COMPTE-RENDU SÉMINAIRE DOCTORAL COMMUN Diffusions de l'œuvre d'art ...

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COMPTE-RENDU SÉMINAIRE DOCTORAL COMMUN Diffusions de l'œuvre d'art ...

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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C O M P T E - R E N D US ÉMINAIREDOCTORAL COMMUN
Diffusions de l’œuvre d’art, Partie I
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1. Présents: -organisateurs : Ronan Bouttier, Marie-Laure Gabriel-Loizeau, Laureline Meizel et Michaël Vottero -intervenants : Laurent Cazes (Paris 1) et Séverine Gossart (Paris 1) -professeur invité : Barthélémy Jobert, professeur d’histoire de l'art contemporain et du patrimoine à Paris 4, vice-président du Conseil scientifique de Paris 4. -cellule administrative : Zinaïda Polimenova (Paris 1), absence excusée de Marie Planchot (Paris 4) -participants : vingt signataires sur la feuille d’émargement Total: 26 participants 2. Actualité et introduction au séminaire: Les organisateurs accueillent et remercient les étudiants, les intervenants et le professeur invité de leur présence et de leur participation. Un médiateur rappelle l'existence du google group et précise qu'il ne faut pas hésiter à dialoguer sur cette plateforme d'échanges, créée à la demande des doctorants. Annonce de la mise en ligne des textes sur le site de l’HICSA. 3. Première intervention :-Introduction par un médiateur de la communication de Laurent Cazes (doctorant à Paris 1) portant surLe Salon parisien et l'internationalisation artistique dans la seconde moitié du XIXe siècle : sources et aspects méthodologiques. -Sous la direction d'Eric Darragon, Laurent Cazes a réalisé un master 1 surWilkie Collins (1824-1889) portrait de l'écrivain en peintre. Critique d'art et création littéraire à l'époque victorienneun master 2 sur et Jacques-Emile Blanche (1861-1942), mémorialiste et peintre des artistes et écrivains de son temps. 1
C . R . Il est actuellement allocataire-moniteur et dispense un enseignement à Paris 1 sur l'art contemporain et les méthodes en histoire de l'art. Sa thèse s'effectue dans le cadre d'une allocation doctorale fléchée portant sur l'Europe des arts. Elle a pour titre :L'Europe des arts. Le rôle du Salon à Paris pour les peintres étrangers (1855-1889). Son approche se fonde sur une remise en cause de la prédominance du débat esthétique dans l'étude du Salon, jusqu'alors perçu comme rempart contre l'art moderne. Outre la dimension esthétique, il s'agit de prendre en considération l'ensemble du système des beaux-arts, notamment ses aspects administratifs, politiques et commerciaux. Enfin, en focalisant son étude sur les artistes étrangers exposés dans les Sa-lons officiels, sa thèse s'inscrit dans une volonté de reconstruction d’une histoire européenne pour affir-mer une identité européenne. -Dans le cadre de ce séminaire, Laurent Cazes nous a présenté une historiographie précise, relative au renouvèlement de l'étude du Salon, ainsi que les outils dont les historiens de l'art disposent pour guider le dépouillement de la presse et des revues (ex :A Bibliography of Salon criticism in Paris from the Ancien Régime to the Restauration), pour aider au recoupement des données et à leur utilisation (ex :FileMaker Pro) ou encore pour la recherche iconographique (ex :Archim). -Le texte de sa communication sera mis en ligne prochainement sur le site de l'HICSA et sur celui de l'ED 124. 