos argentins. Sa générosité et sa profondeur philosophique seront pour
nous inoubliables : « Hay que buscar formas socialistas de convivencia ». Il
rajoutait contre nos démocraties réelles : « La democracia nunca estuvo tan
controlada. Es la careta miserable y monstruosa con la cual nos estamos
destruyendo a nosotros mismos. »
S’il y a un legs roigien, celui-ci a consisté à nous apprendre à étudier de
manière équitable et critique les rapports intellectuels et culturels entre les
peuples : d’une rive à l’autre de l’Atlantique et du Pacifique, avec des catégories
géographiques (Occident-Orient-Nord-Sud) qui sont toujours mobiles et
relatives comme il en était convaincu. Le legs roigien, voire celui de la
philosophie tout entière, n’est pas un mandat historique qu’on doit conserver
intact ou intouchable, mais la « transmission » d’un patrimoine culturel
déterminé qui nous donne accès à des perspectives optionnelles depuis notre
présent, toujours conscients que notre culture ne se suffit pas à elle-même pour
interpréter le monde : temporalité des biens culturels et historicité des sujets qui
les reçoivent. La déshistorisation des biens culturels, comment il en était
persuadé, est la clé de toutes les idéologies de domination ; les critiques
historiques et philosophiques sont là pour la dévoiler. Roig avec son exemple,
nous apprend le geste philosophique qui éviterait ainsi le particularisme fixé
(latino-américanisme déclamatoire et étroit) et l’universalisme abstrait
homogénéisant (ethnocentrisme, européisme). Nous sommes, face à son legs,
des « récepteurs-créateurs », c’est-à-dire que nous l’adoptons et le recréons à
partir de nous-mêmes, c’est ce que nous prétendons faire dans les pages qui
vont suivre*.



*Ce livre est le fruit de notre thèse de doctorat dirigé par Patrice Vermeren et soutenue à
l’université Paris 8 devant un jury composé de ce dernier, ainsi que de Stéphane Douailler, Raúl
Fornet-Betancourt, Jean-René Garcia et Alfredo Gomez-Müller. Il doit également beaucoup aux
dialogues avec Horacio Cerutti Guldberg, Marisa Muñoz et Daniel Bensaïd lors de son fécond
26 séminaire sur « Philosophies et Politiques » (2005-2006) ; aux rencontres amicales et/ou
complicités intellectuelles tenues « d’une rive à l’autre de l’atlantique » avec Angélica Montes,
Hugo Busso, Martín Cortés, Rubén Quiroz Ávila, Gabriel Catren, Mélanie Cornière, Ariel
Lucarini, Jaïr Dupont, Alexis Romano, Gaston Flores, Nicolas Eveillard, Ricardo Torre, Diego
Vernazza, Carlos Pérez, Alejandro Rabinovich, Marianne Lacroix, Juan Luis Gastaldi, Marie
Bardet, Patrizia Atzei, Daniel Álvaro, Emmanuelle Pichon, Vanesa García, Jack Nall, Ève
Guillaume, Graciela Ferrás, Bernard Bresteau, Jean-Pierre et Beatriz Commecy ; ainsi qu’à
Miriam Artiles Castro, Gustavo Cajica, Carlos Pérez Zavala pour leur aide bibliographique, et au
père Antoine Valero s.m.a. pour m’avoir appris la langue française. Gilles Andrés et Nicolas
Eveillard en ont relu les épreuves. Tom Rosa en a illustré la couverture.
Je tiens à manifester ma gratitude à mes parents, Elida Victoria Inés Bertone et Edmundo
Argilio Ferreyra, et à mes frères Edmundo Cesar et Carlos Alfredo.

