Le fascisme rouge ou le communisme d'état dévoilé

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Voline Le Fascisme Rouge ou le communisme d'état dévoilé Reproduction et diffusion vivement encouragées apache-editions@live.fr http://apache-editions.blogspot.com/ Biographie Vsevolod Mikhaïlovitch Eichenbaum, dit Voline, né le 11 août 1882 à Voronej et mort de 18 septembre 1945 à Paris. Né dans une famille aisée (son père et sa mère sont médecins), Voline fait des études de droit à Saint-Pétersbourg, Il prend alors une part active à la Révolution de 1905, puisqu'il participe à la fondation du soviet de Saint-Pétersbourg. il est arrêté par la police. Emprisonné, il s'évade et gagne la France en 1907. À Paris, il fréquente les milieux anarchistes russes. En 1913, il devient membre du Comité d'action internationale et fait de la propagande contre la guerre qui approche. En 1915, menacé d'emprisonnement par le gouv- ernement français, il s'enfuit vers les États-Unis, où il rencontre Trotsky qui lui déclare que ce dernier l'arrêterait s'ils se retrouvaient à Moscou (ce qui se vérifiera par la suite en 1920). Il est accueilli par la Fédéra- tion des Unions d'ouvriers russes aux États-Unis et au Canada pour laquelle il participait à la revue Goloss Trouda (la voix du travail), il entame aussitôt une activité de propagandiste et de publiciste au sein de la revue. En 1917, la rédaction part en Russie, il est choisi comme rédacteur en chef de la revue qui devient l'organe de l'Union de propa- gande anarcho-syndicaliste de Pétrograd.
Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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apache-editions@live.fr
http://apache-editions.blogspot.com/
Voline
Le Fascisme Rouge
ou le communisme d'
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2
Biographie
Vsevolod Mikha
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lovitch Eichenbaum, dit Voline, n
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le 11 ao
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t 1882
à
Voronej et mort de 18 septembre 1945
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Paris. N
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dans une famille
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decins), Voline fait des
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tudes de droit
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tersbourg, Il prend alors une part active
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volution de
1905, puisqu'il participe
à
la fondation du soviet de Saint-P
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tersbourg. il
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par la police. Emprisonn
é
, il s'
é
vade et gagne la France en
1907.
À
Paris, il fr
é
quente les milieux anarchistes russes. En 1913, il devient
membre du Comit
é
d'action internationale et fait de la propagande contre
la guerre qui approche. En 1915, menac
é
d'emprisonnement par le gouv-
ernement fran
ç
ais, il s'enfuit vers les
É
tats-Unis, o
ù
il rencontre Trotsky
qui lui d
é
clare que ce dernier l'arr
ê
terait s'ils se retrouvaient
à
Moscou
(ce qui se v
é
rifiera par la suite en 1920). Il est accueilli par la F
é
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é
ra-
tion des Unions d'ouvriers russes aux
É
tats-Unis et au Canada pour
laquelle il participait
à
la revue
Goloss Trouda
(la voix du travail), il
entame aussit
ô
t une activit
é
de propagandiste et de publiciste au sein de
la revue. En 1917, la r
é
daction part en Russie, il est choisi comme
r
é
dacteur en chef de la revue qui devient l'organe de l'Union de propa-
gande anarcho-syndicaliste de P
é
trograd. Apr
è
s les accords de Brest-
Litovsk, il quitte la revue et se rend
à
Brobov dans le sud de la Russie,
o
ù
il est charg
é
de l'
é
ducation. Il participe au quotidien
Nabate
(le
tocsin). Il participe aussi au travail de la Conf
é
rence de Koursk. Il est
notamment charg
é
de r
é
diger une synth
è
se anarchiste qui puisse
ê
tre un
programme pour toutes les tendances anarchistes de Russie. La r
é
action
bolchevique l'oblige
à
quitter ses fonctions, et il rentre alors en contact
avec le mouvement makhnoviste. Il prend alors la t
ê
te de la section de
culture et d'
é
ducation de l'arm
é
e insurrectionnelle.
