CAÏN, l'énigme du premier criminel

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Caïn, à travers ce qui l’amène au crime, est une figure emblématique du fanatisme dans son processus mental. S’il se situe après la Chute ce n’est pas par hasard mais pour montrer ce qui se produit quand on préfère le fruit appétissant de l’Illusion à celui de la Connaissance. Ce mythe recèle plusieurs mystères : Pourquoi Dieu refuse-t-il l’offrande de Caïn ? C’est pourtant la cause du premier crime de l’humanité. Pourquoi Dieu donne-t-il un véritable sauf-conduit à Caïn après son meurtre ? Dieu serait-il juge et partie dans cette affaire au point de ne pas pouvoir le condamner ?
Les réponses à ces questions sont dans le texte mais personne n’a su les voir. L’auteur résout ces énigmes et éclaire les arcanes de l’âme humaine, car le texte biblique nous parle… de nous ! Sous la figure de Caïn, la Genèse nous délivre une mise en garde contre le fanatisme, contre la propension à préférer la croyance… à la connaissance !
Publié le : mercredi 11 juin 2014
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Caïn, l’énigme du premier criminel
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Caïn, l’énigme du premier criminel
Jacques Laffitte
Caïn, l’énigme du premier criminel
Essai
ème 2 éditionrevue et corrigée 2012 ère (1 parutionTdB Editions en 2009)
ISBN 978-2-9540838-2-7 L’Arbre aux Signes EditionsN° Siret : 537 672 727 000 14APE : 5811 Z
Association 1901 d’Edition & Création d’Evènements Culturels 14 La Galaisière 61340 Préaux du Perche Site : www. arbreauxsignes.com Mail :contact@arbreauxsignes.com
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Caïn, l’énigme du premier criminel
CHAPITRE I A l’origine l’erreur est tapie ?
« Caïn, levez-vous ! »
« Vousavez tué votre frère par dépit parce que votre offrande a été refusée par Dieu alors qu’il a agréé celle de votre frère. Mesdames, Messieurs les Jurés, c’est une affaire simple qui se juge rapidement avec une sentence frappée au coin du bon sens et une condamnation lourde, sans ambiguïté, du genre à marquer les esprits. Je vous rappelle qu’il s’agit du premier crime de l’humanité et qu’il convient donc d’appliquer un châtiment exemplaire, histoire d’ôter l’envie aux hommes de recommencer. » Eh bien, contrairement à ce qu’on attendait, cela ne se passe pas comme ça, ce réquisitoire imaginaire n’est pas du tout suivi: non seulement le prévenu n’est pas condamné à la peine capitale selon la loi du talion (il a quand même assassiné son frère), mais il bénéficie d’un sauf-conduit (un signe de protection au front), d’une totale impunité (personne ne peut le tuer), et sa sanction est un quasi non-lieu, (Allez, circule, tires-toi, fous le camp) ; et en plus, sa condamnation à l’errance dont on charge le portrait avec force trémolos dans la voix « tu seras errant et vagabond sur la terre», il s’en affranchit 4 versets plus bas... en fondant une ville ! Etonnant, non ? A croire que cette affaire est beaucoup plus complexe à juger qu’il n’y paraît. Il se pourrait bien qu'elle soit un véritable casse-tête juridique. Peut-être même contient-elle l’invalidation du Juge Suprême l’empêchant de remplir sa fonction. Ou bien,
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des attendus…inattendus rendent-ils impossibles jugement et condamnation ?Va-t-on découvrir que l’assassin n’était pas responsable de son mobile, de ses motivations ? Peut-être y a-t-il été conduit par d’autres, y compris à leur insu ?
