Les Quatre Livres du Vrai Christianisme - Livre de l'Ecriture - Livre I

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Comment Adam doit tous les jours mourir dans le vrai chrétien, et le Christ y vivre ? Comment l’Homme se doit journellement renouveler selon l’image de Dieu ; et comment
il doit vivre dans sa nouvelle naissance.
Publié le : vendredi 14 mars 2014
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LES QUATRE LIVRES DU VRAI CHRISTIANISME DE JEANARNDT TR A D U I T S DE L’ALLEMAND en Français par
SAMUELDEBEAUVAL
Texte intégral retranscrit d’après l’édition de 1723.
LE VRAI CHRISTIANISME
i
AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR Diverses ver-1 e Vrai Christianisme de Jean Arndt , un dessions du Vrai Christianisme. àplusieursLNations digne d’être traduit en leur Langue, il plus pieux ministres de la parole de Dieu, qui aitßeuri dans le 17ème Siècle, ayant paru n’est pas étonnant que nous en ayons tant de versions. On en compte jusqu’à sept. Peu après le décès de l’Auteur il fut traduit de l’Allemand en Latin l’an 1625. On ignore le nom du Traducteur ; mais il est certain, que cette version Latine fut en la dite année 1625 imprimée in 12 à Leipzig et réimprimée en la même forme à Francfort sur le Mein l’an 1658. Le Docteur Pritius nous en a donné une nouvelle Édition à Leipzig en 1704. Les Sclavons, les Bohémiens,
1* Jean Arndt naquit en 1555, le 27 Dec., à Ballenstedt dans la Principauté d’Anhalt, son Père, Jacques Arndt, y étant Prédicateur de la Cour. IlÞt ses premières études à Aschersleben, Halberstadt, Ma-gedbourg et fréquenta ensuite 4 diverses universités, savoir, Helms-tedt, Wittenberg, Bâle et Strasbourg. Agé de 28 ans, il devint Minis-tre à Ballenstedt jusqu’en 1590, qu’il fut transféré à Quedlinbourg jusqu’en 1599. De là à Brunswik et ensuite à Eisleben jusqu’en 1611 qu’il fut enÞn appelé à Zell, où on l’éleva à la dignité de Surintendant Général de la Principauté de Lunebourg ; charge qu’il exerça avec zèle, l’espace de 10 ans depuis l’an 1611 jusqu’en 1621 ; qu’il mourut le 21 Mai, âgé de 66 ans après en avoir passé 38 dans les fonctions Ecclésiastiques, où ilÞt de plus en plus paraître sa piété et sa religion.
ii AVERTISSEMENT Les Suédois,Les Danois, Les Anglais et les Hollandais se sont servis de ces diverses éditions Latines, pour le mettre en leur Langue ; et quelques uns même croient, mais sans certitude, qu’il a déjà été traduit en Français. Occasion de la présentesur ce doute d’une version Française, dont C’est version. aucun savant, ni aucun marchand libraire n’a pu donner une juste connaissance, qu’une personne, encore plusdistinguée par sa piété, que par sont Illustre Naissance, m’ayant proposé de l’entreprendre, je n’ai pas tant consulté mes propres forces, que le désir desatisfaire ses religieux desseins.
Pourquoi on a plutôt suivi l’original Allemand que les versions Latines ?