En 1919, l'arm
é
e l'
é
lit pr
é
sident du Conseil militaire insurrectionnel,
mais il est arr
ê
t
é
six mois plus tard par l'Arm
é
e rouge (sous le comman-
dement de Trotsky) qui le remet entre les mains de la Tch
é
ka. Il est
lib
é
r
é
en octobre 1920 suite
à
un accord entre Makhno et les bolche-
viques. Il part alors pour Kharkov pour pr
é
parer le congr
è
s anarchiste du
25 d
é
cembre, mais les bolcheviques l'arr
ê
tent
à
la veille du congr
è
s, avec
3
10
tous les anarchistes ayant combattu avec Makhno. Emprisonn
é
et tortur
é
,
il est lib
é
r
é
à
la suite d'une intervention de syndicalistes europ
é
ens venus
participer
à
un Congr
è
s du Profintern, mais il doit quitter la Russie
sovi
é
tique
à
jamais. Il se r
é
fugie en Allemagne, o
ù
il milite au sein de
l'Union ouvri
è
re libre qui si
é
geait
à
Berlin. Il participe avec A. Gorielik
& A. Komoff
à
la r
é
daction de la brochure
La pers
é
cution contre l'anar-
chisme en Russie Sovi
é
tique
(traduction fran
ç
aise : R
é
pression de
l'Anarchisme dans la Russie
des soviets, 1923), et traduit le livre de
Pierre Archinoff :
Histoire du Mouvement makhnoviste
. Il cr
é
e aussi
l'hebdomadaire de langue russe
L'ouvrier anarchiste
. S
é
bastien Faure
l'invite en France pour participer
à
la r
é
daction de l'Encyclop
é
die anar-
chiste. Il y
é
crit de nombreuses
é
tudes, souvent reproduites en brochure.
À
la demande de la CNT espagnole, il r
é
dige son journal de langue
fran
ç
aise:
L'Espagne antifasciste
. Au moment de la d
é
claration de guerre,
il est
à
Marseille o
ù
il fera la connaissance d'
É
mile Dano
ë
n. Durant son
s
é
jour marseillais, il termine l'
é
criture de sa grande oeuvre
La R
é
volu-
tion inconnue
. Les privations, et les dangers de la vie clandestine qu'il
doit mener durant cette p
é
riode ont raison de sa sant
é
, et il meurt de
tuberculose
à
l'h
ô
pital Laennec. Il est enterr
é
au Cimeti
è
re du P
è
re-
Lachaise.
Affiche de propagande
bolchevique de 1918
pr
é
sentant Trotsky en
saint Georges, sur le
point de tuer le dragon
de la contre-r
é
volution
et du capitalisme...
Telle est la troisi
è
me et principale raison de la puissance particuli
è
re du
fascisme. Il est aliment
é
surtout par l'id
é
ologie fonci
è
rement fasciste
~inconsciemment fasciste~ d'une multitudes de gens qui seraient les
premiers
é
tonn
é
s et indign
é
s si on les accusait de fascisme. Cette id
é
o-
logie, r
é
pandue partout, voire parmi les
«é
mancipateurs
»
et les travaill-
eurs eux-m
ê
mes, empoisonne le mouvement ouvrier, le ramollit, le d
é
-
compose. Elle tue la vrai activit
é
des masses et r
é
duit
à
n
é
ant - ou plut
ô
t
au r
é
sultat fasciste - leurs luttes et m
ê
me leurs victoires.
Voil
à
pourquoi ~h
é
las !~ Petrini a raison.
«
Aucune diff
é
rence n'existe
entre Staline et Mussolini
»
. Et voil
à
pourquoi le
«
fascisme rouge
»
n'est
nullement une boutade, mais l'expression exacte d'une bien triste r
é
alit
é
.
Une consolation existe cependant. Les masses s'instruisent surtout par
l'exp
é
rience v
é
cue, bien palpable. Cette exp
é
rience est l
à
. Elle est l
à
tous
les jours, sur une sixi
è
me partie du globe. Ses v
é
ritables r
é
sultats com-
mencent
à
ê
tre connus de plus en plus amplement, avec de plus en plus
de pr
é
cisions. Il faut esp
é
rer que les masses travailleuses de tous les
pays sauront en d
é
gager, en temps opportun, la le
ç
on indispensable pour
le succ
è
s de leurs luttes futures.
La r
é
alisation de cet espoir d
é
pend beaucoup de la conduite de tous ceux
qui ont d
é
j
à
compris. Il est de leur devoir de s'employer, avec la plus
grande
é
nergie,
à
faire comprendre aux vastes masses travailleuses le
v
é
ritable sens n
é
gatif de l'exp
é
rience russe.
Nous, les anarchistes, nous qui avons compris, nous devons amplifier,
intensifier notre propagande, en tenant compte surtout de cette exp
é
-
rience. Si nous remplissons notre devoir, si nous aidons les masses
à
la
comprendre en temps opportun, alors
«
le fascisme rouge
»
de l'U.R.S.S.
aura rempli, historiquement parlant, un r
ô
le utile : celui d'avoir tu
é
, en
l'appliquant, l'id
é
e de la dictature.
