L'accompagnement spirituel à l'euthanasie

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La demande d'accompagnement spirituel pour les personnes croyantes comme non-croyantes qui ont fait le choix de l'euthanasie pour mourir est respectable et doit être écoutée. Cet accompagnement spirituel dans leur cheminement vers l'euthanasie, dans le respect de leur choix, répond aux besoins fondamentaux que toute personne en fin de vie peut expérimenter. Mais cet accompagnement ne peut mieux se faire qu'en tenant compte des préalables que nous fait découvrir cet essai.
Publié le : jeudi 8 janvier 2015
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EAN13 : 9782806107534
Nombre de pages : 132
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L’mpgnemet
Olivier Nkulu Kabamba
L’eutse
uvertures et fermetures
En Belgique, des personnes croyantes comme des personnes
noncroyantes font de plus en plus le choix de l’euthanasie pour mourir.
L’accompagnement Parmi elles, certaines souhaitent vivement et avec insistance un
cheminement spirituel qui les réconcilie avec leur choix. Pour
d’autres, une fois l’assurance de l’euthanasie obtenue, surgissent
alors des véritables questions qui constituent des gigantesques
luttes intérieures. Celles-ci se traduisent bien souvent par les
innombrables quêtes de sens : sens de la vie qu’ils ont eue, sens à L ’euthanasiedes amours et des échecs qu’ils ont connus, sens des combats
qu’ils ont menés, sens de la vie qui reste à vivre, sens de la mort
et de l’après mort ; sans oublier la quête de ritualisation. Bien uvertures et fermetures
souvent, cela culmine dans une recherche d’un vrai soutien par
un accompagnement spirituel dans leur cheminement vers
l’euthanasie. Les religions ont beau déclarer leur opposition à
l’euthanasie, un certain nombre de leurs adeptes ne se privent
pas d’y avoir recours, ignorant ainsi les interdits posés par leurs
religions. Dès lors, quels sont les aspects fondamentaux dont il faut
tenir compte dans le cheminement spirituel vers l’euthanasie acceptée
et dont le choix est assumé par le demandeur ? C’est à cette double
question que répond cet essai.
Olivier Nkulu Kabamba, chargé de cours au programme des Sciences
Humaines Appliquées à l’Université de Montréal au Canada. Il est l’auteur de La
maladie vue par les médecines et les croyances (Persée, 2013), L’assistance
médicalisée pour mourir : les soignants face à l’humanisation de la mort
(L’Harmattan, 2013), La philosophie de la médecine (Academia, 2012).
Illustration de couverture : © StevanZZ
www.editions-academia.be
ISBN : 978-2-8061-0201-0 9 782806 102010
14 €
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L’accompagnement spirituel
à l’euthanasie


Olivier Nkulu Kabamba


L’accompagnement spirituel
à l’euthanasie
Ouvertures et fermetures

Essai






































D/2014/4910/60 ISBN 13 : 978-2-8061-0201-0

© Éditions Academia
Grand’Place, 29
B-1348 Louvain-la-Neuve

Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par
quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans
l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.

www.editions-academia.be
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INTRODUCTION

« Les situations de vieillesse et de vie finissante sont
complexes, parfois douloureuses. Elles suscitent des
questions délicates qui ne s’accommodent pas de réponses
simplistes. Elles mettent au défi notre sens de la solidarité et
notre ingéniosité à trouver les voies et moyens d’exprimer
1par des gestes dignes l’authentique compassion » .
Consacrer un essai sur l’accompagnement spirituel à l’euthanasie,
même avec le sérieux recul du religieux dans les sociétés
modernes sécularisées, paraîtra peut-être aux yeux de
certains comme un thème de réflexion étrange voire une
provocation intellectuelle, parce que bon nombre des
religions institutionnelles comme le catholicisme, l’islam, le
judaïsme, voire même certains humanistes et aussi une
philosophie-religion comme le bouddhisme, affichent
clairement qu’ils sont contre l’euthanasie. Ils la condamnent et
déconseillent voire interdisent leurs adeptes d’y avoir
recours comme moyen pour terminer leur vie. Mais en

1 « Repères éthiques pour accompagner les personnes en fin de vie », in Les
dossiers de l’Institut Européen de Bioéthique, février 2010, p. 1
(http://www.iebeib.org/fr/pdf/dossier-20100215-fin-de-vie.pdf).

