Débat permissivité et violence sur les campus nigérians

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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Politique africaine n° 76 - décembre 1999 173
Yann Lebeau Permissivité et violence sur les campus nigérians
Quelques lectures du phénomène des « secret cults »
Les campus nigérians connaissent actuellement une recrudescence
des violences sous la conduite des sociétés secrètes qui se
comportent comme de véritables gangs mafieux. Certains voient dans ce phénomène une dégénérescence des anciennes confra-ternités étudiantes ; d’autres, un reflet de la criminalisation de l’État. Cet article avance plutôt l’hypothèse que les « secret cults » traduisent une dérégulation de la gestion des campus et remplissent une fonction de contrôle social abandonnée par l’administration.
C omme si elle anticipait les recompositions annoncées du système universitaire nigérian, luniversitédIbadan semble refuser lentrée dans le troisième millénaire. Son calendrier sest arrêtéen 1998, quelques semaines après les célébrations (en novembre) marquant son cinquantième anniversaire. Depuis lors, les grèves des enseignants, puis desétudiants, et une longue fermeture administrative, consécutiveàlassassinat du responsable de la sécu ritédu campus, ont maintenu clos les amphi théâtres et les laboratoires. Pourtant, en ce mois de novembre, quel ques jours durant, latmosphère festive et la mobilisation de tous autour du slogan« 50 years of excellence : the first and the best »ont pu faire illusion avec des conférences et sémi naires quotidiens, des publications commémoratives, une visite du chef de l’État, des concerts, la réfection du portail dentrée du campus, la peinture des façades de halls de résidence et des facultés, une alimentation
continue enélectricité…Autant de symboles dune«excellence»si peu familière auxétu 1 diants et aux enseignants des anné. Diffies 90 cile en effet doublier, pour unétudiant (même paréde sa toge et prêtàrecevoir son diplôme devant le chef de l’État), les six années passées sur le campus pour obtenir une licence en rai son des grandes grèves des années 1995 et 1996, le partageàdix ou douze de chambres conçues pour quatre, les heures passées agrippérebords de fen aux êtres damphi théâtres bondés, ou encore les violents règle ments de comptes du mois daoût 1998 entre sociétés secrètesétudiantes et leurs quatre morts, dont un laisséen«exposition»vingt quatre heures durant devant la cafétéria cen trale du campus. Le 17 novembre,« foundation day », la fête tourne court : excédés par la présenceà la table dhonneur dun notable politique dIba dan connu pour ses affinités avec le régime du général Abacha, et responsable de la répression
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des manifestation fait quatre morts p se lancent dans u fuyard en sort in son cortège de six sine blindée, clôt la fice dapothéose. Les universités ni le monopole de la délinquance. El la déréliction la pl ble du système pu rieur, et la transfor titutions en espac illustrations les pl représentatives offerte par la proli zaine dannées, de principalementét versitaires, connu de sociétés secrè contexte de naissa relations avec les s tions de la commu ministration et de ristes sont aujourd convient de rendr événements les pl
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ix résidents, dont le secrétaire yndicat local desétudiants, sont
ment a suscitéune réaction inéculaire de la part desétudiants, eur syndicat national : dans les ivant lattaque, ils capturent des « cultists »présumés, organisent ations en ville et sur le campus. sation, soutenue par le gouver autorités traditionnelles et reli syndicats enseignants, impose tion rapide des forces de police. ne sen satisfont pas et maintien ion jusqu’àce que le gouverne la décision, sans précédent dans aire, de suspendre le vicechan 3 fonctions . bre 1999, plusieurs campus du sont investis par lorganisation ce Movement, qui, soutenue rnement et la police, entreprend pération baptisée«Secret Cult ion Rally99». Des véhicules autparleurs sillonnent les cam dans les quartiers résidentiels nts, diffusent en pidgin (anglais appelsàlarrêt des violences, t des manifestations de renon amnistie publique descultists traumatisme dIfe et la prompte  nouveau gouvernementélu levé une sorte de tabou, celui sabilitéde la communautéuni de ladministration en particu  prolifération de groupes dont auraient entraîné la mort de centaine de personnes (étu la plupart) depuis le début des