VOLINE
Article paru dans
Ce qu'il faut dire
, juillet 1934
4
9
toutes sortes de circonstances, d'un caract
è
re plut
ô
t accessoire. Ici, c'est
le dictateur X, l
à
le dictateur Y ou Z qui l'emporte. L'un ou l'autre peuv-
ent afficher des id
é
aux tr
è
s diff
é
rents, m
ê
me oppos
é
s. Il n'en reste pas
moins qu'au lieu d'une libre et vaste activit
é
des masses elles-m
ê
mes,
c'est le vainqueur qui va mener les masses, forc
é
es de le suivre, sous
peine de r
é
pression terrible. Il est
é
vident qu'une telle perspective ne peut
avoir rien de commun avec l'
é
mancipation r
é
elle des masses travailleuses.
L
E
FASCISME
ROUGE
Je viens de lire un extrait de lettre de notre vaillant camarade A. Petrini,
qui se trouve en U.R.S.S., dans une situation de proscrit. J'y trouve les
lignes suivantes :
«
... Un par un on nous emprisonne tous. Les vrais r
é
volutionnaires ne
peuvent pas jouir de la libert
é
en Russie. La libert
é
de la presse et celle
de la parole sont supprim
é
es, aucune diff
é
rence donc entre Staline et
Mussolini
»
.
J'ai soulign
é
expr
è
s la derni
è
re phrase, car elle est parfaitement juste.
Cependant, pour bien comprendre toute la justesse de cette br
è
ve for-
mule, pour bien saisir tout son terrible r
é
alisme, il est indispensable
d'avoir du fascisme une notion profonde et nette : plus profonde et plus
nette que celle qui est g
é
n
é
ralement admise dans les milieux de gauche.
Ayant cette notion, le lecteur comprendra la phrase de Petrini non pas
comme une sorte de boutade, mais comme l'expression exacte d'une tr
è
s
triste r
é
alit
é
.
Lorsque il y a douze ans, le mouvement de Mussolini, le fascisme ita-
lien, remporta sa victoire, on croyait g
é
n
é
ralement que celle-ci n'
é
tait
qu'un
é
pisode local, passager, sans lendemain. Depuis, non seulement le
«
fascisme
»
s'est consolid
é
en Italie, mais des mouvements analogues se
d
é
clench
è
rent et l'emport
è
rent dans plusieurs pays. Dans d'autres, le
«
fascisme
»
, sous tel ou tel aspect, forme un courant d'id
é
es mena
ç
ant.
Le terme lui-m
ê
me, d'abord purement national, est devenu g
é
n
é
ral, inter-
national. Cet
é
tat de choses nous impose la conclusion que voici : le
mouvement dit
«
fasciste
»
doit avoir des bases historiques concr
è
tes,
profondes et vastes. Dans le cas contraire, il ne serait pas ce qu'il est.
Quelles seraient donc ses bases? Quelles seraient les raisons principales
de la naissance et, surtout, des succ
è
s du fascisme? Pour ma part, j'en
con
ç
ois trois, que je consid
è
re, dans leur ensemble, comme raisons fonda-
mentales de son triomphe.
L'id
é
e de la dictature, de l'
é
lite dirigeante, m
è
ne fatalement
à
la forma-
tion de partis politiques: Organismes qui enfantent et soutiennent le futur
dictateur. Enfin, tel ou tel parti l'emporte sur les autres. C'est alors sa dic-
tature install
é
e. Quelle qu'elle soit, elle cr
é
e rapidement des situations et,
finalement, des couches privil
é
gi
é
es. Elle soumet les masses
à
sa volon-
t
é
. Elle les opprime, les exploite, et, au fond, devient fatalement fasciste.
Ainsi, je con
ç
ois le fascisme d'une fa
ç
on vaste. Pour moi, tout courant
d'id
é
e qui admet la dictature, franche ou estomp
é
e, "droite" ou "gauche",
est au fond, objectivement et essentiellement, fasciste. Pour moi, le
fascisme est surtout l'id
é
e de mener les masses par une minorit
é
, par un
parti politique, par un dictateur. Le fascisme, au point de vue psycholo-
gique et id
é
ologique, est l'id
é
e de la dictature. Tant que cette id
é
e est
é
mise, propag
é
e, appliqu
é
e par les classes poss
é
dantes, on la comprend.
