PÉRICLÈS, PRINCE DE TYR - PERICLES int 2

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PÉRICLÈS, PRINCE DE TYR - PERICLES int 2

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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© JEANCOCTEAU
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PÉRICLÈS, PRINCE DE TYR
WILLIAM SHAKESPEARE
MISE EN SCÈNE
MICHEL RASKINE
© MIMMO JODICE
LA BELLE ET LA BÊTE
OPÉRA POUR FILM ET ORCHESTRE DE PHILIP GLASS
FILM DE JEAN COCTEAU
MUSIQUE EN DIRECT PAR PHILIP GLASS & THE PHILIP GLASS ENSEMBLE
AGENCE
MORDICUS
NE PAS JETER SUR LA VOIE PUBLIQUE
PROCHAINEMENT
BILLETTERIE
04 72 32 00 00
DU LUNDI AU SAMEDI DE 11H À 18H
ET PAR INTERNET
www.nuitsdefourviere.fr
JEUDI 29 JUIN
I
22H
UNE EXCLUSIVITÉ FRANÇAISE LES NUITS DE FOURVIÈRE
PARTENAIRES
© LOISGREENFIELD
PÉRICLÈS, PRINCE DE TYR
WILLIAM SHAKESPEARE
I
MISE EN SCÈNE
MICHEL RASKINE
THÉÂTRE
AVEC
GUILLAUME BAILLIART, ANA BENITO, STÉPHANE BERNARD, CÉCILE BOURNAY
CHRISTINE BROTONS, JEAN-LOUIS DELORME, FRANÇOIS GODART, ALBAN GUILLEMOT
MARIEF GUITTIER, GRÉGOIRE MONSAINGEON, CHRISTIAN RUCHÉ
LES MUSICIENS ANTHONY ABEL, LOÏC BACHEVILLIER, RÉMI GUILLOT, SYLVAIN THOMAS
ET LUDOVIC BOUAUD, BERTRAND FAYOLLE, JEAN MARCEL, LOÏG MORIN
TEXTE FRANÇAIS
ANDRÉ DU BOUCHET
DÉCOR
STÉPHANIE MATHIEU
COSTUMES
JOSY LOPEZ
LUMIÈRES
JULIEN LOUISGRAND
DIRECTION MUSICALE
PHILIPPE GRAMMATICO
RÉGIE GÉNÉRALE
MARTIAL JACQUEMET
ASSISTANT
OLIVIER REY
COLLABORATION AUX COSTUMES
SYLVIE GELIBERT
HABILLEUSE
CARA BENASSAYAG
POURSUITE
LISE NERVI
CONSTRUCTION DU DÉCOR
MARC TERRIER, THIERRY VARENNE
STAGIAIRES
INÈS SATURNINO (MISE EN SCÈNE), SALLY POULIN (DÉCOR)
ADÈLE GRÉPINET (LUMIÈRES), ANAËLLE FARGE (PLATEAU)
AVEC LE CONCOURS DES ÉQUIPES TECHNIQUES DES NUITS DE FOURVIÈRE
ET LES POINT DU JOUR DE LA RUE DES AQUEDUCS : VÉRONIQUE BESANÇON
ELODIE ERARD, ANDRÉ GUITTIER, AGNÈS LEBLANC, THIERRY PERTIÈRE, NATHALIE SAUVET
UNE PRODUCTION
LES NUITS DE FOURVIÈRE
EN COLLABORATION AVEC
LE THÉÂTRE DU POINT DU JOUR
REMERCIEMENTS
CONSERVATOIRE NATIONAL DE RÉGION ET YVELISE GIRARD, XAVIER JACQUELIN
ENSATT ET DENIS FRUCHAUD, NORMA GARNIER, CAROLINE ORIOT
LES CÉLESTINS, THÉÂTRE DE LYON ET BRUNO TORRES ET SON ÉQUIPE
OPÉRA NATIONAL DE LYON ET JEAN PEYRET, JÉRÔME PEYRET, NOËLLE GIRIMON, BERNARD BERNARD
ET MANU CÉDAT DU CAFÉ 203
JEUDI 22 JUIN
I
21H
VENDREDI 23 JUIN
I
21H
SAMEDI 24 JUIN
I
21H
DIMANCHE 25 JUIN
I
21H
LUNDI 26 JUIN
I
21H
MERCREDI 28 JUIN
I
21H
1
À L’ODÉON
DURÉE
3 HEURES
AVEC UN ENTRACTE
© ANITA CONTI
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GUILLAUME BAILLIART
JEAN-LOUIS DELORME
FRANÇOIS GODART
ALBAN GUILLEMOT
MARIEF GUITTIER
GRÉGOIRE MONSAINGEON
CHRISTIAN RUCHÉ
ANA BENITO
STÉPHANE BERNARD
CÉCILE BOURNAY
CHRISTINE BROTONS
ANTHONY ABEL
LOÏG BACHEVILLIER
RÉMI GUILLOT
SYLVAIN THOMAS
LUDOVIC BOUAND
BERTRAND FAYOLLE
JEAN MARCEL
LOÏG MORIN
AVEC...