Politique africaine 175Permissivité et violence sur les campus nigérians
Variations ambiguës sur l’origine
et la filiation
Si les sociétés secrètes ne font les manchet tes de la presse nationale que depuis un peu 4 plus de dix ans , leur existence sur les campus est généralement présentée comme partie intégrante de la culture universitaire nigériane. Cest là toute lambiguïté dun phénomène social et politique (des groupes de pression maffieux qui tirent partie de la désinstitution nalisation de la cohésion sociale des campus et de laffaiblissement du syndicalismeétu diant dans les années 80) auréoléàfois la dune légitimité culturelle et dune filiation 5 historique prestigieuse . Dans un premier temps, journalistes et uni versitaires ont en effet présentéle phénomène comme une dégénérescence des organisations des années 50. Les sociétés dalors (les«confra ternités», comme il en existe sur les campus américains ou anglais), vouéesà une résis tance«intellectuelle» àlesprit colonial de luni versitédIbadan, auraient, selon ces interprétations, disparu dans les années 60 et 70, pour réapparaître lors de la décennie suivanteàla faveur du malaise des universités. Sous cou vert danonymat, lescultistsontétéinvitésà expliquer les fondements de leur action. Ils ont profitéde cet accès privilégiéàla presse pour faire valoir la lignée prestigieuse dont ils se raient issus, entretenant une confusion, y com pris parmi lesétudiants, entre une réalité inquiétante (les règlements de comptes meur triers, les initiations sordides) et une légitimité ancienne : leurs noms, leurs rituels, leurs codes linguistiques, leur tenue vestimentaire ne sontils pas, après tout, les mêmes que ceux de leurs illustres prédécesseurs, devenus pro fesseurs, ministres, gradés de larmée et même prix Nobel ?
Interpellés sur le sujet, les fondateurs de la «Pyrate confraternity»ont dûàplusieurs re prises afficher leurs distances visà visde 6 cette«résurgence»de leur organisation, en insistant sur le caractère«bon enfant»de leur projet dalors :«We believed that a university education should be fun without the viciousness which was prevalent on campus. We also thought students should map out a character of their own rather than follow sheepishly the norms and traits of our largely European staff. One day, seven of us got together in somebody’s room and said 7 “let’s start something”…»Le contexte colonial et nigérian misàpart, cesévocations rappel lent effectivement plus leCercle des poètes dis-parusconquis par les idées de H. D. Thoreau, que la barbarie des crimes commis en juillet dernieràIfe.
Du « folklore dégénéré » au « problème social »
Tant que lescultssen tiennentàdes acti vités souterraines etàdes opérations de règle ments de comptes, aussi violentes soientelles, leur appartenanceà la culture universitaire leur confère une certaine impunité. Le phénomène ne devient un«problème»social et politique qu’à partir des années 19941995, lorsque affluent les témoignages de menaces sur le corps enseignant, sur ladministration et sur les autresétudiants. La presse se lance alors dans des investigations plus sérieuses où lon apprend que les cults recrutent entre autres parmi les enfants de la classe dirigeante, quils ont des ramifications hors campus et parmi le corps enseignant, quils influencent les politi ques dadmission et dattribution des chambres universitaires, quils opèrent comme de vérita bles groupes de pressionàlintérieur des syn dicats locauxétudiants. Pour la première fois,
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desétudiants sont Lesévénements i sont trop nombre simple coïncidenc ler que la situation par lannulation, transition démocr du pouvoir par le une crise aux multi syndicats enseigna cés dans une série de longues fermet Cestégalemen que les travaux un gent. Les facteurs phénomène sont la types principaux mière approche, de morale et légal par les recherches et du juriste J. D. O auteurs sur le mo sont connus de l ceux de Tamuno, ouvrages disponi 9 luniversité. La qu campus, ainsi que étudiantes, noccu centrale dans leu 10 années 90 . Les au le développeme une détérioration collectiveétudian cadrement de la vi Lescultsdevienne traductions de la limage du syndi violent) ou de la religieuses qui ten légal des activités
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