Dissertation philosophique

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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Dissertation philosophique SUJETCORRIGE RAPPORT
ESPRIT GENERAL L’épreuve 2010 sera conçue selon le programme suivant : – ENS Ulm A/L et ENS LSH : La science L'art, la technique – ENS B/L : Programme de philosophie du baccalauréat
EPREUVE 2009 Durée : 4 heures Aucun document n’est autorisé. Le candidat traitera au choix l’un des deux sujets proposés
ENS SECTION BL
SUJET 1 A quoi tient le pouvoir des mots ?
SUJET 2 Faut-il opposer en morale conviction et responsabilité ?
ENS ULM AL ET LETTRES ET SCIENCES HUMAINES SUJET 1
La science peut-elle se passer de l’idée de vérité ?
SUJET 2 L’action politique doit-elle viser autre chose que la coexistence pacifique des individus libres ?
annales officielles
EPREUVES SPECIFIQUES>> 303
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RAPPORT
RAPPORT Les correcteurs de l’épreuve de dissertation philosophique tiennent à saluer la bonne tenue générale des travaux qui étaient soumis à leur jugement (moyenne : 10,1). Les candidats qui ont composé cette année en philosophie, ont pris l’épreuve avec sérieux et mettent en œuvre les conseils et enseignements qu’ils ont reçus de leur pro-fesseur. Nous voulons néanmoins attirer l’attention des futurs candidats sur quelques points fondamentaux de l’évaluation des copies, sans reprendre les remarques méthodo-logiques qui ont été faites dans les rapports des années passées. - Le critère déterminant est et reste la prise en compte précise et rigoureuse du sujet tel qu’il est intitulé. Il est donc indispensable de bien délimiter l’étendue du sujet et, si l’on pose d’autres questions, d’apporter la plus grande vigilance à bien les articuler à la question initiale. Ainsi, par exemple, il n’est pas admissible de traiter la question “la science peut-elle atteindre la vérité ?” en croyant, ce faisant, répondre à la question “la science peut-elle se passer de l’idée de vérité ?”. - Cette exigence dirimante de prise en compte de l’intitulé du sujet passe nécessai-rement par la conceptualisation detousles termes en question et par la formulation claire et directe, même si elle doit être subtile, d’un problème philosophique. Sans cela, la question n’a pas lieu d’être posée et son examen prendra les formes d’un exercice arbi-traire et sans enjeux. - Si l’on note cette année, un effort pour éviter tout ce qui s’apparenterait à une récitation de cours, à la faveur sans doute du nouveau programme élargi pour les options LSH et Ulm A/L, il est encore à regretter un usage trop paresseux et quasi automatique de certaines références classiques. Faut-il rappeler qu’une dissertation philosophique n’est ni un exposé ni une suite de topos plus ou moins mal joints ? La référence à un auteur ou à une doctrine n’acquiert un intérêt philosophique qu’à condition d’être convoquée pour répondre aux exigences même de la réflexion sur le sujet et d’être aussi précise que bien maîtrisée.
ENS SECTION BL
Comme la section B/L n’a en philosophie pas d’autre programme que celui des classes terminales, il est rappelé aux candidats la nécessité absolue de prendre le temps d’analyser la question posée et de résister à la tentation de réduire le sujet à une ques-tion déjà traitée ou mieux connue. Cette remarque vaut particulièrement pour le premier sujet : à quoi tient le pouvoir des mots ? Qui s’est vu ramené insensiblement ou parfois même immédiatement à la question : quel est le pouvoir des mots ? Que cette question soit un préliminaire indispensable à l’identification du problème en jeu, nous n’en dis-conviendrons pas, mais en rester là, c’est manquer toute la réflexion sur l’instance d’où s’exerce le pouvoir des mots. Cette instance tient-elle à la fonction signifiante des mots, c’est-à-dire leur inser-tion dans un système de signe, ou plutôt à leur matérialité sonore que nous révèle en particulier la poésie, ou encore à toute autre chose que les mots (par exemple, le
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pouvoir social de ceux qui en usent). La mise en lumière de ces réponses est un premier pas dans la compréhension du sujet. Mais trop de copies en restent là et se contentent de juxtaposer ces réponses sans les articuler logiquement à un problème qui n’a pas été posé. A partir de là, les meilleures références, par exemple celles auQuand dire, c’est fairede Austin, n’apportent rien de significatif au traitement du sujet. Le candidat ne fait que meubler ou décorer son développement avec les moyens du bord, sans rappor-ter cette idée d’un pouvoir performatif des mots à un questionnement qui s’est enlisé et à des enjeux qu’il n’a pas identifiés.