27
Brève histoire de l’œuvre d’Arturo
Andrés Roig
« L’idée de liberté admet donc différentes interprétations. Les aspects sous
lesquels elle se présente dépendent, d’ailleurs souvent, bien plus d’une façon
de voir et sentir que de convictions bien arrêtées et rigoureusement définies.
Il en est ainsi du libéralisme de Montesquieu qui pénètre toute son œuvre et
forme comme l’esprit de l’Esprit des lois. La liberté chez Montesquieu est
fondée sur une large compréhension de la vie humaine et sur la vie relative
des choses. C’est la liberté telle que doit la concevoir l’historien […]. Les
partisans de l’autorité, pour montrer les dangers que présente la liberté, se
prévalent des variations de l’esprit humain. La multiplicité et les
contradictions des sentiments et des opinions les effrayent. Ainsi l’Église du
eXVII siècle, alliée à la royauté absolue, ne reprochait-elle rien tant aux
êtres humaines que leur instabilité […]. Pour les empêcher de tomber dans
les égarements, elle les plaçait sous un double joug. Ainsi, sacrifiant la vie à
un idéal d’ordre et d’unité, à une vue de perfection, les partisans de
l’autorité ne sauraient admettre que les hommes fussent libres. Pour aimer
la liberté, il faut aimer la vie. »

(Bernard Groethuysen, Montesquieu, Genève-Paris,
Ed. des Trois Collines, 1947, pp. 10-11)
Introduction
Dans cette première partie, nous nous appuyons, d’une part, sur une série
d’interviews de Roig, où il nous parle de sa vie et de sa formation
13philosophique , d’autre part, sur une brève histoire de l’atmosphère
philosophique de son université. Nous partons de son auto-perception, de son
discours, pour ainsi l’enrichir et le problématiser avec nos propres recherches

13 PINEDO J., « Una trayectoria intelectual. Entrevista con Arturo Andrés Roig », Estudios
latinoamericanos. Solar, Santiago de Chile, 1993, pp. 174-193 ; HERRERO A. et F., « Encuesta
sobre historia de las ideas. Arturo Andrés Roig », Estudios sociales, Revista Universitaria
Semestral, Santa Fe, 1994, n° 7, pp. 167-179 ; « Posiciones dentro de un filosofar » (dialogue
avec Raúl Fornet-Betancourt et Martin Traine [1991]), in ROIG A., Rostro y filosofía de América
Latina, Mendoza, Ed. de la Universidad Nacional de Cuyo, 1993, pp. 200-217.
29

historiques. Cette partie de notre travail ne se veut qu’une introduction générale
à sa vie et à sa pensée, principalement contemporaine et latino-américaniste.
Autrement dit, elle n’est pas une étude exhaustive de sa formation et de ses
influences philosophiques.
Ces différents témoignages, que nous traiterons ensuite, sont très importants
puisqu’ils nous montrent ses antécédents philosophiques, ses différentes étapes
de formation (argentine, latino-américaine, européenne), de production
philosophique et les principales inquiétudes qui l’ont amené à se consacrer à la
pensée latino-américaine, surtout dans le courant qu’on appelle Philosophie de
la Libération. Une fois approfondie sa place dans la Philosophie de la
Libération, nous plongerons au cœur de sa vision philosophique contemporaine,
en définissant ses concepts-clés : sa pensée libératrice.
1.1 L’université de Roig : formation, atmosphère
philosophique et influences
Arturo Andrés Roig est né à Mendoza, Argentine, le 16 septembre 1922. En
1949, il obtient le diplôme de professeur de philosophie dans l’enseignement
secondaire et universitaire. En 1953, il bénéficie d’une bourse à Paris
(université de la Sorbonne) pour réaliser des études supérieures en histoire de la
philosophie ancienne, sous la direction du professeur Pierre-Maxime Schuhl.
Dans l’interview réalisée par Javier Pinedo en 1993, Roig avoue qu’il ne sait
sincèrement pas pourquoi il a commencé à faire des études de philosophie. Il en
attribue toutefois une des causes principales à son entourage familial, surtout
pour ses motivations intellectuelles, et pour sa vie spirituelle et culturelle. Roig
nous avoue également : « Un jour, il nous est arrivé de faire des études de
philosophie, sincèrement je ne sais pas pourquoi, peut-être que cela répondait à
des inquiétudes qui avaient été éveillées par l’entourage familial lui-même,
parce que quand on commence à faire de la philosophie, on ne sait pas en
général ce que c’est que la philosophie, même s’il peut également arriver que
lorsqu’on finit d’en faire, on ne le sache pas davantage ; et si l’on demande une
définition de ce que c’est que la philosophie, eh bien ! Là, la question devient
14plus difficile . »
Une autre motivation a été la grande attente qu’a suscitée à l’époque la
création de la faculté de Philosophie et de Lettres de Mendoza en 1939. Roig
nous rappelle que son ouverture a coïncidé avec l’arrivée des grands maîtres
espagnols exilés, tels que Juan Corominas et le professeur Salvador Canals
Frau.
Cette période de formation ne s’est pas déroulée normalement pour Roig, à
cause de son recrutement dans l’armée pendant trois ans, au cours de la
Deuxième Guerre mondiale. Cette période est marquée, nous dit-il, par une