Voici une rêverie, au gré des flots, au fil de la vie,
car sur ce théâtre, tous rêvent, poètes et héros.
Shakespeare tourne le dos à ses trente chefs d’oeuvre,
il invente un récit neuf et naïf, il rêve l’univers.
Et au passage, il réveille le vieux Gower,
son aîné de deux siècles, qui de ses cendres surgit
et nous rêve une chanson qui jadis fut chantée :
la chanson légendaire de Périclès,
cet être démuni qui rêve sa vie et ses amours,
qui traverse les tempêtes, marche avec un coeur d’enfant
au-devant de la terreur et de l’enchantement du monde,
et revit enfin grâce aux pouvoirs de la jeunesse et de l’amour.
Ce conte de fée,
recueilli par John Gower en 1390,
métamorphosé en poème dramatique par Shakespeare en 1608,
transcrit en vers français par André du Bouchet en 1959,
ce conte de fées, que se transmettent les poètes,
comme le témoin d’un relais qui traverse les siècles,
il est bon de l’écouter et de l’entendre encore en l’an 2006.
Voici un récit d’aventures
terrifiantes et merveilleuses
Un voyage initiatique en pays d’Amour
tout au long des côtes de l’Asie mineure.
Un récit avec épreuves et tentations,
perfide énigme et tournoi loyal,
tueurs, pirates, poursuites et enlèvements,
couple incestueux, despote coupeur de tête et marâtre cruelle,
triple naufrage et triple baptême des flots,
pêche miraculeuse d’une armure tutélaire,
reine morte en mer et en couches, princesse née de la vague,
séjour d’une vierge dans l’enfer du vice,
léthargie et résurrection,
apparitions, songes prémonitoires et châtiments divins,
dispersion, errance, reconnaissance
et réunions des coeurs qui s’aiment.
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LES PERSONNAGES
PÉRICLÈS, PRINCE DE TYR
JOHN GOWER
(1330-1408), POÈTE MORT
: MARIEF GUITTIER
SON SERVITEUR
: ALBAN GUILLEMOT
TYR
PÉRICLÈS
, PRINCE DE TYR : GRÉGOIRE MONSAINGEON
HÉLICANUS
, CONSEILLER DE PÉRICLÈS : JEAN-LOUIS DELORME
ANTIOCHE
ANTIOCHUS
, ROI D’ANTIOCHE : STÉPHANE BERNARD
SA FILLE
: ANA BENITO
THALIARD
, TUEUR : CHRISTIAN RUCHÉ
THARSE
CLÉON
, GOUVERNEUR DE THARSE : FRANÇOIS GODART
DYONISA
, SA FEMME : CHRISTINE BROTONS
PHILOTÈNE
, LEUR FILLE : GUILLAUME BAILLIART
LÉONIN
, TUEUR : CHRISTIAN RUCHÉ
PENTAPOLIS
SIMONIDE
, ROI DE PENTAPOLIS : STÉPHANE BERNARD
THAÏSA
, FILLE DE SIMONIDE : ANA BENITO
MARINA
, FILLE DE PÉRICLÈS ET DE THAÏSA : CÉCILE BOURNAY
LYCHORIDA
, NOURRICE DE MARINA : JEAN-LOUIS DELORME
LES CHEVALIERS
: GUILLAUME BAILLIART, CÉCILE BOURNAY, CHRISTINE BROTONS
FRANÇOIS GODART, CHRISTIAN RUCHÉ
LE PATRON PÊCHEUR
: CHRISTIAN RUCHÉ
LES PÊCHEURS
: GUILLAUME BAILLIART, CÉCILE BOURNAY
LES MARINS
: CÉCILE BOURNAY, CHRISTIAN RUCHÉ
ÉPHÈSE
CÉRIMON
, SEIGNEUR D’EPHÈSE : MARIEF GUITTIER
PHILÉMON
, SON SERVITEUR : ALBAN GUILLEMOT
DIANE
: ANA BENITO
UN GENTILHOMME
: GUILLAUME BAILLIART
MYTILÈNE
LYSIMAQUE
, GOUVERNEUR DE MYTILÈNE : GUILLAUME BAILLIART
LA MAQUERELLE
, TENANCIÈRE DU BORDEL : CHRISTINE BROTONS
LE MAQUEREAU
, SON MARI : FRANÇOIS GODART
BOULT
, LEUR VALET : STÉPHANE BERNARD
ET TOUS : GENS DE COUR, MARINS, PIRATES, DISCIPLES DE CÉRIMON, PROSTITUÉES...