Mais quand la m
ê
me id
é
e est saisie et mise en pratique par des id
é
olo-
gues de la classe laborieuse comme le moyen de son
é
mancipation, on
doit consid
é
rer ce fait comme une aberration funeste, comme une singe-
rie aveugle et stupide, comme un
é
garement p
é
rilleux. Car
é
tant essentiel-
lement fasciste, cette id
é
e, appliqu
é
e, m
è
ne fatalement
à
une organisation
sociale fonci
è
rement fasciste. Cette v
é
rit
é
a
é
t
é
justement d
é
montr
é
e,
sans contestation possible, par "l'exp
é
rience russe". L'id
é
e de la dictature
comme moyen d'
é
mancipation de la classe ouvri
è
re y a
é
t
é
pratiquement
appliqu
é
e. Eh bien ! son application produisit fatalement l'effet qui dev-
ient aujourd'hui de plus en plus net et que, bient
ô
t, les plus ignorants, les
plus aveugles, les plus obstin
é
s, seront oblig
é
s de constater : la r
é
volu-
tion triomphante, au lieu de mener
à
l'
é
mancipation de la classe ouvri
è
re,
aboutit en fait, et en d
é
pit de toutes les th
é
ories des
é
mancipateurs-
dictateurs,
à
l'esclavage et
à
l'exploitation les plus complets, les plus
terribles, de cette classe ouvri
è
re par une classe dirigeante privil
é
gi
é
e.
~Raison psychologique (ou id
é
ologique)~
La raison fondamentale des succ
è
s fascistes et de l'impuissance des
forces
é
mancipatrices est,
à
mon avis, l'id
é
e n
é
faste de la dictature. Je
dirai m
ê
me plus. Il existe une id
é
e r
é
pandue
à
un tel point qu'elle est de-
venue presque un axiome. Des millions et des millions d'hommes s'
é
ton-
neraient, aujourd'hui encore, si on la mettait en doute. Mieux encore :
bon nombre d'anarchistes et de syndicalistes ne la tiendraient pas, eux
non plus, pour suspecte. Pour ma part, je la consid
è
re comme fonci
è
re-
ment fausse. Or, toute id
é
e fausse accept
é
e comme juste est un grand
danger pour la cause qu'elle touche. L'id
é
e en question est celle-ci: Pour
gagner dans la lutte et conqu
é
rir leur
é
mancipation, les masses travaill-
euses doivent
ê
tre guid
é
es, conduites par une
«é
lite
»
, par une
«
minorit
é
é
clair
é
e
»
, par des hommes
«
conscients
»
et sup
é
rieurs au niveau de cette
masse. Qu'une pareille th
é
orie, ~qui, pour moi, n'est qu'une expression
adoucie de l'id
é
e de dictature car, en fait, elle enl
è
ve aux masses toute
libert
é
d'action et d'initiative~ , qu'une pareille th
é
orie soit pr
é
conis
é
e
par des exploiteurs, rien d'
é
tonnant. Pour
ê
tre exploit
é
es, les masses doi-
vent
ê
tre men
é
es et soumises comme un troupeau. Mais qu'une telle id
é
e
soit ancr
é
e dans l'esprit de ceux qui se pr
é
tendent
é
mancipateurs et r
é
vo-
lutionnaires, c'est un des ph
é
nom
è
nes les plus
é
tranges de l'histoire. Car
-ceci me para
î
t
é
vident- pour ne plus
ê
tre exploit
é
es, les masses ne doi-
vent plus
ê
tre men
é
es. Tout au contraire: les masses travailleuses arrive-
ront
à
se d
é
barrasser de toute exploitation seulement lorsqu'elles auront
trouver le moyen de se d
é
barrasser de toute tutelle, d'agir par elles-
m
ê
mes, de leur propre initiative, pour leurs propres int
é
r
ê
ts,
à
l'aide et
au sein de leurs propres et v
é
ritables organismes de classe : syndicats,
coop
é
ratives, etc, f
é
d
é
r
é
s entre eux.