Le deuxième sujet renvoyait à la fameuse opposition entre morale de conviction et morale de responsabilité élaborée par Weber dans sa conférence de 1919 surLe métier et la vocation d'homme politique. Est-ce à dire que cette référence devait être nécessai-rement connue et discutée par le candidat pour espérer traiter le sujet ? Comme on sait, il n'y pas de références imposées mais il y a des connaissances que l'on est en droit d'attendre de la part de candidats après trois années de philosophies venant, qui plus est, de classe de Lettres et sciences sociales. Toujours est-il que l'on ne pouvait traiter le sujet sans une élaboration conceptuelle qui fasse apparaître une opposition des notions en jeu. Etant sauf le fait de savoir si, et comment, elle était ou non dépassable. La conviction en morale désigne l'attachement indéfectible à des principes ou valeurs morales, de telle façon qu'aucune exception n'est admissible, même au regard des conséquences indésirables de l'application du principe dans certaines circonstances. Pour l'homme de la conviction, la consigne est “fais ce que dois, advienne que pourra”. Le responsabilité qui signifie premièrement la faculté que l'on a de répondre de ses actes, désigne encore la valeur qui consiste à prendre en compte les conditions concrètes dans lesquelles s'effectuent nos actions. De là surgit l’opposition entre deux attitudes, qui deviennent même deux théories de l’action : l’idéalisme et le réalisme. Mais la question porter sur lanécessitéd’opposer ces deux valeurs, cette nécessité pouvant être prise soit au sens théorique, c’est-à-dire en référence à deux théories morales logiquement inconciliables, soit au sens pratique, c’est-à-dire à deux principes pratiques entre lesquels il faudrait choisir. Pour identifier une théorie morale dans laquelle ces deux valeurs ne s’opposent plus, il fallait opérer un vrai travail de redéfinition des concepts. On a lu ainsi de beau développement s’appuyant sur Levinas ou Jonas pour sor-tir de la conception étroitement pragmatique de la responsabilité. En revanche, le jury regrette l’absence dans de trop nombreuses copies d’exemples pertinents pourtant indis-pensables en matière pratique. Les récents développements des techniques biomédicales auraient pu fournir une matière fort riche aux candidats curieux de l’actualité.
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Sujet 1 : La science peut-elle se passer de l’idée de vérité ? Sujet 2 : L’action politique doit-elle viser autre chose que la coexistence pacifique des individus libres ? EPREUVES SPECIFIQUES>> 305 annales officielles
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RAPPORT
Le premier sujet portait sur les rapports de la science et de la vérité. Il est regrettable que de nombreuses copies aient identifié, sans discussion aucune ni jus-tification, science et science expérimentale sans faire référence à la définition de la philosophie comme science (de Platon à Descartes en passant par Aristote). Cette distinction permettait de prendre en compte la dimension historique implicitement présente dans le “se passer”, puis d’identifier une rupture dans les définitions de la science et des critères de la science à partir de la naissance des sciences modernes. Dès lors, la question prenait un sens plus déterminé. Si la plupart des candidats avaient des connaissances suffisantes pour analyser et définir la notion de science expérimentale, on ne peut en dire autant de l’idée de vérité. Il est surprenant que la notion d’idée n’évoque chez certains qu’une simple construction mentale arbitraire relevant de l’imagination, comme est inadmissible l’absence dans de nombreuses copies d’une élaboration conceptuelle précise et réfléchie de la notion de vérité, pourtant essentielle en philosophie. Ces défauts proviennent d’un manque de questionnement. Or, faut-il le rappeler, le questionnement, pour peu qu’il soit pris au sérieux et conséquent, constitue vraiment l’âme d’une dissertation comme de toute pen-sée philosophique. “L’objet de la science est-il construit par le sujet ou donné au sujet ? Quel aspect du réel devient objet des sciences expérimentales ?” étaient des questions qu’il fallait poser et examiner avec attention sans se contenter de généralités du type : “la science entretient un rapport avec le réel”. Soit mais encore ? Comme l’expression “se passer” était parfois confondu avec “renoncer” ou pire avec “ne pas atteindre”, les raisons positives de se passer de l’idée de vérité ont été peu iden-tifiées. On s’étonne ainsi que l’idée d’opérativité ait été si peu évoquée alors qu’elle est au cœur du projet scientifique moderne tel qu’on le trouve formuler par Descartes, Bacon ou Comte. Le passage d’une science spéculative à une science pratique, la technoscience, a été trop souvent oublié. Certes ce changement de finalité ne démontre pas la possi-bilité pour la science de se passer de l’idée de vérité mais elle indique à tout le moins une modification radicale dans la définition même de la vérité, et peut conduire à substituer l’idée d’objectivité à l’idée (métaphysique) de vérité. Un dernier point qui vaudrait d’ailleurs pour tous les sujets : on demande aux can-didats d’être plus vigilants à la cohérence entre les références et les arguments. Il est tout de même curieux de s’appuyer sur Platon, Aristote ou Descartes pour affirmer que la science peut se passer de l’idée de vérité, tout cela reposant sur la confusion entre l’idée et la présupposition au sens d’un principe externe. A l’inverse, s’il était judicieux d’utiliser le concept de falsifiabilité élaboré par Karl Popper, c’était un grave contresens de l’utiliser comme argument en faveur de la nécessité de l’idée de vérité en science.