À l’invitation des Nuits de Fourvière, je réponds avec joie et même sans trop
d’inquiétude puisque l’Odéon est à nouveau en état de marche et parce que c’est
une proposition excitante. Depuis quelques années, j’ai la chance de disposer au
Point du Jour, que je dirige avec André Guittier depuis 1995, d’un petit théâtre qui
a une âme, comme on dit. L’extérieur ne paye pas de mine mais les proportions
sont très bonnes, je transforme à ma guise le rapport entre la scène et la salle et
j’ai poussé le paradoxe jusqu’à aller jouer dans un «coin» de l’arrière-scène.
En acceptant par deux fois de travailler à l’École nationale supérieure des arts et
des techniques du théâtre, j’ai pu profiter de deux avantages : la scène y est
spacieuse, modelable à souhait, et les élèves, comédiens et techniciens,
nombreux. Et de même, à l’Opéra national de Lyon où j’ai été invité à monter Verdi
et Britten, j’ai retrouvé l’espace des grands plateaux auxquels j’étais habitué
pendant mes belles années d’apprentissage auprès de Roger Planchon.
L’Odéon de Fourvière m’offre une nouvelle occasion d’ouvrir tout grand l’image
théâtrale, ce qui pourrait devenir un défi esthétique s’il n’y avait pas Shakespeare.
Comme la plupart des scènes de plein air, Fourvière exige d’amples histoires
humaines à la mesure de ce lieu où l’acteur profère les paroles du poète et
s’adresse droit au spectateur. Par nature,
Périclès, prince de Tyr
appartient au
répertoire idéal de ce théâtre. C’est une «pièce vaste» où Shakespeare dilate et le
temps et l’espace : quinze années de vie d’un personnage de taille légendaire et
les milliers de kilomètres des côtes de la mer Egée et de la Méditerranée orientale.
Entres autres beautés, il y dans
Périclès
ce personnage de narrateur, un poète d’un
temps d’avant, John Gower, un spectre donc. Shakespeare, en le faisant ainsi
renaître, invente un porte-voix afin que sa pièce, qui va aux tréfonds de la vie
humaine, s’adresse et parle personnellement à chacun dans l’assistance. Gower
nous raconte l’histoire au présent, il amorce les chapitres, il résume et gagne du
temps, enfin il donne son point de vue sur l’aventure humaine. C’est du théâtre de
troubadour qui se joue entre la lune et les planches d’un pont de bateau pris dans
UN
PÉRICLÈS
ENTRE LA LUNE ET LES PLANCHES
© MICHEL CAVALCA
MICHEL RASKINE
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les tempêtes du ciel et de l’existence. C’est du théâtre qui navigue entre tous les
registres de l’écriture dramatique : la farce, tragique à l’occasion, la comédie,
jusque dans sa variante héroïque, le drame, la tragédie pure. Pas question de
capituler devant le choc des contraires car c’est le secret de la poésie dramatique
de Shakespeare. Et cette poésie, les spectateurs de Fourvière l’entendront dans la
langue d’André du Bouchet, qui n’est pas seulement un traducteur réputé, mais
d’abord un grand poète français contemporain.