4. Questions et remarques:Un médiateur remercie Laurent Cazes de sa présentation et souligne la difficulté des recherches, en rai-son du nombre de Salons, d'exposants, d'œuvres et de sources existantes. -Médiateur : Quelles sont les revues que vous avez sélectionnées et sur quels critères ? -L. Cazes : Pour ma part, j'ai principalement dépouillé laRevue des Deux Mondescar c'est une revue très complète. Ensuite, devant la quantité de sources, nous devons soit décider de tout dépouiller - mais c'est un travail impossible vu le temps imparti -, soit organiser nos recherches par artiste, ce que je me pro-pose de faire. B. Jobert : Le dépouillement de la presse et des revues de cette période est effectivement un gros problè-me, surtout pour la période après 1870. e Pour la période du XVIIIsiècle à 1870, les travaux des anglais, notamment ceux de Mc William, sont vraiment précieux. Mc William et son équipe sont partis de la collection de critiques du Salon du
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C . R . e XVIII siècle,conservée au Cabinet des Estampes de la BnF, puis ont poursuivi le travail jusqu'en 1870. Ainsi, pour cette période, nous avons un dépouillement presque exhaustif. Si le dépouillement s'arrête à cette date, c'est qu'une fois la liberté de la presse acquise, les sources se multiplient, rendant ce travail trop difficile. Cependant, il y a eu depuis de nombreux travaux de master et de thèse, effectués à Paris 4 sous la direc-tion de Bruno Foucart ou de moi-même, traitant des Salons dans toutes les directions. Le Second Empi-re et la Troisième République (plutôt à partir de 1880) ont ainsi été traités. 1 Pour ce qui concerne la bibliographie, je rajouterai au répertoire de Tourneuxle répertoire de la presse artistique en France paru dans laGazette des beaux-artsen 1956, qui repère tous les journaux de la presse artistique, année par année. Il est également important d'utiliser les grandes revues intellectuelles et la presse d'information avec les grands journaux (les critiques duFigaro, duTemps, duMoniteur universelou encore duMagasin Pitto-resque). Ils ne disent pas tous la même chose, mais si l’on se place du point de vue de la fabrication d'une opinion commune du Salon, au bout de cinquante critiques, on commence à voir se dégager des ta-bleaux, des artistes importants, ou encore des débats divisant le public. Il faut aussi rappeler qu'il ne faut pas nécessairement se tourner vers les critiques reconnus aujourd'hui, à l'instar de Baudelaire, qui n'avait pas vraiment d'écho à l'époque. Médiateur : On parvient à se faire très rapidement une opinion sur les journaux qu'on dépouille et à sé-lectionner les plus pertinents d’entre eux. B. Jobert : En effet, d’ailleurs pour savoir quelles sont ces grandes revues, on peut aussi se référer à des livres d’histoire de la presse. LaRevue des Deux Mondes estune revue qui comptait dans le cercle des amateurs d'art. De plus, pour dresser le panorama des recherches actuelles menées sur le Salon, deux thèses sont impor-2 tantes. La première d'Eva-Frédérique Bouillo surLe Salon de 1827qui est une analyse quantitative et 3 l'autre, de Nicolas Buchaniec, intituléeSalons de Province, où plus de 6500 exposants et 200 000œuvres ont été étudiés. Etudiant participant : Vous étudiez les artistes étrangers, c'est-à-dire les artistes européens ? Internatio-naux ? L. Cazes : J'étudie les artistes européens ou ceux qui ont été naturalisés français [ainsi que les améri-cains]. B. Jobert : A un moment, dans le livret du Salon, on mentionne, et par là-même on sépare, les artistes étrangers des autres. C'est donc qu'il y a une véritable attente du public pour cette notion d'étranger et d'école.