1.1)DE L’ORIGINE DE L’INVESTISSEMENT… L’inversion Comment peut-on être meurtrier? Qu’est-ce qui rend un individu criminel pour un motif qui laisse la personne d’à côté indifférente? L'histoire de Caïn et de ce qui pousse au crime, va nous dévoiler le processus de notreinvestissementde certaines idées ou représentations, voire même de ce qu’on croit être des valeurs (être le premier / l’unique aimé, détenir la vérité, etc.). C'est parce qu'on les investit démesurément qu'on en vient à tuer. Et pas seulement par égarement personnel. Car ce phénomène peut aussi être collectif, partagé par le groupe social, comme nous le montrent les différents fanatismes présents ou passés (guerres de religions, nazisme, impérialismes soviétique ou américain, etc.). Ce qui au départ n'était que l'investissement d'un concept (donc révisable), est devenu tellement «nous-mêmes »qu’aucun retour en arrière, ou remise en question de cette représentation ne semble possible. «Nous-mêmes »,voire plus que nous, en fait cet investissement d’une idée s'est transformé en une sorte d’entité suprême (Sens de l’Histoire, Dieu, Homme supérieur, libéralisme économique, Progrès, etc.), existant en elle-même. Et au nom de cette figure on est prêt à tout, y compris à contredire par nos actes les valeurs que concentre cette notion dont on se réclame (bien de l’humanité, miséricorde divine,
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amour du prochain, ou lois du marché quand elles nous arrangent).
D’identité On sent bien, à cette contradiction qui caractérise le fanatisme individuel ou de groupe, qu’il s’y joue quelque chose, non de l’ordre du rationnel, mais d’uninvestissement d’ordreaffectif. L’affectivité, noyau de la personne et moteur de ses actes, est tellement impérieuse qu’elle peut battre en brèche l’impératif de cohérence interne de chaque individu : ne pas contredire par ses actes ce qu’il dit qu’il fait ou ce en quoi il croit. Cette contradiction peut n’être pas perçue en tant que telle ; comme le raciste dont le plus proche ami est noir et qui continue à tenir des propos racistes. L’affirmation est plus forte que ce qu’elle affirme au point d’en contredire le contenu et de ne pas voir cette contradiction. Parce qu’elle estaffirmation de soielle est toujours de mauvaise foi… en toute bonne foi ! Car ce qui est investi c’est uneimage de soi dans laquelle on se sent bien. Ensemble de représentations (rocker, Révolution, etc.), de valeurs (musique, réussite, Internationalisme), de comportements (habillement, militance) et d’échanges avec d’autres, elle prend le nom d’une idéologie, d’une religion, ou d’un label. Cet « ensemble » fonde (au sens également d’alliage)uneidentité àl’individu et le dote d’un cadre de référence. Qu’entend-on par «identité » ?Une représentation dans laquelle on se reconnaît suffisamment, même sans preuves objectives. « Se reconnaît » c’est-à-dire qui nous renvoie une image de nous-mêmes qui nous plaît, nous justifie à nos propres yeux ou au regard d’un ensemble social. Contrairement à une idée reçue, nous avons non pas une mais plusieurs identités : on est autant le fils de sa famille (même parvenu à l’âge adulte), que son code APE des métiers ; mais on se sent tout autant syndicaliste ou membre de tel club sportif. « Autant » n’est pas exact car on pondère différemment
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chaque élément de cette mosaïquequ’est le moi en ses différentes facettes ; on privilégie une «identité »qui devient notreréférence prépondérante.Celle-ci apparaît alors comme ce quidonne sensà la vie de monsieur X : il est (ou pouvait se dire) communiste, musulman, fan de Johnny, chrétien, 1 antisémite, supporter de l’O.M ., etc. De même que l’identité professionnelle n'est pas que le moyen de payer ses factures maislégitime notreplace dans l’utilité sociale (on est charpentier, cadre sup. ou technicien de surface).