14 PINEDO J., « Una trayectoria intelectual... », op. cit., p. 174.
30 passion pour les études classiques, en particulier pour la langue grecque et sa
philosophie, et en même temps par un intérêt tout particulier et une sympathie à
l’égard de la pensée de Kant (Critique de la raison pure) et Bergson, suscités
par son professeur d’« Histoire de la philosophie moderne », Luis Felipe García
de Onrubia. « Dans les casernes j’ai beaucoup lu, et ce dont je me souviens le
plus de cette époque-là, c’est de la répercussion provoquée par les écrits de
15Bergson, en particulier son Évolution créatrice . » Il faut souligner que ses
études gréco-latines sont à l’origine de sa vocation platonicienne, qui fut aussi
une réponse, comme nous le verrons plus loin, au néo-aristotélisme scolastique
de l’époque, qui se fera sentir plus fortement à partir de 1949 dans cette faculté
de Philosophie.
D’une manière générale, la création de l’université de Mendoza en 1939,
avec sa faculté de Lettres et Philosophie, sera un repère en ce qui concerne le
développement philosophique à Mendoza. L’un des meilleurs témoignages que
nous ayons trouvés pour tenter de comprendre l’atmosphère philosophique dans
laquelle Roig a été formé et a commencé à enseigner, est le livre Memoria
histórica de la Facultad de Filosofía y Letras de la Universidad Nacional de
Cuyo 1939-1964.
Ici, Diego Francisco Pró, dans son article « Origen y desarrollo de la
16facultad », nous apprend que la faculté de Lettres et Philosophie de l’université
nationale de Cuyo se caractérise par la tendance humaniste de ses plans
d’études et sa mission de formation des hommes cultivés dans le cadre général
de l’idéologie antipositiviste : le « nouveau spiritualisme universitaire » de
1930. Ce dernier est l’héritier, comme l’a parfaitement démontré Roig dans les
années 70, du « romantisme social » de 1837 (Juan Bautista Alberdi, Domingo
eFaustino Sarmiento, etc.) qui, à partir de la moitié du XIX siècle, sera considéré
comme le « spiritualisme argentin ». Les traits caractéristiques de ce
e« spiritualisme argentin » du XIX sont pour Roig les suivants : « valeur
métaphysique de la raison, éternité de la vérité, existence de principes innés,
immutabilité de la nature humaine, existence de Dieu ou d’un esprit suprême,
nécessité de la religion (théiste ou déiste), vision philosophique de l’histoire et
17développement progressif de l’humanité ». À partir de 1930, toujours selon
Roig, ce spiritualisme prendra un nouveau visage grâce à deux « formes de
transition » : une première, qui est la continuité du « spiritualisme idéaliste
eargentin » du XIX siècle, comme par exemple le spiritualisme de type
schopenhauerien de Macedonio Fernández (1874-1952) et les formes