 Unpeu plus versé dans la Langue Latine, que dans l’Allemande il m’aurait été beaucoup plus facile de traduire sur la version Latine, que sur aucun imprimé Allemand. Peut-être que mon style en aurait paru moins gêné, en ne prenant, comme l’auteur de cette traduction, que le sens des phrases, et même de plusieurs articles,ce qui pourrait faire croire, qu’il s’écarte quelque fois de la pensée de l’auteur, comme il me semble l’avoir remarqué. Deux raisons m’ont d’ailleurs déterminé à suivre l’original, autant qu’il m’a été possible, et que le génie de la langue Française peut s’accorder avec l’Allemande. J’ai d’abord appréhendé, qu’en me donnant trop de carrière il ne m’échappa de me servir de quelques tours ou de quelques expressions, qui pussent faire soupçonner que je n’approuvais pas tous les sentiments de l’Auteur : C’est le fait d’un critique et non d’un traducteur. Je tâche donc de rendre littéralement mon Auteur ; je le regarde, comme une personne qui s’est distinguée par ses écrits et par sa piété. Je laisse aux autres
LE VRAI CHRISTIANISMEiii à se donner la liberté de juger de ses sentiments. L’autre motif, qui m’a porté à cette traduction littérale, que l’on a même souhaitée de moi, est que je me suis imaginé, que Messieurs les Allemands, qui pour la plupart estiment fort le dit livre et ont de l’inclination pour la langue Française, ne seraient pas fâchés d’avoir une version facile à confronter Du style de avec l’Allemand.Quant au style, par rapport auquel je me notre version. ßatte, qu’on ne me traitera point avec la dernière rigueur, je prie le prudent Lecteur, de considérer qu’il faut le conformer aux matières que l’on traite. Autre est le style oratoire, autre le dogmatique, autre est l’historique, autre est le style des Romans et autre celui des œuvres de piété, qui, comme celui d’Arndt, tend moins à arrêter l’attention des Lecteurs par des tours agréables, des incidents bien ménagés, des portraits bien représentés, ou à leur plaire par des mots choisis, des phrases périodiquement arrangées, des expressions nouvelles et étudiées, qu’à les édiÞer par des termes purs, mais à la portée d’un chacun, qui exposent sans emphase et sans fard la vertu qu’on doit suivre, et les Sur les fautes vérités qu’il faut pratiquer.Au reste n’ayant pas été présentd’impression. à la correction de l’impression de mes exemplaires, que j’ai donnés à mesure que j’avais traduit, je conjure le Lecteur d’avoir la complaisance de passer par-dessus ces fautes de virgules et des points mal placés, de quelques articles, dont le genre n’est pas bien observé, de quelques verbes, dont une seule lettre peut rendre le temps et le mode différent, de l’omission même ou du changement d’une syllabe, de la transposition d’un seul mot qui fait devenir le Français un peu trop conforme avec l’Allemand, enÞn de deux ou trois expressions qui paraîtront un peu rudes, parce qu’on n’a pas jugé à propos d’user de périphrases, pour conserver
iv AVERTISSEMENT la pensée de l’Auteur. Minuties de peu de conséquence, qui ne rebuteront point ceux qui cherchent plus à s’édiÞer et à s’instruire, qu’à pédantiser sur les ouvrages d’autrui. Disposé d’ailleurs à corriger, à réformer, à rectiÞer et même à retrancher tout ce qu’on trouvera avec fondement à redire à la présente traduction.Les précis de chaque article, que Pourquoi on s’est exempté l’on a eu soin de mettre à la marge, ont fait juger à propos de donner une table des de s’exempter de donner une table des matières, qui aurait matières ? encore augmenté un livre, que les caractères ne rendent déjà que trop ample. Il ne sera pas difÞcile de satisfaire ceux qui la souhaiteront. S. de BEAUVAL.