En identification Au début, cet ensembleaffirmation - image de soi -identitérépondait au besoin initial de fondation, et pour cela se référer à quelque chose de supérieur à soi était considéré 2 comme une valeur. Puis cette référence, ce corpus de représentations (idéologie politique, religion, sport, réussite sociale, etc.) se trouve investie en tant que valorisation de la personne elle-même. Plus l’individu s’y investit, moins il fait de différence entre lui et cette image. Ce qui l’identifiait, maintenant il s’y identifie, totalement. Au point de la défendre comme sa propre chair et éventuellement au prix de sa vie. Y compris le simple supporter « fada» de l’O.M. : il fait don de sa vie à son club, comme la nonne se donnait à Jésus. On va le voir avec Caïn, l’envie d’être plus, (voire même supérieur aux autres), de se fondre dans un Tout valorisé (Dieu, le meilleur club de foot, le Communisme, l’entreprise leader, etc.), se mue en certitude d’être dans le vrai. Or ce n’est pas la même chose, en faisant cela on opère plus qu’un glissement, on change de nature,devient fan de..., moine-soldat, militant, etc. Il on devient alors nécessaire de prendre le monde entier comme interlocuteur (capitalismeou communisme doivent être 1 Olympique de Marseille, équipe de foot. 2 On ne juge pas ici le contenu de tel ou tel corpus ou référence, on observe simplement le processus à l’œuvre. 7
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universels, la star mondiale, le sportif ou l'équipe champions du monde). On doitprouvernon plus seulement ce qu'on avance maisce qu'on esten gagnant la coupe, en conquérant le monde, en convertissant les autres, etc. Alors que le processus de développement, tel qu’on le voit chez l’enfant, va de l’identification (à telle ou telle figure admirée) à l’identité (celle qu’il se constitue), c’est le contraire qu’on observe avec le fan et plus encore avec le fanatique : de l’identité personnelle à l’identification collective, il dissout son individualité dans une marque. Le paradoxe est que le fanatisme constitue une perte d’identité par plus d’identité, en fait par un surplus d’identification. Cette deuxième peau, telle la tunique de Nessus (qui brûle celui qui l’endosse et ne peut plus l’enlever), se mue alors en une sorte de virus prenant le contrôle de l’individu et polarise ses activités, privées d’abord puis publiques. L’Absolu On assiste alors à une sorte de dévoration interne comme une tumeur cancéreuse : ce qui était considéré comme un bien, l’adhésion à une idée, la référence à des valeurs, 3 l’appartenance à un groupe, etc., se transforme en un Moloch toujours plus exigeant. Obligatoirement, parce que l’importance du tribut en change la nature: de simple contribution il devient « sacrifice » et sculpte à celui qui en est l’objet la stature de l’absolu. L’exorbitant de l’exigence devient le signe «évident »de sa valeur, vite muée en fondement. Mêmesi elle est absurde ou meurtrière comme avec Caïn, la démesure de la représentation puis la pesanteur de l’exigence devient à elle-même la preuve de sa « vérité ». Il ne peut plus y avoir d’en-dehors de cet Absolu, car il ne se peut que d’être tout. Par là, le fanatisme ne peut êtrequetotalitaire 3  Divinitéantique, notamment carthaginoise, à laquelle ses adeptes sacrifiaient leurs enfants en les jetant dans sa gueule enflammée. 8
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(même s’il s’en défend toujours à ses débuts y compris en revendiquant la tolérance, la liberté d’échange, etc.). Pourêtre il lui faut êtretout. C’est d’ailleurs ce qui plaît à ses sujets et compense chez eux… de n’être rien. Et, conséquence redoutable, puisqu'il n’y a pas d’en-dehors à cet absolu, ceux qui ne sont pas dedans sont… dans l’erreur. Ils «doivent » donc être ramenés dans la vérité de gré ou de force. Par là tout absolu est nécessairement envahisseur et tueur de ce qui n’est pas lui. Ce n’est qu’à ce prix qu’il peut espérer atteindre son but :se prouver qu’il est «vrai »autant que «tout »puisque aucun domaine n’échappe à sa férule. Il doit donc être puissant, irrésistible, champion du monde, race supérieure, immortel, intransigeant, nécessairement intolérant, jaloux et poursuivant la faute des pères sur les fils jusqu’à plus soif, etc. Masqué Ce «sacrifice »(celui de l’individu au profit de l’appareil impersonnel, autant que celui de la raison sur l’autel de l’irrationnel), est d’autant plus lourd qu’il doit êtrenié: l’assujetti dira que c’est de bon cœur qu’il se voue totalement (« Personne ne m’a obligé »), qu’il lègue tout ce qu’il possède (Bonjour les sectes), et enfin qu’il donnera sa vie (« Pas de problème, tu iras directement au paradis»). Cette auto-contamination ne peut pas être regardée en face, comme ce qu’elle est, une inversion. Cela ne peut au sens propre être envisagé : cela n’a pas de visage parce que cela nedoit pasêtre vu. Ce qui veut dire que cela doit être activementdénié. En 4 cela consiste le moteur du sacré, ce qui fonde non pas Dieu mais ce genre de religion :nier qu’il y ait négation. Ce double déni représente la face cachée de Dieu, ce qui faisait dire ou plutôt écrire qu’on ne pouvait voir Dieu et continuer à vivre (sa vie de croyant). En effet, ce processus ne peut continuer à jouer 4 Cf. les analyses pertinentes de René Girard dans ses livres notammentLa violence et le sacréLivre de Poche. 9
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son rôle actif qu’à condition de ne pas être perçu comme 5 absurde, et encore moins comme pouvant être discuté; non seulement parce que sa mise en question effriterait la statue du Commandeur, mais surtout parce qu’elle démolirait le fidèle. Comme dans les cas de symbiose entre le parasite et son hôte, le fidèle se condamne à être un nouveau Prométhée ne pouvant plus se passer de l’aigle qui le dévore là où il a foi(e) ; mais de la sorte, ne serait-ce que quelques minutes par jour, il a la certitude d'avoir des ailes et se justifie d'être dans le malheur.