L’invitation des Nuits de Fourvière s’adresse au metteur en scène. Mais c’est aussi
en voisin que je viens, en «patron de théâtre» qui souhaite ne pas se couper de son
équipage du Point du Jour, comédiens et techniciens, même pour une aventure de
deux ou trois mois, ni de son public. À Fourvière, je vais mettre en scène dans la
ville où je travaille et je vis, pour un public à la dimension de ces gradins antiques
où j’espère se retrouveront les spectateurs qui suivent si fidèlement mon travail.
Propos recueillis par MB
© ANITA CONTI
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Voici de nouveau le solstice d’été, cet instant suspendu où la loi des astres veut
que, cette année, la lune s’efface puis renaisse. Le prince Périclès choisit cette
occasion pour enfin se révéler et éclipser tous ces héros populaires qui pendant
six décennies ont animé les nuits de Fourvière : les amants de Vérone,
d’Alexandrie et d’Elseneur, Roméo et Juliette, Antoine et Cléopâtre, Hamlet et
Ophélie, les généraux et les tribuns romains, Coriolan, Jules César et Brutus, les
seigneurs sanguinaires de l’Ecosse archaïque, Lord et Lady Macbeth hantés par
leurs sorcières, les capitaines et les marchands vénitiens, Othello le More et
Shylock le Juif, les rois, princes, ducs et comtes, les Richard et les Henry de la
Guerre des Deux Roses, Messire Falstaff le rabelaisien, les belles amoureuses
enfin qui enchantent les comédies, Rosalinde, Viola, Olivia... Bref, depuis soixante
ans, une saison sur trois et avec un tiers de ses oeuvres dramatiques William
Shakespeare hante Fourvière.
Prince de Tyr, Périclès n’a évidemment pas aujourd’hui le statut légendaire
absolu du prince du Danemark, cet Hamlet dont rêvent tous ceux qui ont un jour
risqué un pied sur les planches d’un théâtre. Et l’inventif Ulysse, roi d’Ithaque,
«celui qui tant erra et sur les mers passa par tant d’angoisses», ne lui laisse
guère de chance de s’inscrire au palmarès des courses au large et de trouver
une petite place dans notre mémoire collective. Homère s’est chargé de faire sa
réputation. Et pourtant, et pourtant... Périclès est un héros discret mais il est
unique. Parmi toutes les créatures nées de la main de Shakespeare, c’est un être
à part et le récit de son odyssée est un conte dont le charme secret nous étonne
car il agit encore sur le plus blasé d’entre nous et nous ne savons ni pourquoi ni
comment il nous atteint.
Mais il convient de commencer par le commencement du commencement. Le
prince Périclès n’a rien à voir avec l’homme politique bien connu qui plaça
Athènes à la tête du monde grec au cinquième siècle avant Jésus-Christ. Et
d’abord, avant Shakespeare, il ne s’appelait pas Périclès mais Apollonius.
Pourquoi le rebaptiser ainsi ? En grec, Périclès veut dire «L’illustre». Shakespeare
voulait-il rappeler la popularité de ce héros légendaire dont les aventures ont été
colportées pendant treize siècles avant qu’il n’en fasse la matière première de
son poème dramatique ?
Dès l’époque où Byzance devient la capitale de l’Empire romain d’Orient, c'est-
à-dire vers le III
e
siècle après Jésus-Christ, court dans le bassin méditerranéen
l’histoire d’un prince de Tyr à la destinée romanesque. Apollonius, naviguant au
long des côtes de l’Asie mineure et dans les archipels du Dodécanèse et des
Cyclades, découvre le secret fatal d’un roi incestueux, amant de sa propre fille.
Il échappe aux tueurs à gages lancés à sa poursuite pour le faire taire, il essuie
les terribles tempêtes de ces mers capricieuses soumises à la fureur du vent du
nord que les capitaines grecs craignent encore et toujours et nomment le
meltem. Il prend et perd une épouse, il sauve et perd la fillette qu’elle lui a
donnée avant de mourir et, après quatorze années d’errance au gré des flots,
muré dans son mutisme, la bonne fortune à l’improviste lui rend femme et fille.
