L'éthique trait d'union entre l'entreprise - Définir l'éthique au ...

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L'éthique trait d'union entre l'entreprise - Définir l'éthique au ...

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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« Prix Régional »
District 152O
« Diplôme »
Concours National
Remis le 27 mai à
l’UNESCO
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C O L E S
L’éthique,
trait d’union entre l’entreprise et la société ?
François COLIN
Angle d’approche :
Alors qu’il y a quelques années de cela, l’approche éthique dans les entreprises était
encore considérée comme déplacée, malvenue, il apparaît qu’un intérêt grandissant pour ce
concept émerge. Dans le mouvement des Responsabilités Sociale des Entreprises, l’éthique
devient un enjeu à ne pas négliger pour que la compétitivité soit au rendez-vous. Mais
comment trouver le juste milieu ? Comment appliquer de façon pertinente à l’entreprise
toutes les dimensions que ce terme recoupe, quand on sait qu’il est avant tout l’expression
d’une disposition individuelle ? En cherchant à remonter aux sources de l’éthique
professionnelle, je vais tâcher ici de démontrer qu’elle s’insère avant tout dans une
dimension plus globale, celle de la société.
Résumé
:
La frontière est mince entre vie privée et vie professionnelle. De même en matière
d’éthique, il semble difficile s’appliquer un code de conduite propre au travail. De ce constat,
on peut s’interroger sur la place de l’entreprise dans la société, et sur les moyens qu’elle
peut éventuellement mettre en oeuvre pour obtenir de ses membres un surcroît de
bienveillance. Mais est-ce bien à propos de reprocher à l’entreprise la perte de repères dont
souffre la société ? Le débat est ouvert, mais force est de constater que l’on attend d’elle
toujours plus d’efforts.
En ce début de XXIème siècle, le travail acquiert une nouvelle dimension, qui va bien
au delà de la simple exécution de tâches, et de l’atteinte d’objectifs. La finalité de l’entreprise
est aujourd’hui remise en question par une multitude d’acteurs. Dès lors, comment
l’entreprise doit-elle conjuguer la nécessaire recherche de performance économique, et les
attentes de ses partenaires ? Est-elle d’ailleurs en mesure de venir seule à bout de ses
questions ?
Sans oublier que l’entreprise, si souvent décriée, mais aussi si riche de potentialités,
est avant tout l’oeuvre de ses membres. Ainsi, réfléchir à l’éthique professionnelle, c’est
réfléchir à la conduite des employeurs et des employés. Et de leur nécessaire implication,
dans un mouvement conjoint vers une entreprise plus humaine.
Bibliographie
:
Le capital humain, Alain Chamak et Céline Fromage,
Editions Liaisons,
2006
Guide du management et du leadership, sous la direction de Jean-Louis Muller,
Editions Retz
, 2007
L’entreprise et l’éthique, Jérôme Ballet et Françoise de Bry,
Editions du Seuil
, 2001
Responsabilité sociale de l’Entreprise, Faut-il enchaîner Prométhée ?, Philippe de
Woot,
Editions Economica
, 2005
La France Invisible, sous la direction de Stéphane Beaud, Joseph Confavreux, Jade
Lindgaard,
Editions La Découverte
, 2008
Le développement durable au coeur de l’entreprise, coordonné par Emmanuelle
Reynaud,
Editions Dunod
, 2006
L’éthique, trait d’union entre l’entreprise et la société ?
Définir l’éthique au travail apparaît aujourd’hui être un exercice délicat, tant l’économie
contemporaine abolit la frontière ténue qui sépare vie privée et vie professionnelle. Choisir
entre le « mieux ou le pire » est un dilemme que nous nous efforçons de résoudre depuis
notre tendre enfance. Mais voilà, le fait est qu’il nous faut travailler. De nouvelles
responsabilités s’imposent à notre sens de l’initiative. De ce constat émerge une foison
d’interrogations, tel un défi lancé à l’encontre de notre savoir-vivre en société.
Le contrat par lequel nous nous engageons auprès de notre employeur confère-t-il une
autre dimension à la pratique de notre libre-arbitre ? Est-il en effet possible de distinguer
l’éthique qui préside à nos missions dans l’entreprise, ou au sein de toute autre organisation,
de celle que l’on s’applique au quotidien ? Serions-nous ambivalents au point de retourner
notre veste sur commande, et faire de deux temps, deux mesures ?