Du seul véritable dieu Car ce dieu, effectivement universel sous quelque appellation que ce soit, est en faitla croyance. On s'y voue et on s'y dévoie comme nous l'ont montré ces grandes croyances dans des absolus qu'ont été communisme, nazisme, et leurs sous-produits antisémitisme, racisme, etc., car le raciste croit vraiment en l'infériorité du noir, de l'arabe, ou l'antisémite dans celle du juif. Quand elle se situe au croisement de l'identité sociale et de l'appartenance de groupe («si tout le monde pense comme ça c'est que ça doit être vrai»), la croyance comme adhésion non-réfléchie est le maître tyrannique de l'impensé, de ses mécanismes de défense et de substitution.Et c'est parce que ceux-ci sont investis affectivement qu'ils ne sont plus accessibles à la raison. Mais même dans les domaines de la philosophie ou de la spiritualité, la croyance peut aussi se nicher aux confluents de l’autosuggestion et du déni de réalité, le tout payé d'un espoir aussi sûr que la monnaie du pape... est une fleur. Se contraindre à croire c’est faire taire ses propres objections, tenter de se persuader d’un invérifiable et l’affirmer 5 On a eu la « chance » d’en voir un exemple absurde et « indiscutable » s’effondrer après 70 ans d’existence : le communisme. 10
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comme avéré. Bien sûr sans preuves sinon où serait le frisson ? Et sans risque de perdre il n’est pas d’enjeu véritable, n’est-ce pas ?Ce pari métaphysique est pour certains la seule approximation de liberté qu’ils pourront connaître ; elle est une image inversée de l’autonomie (parce qu’ils s’adonnent à un ensemble de règles et de contraintes), mais elle représente une caricature de choix par l’adhésion forcément libre («Soit t’es avec nous, soit t’es contre nous») et surtout par la sur-affirmation de ce qui leur échappe complètement. En effet sur leur croyance ils n’ont plus aucun contrôle, c’est elle qui les contrôle. Enfin, elle est parfaitement démocratique, puisqu’à cette roulette russe tout le monde a la balle et le revolver. Croire revient à s’enfermer dans une injonction paradoxale : obéir de bon cœur à une mutilation psychique dont l’impératif est à trois étages: 1) s’assujettir à un commandement extérieur, à une «rationalité » extra-ordinaire donc invérifiable. 2) s’auto-invalider comme sujet (état de pécheur ou de contre-révolutionnaire même s’il ignore en quoi il l’est). 3) espérer devenir un super-sujet c’est-à-dire obtenir un surcroît d’âme ou d’identité (nouveau genre humain, frère de Jésus donc fils de Dieu ou martyr bienheureux au paradis d’Allah, etc.). Croire consiste à soutenir qu’on a voulu cette émasculation mentale et la revendiquer au nom de la libération, avant bien sûr de tenter de l’imposer aux autres. C’est ce prosélytisme, cette détermination invasive des esprits qui en dévoile la supercherie et la malignité: elle n’est qu’une tentative désespérée de constituer une toute-puissance, dont la plus proche approximation est l’assujettissement complet des personnes. Et c’est à ce titre qu’elle ne peut supporter que d’aucuns y échappent, du plus proche (son frère Abel) au plus lointain (l’Inteeernationââââle).
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