Belgique où l’euthanasie est légalisée depuis 2002, on se
rend compte que les interdits et prescrits posés par les
religions anti-euthanasie ne sont pas respectés par tous leurs
adeptes. L’euthanasie est entrée dans les mœurs et les
habitudes sociales des Belges. À titre illustratif, Corinne Van
Oost, médecin franco-belge, exerçant en soins palliatifs en
Belgique vient de publier aux éditions Presses de la
Renaissance « Médecin catholique pourquoi je pratique
l’eutha2nasie » . Sœur Marie-Rose Genoud, religieuse suisse de 75
ans, a simplement déclaré à l’hebdomadaire alémanique
Schweiz am Sonntag du 6 juillet 2014 : « Je soutiens toute
personne qui, après mûre réflexion et en toute connaissance
3de cause, choisit de mettre fin à sa vie » . Il n’est plus du
tout rare de rencontrer parmi les demandeurs de
l’euthanasie des croyants des différentes religions ci-dessus
citées. Il n’est plus rare de croiser parmi les demandeurs de
l’euthanasie des personnes qui s’affichent résolument
comme étant chrétiens catholiques, orthodoxes, protestants,
ou encore croyants musulmans ou bouddhistes, ou bien
humanistes avec croyance ou sans croyance.
Paradoxalement, quand ils ont choisi de mourir par euthanasie,
certains parmi eux réclament d’être accompagnés sur le
plan spirituel voire même sur le plan religieux, sans toutefois
renoncer à leur choix de mourir par euthanasie. Et même
parmi les personnes non croyantes qui ont opté pour

2 Joséphine Bataille et Corinne Van Oost, Médecin catholique pourquoi je pratique
l’euthanasie, préface de Véronique Margron, Paris, Presses de la Renaissance,
2014, 231 pp.
3 Xavier Celtillos, « L’épiscopat suisse prépare son atterrissage pro
euthanasie », in Médias-Presses-Info du 7 juillet 2014 à 4:31 [rubrique « Religion
Catholique, Société »]

(http://medias-presse.info/lepiscopat-suisse-prepare-son-atterrissage-proeuthanasie/12464).
8
l’euthanasie, il y en a qui demandent d’être accompagnées
dans les méandres des conflits intérieurs qu’ils vivent, dans
leur recherche de sens (quel sens donné à la souffrance que
j’endure et à la mort qui pointe à l’horizon ?). Dans leur
quête de résolution des conflits des valeurs et des difficultés
d’ordre intérieur, ces personnes souhaitent avoir à leur côté
des personnes-ressources. Le besoin s’exprime dans une
demande ou une attente de relation avec l’autre, de
véracité, d’authenticité, de confiance. Cela montre combien
l’approche de la mort est une remise en cause radicale,
même si elle n’est pas consciente ni exprimée, elle montre
parfois la solitude du mourant face aux questions
existentielles et métaphysiques. Parmi les personnes
demandeuses de l’euthanasie, on diagnostique sur le plan
infirmier que certaines sont découragées, d’autres
expriment leur colère, leur angoisse, d’autres encore éprouvent
un sentiment de vide spirituel et présentent des signes de
détresse spirituelle, et certaines demandent une assistance
spirituelle. Dans ce qui se présente comme des véritables
luttes intérieures, lieux de recherche de sens, certains
demandeurs de l’euthanasie sollicitent les services d’un
accompagnateur spirituel. Cet appel à l’aide met parfois
mal à l’aise les accompagnateurs spirituels traditionnels et
habituels en milieu hospitalier à qui je consacrais en 1993
mon travail de fin d’études en santé publique à la Faculté de
médecine de l’Université catholique de Louvain, sous le
titre : « La présence d’un accompagnateur spirituel en
4milieu hospitalier : intrusion ou nécessité ? » .

4 Olivier Nkulu Kabamba, La présence d’un accompagnateur spirituel en milieu
hospitalier : intrusion ou nécessité ?, mémoire présenté à la Faculté de
médecine/École de Santé publique de l’Université catholique de Louvain en
vue de l’obtention du grade de licencié (Master) en Santé publique, 1993.
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Le besoin spirituel exprimé par les personnes qui, en
Belgique, ont fait le choix de l’euthanasie pour mourir,
croise un des besoins fondamentaux de toute personne
humaine malade ou bien portante. Selon le modèle de
l’infirmière américaine Virginia Henderson (1897-1996),
les besoins fondamentaux de l’être humain sont classés
selon une liste ordonnée que les professionnels de santé
utilisent lors de l’évaluation de l’état d’une personne
malade. Parmi les quatorze besoins fondamentaux enseignés
particulièrement en soins infirmiers, Virginia Henderson
indique en onzième position les besoins spirituels en ces
termes : « Agir selon ses croyances et ses valeurs : capacité
d’une personne à connaître et promouvoir ses propres
principes, croyances et valeurs. Également à les impliquer
5dans le sens qu’elle souhaite donner à sa vie » . Certaines
personnes qui ont fait le choix de l’euthanasie pour mourir
expérimentent intensément les besoins spirituels exacerbés
par l’imminence d’une mort certaine dont elles
connaissent le jour, l’heure et les modalités. Ces personnes sont
des véritables mourants lucides. Et par expérience d’avoir
accompagné plusieurs malades dans le processus de la
mort, je peux attester que les besoins spirituels des
mourants portent essentiellement sur ce qu’ils vivent à
l’intérieur d’eux-mêmes : les luttes intérieures concernant
les conflits des valeurs, les problèmes affectifs liés au
pardon et au regret de n’avoir pas bienfait telle ou telle autre
chose, la recherche d’un sens à la vie, à la souffrance et à
la mort à partir d’hypothèses, des questions et doutes. Les
besoins spirituels des mourants sont les mêmes que ceux
des bien portants, mais ils sont exacerbés par l’imminence