LE VRAI CHRISTIANISME
v
PREFACE GENERALE Abus qu’on fait a vie impie et impénitente de ceux qui se de l’Évangile.  L gloriÞent d’être à Christ, et n’ont en bouche que ses divines paroles, pendant qu’ils se comportent d’une manière si indigne de leur vocation, qu’ils semblent moins vivre dans le Christianisme, que dans le Paganisme, ne nous donne que trop à connaître,Lecteur Chrétien, combien grand et honteux est l’abus que l’on fait du Saint Évangile en ces derniers temps. Cette conduite impie En quoi consiste le vrai et criminelle m’a obligé de mettre au jour ces petits livres, Christianisme. aÞque les simples pussent découvrir en quoi consiste len vrai Christianisme, à savoir, dans la démonstration d’une foi vive, vraie et agissante par une piété sincère, et par les fruits de la justice ; et aÞn qu’il fussent convaincus que nous ne sommes pas seulement nommés Chrétiens de Christ, pour croire en lui, mais encore pour vivre en lui, et Christ en nous ; que la véritable pénitence doit partir du plus profond du cœur ; qu’il faut que le cœur, les sens et les mouvements de l’esprit soient changés, si nous voulons devenir semblables et conformes à Christ, et à son Saint Évangile ; et que nous nous renouvelions tous les jours par La Semence de la parole de Dieu, pour être de nouvelles créatures. Comme Dieu doit fruc-chaque semence produit des fruits qui lui ressemblent, detifier en nous. même la parole de Dieu doit continuellement porter en
vi PREFACE nous de nouveaux fruits spirituels, en sorte que, si par la foi nous sommes devenus de nouvelles créatures, nous vivions d’une nouvelle naissance. En un mot, comme Adam doit mourir en nous, ainsi le Christ y doit vivre : Il ne sufÞt pas de savoir la parole de Dieu, il faut la réduire actuellement en pratique. La Théologie est une expé- Plusieurss’imaginent que la Théologie n’est qu’une rience. simple connaissance, une science, et un artiÞce de mots, bien qu’elle consiste dans une vive expérience et dans la L’étude de lapratique. Chacun s’étudie maintenant à trouver les moyens piété est entiè-de se rendre grand et renommé dans le monde ; mais rement éteinte. personne ne veut apprendre à devenir Homme de bien. Chacun cherche à présent la société des plus savants, aÞn d’en pouvoir être instruit dans les arts, les langues et les sciences ; mais personne ne se met en peint d’apprendre de notre seul et unique Docteur Jésus Christ la douceur, et cette humilité, qui part du cœur ; bien toutefois que son saint et vifexemple soit la juste règle de notre vie, puisqu’il est la souveraine sagesse, et que sa vie est cet Art des arts, qui nous peut faire si raisonnablement dire :
Omnia nos Christi vita docere potest.
Ta seule vie, ô Christ, peut de tout nous instruire ; C’est le plus sûr chemin pour à Toi nous conduire.
EnÞn chacun souhaiterait volontiers être serviteur de Christ, mais personne son imitateur. Cependant, il nous dit,qui veut me servir, me suive(Jean XII, 26). Ce n’est donc pas assez d’être le serviteur et l’amateur de Christ ; il faut
LE VRAI CHRISTIANISMEvii En quoi consis-encore être son imitateur. Qui aime Christ, doit aussi te l’amour de chérir et estimer l’exemple de sa sainte vie, son humilité, saChrist. douceur, sa patience, sa croix, son ignominie, et les mépris qu’il a soufferts, quelque peine que la chaire en ressente. Et, quoique nous ne puissions dans la faiblesse que nous avons contractée, parvenir à être de parfaits imitateurs de la sainte et excellente vie de Christ (perfection, que je ne prétends point pouvoir faire obtenir par ces petits Qui n’imite livres) nous devons néanmoins aimer le Christ, l’estimer point le Christ, ne croit point et soupirer après lui. Ce ne peut être que de cette manière en lui. que nous vivons en Christ, et Christ en nous ; comme s’en explique S. Jean, disant :Celui, qui dit, qu’il demeure en Christ, doit aussi marcher lui même comme il a marchéJean II, 6). (1 Le monde est maintenant enclin et porté à vouloir tout savoir, pendant que personne ne veut apprendre ce qui vaut mieux que de tout savoir, c’est à dire, dit S. Paul,avoir l’amour de Christ(Éphésiens III, 19). Or personne ne peut Ce que c’est aimer Christ, qu’il ne suive et n’imite l’exemple de sa sainte que d’aimer le Christ et avoir vie. Il y en a beaucoup, et même la plupart de ceux du siècle honte de lui. présent, qui se font une honte et rougissent de l’exemple de Christ, à savoir, de son humilité, et de son abaissement ; ce qui s’appelle rougir du Seigneur Jésus Christ, desquels il dit :Quiconque aura honte de moi parmi cette race adultère, le Fils de l’Homme aura aussi honte de lui, lorsqu’il viendra(Marc Personne ne IIX, 38). Les Chrétiens de nos jours veulent avoir un Christ veut imiter le pompeux, magniÞque, splendide, riche et mondain ; au lieu Christ dans son humilité. qu’aucun ne veut avoir, ni reconnaître, ni suivre un Christ pauvre, doux, débonnaire, humble, méprisé, abaissé. C’est pourquoi il leur dira un jour :Je ne vous connais point(Matthieu VII, 23). Vous ne m’avez pas voulu connaître dans mon humilité, je ne vous connais point dans votre orgueil.