Répondre ici par l’affirmative reviendrait à admettre que les situations de travail nous
conduisent nécessairement, à un moment ou à un autre, à faire des choix en contradiction
avec nos principes. Et cela sans que l’on y trouve rien à redire. Vouer un collaborateur peu
consciencieux aux gémonies, face à ses collègues de travail, et retourner chez soi l’âme en
paix, la conscience tranquille. N’est-ce pas là l’apanage des fortes têtes, de celles qui vous
déplacent des montagnes et assurent du même coup la performance de l’entreprise ? Le
business ne s’embarrasse pas de prévenances, ou du moins il se les réserve pour les
transactions. Pourquoi perdre son temps à manier ses subordonnés avec des pincettes ? Un
manager a-t-il vocation à faire du copinage ou bien à tirer le meilleur de ses équipes, quitte à
frôler le harcèlement ?
Cet exemple, aussi poignant soit-il, nous rappelle combien les relations conflictuelles
sont fréquentes en entreprise. Qu’elles soient intentionnelles, ou simplement le résultat d’un
défaut d’empathie, ces situations peuvent provoquer souffrances et ressentiment, et en
définitive nuire à l’instauration d’un bon climat social. N’est pas Bon Samaritain qui veut. Par
ailleurs, la concurrence accrue entre les entreprises est souvent invoquée pour se
dédouaner d’un comportement tendancieux. Il est monnaie courante de s’entendre dire que
nécessité fait loi, que si le tort avait été évité, un autre ne se serait pas fait prier pour s’en
charger.
Ainsi donc, ce chef d’équipe décrit plus haut, au tact et à la patience certes hasardeux,
va très certainement retrouver sa famille le sourire aux lèvres, avec le sentiment du devoir
accompli. Les chiffres seront une fois de plus atteints. A nouveau la marge aura fait de
remarquables sauts. Mais pourtant, derrière cette satisfaction de façade, ne peut-on déceler
une pointe d’amertume? Cet homme n’aura-t-il pas le souhait inavoué de trouver, auprès des
siens, du baume au coeur ? Au regard du tableau de bord, aucune anomalie ne peut lui être
reprochée. Mais sur un plan plus imperceptible, mais non moins insignifiant, n’est-il pas
possible de déceler l’ombre d’une faute professionnelle ? Peut-on impunément fermer les
yeux sur un manquement flagrant au respect de la dignité ?
Les interrogations s’enchaînent, et reflètent le malaise, voire le mal-être provoqué par
un incident dont on aurait pu prévenir l’apparition. Ce genre de tensions, de remords se
produisent à tous les échelons de l’entreprise, et se manifestent aussi bien au niveau du
travail en équipe que des tâches individuelles. Dès lors qu’une action est sujette à caution, et
peut avoir des conséquences non souhaitables, il y a lieu de se poser des questions. De
réfléchir à l’intention que l’on veut donner à ses actes et à ses mots. Cette démarche peut
être qualifiée de « questionnement éthique », et concerne sans distinction de hiérarchie les
membres d’une organisation.
Sans pour autant vouloir trop attacher mon propos à la pratique du management, force
est de constater que les managers, et au premier chef les dirigeants, ont un rôle
d’intercesseur entre l’éthique et la conduite de leurs équipes. Ils ont un rôle évident
d’exemplarité, et devrait porter une attention de tous les instant à la transmission de ce
message. De façon à initier une prise de conscience collective sur la nécessité d’entretenir
des relations cordiales avec ses collègues.
Mais revenons à notre épisode malheureux. Ici, malgré une erreur de discernement,
presque de jeune premier, la responsabilité n’incombe pas uniquement à la personne du
manager. Il serait trop aisé de lui rejeter toute la faute. C’est bien d’une responsabilité
collective dont il s’agit. On peut légitimement imaginer l’interposition d’un tiers, qui serait
venu soutenir la personne blessée dans son estime, et/ou tempérer l’ardeur du chef. Mais tel
ne fut pas le cas. Au lieu de cela, chacun a soigneusement gardé ses distances, préférant
assurer ses arrières. Et d’une certaine manière, chacun a abdiqué.