Le deuxième sujet a donné lieux à des travaux de qualité et à des références classiques. Il était d’abord nécessaire de bien tenir compte de l'aspect normatif du sujet : “doit-elle viser ?”. C'est pourquoi les copies qui confondaient l'ordre des condi-tions de possibilité ou, pire, l'ordre positif et l'ordre de la nécessité pratique, ont été sanctionnées. La principale difficulté du sujet consistait à identifier une alternative crédible et réelle à la visée exclusive proposée dans l'intitulé. Or, faute souvent d'une
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conceptualisation rigoureuse et approfondie, beaucoup de candidat n'ont pas relevé le caractère fortement englobant, et donc difficilement dépassable, de la visée énoncée dans le sujet. Il fallait commencer par se demander si la coexistence paci-fique des individus, loin d'être une fin exclusive par sa détermination, n'est pas un principe qui par sa formalité même est capable de subsumer sous lui toutes les fins politiques souhaitables. Une alternative sérieuse n'était pensable qu'après avoir identifié soigneusement, par delà l'apparente neutralité et universalité, les présup-posés politiques et anthropologiques d'un tel principe : le libéralisme et l'individua-lisme. Ces présupposés inscrivaient pleinement la discussion dans le contexte de la théorie politique moderne née avec le contractualisme de Hobbes et de Locke. Mais cette compréhension des présupposées de la question n'était possible qu'à condition de ne négliger aucun des termes du sujet. La liberté des “individus libres” fit les frais de cet excès de précipitation dans l’étude du sujet et fut souvent escamotée au profit de leur seule coexistence pacifique. Cela conduisait à fausser complètement la compréhension du problème en question. Dans certaines copies, l’action politique visant exclusivement la fin présentée dans le sujet aboutissait à la construction d’un Etat autoritaire voire totalitaire. Là où on attendait des candidats une réflexion sur la valeur de la conception libérale de l'action politique. On pouvait certes objecter que le projet libéral échoue parce que la coexistence pacifique n'est effectivement viable qu'à condition de contrôler les libertés. Mais c'était se placer sur le terrain de la possibilité plutôt que sur celui de la nécessité normative pourtant en question dans le sujet. On peut regretter que même les copies ayant pris en compte la liberté comme élément constitutif de la visée de l'action politique est peu réfléchie sur la nature et le contenu de cette liberté. La liberté des individus doit-elle être considérée comme une donnée préalable à l'action politique, celle-ci se contentant de la réguler pour assurer la coexistence pacifique des individus ou doit-elle être pensée comme ce qui trouve sa réalisation dans et par l'action politique ? On aura compris que dans la première hypothèse la liberté reste non-politique et que le domaine des fins de la liberté relève essentiellement de la sphère privée, alors que dans la seconde, il existe en l'homme une liberté de nature politique. Une référence à l’essai “Qu'est-ce que la liberté ?” de H. Arendt dansLa Crise de la Culturepouvait être fort utile. Le jury a apprécié les trop rares copies qui n'ont pas réduit l'action politique à l'action des seuls gouvernants mais l'ont retrouvée chez tous les citoyens qui via le pouvoir législatif, l'action civique ou même la coopération en vue du bien commun deviennent des acteurs politiques.
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