viii PREFACE Les impies sont odieux à toutes les créatures. Cettevie impie et cette conduite dépravée n’est pas seulement opposée à Christ et au vrai Christianisme, mais elle augmente encore tous les jours la colère de Dieu, et les punitions dont il nous menace. En sorte qu’il faut que Dieu arme contre nous toutes les créatures, pour venger les injures que nous luis faisons. Le ciel, la terre, le feu et Les dernières l’eau combattent contre nous. Toute la nature même en plaies qui nous est émue, en souffre, et semble vouloir se dissoudre. De menacent nous marquent notre là, viennent ces malheureux temps de guerre, de cherté, prochaine déli-vrance.de famine et de peste. Dernières plaies qui nous afßigent si rudement, nous pressent et nous tourmentent avec tant de violence, qu’on ne pourra presque plus être en sûreté contre aucune créature. Car comme les plus horribles plaies attaquèrent et afßigèrent les Égyptiens, avant la délivrance des enfants d’Israël, et leur sortie d’Égypte ; de même avant la délivrance des enfants de Dieu, des plaies épouvantables, terribles et inouïes tomberont sur les impies Nous évitons les dernières et les impénitents. Il est donc temps de faire pénitence, plaies par la pé-nitence et parde commencer à mener une autre vie, de se convertir du la prière. monde à Christ, de croire en lui comme il faut, et y vivre chrétiennement, aÞn que, selon la parole du Psalmiste,nous puissions être en sûreté sous la protection du Très Haut, et sous l’ombre du Tout-puissant(Psaume XCI, 2). C’est à quoi nous exhorte aussi le Seigneur disant :Ainsi, soyez toujours vigilants, et priez, aÞn que vous puissiez être dignes d’éviter toutes ces choses (Luc XXI, 36). Ce que David nous témoigne encore dans un autre endroit (Psaume CXII, 7).
 Cespetits livres,Lecteur Chrétien, t’instruiront de quelle manière tu dois non seulement obtenir la rémission
LE VRAI CHRISTIANISMEix de tes péchés par la foi en Christ, mais aussi comment il te faut exactement user de la grâce de Dieu, pour mener une En quoi vie sainte, orner et montrer ta foi par des mœurs et une consiste le vrai conversation chrétienne. Le vrai Christianisme ne consisteChristianisme. point en paroles, ou dans une apparence extérieure ; Il consiste dans une vraie foi, de laquelle, comme de Christ même, procèdent d’excellents fruits et toutes sortes de vertus chrétiennes. Et en effet, la foi étant une chose cachée et invisible aux yeux humains, il faut qu’elle soit manifestée par des fruits ; vœu que la foi tire de Christ tous ses avantages, la justice et la félicité. Comment tou-tes les vertus  Quandla foi attend fermement en constammentchrétiennes procèdent de la les biens qui lui sont promis, l’espérance naît de la foi. foi ? L’espérance n’étant autre chose qu’une attente constante, ferme et persévérante des biens promis. Or, quand la foi partage au prochain les biens qu’elle a reçus, l’amour ou la charité provient de la foi et en agit à l’égard du prochain, comme Dieu en a agi envers elle. Lorsque la foi soutient l’épreuve des afßictions et des croix, se résignant à la volonté de Dieu, la patience s’augmente par la foi. Si elle soupire sous les croix, ou rend grâces à Dieu des bienfaits, qu’elle en a reçus, la prière s’en suivra. Si elle compare la puissance de Dieu avec la misère et la pauvreté de l’Homme et qu’elle se soumette à Dieu etßéchisse sous lui, l’humilité en proviendra. Si elle se met en peine de ne rien perdre de la grâce de Dieu, ou si, comme dit S. Paul,elle s’emploie au salut avec crainte et tremblement(Philippiens II, 9), la crainte de Dieu en naîtra.
 Ainsitu vois, que toutes les vertus chrétiennes sont
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