Par la vertu de son coeur et de sa langue, sa fille a su convertir à l’honneur les
clients du bordel où elle avait échoué et sa femme tenue pour morte a été
miraculeusement sauvée par l’art surnaturel d’un médecin. Avec l’harmonie
retrouvée, tout est bien qui finit bien.
LE SONGE D’UNE NUIT DE FOURVIÈRE
Pas
de trace d’un original grec, mais dès le milieu du VI
e
siècle, Saint Martin, évêque
de Tours, connu comme poète sous le nom de Venance Fortunat, mentionne
l’existence de cette histoire émouvante et édifiante. Les manuscrits latins se
reproduisent et se multiplient, en prose et en vers. Le plus ancien, conservé à
Florence, remonte au IX
e
siècle. Dans son
Panthéon
, Godfrey de Viterbe, qui vécut au
XII
e
siècle, donne pour véridiques les aventures d’Apollonius. Cent ans plus tard, elles
figurent dans la
Geste des romains
, un recueil de 240 contes moraux, utilisés dans
les abbayes pour les lectures de réfectoire. Dès le Moyen Âge et jusqu’à la
Renaissance, des adaptations, puis des éditions surgissent dans toutes les langues
et tous les pays d’Europe. En vieil anglais, par exemple, dès le XI
e
siècle. Bref dans le
coeur des amateurs de récits romanesques, Apollonius le grec rivalise avec le breton
Lancelot.
En 1390, le poète John Gower répond au
Décaméron
de Giovanni Boccace et surtout
au
Contes de Canterbury
de son contemporain, ami et rival Geoffroy Chaucer en
publiant en moyen anglais les
Contes des sept péchés capitaux
connus également
sous le nom de
Confession des amants
. Pour stigmatiser l’horrible crime qu’est
l’inceste il consacre près de deux mille vers du livre VIII à l’histoire d’Apollonius.
Deux siècles plus tard, vers 1607/1608, William Shakespeare fait jouer et publier
Le
drame récent et très admiré,intitulé Périclès,prince de Tyr,avec la véridique relation
de l’histoire entière,des aventures et des vicissitudes dudit prince ; ainsi que les non
moins étranges et remarquables accidents de la naissance et de la vie de sa fille
Marina.Tel qu’il a été joué plusieurs fois par les serviteurs de Sa Majesté au théâtre
du Globe sur le Bankside. Imprimé à Londres pour Henry Gosson. Et se vend à
l’enseigne du Soleil, rue Paternoster, 1609
. La pièce aussitôt triomphe et connaît six
éditions in quarto entre 1609 et 1635 contre huit pour
Richard III
entre 1597 et 1637
et cinq pour
Hamlet
entre 1603 et 1637.
Shakespeare écrit trente-quatre pièces en vingt ans. Comment se représenter
une telle fécondité, une telle énergie créatrice capable de produire la même
année
Macbeth
et
Le roi Lear
?
Périclès, prince de Tyr
est la trentième et, depuis
bientôt quatre siècles, elle enchante les spectateurs et déroute parfois quelques
savants professeurs. A leurs yeux, sa liberté de ton et de construction est une
négligence, une preuve de travail hâtif, voire bâclé. Certains cherchent même à
prouver que Shakespeare n’en est pas l’auteur, du moins le seul auteur. En fait,
à l’âge de 45 ans, parvenu au sommet de sa carrière et à un tournant décisif de
sa vie avec la version définitive d’
Hamlet
, le triomphe du
Roi Lear
, la mort de sa
mère, le mariage de sa fille aînée..., Shakespeare quitte peu à peu Londres pour
Stratford où, dans la solitude, il part à la recherche d’une poésie naïve pour dire
la naissance, l’amour et la mort des êtres chers et les faits essentiels de la
destinée humaine.
Périclès
est la première étape de cette quête de nouvelles
formes dramatiques qui conduit immédiatement au
Conte d’hiver
et à
La
tempête
en 1611, et s’achève avec la mort du poète, cinq ans plus tard.