L'id
é
e de la dictature ~brutale ou adoucie~
é
tant universellement r
é
pan-
due et adopt
é
e, la route est toute pr
ê
te pour la psychologie, l'id
é
ologie et
l'action fascistes. Cette psychologie p
é
n
è
tre, empoisonne et d
é
compose
tout le mouvement ouvrier et l'engage dans une voie p
é
rilleuse. Si la dic-
tature est jug
é
e n
é
cessaire pour mener la lutte
é
mancipatrice de la classe
ouvri
è
re, la lutte des classes devient, en r
é
alit
é
, lutte des dictateurs entre
eux. Au fond, il s'agit, dans cette lutte, de savoir qui conservera ou gagn-
era l'emprise d
é
cisive sur les masses. L'issue de la lutte d
é
pend alors de
5
8
~Raison
é
conomique~
Elle est assez nette et g
é
n
é
ralement bien comprise. En quelques mots la
voici : Le capitalisme priv
é
(dont la base
é
conomique est la libre concur-
rence des app
é
tits pour le maximum de profits, et dont l'expression
politique est la d
é
mocratie bourgeoise) est en pleine d
é
composition, en
pleine faillite. Violemment attaqu
é
par tous ses ennemis, de plus en plus
nombreux, il s'
é
croule dans la boue, dans le crime, dans l'impuissance.
Les guerres, la crise, les arm
é
es de ch
ô
meurs, la mis
è
re des masses, face
à
l'abondance des richesses mat
é
rielles et
à
la possibilit
é
illimit
é
e de les
augmenter encore, d
é
montrent cette impuissance du capitalisme priv
é
à
r
é
soudre les probl
è
mes
é
conomiques de l'
é
poque. D'une fa
ç
on de plus en
plus g
é
n
é
rale, on est, aujourd'hui, conscient de son agonie, de sa mort
imminente. Alors instinctivement ou sciemment, on pense
à
lui substituer
un capitalisme nouveau mod
è
le, dans l'espoir que ce dernier pourra "sau-
ver le monde". On pense ~une fois de plus dans l'histoire humaine~
à
la
haute mission d'un
É
tat fort, tout-puissant,
à
base dictatoriale. On pense
à
un capitalisme d'
É
tat, dirig
é
par une dictature
«
au-dessus des int
é
r
ê
ts
priv
é
s
»
. Telle est la nouvelle orientation du capitalisme qui alimente le
mouvement fasciste
é
conomiquement.
~Raison sociale~
Elle est aussi tr
è
s nette et, g
é
n
é
ralement, bien comprise. La faillite du
capitalisme priv
é
, avec toutes ses cons
é
quences effroyables, cr
é
e une situ-
ation nettement r
é
volutionnaire. Les masses, de plus en plus malheureu-
ses, s'agitent. Les courants r
é
volutionnaires gagnent du terrain. Les travai-
lleurs organis
é
s se pr
é
parent, de plus en plus activement,
à
combattre le
syst
è
me qui les
é
crase au profit de bandes de malfaiteurs. La classe
ouvri
è
re, librement et combativement organis
é
e (politiquement, syndical-
ement, id
é
ologiquement) devient de plus en plus g
ê
nante, de plus en plus
mena
ç
ante pour les classes poss
é
dantes. Ces derni
è
res se rendent compte
de leur situation pr
é
caire, elles ont peur. Alors, instinctivement ou sciem-
ment, elles cherchent le salut. Elles s'efforcent de maintenir,
à
tout prix,
leur situation privil
é
gi
é
e, bas
é
e sur l'exploitation des masses laborieuses.
Il importe surtout que ces derni
è
res restent un troupeau exploit
é
, salari
é
,
tenu par les ma
î
tres.
6
S'il est impossible de maintenir le mode d'exploitation actuel, il faudra
changer le mode (ce qui n'est pas grave), pourvu que le fond reste. Les
ma
î
tres d'aujourd'hui pourront rester tels s'ils acceptent de devenir mem-
bres d'un vaste appareil dirigeant,
é
conomique, social et politique, essen-
tiellement
é
tatiste. Or, pour r
é
aliser cette nouvelle structure sociale, il
faut disposer, avant tout, d'un
É
tat omnipotent, men
é
par un homme fort,
un homme
à
poigne, un dictateur, un Mussolini, un Hitler ! Telle est la
nouvelle orientation du capitalisme qui alimente le fascisme socialement.