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C . R . L. Cazes : C'est effectivement lors du Salon de 1880 qu‘une section étrangère réapparaît exceptionnelle-ment. Mais cela s’arrête l’année suivante. B. Jobert : Effectivement, et lors de l'exposition universelle de 1855, tous les critiques marchent par écoles, c'est vraiment le moment du triomphe de la notion d'école. Médiateur : Je souhaiterais juste revenir sur le Salon de 1791 pour préciser qu’il est ouvert à tous cette année-là. Savons-nous si le jury était plus clément avec les artistes étrangers ? L. Cazes: Il y avait en effet des rumeurs et des polémiques sur un jury trop indulgent envers les étran-gers. Cela fait partie des choses qu'il me reste à approfondir. La présence des étrangers correspondait aussi àune demande d'exotisme de la part du public. B. Jobert : Parfois, les histoires politiques peuvent biaiser les opinions exprimées dans la presse et il est parfois difficile de connaître véritablement la réception critique de certainesœuvres. 5. Deuxième intervention:-Introduction par un médiateur de Séverine Gossart dont la présentation porte sur(Le) Multiple Du-champ. Petit plaidoyer pour une histoire de l'art nomade. -Doctorante à Paris 1 sous la direction de Philippe Dagen, Séverine Gossart prépare actuellement une thèse sur la réception de Marcel Duchamp en France et aux États-Unis de 1942 à 1977. En tant que chercheur invité et boursière Fulbright, elle a étudié à Columbia University, à New York, de 2007 à 2009. Elle a aussi participé aux catalogues et à l'organisation des expositions Dada du Musée national d'art moderne-Centre Georges Pompidou, Paris (2005) et du Museum of Modern Art, New York (2006). -En partant de l'étude de Marcel Duchamp, homme aux personnalités et pratiques et personnalités mul-tiples, la communication de Séverine Gossart souhaitait nous faire prendre conscience de la nécessité de pratiquer une histoire de l'art plurielle, ouverte à d’autres disciplines. Traverser les frontières géographi-ques (voyages), temporelles (sortir de sa période pour trouver des réponses, à l'instar de Jean Clair qui a 4 analysé la perspective chez Duchamp à partir des traités de Léonard de Vinci ) ou encore disciplinaires (apport d'autres disciplines), aide le chercheur à questionner les évidences, déconstruire les catégories traditionnelles voire bousculer la chronologie établie. -Le texte de sa communication sera mis en ligne prochainement sur le site de l'HICSA et sur celui de l'ED 124.
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6. Questions et remarques: Un médiateur remercie Séverine Gossart de sa présentation et fait le parallèle, en tant que moderniste, avec les grands artistes de l'Ancien Régime qui opèrent sur différents champs artistiques, mais dans un cadre beaucoup plus institutionnel et académique. S. Gossart : Est-ce que cette particularité est étudiée ? Médiateur : Oui, mais elle est surtout étudiée du point de vue monographique. Duchamp est donc un personnage atypique, un artiste polyvalent et il est nécessaire de l'étudier avec plusieurs prismes, comme « art et sciences sociales », « art et psychologie ». D'ailleurs, est-ce que vous étudiez aussi Duchamp selon le prisme « art et psychologie » ? S. Gossart : Je reste dans le cadre de l'histoire de l'art, en prenant des références dans la sociologie, l'es-thétique ou encore l'histoire orale. Créée à Columbia en 1948, l'histoire orale est une méthode pour éla-borer des entretiens en profondeur, ce que l'on appelle leslifes interviews.Contrairement à une interview journalistique, on reprend toute la vie et la production d'un artiste, de l’environnement familial dans lequel il a grandi jusqu’à son actualité la plus récente. Médiateur : Lorsque vous parlez de multidisciplinarité, s'agit-il de transférer des méthodes propres à d'autres disciplines dans le champ de votre étude ? Qu'entendez-vous par ce terme ? S. Gossart : Non. Il ne s'agit pas de méthode, mais simplement d'une prise de conscience. Il faut savoir que l'histoire de l'art n'est qu'un niveau d'une réalité qui en comprend bien d'autres. Ainsi, quand on travaille sur Marcel Duchamp et que l'on étudie les historiens de l'art qui ont écrit sur lui, il est indis-pensable de se poser des questions d'ordre sociologique voire politique. Considérer, l'importance du choix de l'éditeur par exemple : publier dans la revueKrisisn’est pas la même chose que dansArt Press. L'historien de l'art ne fait pas exception aux règles sociales ; des conflits et des intérêts sociaux sont en jeu. Médiateur : Nous parlions tout à l'heure des difficultés que nous pouvions rencontrer face à la multipli-cation des sources. Dans le cas de votre thèse, comment avez-vous répondu à ce problème ? S. Gossart: Il a fallu tout d'abord réduire le champ chronologique. Il était impossible de travailler sur la réception critique de Marcel Duchamp jusqu'à nos jours. J'ai donc décidé de m'arrêter en 1977, date de la première exposition consacrée à Marcel Duchamp en France, neuf ans après sa mort. Pour la constitution de ma bibliographie, j'utilise les bases de donnéesRefworks,Endnote, ou encoreFi-lemaker Pro.