Pour
Périclès
, Shakespeare adapte l’
Apollonius
de John Gower. Rien
d’extraordinaire, depuis toujours il procède ainsi, et c’est bien normal. Pendant
pas loin de deux millénaires, les belles histoires – celle de Don Juan Tenorio, par
exemple – ont été comme les standards de jazz : bonnes à prendre et à
métamorphoser. Mais il ne s’en tient pas là. Il adopte également John Gower lui-
même, ou plutôt son spectre et c’est une démarche très singulière. Un mort
vivant décide du récit dramatique, l’introduit, le condense, le commente et le
critique à l’occasion, le résume, l’accélère, le conduit à son terme et le clôt. Dès
lors, la pièce n’est ni une tragédie, ni une chronique ou un drame historique, ce
n’est pas une comédie romanesque, et pas non plus une tragi-comédie.
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La présence et le rôle en scène du poète conteur et la chronologie linéaire du récit
font de
Périclès, prince de Tyr
un conte dramatique par excellence mais mieux
encore : grâce à cette structure scandée par les apparitions de John Gower,
Shakespeare a les mains libres pour enchaîner les épisodes sans souci de
cohérence, pour changer de rive, changer de port, multiplier les tempêtes et les
naufrages, intercaler des intermèdes et des banquets, pour jongler avec les tons et
les genres…
Périclès
devient ainsi un divertissement construit de la main gauche,
et où Shakespeare, de la main droite, insère le meilleur de sa création poétique.
Par exemple, aux actes II et III, la révolte puis la soumission de Périclès, un homme
démuni que les
forces de l’univers assaillent, tourmentent et dépouillent. Ou bien
encore cet acte IV où une superbe enfant de quatorze ans, Marina, avec
intelligence et vaillance affronte son destin, impose sa volonté et rivalise avec ces
autres héroïnes dont seul Shakespeare à le secret : Juliette bien sûr qui avait treize
ans et surtout Isabelle dont le courage met en échec les ruses ignobles d’Angelo
dans
Mesure pour mesure
. Et cet acte V enfin où Shakespeare transforme
l’heureux dénouement le plus conventionnel en une scène de retrouvailles
poignantes.
Conte dramatique et divertissement poétique,
Périclès, prince de Tyr
est placé sous
le triple signe de l’imagination romanesque, de la fantaisie allègre et du sentiment
touchant. Metteur en scène en vingt ans d’une vingtaine de textes dramatiques
exclusivement contemporains, ou presque, Michel Raskine, en 1978, était assistant
de Roger Planchon et, soir après soir, il l’a vu rechercher le juste équilibre entre les
trois forces qui fondent cette pièce. Il connaît bien la nature du défi shakespearien :
comment raconter aujourd’hui, en l’an 2006, un récit d’amour où l’on retrouve
l’inceste de
Peau d’Ane
, l’énigme de
Turandot
, la marâtre de
Cendrillon
, la léthargie
de
Blanche-Neige
et l’abolition du temps de la
Belle au Bois dormant
?
Pour affronter à son tour ce défi, il a demandé à Marief Guittier, qu’il entraîne
depuis 1984 dans les aventures théâtrales les plus périlleuses, de vouloir bien
cette fois se charger d’abord de la résurrection à vue du poète John Gower puis,
dans ce nouvel emploi, d’assurer en scène la régie du récit des aventures de
Périclès interprétées par ses dix-huit compagnons. Cette troupe de comédiens
ambulants, ne l’avons-nous pas déjà vue dans
Le voyage des comédiens
jouer
pour Théo Angelopoulos la tragédie des tragédies,
L’Orestie
d’Eschyle et
Golfo la
bergère
, drame pastoral naïf et populaire de Spiridonos Perisidiakis ? Peut-être
sera-t-elle demain au service du prince Hamlet pour exécuter la fatale
pantomime de
La souricière
?
À Grégoire Monsaingeon revient le privilège d’être le seul – avec Marief Guittier –
à ne jouer qu’un rôle et la tâche complexe d’être Périclès, un prince mélancolique
qui subit plutôt qu’il n’agit et qu’une brusque accélération du temps fait passer
sans transition de la jeunesse superbe à l’humeur noire d’une vieillesse précoce.