7
Si le fascisme n'avait que ces deux bases,
é
conomiques et sociales, il
n'aurait jamais acquis la puissance que nous lui connaissons. Sans aucun
doute, les masses travailleuses organis
é
es lui auraient, rapidement et d
é
fi-
nitivement barr
é
la route. En effet, les moyens avec lesquels la classe
laborieuse lutte g
é
n
é
ralement contre le capitalisme resteraient valables
sauf quelques remaniements de d
é
tails, pour lutter efficacement contre la
r
é
action et le fascisme. Ce ne serait que la continuation de la grande
lutte historique des travailleurs contre leurs exploiteurs. Combien de fois,
d
é
j
à
, au cours de l'histoire, l'ennemi changea de m
é
thode, de fa
ç
ade ou
d'armes! Ceci n'emp
ê
chait nullement les travailleurs de continuer leur
lutte, sans perdre l'
é
quilibre ou l'assurance, sans se laisser d
é
monter par
les man
œ
uvres de et les volte-face de l'adversaire.
Or, voici ce qui est important. Le fascisme, tout en
é
tant consid
é
r
é
com-
me une nouvelle man
œ
uvre (d
é
fensive et offensive) du capitalisme rem-
porta partout o
ù
il s'est mis s
é
rieusement
à
l'
œ
uvre, un tel succ
è
s,
é
bloui-
ssant, extraordinaire, fantastique, que la lutte de la classe laborieuse
s'av
é
ra du coup et partout, ~en Italie comme en Allemagne, en Allema-
gne comme en Autriche, en Autriche comme en d'autres pays~ non seul-
ement difficile, mais absolument inefficace et impuissante. Non seule-
ment la d
é
mocratie lib
é
rale bourgeoise ne sut se d
é
fendre, mais aussi le
socialisme, le communisme (bolcheviste), le mouvement syndical, etc,
furent absolument impuissants
à
combattre le capitalisme aux abois man-
œ
uvrant pour se sauver. Et non seulement toutes ces forces ne purent
livrer une r
é
sistance victorieuse au capitalisme r
é
organisant ses rangs
boulevers
é
s, mais ce fut ce dernier qui, rapidement, se regroupa et
é
crasa
tous ses ennemis. Impuissance du socialisme, qui
é
tait si fort en Alle-
magne, en Autriche, en Italie. Impuissance du
«
communisme
»
, tr
è
s fort,
lui aussi, surtout en Allemagne. Impuissance des organismes syndicaux.
Comment expliquer cela ?
Le probl
è
me, d
é
j
à
assez compliqu
é
, le devient davantage si l'on songe
à
la situation actuelle en U.R.S.S. Comme on sait, ce fut le communisme
autoritaire et
é
tatiste (le bolchevisme) qui y remporta une victoire com-
pl
è
te et assez facile lors des
é
v
é
nements de 1917. Or, de nos jours, pres-
que 17 ans apr
è
s cette victoire, non seulement ce communisme s'av
è
re
impuissant
à
r
é
sister au fascisme dans d'autres pays, mais m
ê
me en ce
qui concerne le r
é
gime de l'U.R.S.S., on qualifie ce dernier, de plus en
plus fr
é
quemment, de plus en plus sciemment, de
«
fascisme rouge
»
. On
compare Staline
à
Mussolini. On constate dans ce pays l'exploitation
f
é
roce des masses travailleuses par l'appareil dirigeant, comprenant un
million de privil
é
gi
é
s qui s'appuient, comme partout ailleurs, sur une
force militaire et polici
è
re. On y constate l'absence de toute libert
é
. On y
constate des pers
é
cutions arbitraires et impitoyables. Et ce qui importe,
c'est que de pareilles constatations ou appr
é
ciations
é
manent non pas des
milieux bourgeois, mais surtout des rangs r
é
volutionnaires : socialistes,
syndicalistes, anarchistes, et m
ê
me des rangs de l'opposition communiste
(trotskiste) qui, pour cette raison,
«
reprend la lutte
é
mancipatrice
»
.
Tous ces faits sont extr
ê
mement troublants. Ils nous m
è
nent fatalement
à
cette conclusion, paraissant paradoxale, que m
ê
me en U.R.S.S., quoique
sous des apparences diff
é
rentes, c'est le fascisme qui l'emporte ; que
c'est un nouveau capitalisme (capitalisme d'
É
tat dirig
é
par un homme
à
poigne, un dictateur, un Staline !) qui s'installe.
Comment expliquer tout cela ?
Y aurait-il donc encore un
é
l
é
ment, encore une base, encore une raison
d'
ê
tre qui donnerait au fascisme une force tout
à
fait particuli
è
re ?
Je r
é
ponds : oui. C'est la troisi
è
me raison : celle, pr
é
cis
é
ment, qu'il me
reste
à
examiner. Je la consid
è
re comme la plus importante, en m
ê
me
temps que la plus compliqu
é
e et la moins comprise. C'est elle, cepen-
dant, qui nous explique tout.
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