Les conditions de travail ne sont pas le fait d’un seul homme. On le constate chaque
jour, une pression croissante s’exerce sur les salariés pour obtenir d’eux une plus grande
motivation. Cela peut détériorer l’ambiance de travail, d’autant plus quand les managers
relaient un ordre auquel ils n’adhèrent qu’à moitié. Mais il est faux de croire que toute
direction vient d’en haut. A sa manière, chacun est en mesure de contribuer, favorablement
ou non, à l’oeuvre de l’entreprise. Ce levier de croissance, souvent confondu avec la
motivation, s’appelle l’implication. Difficile à jauger, encore plus à fabriquer, cette disposition
qu’ont les salariés à faire ou non « du bon boulot » est intimement liée à la culture
d’entreprise. Malheureusement pour les actionnaires, elle ne se décrète pas. Elle est avant
tout le résultat d’une identification aux valeurs véhiculées par l’entreprise, ou du moins d’une
adhésion au projet stratégique.
D’où l’importance que peut receler une politique tournée vers l’éthique, en ce qu’elle
reconnaît d’une part la contribution effective des individus. Et d’autre part, qu’elle cherche
par tous les moyens, non pas à épuiser les ressources de son capital humain, mais à le
développer dans une optique de progression réciproque. Ainsi, les conditions de travail, la
culture d’entreprise sont la traduction de l’implication conjuguée de tous les membres de
l’organisation, et peut-être même de l’intervention d’autres instances, comme nous le verrons
par la suite.
Tout comme il existerait une raison d’Etat, dont la suprématie ferait fi des principes
élémentaires d’humanité, certains sont tentés d’invoquer l’existence d’une « raison
d’entreprise ». Une raison telle qu’elle serait capable de transcender les consciences
individuelles. A partir de cette conception erronée du rôle de l’entreprise, toutes les dérives
sont imaginables. En franchissant les portes de sa société, affublé de son costume de
circonstance, le manager se sentirait ainsi investi d’une mission au service de la rentabilité
économique. Bien mal lui en prendrait de garder en poche ses affects…
Cette vision semble aujourd’hui avoir fait son temps. Tout porte à penser que de
nouvelles relations de travail s’inventent en ce moment même. Avec justement une
considération grandissante pour les attentes des salariés. Les entreprises n’ont a priori pas
d’objectifs propres. Elles ne sont autre chose qu’une stratification d’objectifs individuels,
parfois convergents, le plus souvent en contradiction. En témoigne la joute récurrente à
laquelle se livre les soi-disant partenaires sociaux. Le dialogue social est à ce titre un
remarquable euphémisme, qui dissimule de façon maladroite les divergences d’intérêts dont
peut faire l’objet le théâtre de l’entreprise. Un point parvient pourtant à réconcilier les acteurs
de cette lutte. A savoir, la recherche de la pérennité de l’entreprise.
Sur ce point, on ne peut décemment nier que l’entreprise, en tant qu’acteur
économique, contribue à l’épanouissement des salariés, ne serait-ce que par son système
de rémunération. Le simple fait de participer à l’intégration sociale de ses membres est aussi
déjà une victoire à mettre à son crédit. Or, même si les médias et l’opinion publique exercent
de concert une pression croissante sur la gestion des entreprises, les efforts faits pour créer
une atmosphère propice à l’éthique restent l’exception, et les souffrances, la règle.
Recrutements discriminants, licenciements mal préparés, malversations des dirigeants,
navigations intempestives des employés sur Internet… Il semble que chacun essaie de tirer
son épingle du jeu, sans avoir à l’esprit la cohésion du groupe, ni le fait que sans
coopération, aucune avancée ne serait réalisable. Aujourd’hui plus qu’hier, nous perdons ce
sentiment d’apporter notre pierre à l’édifice, de contribuer personnellement à la bonne
marche de l’ensemble. Et lorsque l’on se rend compte que, de plus en plus, les employés
sont interchangeables, cela n’améliore en rien nos affaires.
L’avantage concurrentiel procuré par une gestion éthique des entreprises est sur le
point d’être scientifiquement prouvé. C’est une question de temps. La Responsabilité Sociale
des Entreprises est ainsi en passe de devenir un outil stratégique, et non plus seulement un
thème de recherche universitaire. Aidés en cela par le changement des mentalités,
notamment sur les questions de développement durable, les problèmes de l’ingratitude et
l’indifférence au travail, entre autres, pourraient trouver une issue de bon aloi. Cette
évolution progressive est en partie le fruit d’une profonde modification des méthodes
d’enseignement.
