Coup d'état à l'élysée

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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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ALAIN DECAUX de l’Académie française
COUP D’ÉTAT À L’ÉLYSÉE Le 2 décembre 1851
PERRIN www.editions-perrin.fr
Table
En guise de prologue. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .9 I. Undoux entêté .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .11 II. L’Italied’abord . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .35 III. Ledroit d’aînesse .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .49 IV. L’universitéde Ham. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .71 V. LaFrance s’ouvre à Louis-Napoléon.. . . . . . . . . .85 VI. Uneannée bien singulière .. . . . . . . . . . . . . . . . . .117 VII. Louis-Napoléonmarque des points .. . . . . . . . . . .133 VIII. Unprésident non rééligible .. . . . . . . . . . . . . . . . .145 IX. Ledilemme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .165 X. Desquesteurs entrent en guerre. . . . . . . . . . . . . . .187 XI. LeRubicon .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .203 XII. Deuxdécembre, 1 heure du matin.. . . . . . . . . . . .211 XIII. Deuxdécembre, 7 h 30 du matin .. . . . . . . . . . . .229 XIV. Troisdécembre .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .251 XV. Quatredécembre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .267 XVI. Leslendemains .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .281 XVII. LesFrançais approuvent. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .295 Que sont-ils devenus?. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .301 En guise d’épilogue : Lettre à Victor Hugo305. . . . . . . . . . . Sources309. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Index. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .315
En guise d’épilogue
Lettre à Victor Hugo
Cher grand homme, Au moment où votre mort s’annonçait, vous avez écrit : « Jevais fermer l’œil terrestre; mais l’œil spirituel reste ouvert, plus grand que jamais.» C’est à cet œil-là que je soumets la lecture de cette lettre. Je vous connais depuis toujours. Je vous admire depuis toujours. Je vous aime depuis toujours : exactement depuis soixante-dix ans. Au sortir de l’enfance, un cadeau de Noël m’a fait découvrirLes Misérables; les vacances scolaires m’ont conduit à vous lire sans répit jusqu’à cette mort de Jean Valjean qui m’a valu tant de larmes. Je venais de rencontrer le plus grand roman de langue française. Sur l’élan desMisérables, j’ai couru jusqu’àL’homme qui ritpour embrasser, ample comme le monde, votre œuvre romanesque. Attiré déjà par l’histoire, je me suis jeté dans le torrent des vers alexandrins deLa Légende des siècles. Les adorables octosyllabes desChansons des rues et des boisont achevé de me persuader de l’universalité de votre génie. En lisantChoses vues, j’ai reconnu en vous le prince des journalistes. Pour être sûr de ne pas vous quitter, je vous ai consacré une biographie. Durant quatre années – ô bonheur! –, j’ai
306Coup d’Etat à l’Elysée exploré non seulement votre vie mais les lieux innom-brables où vous avez cheminé. Alors, au moment où j’achève cette histoire du coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte, pourquoi cette lettre ? Parce que je vous en veux. Vous figurez très souvent dans ces pages. Sans vous, sans le grand témoin que vous fûtes, mon livre aurait moins de sens. On vous y a vu chantre sans égal du pre-mier Napoléon. Vos vers ont fait naître sa légende. Le neveu obscur qui vivait à Arenenberg les a lus et relus. Peu à peu, il y a puisé des certitudes. C’est afin de vous expri-mer sa reconnaissance que, rentrant de son exil, il est venu frapper à votre porte. Il ne vous a pas déplu. Vous avez soutenu sa candidature à la présidence de la République. Une fois élu, vous lui avez, à sa demande, tressé un programme. L’affaire de Rome vous a longtemps unis. Un jour, vous vous êtes cru «trahi »par lui. Je crois avoir expliqué que ce dissentiment était né d’un malentendu. Que vous vous soyez brouillé avec lui, je l’admets. Que vous l’ayez interpellé à la tribune, c’était de bonne guerre. Le lecteur de ce livre vous a rencontré tout au long des journées des 2, 3 et 4 décembre. Louis-Napoléon étant l’auteur du coup d’Etat, vous en êtes devenu le héros. Vous ne vous êtes pas intégré seulement à la «résis-tance »,mais vous l’avez conduite. Délibérément, vous avez couru de grands risques. Il s’en est fallu de peu qu’un policier maladroit ou adroitement inspiré – il en existe à toute époque et plus encore en temps d’insurrection – vous fît passer de vie à trépas. C’est là, pourtant, que je commence à vous en vouloir. A peine installé à Bruxelles, au lieu d’offrir aux Français
En guise d’épilogue307 une méditation sur cettepeurdénuée de raison qui fut à l’origine, à droite comme à gauche, d’une revendication de « changement »synonyme de coup d’Etat, vous avez choisi d’écrire un pamphlet contre un seul homme :His-toire d’un crimeet, au lieu d’exiger desChâtimentscontre l’ensemble des responsables, vous les avez concentrés sur le même homme. J’admets mal qu’à la vérité pure et simple, vous ayez substitué la vôtre, discutable ô combien ! Jusque-là, la mau-vaise foi s’était plutôt exprimée du côté des vainqueurs. Pourquoi avoir voulu renchérir? Vous décrivez admirablement la fusillade des boule-vards, mais pourquoi écrire : « Louis-Napoléon ordonna de massacrer tous les passants qui encombraient les boule-vards de la rue de Richelieu à la rue Saint-Denis. On fusilla, on massacrasurtout les femmes et les enfants.» Et encore : « Chaque général avait reçu un million et chaque soldat deux pièces d’or.» Louis-Napoléon n’a rien ordonné. Que la troupe ait choisi, en tirant, d’abattre les femmes et les enfants frôle l’absurde pour cause d’impossibilité. Le million des géné-raux est sorti de votre imagination.Histoire d’un crimeest sans doute un chef-d’œuvre mais demeure comme une atteinte au monument de votre génie. L’amour illumine votre œuvre. Vous avez combattu pour la cause de l’homme, pour ses droits, sa liberté, l’éga-lité à laquelle il aspire, pour l’abolition de la peine de mort, pour que l’enseignement soit accordé à tous les enfants et la justice à tous les Français. Avec l’infini respect que je vous porte, j’affirme que la haine vous va mal. Vous n’êtes pas né pour elle. Du e XIXsiècle, vous avez incarné l’espoir. Pourquoi avoir imposé votre conception d’unNapoléon le Petità la
308Coup d’Etat à l’Elysée jeunesse du Second Empire qui s’y est ralliée parce qu’inconditionnelle de tout ce que vous exprimiez? La e III Républiquelui a emboîté le pas et les autres ont suivi. Je me suis demandé si l’image hugolienne de Napoléon III perdurait encore. Il m’est impossible de dire le contraire mais, cher grand homme, les historiens ont travaillé. Ils ne vous ont pas donné raison. Ils en sont, depuis une ving-taine d’années, non pas à réhabiliter Napoléon III, mais à donner de sa personne une figure conforme à l’Histoire. Nul ne souhaiterait faire disparaîtreLes Châtimentset Histoire d’un crime– ce serait un autre crime – mais on a le droit, en les lisant, de s’affliger. Je ne sais plus dans quelle œuvre de Lamartine j’ai lu que l’expression de la haine ne devrait jamais dépasser quelques vers. Alain D ECAUX
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