5 Cfr A. Cornelius Bert, Quatorze besoins fondamentaux selon Virginia Henderson,
Chromo Publishing, 2011.
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de la mort proche. Toutefois, il faut remarquer que les
besoins spirituels dont il est ici question, ne sont pas des
besoins spécifiques et isolés du reste de ce que vit la
personne, ils sont liés aux autres besoins, ils les sous-tendent.
Ils ne font pas partie d’une classe à part, ils englobent l’être
entier. D’où, me semble-t-il, il n’y a pas de recette
spirituelle à offrir au patient. Le mourant n’est pas en
« manque » de spirituel, il est en quelque sorte dedans car,
près du gouffre ou de la lumière selon la manière dont il
perçoit la mort, il ne peut plus se cacher lorsque les besoins
spirituels deviennent prioritaires pour dire pressants voire
même oppressants.
Jadis, dans les pays occidentaux, l’accompagnement
spirituel dans la société comme à l’hôpital était
entièrement dévolu aux religieux. C’était d’autant plus normal
que le pouvoir religieux était aussi important que le
pouvoir civil et, parfois même se confondait avec lui. À partir
du moment où dans ces mêmes civilisations occidentales
laïcisées, le pouvoir religieux s’est atténué, les supports
religieux vis-à-vis du mourir et de l’accompagnement se
sont plus ou moins effondrés. L’affadissement du religieux
dans le quotidien des gens étant devenu majoritaire, il
fallait créer de nouvelles références au spirituel qui
correspondent aux modes de vie et de pensée de ces
sociétés dites modernes voire postmodernes. La profonde
pénétration de la psychologie et de tous les autres « psys »
(psychanalyse, psychiatrie, psychothérapie…) dans les
pratiques soignantes, joue désormais un rôle important là où
l’espace n’était occupé que par les religions et leurs
représentants. Dès lors, force est de constater que de nos jours,
dans une société où l’affadissement du religieux est devenu
presque la norme en matière de spiritualité,
l’accom11
pagnement spirituel a changé de visage et de lieu, de
forme et de référence. Le déclin des religions
traditionnelles autorise désormais les individus à « bricoler » de
plus en plus en empruntant à diverses traditions et
idéologies, affirme la sociologue française Catherine Halpern :
« l’on opte désormais pour une religion à la carte. […]
Plusieurs études appuient le constat, désormais bien établi,
du développement d’une croyance sans appartenance à
une Église ou à une religion. Ce qui brouille énormément
les clivages traditionnels. La croyance religieuse
s’émancipe de ses cadres traditionnels et s’individualise, ses
anciennes différentes composantes se trouvent dissociées,
6désarticulées, livrées à tous les bricolages individuels » .
L’indifférence religieuse amenée par la sécularisation de la
société ne signifie pas absence ou mort de la spiritualité.
Malgré le cadre de ce « projet de société religieusement
affadie » et ce que les statistiques nous annoncent
concernant la désaffection de nos contemporains pour les
pratiques religieuses, dans le cadre de l’hôpital avec les
contraintes et les limites imposées par le contexte, les
aumôneries, pour la plupart encore d’obédience religieuse,
sont souvent sollicitées pour accompagner d’une façon
spécifique ceux qui souffrent et qui expriment la demande
d’un soutien spirituel. Dans ce contexte, pour répondre à
l’attente d’accompagnement spirituel exprimée par
certaines personnes qui ont fait le choix de l’euthanasie pour
mourir, les accompagnateurs, en toute connaissance de
cause, doivent avoir une très bonne capacité de communi-

6 C. Halpern, « Ce que les croyances ont à nous dire – Une religion à la
carte », in Sciences Humaines – Dossier spécial « Les nouveaux visages de la
croyance », n° 149, mai 2004

(http://www.scienceshumaines.com/ce-que-les-croyances-ont-a-nousdire_fr_4052.html).
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