Le Journal de l'Armée du Canada Vol 7 No 1 printemps 2004

De
Publié par

Le Journal de l'Armée du Canada Vol 7 No 1 printemps 2004

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
Lecture(s) : 80
Nombre de pages : 3
Voir plus Voir moins
Le Journal de l’Armée du Canada Vol. 7.1 Printemps 2004
122
THE PELOPONNESIAN WAR
Par Donald Kagan Viking, 2003 416 pages ISBN 067003211545 $ Can.
Les plus braves sont sûrement ceux qui ont la vision la plus claire de ce qui les attend, la gloire
et le danger confondus, et qui néanmoins décident d'aller de l'avant.
-Thucydide
Compte rendu de lecture du Capt Steven Nolan, The Royal Canadian Regiment
Donald Kagan, érudit renommé et éminent professeur de lettres classiques et d'histoire au Yale
University, a écrit une courte histoire en un volume sur la guerre du Péloponnèse. Son livre est
inspiré de son volume d'histoire de quatre tomes portant sur cette période et publié pour la
première fois en 1978. Dans ce livre condensé et simplifié, Kagan réussit à faire une oeuvre de
vulgarisation à la portée des néophytes de l'historiographie de la Grèce antique. The
Le Journal de l’Armée du Canada Vol. 7.1 Printemps 2004
123
Peloponnesian War captive rapidement l'attention de ceux qui s'intéressent aux affaires
militaires en les aidant à mieux comprendre les facteurs sociopolitiques de l'époque. Il s'agit d'un
travail qui illustre les complexités des nations en guerre et les pressions exercées sur les chefs
politiques et militaires. L'auteur ne cherche pas à analyser la guerre ou à la comparer à celle des
temps modernes, mais à l'expliquer en termes clairs et par des faits, laissant les lecteurs tirer
leurs propres conclusions et leçons. Selon les mots de Kagan [Traduction] « la guerre du
Péloponnèse offre matière à réflexion sur le comportement des êtres humains subissant les
énormes pressions de la guerre, de la peste et des conflits sociaux ainsi que sur le pouvoir des
chefs et les limites dans lesquelles ils doivent inévitablement l'exercer ».
Le lecteur sera impressionné par l'érudition de Kagan, et ce, dès le début. Dans le premier
chapitre, l'auteur, dans un style bien à lui, envoûte le lecteur par une combinaison percutante de
références et d'anecdotes historiques. Il relève le défi de résumer vingt-sept années de guerre
(qui se sont déroulées il y a 2 500 ans environ) et d'intéresser le lecteur moyen en donnant vie
et pertinence à cette période. Ce n'est pas une mince tâche, mais Kagan réussit à relever le défi.
Un certain nombre de lecteurs pourront trouver le style de l'auteur plutôt ésotérique par
moments; mais l'auteur réussit néanmoins à donner du relief aux personnages historiques de
façon que le lecteur puisse comprendre les complexités de cette époque. Recherchant la
précision historique, Kagan décrit des actions secondaires dans des sections et des chapitres qu'il
aurait pu couper sans nuire au caractère général du livre. Cette surenchère pourrait rebuter
ceux qui recherchent une lecture facile où trouver des leçons bien détaillées. Toutefois, il vaut
la peine de consacrer du temps à la lecture du livre, car on y récolte des leçons intemporelles
sur la guerre.
Kagan explore en profondeur les préoccupations humaines de cette époque, notamment les
différences sociopolitiques entre les deux villes antagonistes : Athènes (démocratie) et Sparte
(oligarchie). Les thèmes clés examinés par l'auteur sont la mésentente générale entre les deux
villes et comment les forces politiques peuvent transformer cette incompréhension en méfiance
et peur. L'auteur examine comment les alliances peuvent susciter des conflits entres nations,
même si, de toute évidence, elles visent initialement à éviter la guerre. On peut clairement
établir un parallèle avec le début d'autres guerres, mais Kagan ne fait aucune référence aux
temps modernes. Il laisse le lecteur tirer ses propres conclusions et leçons de l'histoire.
Toutefois, la valeur du livre pour le lecteur militaire réside dans le compte rendu perspicace et
analytique de cette guerre. On peut retenir des leçons sur un éventail de sujets, allant de la
tactique de petites unités aux stratégies nationales. Le livre regorge de leçons sur le comman-
dement et le leadership. Par exemple, il y a le général et politicien athénien, Périclès, qui
emploie ce que l'on pourrait qualifier aujourd'hui d'« approche manoeuvrière » aux opérations
militaires. Au lieu de rassembler l'armée athénienne et de marcher à la rencontre des phalanges
spartiates, comme c'était la façon courante de faire, Périclès laisse plutôt les Spartiates pénétrer
en profondeur en territoire athénien. Sourd aux critiques et aux peurs des citoyens athéniens,
Périclès recourt à la flotte navale athénienne — supérieure à celle de Spartes — pour affaiblir
encore plus la ligne d'approvisionnement des Spartiates. Ce faisant, Périclès choisit de
combattre en opposant les points forts de son armée aux points faibles de l'ennemi. Cette
stratégie particulière marquait un changement important dans la façon de livrer la guerre à cette
l'époque. Périclès est allé au-delà des « méthodes de combat » habituelles des Grecs d'alors et
en a été bien souvent récompensé par des victoires tactiques, qui ont presque scellé l'issue de
la guerre en sa faveur.
Mais le sort en décida autrement. La mort de Périclès et les défaites subséquentes des
Athéniens ont conduit les Spartiates à la victoire en 404 av. J.-C., presque vingt-sept ans après
le début de la guerre. Toutefois, en trente ans, les Spartiates avaient aussi perdu leur empire. En
effet, un demi-siècle avant la guerre, les Grecs s'étaient unifiés et avaient vaincu trois fois les
envahisseurs perses; la guerre du Péloponnèse mettait désormais fin à l'âge d'or de la Grèce
antique.
L'analyse détaillée que fait Kagan des ouvrages des anciens chroniqueurs de la guerre du
Péloponnèse, notamment Thucydide, est tout particulièrement intéressante. En outre, Kagan
donne également un excellent indexe des écrivains modernes et anciens qui ont traité de cette
question, y compris Aristote (411-330 av. J.-C.), Xénophon (428-362 av. J.-C) et Plutarque
(50-120 ap. J.-C.).
Le livre de Kagan présente un intérêt aujourd'hui pour deux raisons. Premièrement, il met en
lumière les leçons militaires intemporelles qu'on peut tirer de la guerre du Péloponnèse.
Deuxièmement et surtout, l'érudition de l'auteur ajoute foi à la description des facteurs qui ont
mal orienté les décisions des chefs politiques et militaires. Le souci du détail chez l'auteur est
étonnant : il examine presque chacun des engagements militaires connus de cette époque. Un
lecteur attentif sera récompensé par une compréhension claire des motivations politiques et des
préoccupations des chefs militaires confrontés aux combats brutaux et décisifs de cette
ancienne guerre. Non seulement l'ouvrage de Kagan rapporte des faits de l'histoire ancienne,
mais il sert également d'avertissement aux chefs d'aujourd'hui.
Le Journal de l’Armée du Canada Vol. 7.1 Printemps 2004
124
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.