À Cécile Bournay d’être Marina, le personnage combattant le plus actif de la
pièce, tout l’inverse de son père Périclès. Encore gamine, Marina se défend avec
les mots et triomphe avec les mots. Quand il le faut, la jeune actrice ne craint pas
de se déguiser en chevalier ou en marin pêcheur. A Guillaume Bailliart, jeune
premier, échoit le rôle cocasse de Lysimaque, prince charmant et putassier. Mais
comme il entre en scène fort tard, il se fait d’abord chevalier, marin pêcheur,
gentilhomme et fille de gouverneur. Ces trois-là ont appris leur métier à l’École
nationale supérieure des arts et techniques du théâtre, à l’Ecole de la Comédie
de Saint-Etienne ou aux Compagnons des Trois-Huit à Lyon. Avec
Périclès
ils
entrent dans le cercle du Théâtre du Point du Jour.
Les autres, tous les autres, jeunes encore ou un peu plus mûrs, sont les
compagnons de Michel Raskine, metteur en scène et chef de troupe. L’un d’eux,
Christian Ruché –
Mère & fils, comédie nocturne
, a joué sous sa direction bien
avant Lyon. Tous, depuis dix ans et plus, donnent vie aux créations du Point du
Jour : Ana Benito et Christine Brotons dans
Les 81 minutes de Mademoiselle A
,
Stéphane Bernard dans
L’affaire Ducreux
, François Godart dans
Au but
, Alban
Guillemot dans
Atteintes à sa vie
, Jean-Louis Delorme dans tous les spectacles,
ou presque... Sans souci d’âge ni de sexe et, quand il le faut, avec le renfort des
hommes de la technique, Ludovic Bouaud, Bertrand Fayolle, Jean Marcel et Loïg
Morin, ils se répartissent la trentaine de personnages que croise Périclès dans
son périple.
Périclès, prince de Tyr
est une pièce maritime marquée par la voûte céleste,
l’univers marin, l’alternance rapide des lieux et la présence des villes. Depuis
qu’il l’a rencontrée à l’Ensatt pour
La maison d’os
, Michel Raskine travaille avec
Stéphanie Mathieu. Cette jeune architecte-scénographe a pour mission, cette
fois, de transformer l’espace de pierre de l’Odéon romain en théâtre-bateau et
de dresser sur ces planches un palais de toiles. Julien Louisgrand va suivre le
passage des martinets aux chauves souris et réussir la transition du jour à la nuit
et la montée lente de la lumière sur les costumes inventifs de Josy Lopez, la
toujours vigilante costumière-couturière-habilleuse du Point du Jour.
La musique, Shakespeare l’inscrit partout dans sa pièce – elle y joue même un
rôle magique. Philippe Grammatico, enseignant du Conservatoire national
supérieur de musique et de danse de Lyon, réalise les arrangements originaux
des airs de Monteverdi, de Purcell et de bien d’autres auteurs baroques et il les
confie à deux sacqueboutes, cette ancêtre du trombone, et à deux cornets, joués
par Anthony Abel, Loïc Bachevillier, Rémi Guillot et Sylvain Thomas, venus en
voisins du Conservatoire national de région. Enfin pour
Périclès
, pièce
météorologique, deux sons et deux seuls s’imposent, celui de la machine à vent
et celui de la plaque à tonnerre, instruments archaïques mais efficaces et
raffinés quand de bonnes mains les actionnent à vue. Dissimulés mais bien
présents, le régisseur général Martial Jacquemet et l’assistant Olivier Rey, deux
hommes de l’ombre et de la coulisse, fidèles, veillent.
Quand le périple est accompli, quand l’ire des vents enfin s’apaise, tous ont l’oeil
sur le sablier car l’heure des fantômes est brève. Il est temps que le vieux Gower
retourne en poussière. N’ayons crainte, il renaîtra demain pour un nouveau songe
d’une nuit de Fourvière.
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© ANITA CONTI
© ANITA CONTI
«Apaisez votre ire, astres tout-puissants !
Vent, pluie, tonnerre, l’homme terrestre n’est, rappelez-vous,
Qu’une substance qui doit vous céder
Et je vous obéis, ainsi que ma nature le veut.
Hélas, la mer me jette sur les rochers,
Me roule de rive en rive, ne me laissant de souffle
Que pour augurer de ma mort imminente.