Dorénavant, les écoles de management reconnaissent leur rôle actif dans l’édification
de normes sociales. Il ne s’agit plus seulement de former des cadres capables de tirer la
croissance vers le haut. Bien au delà, l’effort se porte à présent sur la construction d’une
responsabilité des futurs chefs d’équipes, tant économique que sociale. Les étudiants
actuels seront les leaders de demain. Leaders charismatiques ou non, ils seront en tout état
de cause leaders d’opinion. Mais au regard des manquements encore faits à la dignité,
comme l’actualité nous le rappelle tristement à travers un nombre croissant de suicides sur
le lieu de travail, est-il vraiment raisonnable de se payer le luxe d’attendre d’être guidé vers
une conduite éthique?
Cette nouvelle interrogation rejoint notre postulat de départ. Existe-t-il un hiatus entre le
monde de l’entreprise et celui de la société ? Vouloir faire porter l’étendard des
responsabilités par la direction des entreprises est louable. Cela peut constituer une
première approche pour la résolution du problème latent de notre société occidentale : la
perte de repères moraux. En donnant un sens plus large au travail, en l’insérant dans une
dimension sociale, on participe au changement des comportements de façon positive.
L’entreprise se fait caution morale. Mais cela ne semble pas suffisant. Le travail doit
également être alimenté par notre expérience du monde extérieur à l’entreprise.
Imaginons le cas extrême d’un tueur à gages. Faisant preuve d’un très grand
professionnalisme, il réalise son ordre de mission dans les délais impartis, et ce sans aucune
bavure. L’objectif est atteint, la rétribution va suivre. Pour autant, malgré la qualité relative de
son travail, n’y a-t-il pas là une atrocité universellement reconnue ? Cet individu, fantasque
s’il en est, peut-il sincèrement faire l’économie d’une réflexion sur la portée sociétale de son
acte, et donc de son travail ?
Plus prosaïquement, mais peut-être tout aussi couramment, prenons l’exemple de
l’industrie militaire. Le segment des mines antipersonnelles est mondialement disputé entre
quelques grandes firmes, le maintien des positions concurrentielles est difficile à tenir, et la
bataille pour les parts de marché fait rage. Quelle sorte d’éthique peut bien animer les
employés qui entretiennent ce commerce si décrié ? Ils font sûrement tout leur possible pour
être durs à la tâche. L’intégrité y est peut-être même plus soutenue qu’ailleurs, et les enjeux
sont de toute façon si sensibles que le droit à l’erreur est une simple hérésie. D’aucuns
feront même ici allusion à une « qualité totale du processus de production ».
A moins d’avoir tiré un trait sur le pacifisme, et de privilégier coûte que coûte sa
carrière professionnelle, l’employé d’une telle entreprise ne peut qu’être l’objet d’un profond
tiraillement. On en vient ici à considérer l’éthique dans une dimension plus globale, ce qui
d’ailleurs, constitue sa nature même. Reprenant ici les termes de Philippe de Woot, dans son
essai
Responsabilité Sociale des Entreprises, Faut-il enchaîner Prométhée ?
, chacun de
nous doit se poser « la vraie question éthique » : «
quel monde voulons-nous construire
ensemble ?
».
Trêve de plaisanteries, si noires et si véridiques soient-elle. L’éthique n’a évidemment
pas l’apparence de Janus. Elle est une et indivisible. Impossible de se retrancher derrière
quelque fonction que ce soit. Celui qui prend une décision, stratégique ou opérationnelle,
engage autant ses responsabilités professionnelle que personnelle. D’où la difficulté à
effectuer le meilleur choix. Doit-on préférer le moindre mal ou bien chercher à affirmer ses
convictions les plus intimes ? Puisque nous sommes incapables de déterminer de façon
catégorique les conséquences de nos actes, chaque initiative devrait faire l’objet d’une mûre
réflexion.
Le problème est que le temps manque parfois, ou que nous ne nous accordons pas ce
temps si nécessaire à la sagesse. L’équilibre à trouver entre ce que nous souhaiterions voir
advenir et les contraintes que nous impose notre environnement relève sans conteste d’une
prouesse de devin ! La science économique expliquant bien souvent les phénomènes après
coup, elle n’est que d’un faible renfort. Et pourtant tout se complique. Les avancées
technologiques se multiplient aujourd’hui à une allure folle. Prévoir la configuration d’un
marché est devenu aussi périlleux que de faire des plans sur la comète. L’incertitude règne
en maître sur une économie ouverte sur le monde, et elle se fait sentir jusque dans les plus
infimes composantes des entreprises.