15 HERRERO A. et F., « Encuesta sobre historia de las ideas. A. A. Roig », op. cit., p. 168.
16 PRÓ D., « Origen y desarrollo de la Facultad », in Memoria histórica de la Facultad de
Filosofía y Letras de la Universidad Nacional de Cuyo 1939-1964, Mendoza, Universidad
Nacional de Cuyo, 1965, pp. 124-128. Cf. SORIA C., « Los estudios clásicos en la Facultad de
Filosofía y Letras », Revista de estudios clásicos, Mendoza, 1965, t. IX, pp. 191-208.
17 ROIG A., El espiritualismo argentino entre 1850 y 1900, Puebla, José M. Cajica Jr., 1972,
p. 29.
31 pédagogiques non-positivistes de la « escuela activa » ayant ses origines dans le
rationalisme harmonieux de Carlos Vergara (1857-1928) ; une seconde, qui est
un spiritualisme surgi des propres rangs du positivisme avec deux propres
formes de transition. La première est un passage du positivisme au
« positivisme spiritualiste », qui est au fond, selon Roig, un retour très large à
eune forme de spiritualisme, celle de la philosophie éclectique du XIX siècle,
qui « ouvre les portes, en fonction de son retour à un spiritualisme certain, à la
réaction antipositiviste. L’exemple typique est Rodolfo Rivarola (1857-1942) ».
La seconde est une position dialectique entre positivisme et idéalisme, comme
ce fut le cas chez Alejandro Korn, avec son « idéalisme critique ». Ce processus
entre continuité spiritualiste, réaction et dépassement positiviste, constituera, en
18effet, « le nouveau spiritualisme universitaire ». Ce que nous appellerons tout
simplement spiritualisme ou idéalisme. Spiritualisme dans lequel, comme nous
19le montrerons plus loin, la propre pensée de Roig évoluera .
Or, malgré cette homogénéité marquée pour le spiritualisme, Pró identifiera
trois étapes distinctes durant ces années : la première de 1939 à 1949, la
deuxième de 1949 à 1955 et la troisième de 1955 à 1966.
1939-1949 : cette première étape coïncide avec la formation philosophique
de Roig, qui obtient son diplôme de « professeur de philosophie » en 1949. Ces
années de formation se feront sous l’influence de sa faculté, de ce que Diego
Pró identifie comme les sixième et septième périodes des courants
20philosophiques en Argentine . Soit, la réaction antipositiviste et la pénétration
des philosophies idéalistes et vitalistes (Bergson,), pour la première ; et pour la
seconde, philosophie d’affirmation et non pas de simple réaction au positivisme,
comme par exemple, la phénoménologie (Husserl, Scheler), l’existentialisme
(Jaspers, Heidegger), le spiritualisme philosophique (Marcel, Blondel) et le
réalisme traditionnel (Maritain, Gilson) ainsi que l’ontologie, la métaphysique,
l’anthropologie philosophique (Cassirer), l’éthique et l’esthétique. Pró, à la
21manière ortégienne , nous dira que pendant cette brève période dans l’histoire
de l’université argentine cohabitent des hommes de trois générations : celle de

18 Ibid., pp. 132 sqq.
19 Cf. ROIG A., « Notas sobre el eclecticismo en Argentina » (1963), pp. 159-182. Dans un souci
de simplification des références bibliographiques, nous ne citerons que le titre et l’année de
publication des articles de Roig, qui ne furent pas recueillis ou réédités dans d’autres ouvrages.
On retrouvera les références complètes dans la bibliographie organisée par année de publication.
20 L’identification de cette première étape de la faculté de Philosophie avec les courants
philosophiques présents à un niveau national est due, dans une certaine mesure, au fait que
l’université de Cuyo fut pendant la première décennie un prolongement de la faculté de Lettres et
Philosophie de l’université de Buenos Aires, avec la participation active de Coriolano Alberini.
Cf. PRÓ D., « La enseñanza de la filosofía », in Memoria histórica de la Facultad de Filosofía...,
op. cit., p. 328 ; ROIG A., Mendoza en sus letras y sus ideas, op. cit., p. 252.
21 Voir la critique d’Hugo BIAGINI à propos du livre de Diego Pró, Historia del pensamiento
filosófico argentino (1973) dans son livre Filosofía americana e identidad: el conflictivo caso
argentino, op. cit., pp. 282-284. Cf. CERUTTI GULDBERG H., Filosofía de la liberación
latinoamericana, México, F.C.E., 1983, pp. 31 sqq.
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