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C . R . B. Jobert : Pour vous apporter un peu de technique sur cette notion d'interdisciplinarité, je pense que dans beaucoup de sujets, il est possible de mobiliser des champs disciplinaires connexes, en accord avec le directeur de thèse. Je prendrais deux exemples. 5 La thèse de Sylvain Cordier(Paris 4), qui portait sur des questions de mobilier, comportait des aspects à la fois traditionnels, avec un catalogue raisonné très fourni, mais aussi pluridisciplinaire, en s'intéres-sant notamment à l'arrière-plan historique du mobilier. Il a ainsi démontré que les Bellangé avaient adapté leurs fabrications en fonction de l'utilisation de leurs meubles. Même inconsciemment, le style était indiqué, commandé par l'utilisation qui en serait faite, expliquant pourquoi certaines productions étaient dorées et d'autres non. Par exemple, il a démontré à l'aide de gravures de l'époque que le mobi-lier fourni pour le musée de Versailles n'avait pas été réalisé pour servir, les sièges étant placés derrière les barrières. Louis-Philippe avait donc voulu montrer des salles de musées, meublées dans l'esprit de « devant le roi, seuls les ducs peuvent s'assoir ». Les meubles de ce musée n'étaient pas utilitaires, ils re-prenaient de manière indirecte l'histoire du château. 6 Un autre exemple, une thèse soutenue à Nanterre sur les arts populaires et le cubisme . Les artistes cubistes ont emprunté, dans le début du cubisme, des techniques d'arts populaires comme le pliage et la peinture sur marbre. Aussi, pour montrer le passage d'une pratique artistique populaire à un art savant, le cubisme, la docteur a utilisé des techniques relevant de l'anthropologie, dévoilant ainsi les processus de mutation sociologique. Toutefois, le côté dangereux de cette pratique est d'avoir dans son jury un expert qui ne manquera pas de relever le manque de références bibliographiques. Mais il ne faut pas se limiter et limiter son ambition. Médiateur : Il est en effet très intéressant de ne pas se limiter à son sujet, de ne pas cloisonner son sujet et de penser à des liens entre différentes périodes ou problématiques soulevées. B. Jobert : Il ne faut pas hésiter à faire des monographies des thèses. Une documentation même très fouillée n'est pas suffisante, il est indispensable de contextualiser et de donner du sens. Les meilleures thèses sont celles qui vous font réfléchir dans des voies que vous n'auriez pas envisagées. L'important est aussi de savoir complètement renouveler l'approche. Les médiateurs remercient de leur présence et de leur participation les intervenants, M. Barthélé-my Jobert, ainsi que l'assistance et concluent en rappelant que la prochaine séance aura lieu le 21 mai 2010. Rapporteur : Marie-Laure Gabriel-Loizeau 6
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—————————— 1 TOURNEUX, Maurice,Salons et expositions d'art à Paris (1801-1870), [1919], Nogent-le-Roi, J. Laget, 1992. 2 BOUILLO, Eva-Frédérique,La salon de 1827, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009. 3 BUCHANIEC, Nicolas,Salons de Province. Les expositions artistiques dans le Nord, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2010. 4 CLAIR, Jean,Sur Marcel Duchamp et la fin de l'art, Paris, Gallimard, 2000. 5 CORDIER, Sylvain,Les Bellangé ébénistes à Paris de la Révolution au Second Empire, thèse sous la direction de Bruno Foucart, Université Paris 4, 2009. 6 LE THOMAS, Claire,Racines populaires d'un art savant : innovations cubistes et pratiques ordinaires de création (1907-1914), thèse sous la direction de Thierry Dufrêne et Daniel Fabre, Université de Paris-Nanterre, 2008.
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