Dès lors, se soucier de son prochain relève plus des largesses du prince que de la
panacée qui permettra de maintenir une activité en vie (ou du moins, c’est encore la
conviction partagée par le plus grand nombre). Au moment où les individus entrent eux-
même en concurrence, où la « guerre des talents » s’accentue, quel intérêt trouverait-on à
faire dans la dentelle, à nouer des relations alors que le lien social se délite ? Sans me
concentrer sur un pessimisme exacerbé, nous sommes entrés à l’évidence dans une période
de doute. La modernité nous pousse à considérer nos concitoyens comme d’éventuels
agresseurs, prêts à tout pour prendre notre place, ou comme des instruments dont nous
pouvons librement user à notre profit. Ce sentiment, qui n’est pas toujours fondé, nous
conduit néanmoins, et ce de façon insensible et continue, à nous prémunir en priorité contre
les aléas économiques avant d’engager toute action en direction des autres. Le seul hic est
que ces aléas sont de plus en plus prégnants, et que nul ne peut affirmer qu’un
retournement économique ne se produira pas demain.
Dans cette situation, où rares sont ceux à être à l’abri, il devient primordial d’établir des
conditions d’entraide et de solidarité. Ou bien, sans nécessairement aller jusqu’à tendre la
main, au moins faire un pas vers l’autre. Lui proposer de coopérer de manière constructive.
L’éthique apparaît ici comme le vecteur de choix pour initier cette ré-appropriation de notre
avenir. C’est donc d’optimisme dont il est question dans cet essai, d’une vision positive de
l’avenir forgée dans la critique et le réalisme.
Ici se fait donc jour l’espoir d’un nouveau paradigme, prenant davantage en compte les
attentes des partenaires de l’entreprise. Des efforts sont bien entendu requis de la part de
chacun d’entre eux. Même si le mouvement semble amorcé, au regard du nombre croissant
de chartes éthiques dans les entreprises, les conduites ont encore du mal à suivre. Pour
beaucoup, l’emploi reste considéré comme un sacrifice, tant les rétributions liées au travail
restent sommaires, conduisant à une précarité toujours plus importante.
On peut rétorquer à cela que la conjoncture est mauvaise, que ces conditions ne vont
pas perdurer. Mais on ne peut nier que ces dernières années, une nouvelle étape a été
franchie dans les luttes sociales. Il est même possible d’évoquer une victoire conjointe, au
moins sur le papier, des salariés et des dirigeants, sur l’entreprise.
Cette dernière est de moins en moins reconnue comme une fin en soi. On admet
qu’elle favorise l’épanouissement de ses membres, sous certaines conditions : autonomie,
confiance envers les dirigeants, dialogue ouvert, liberté d’initiative, contrôles non
systématiques … On lui attribue de nouvelles fonctions, comme la protection de
l’environnement. On lui demande aussi de pallier à l’affaiblissement de la cohésion sociale,
et de jouer ainsi un rôle d’éducation, notamment par le biais de l’éthique. Cela peu paraître
beaucoup pour une seule organisation, dont la finalité économique est avant tout de se
pérenniser.
Tout ceci révèle la prise à partie de l’entreprise par les différents acteurs de la société.
En aucun cas, cependant, ces attentes ne doivent être prises pour des exigences. Elles sont
plutôt l’affirmation d’un besoin de justice sociale, et tentent d’abord de mettre l’entreprise
face à ses responsabilités.
A mes yeux, l’entreprise a autant, si ce n’est plus, une finalité sociale qu’économique.
Et ce n’est que juste évolution que de contribuer à l’épanouissement de la société, sans qui
elle ne serait rien. Les parties prenantes sont en droit d’attendre un retour sur
l’investissement qu’elles ont fait, en soutenant par leur travail ou leur confiance l’entreprise.
Alors avis aux citoyens que sont employeurs et employés. La société a tout à gagner à
réfléchir avant d’agir. Et pour qui veut se donner en spectacle, et faire preuve de panache,
en toute éthique cela va sans dire, un conseil : ce serait faire un pied de nez au management
que d’adopter une conduite éthique avant la lettre. Si l’éthique n’est pas encore la règle (qui
sait si un jour les entretiens d’embauche ne contrôleront pas les aptitudes éthiques des
candidats ?), il y a fort à parier qu’elle le deviendra. Simple question d’ajustement
économique.
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