Qu’il suffise à la grandeur de votre puissance
D’avoir dépouillé un prince de son entière fortune,
Et, vomi de votre tombe liquide,
Il ne souhaitera ici qu’une mort paisible.»
«Dieu du vaste abîme, refoule ces lames
Qui vont balayant le ciel et l’enfer.
Toi qui commandes aux vents,
Après les avoir rappelés de leurs profondeurs,
Emprisonne-les dans l’airain.
Apaise tes assourdissants coups de tonnerre.
Éteins tes subtils et fulminants éclairs. […]
Tempête, veux-tu te cracher toi-même
Dans l’écume du venin que tu baves ?»
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«Ci-gît la plus belle, la plus douce et la plus sage,
Flétrie en l’avril de son âge.
Celle que la mort inique a fait ainsi périr
Était la fille unique du roi de Tyr.
Marina fut son nom, et la déesse des mers, toute à l’allégresse
De sa naissance, engloutit une part de la terre.
La terre craignant alors d’être submergée,
L’enfant des mers au ciel a dépêché.
Et depuis lors, déchaînés, contre le granit,
Chaque jour les flots se précipitent.»
TEXTES DU PROGRAMME
MICHEL BATAILLON
PHOTOGRAPHIE COUVERTURE
MIMMO JODICE
AVEC NOS REMERCIEMENTS
PORTRAITS DES ARTISTES
MICHEL CAVALCA
PHOTOGRAPHIES PAGES INTÉRIEURES
ANITA CONTI
REMERCIEMENTS À LAURENT GIRAULT
LÉGENDES DES PHOTOGRAPHIES D’ANITA CONTI
2
e
de couverture : La cloche du chalutier Vikings en Mer de Barents
page 7 : Au large des côtes Guinéennes. Environ 1945.
page 12 : Le chalutier Vikings en route. Mer de Barents. 1939.
page 13 : Chalutier Bois Rosé en route sur les Bancs de Terre-Neuve. 1952.
page 14 : Chalutier en mer du Labrador. 1952.
3
e
de couverture : Île d'Oléron 1918
© LAURENT GIRAULT-CONTI
ANITA CONTI, LA DAME DE LA MER
1939. Une femme abandonne la reliure d'art pour aller «vers quelque chose qui
vaut mieux que soi». A quarante ans, Anita Conti choisit la réalité de ceux qui vivent
«debout dans la mer». Elle sillonne les océans, observe et photographie. Des
chalutiers des pêcheurs d'Islande ou du Sénégal, elle a rapporté quelque 40 000
clichés. Et, surtout, un regard, fait de respect, d'admiration et de malice. Anita
Conti, disparue en décembre 1997 à 98 ans, avait la noblesse des embruns, des
lames de fond et de ce ciel, «d'un gris si gris, d'un gris de frise tourterelle, d'un si
merveilleux gris de griserie».
© ANITA CONTI
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PROCHAINEMENT À L’ODÉON
© ANDRÉ RAU / H&K
© CF WESENBERG / ECM RECORDS
MÉDÉE MONOLOGUES
FANNY ARDANT & SONIA WIEDER-ATHERTON
Dans l’intimité d’un espace à taille humaine, Fanny Ardant se glissera dans les mots de Médée, figure
amoureuse et vengeresse du théâtre antique. En un contrepoint théâtral et instrumental, le violoncelle
et la voix trouveront leur plus naturelle résonance à l’Odéon.
LE 10 JUILLET / 22H
ANOUAR BRAHEM TRIO
Le compositeur et interprète tunisien Anouar Brahem nous offrira l’occasion de retrouver l’atmosphère
si singulière d’un concert à l’Odéon. Son trio invente une musique intemporelle à la fois nourrie de
traditions musicales arabes et tournée vers l’avenir et l’improvisation.
LE 1
ER
AOÛT / 22H
THÉÂTRES ROMAINS LYON 5
E
I
04 72 32 00 00
I
www.nuitsdefourviere.fr
L’Odéon, petit théâtre jadis réservé à la musique, est construit vers les années 100 après J.-C. Aujourd’hui cet Odéon est l’une des deux salles
occupées l’été par Les Nuits de Fourvière. Une jauge en plein air de 900 places et un rapport exceptionnel qui existe entre la scène et le gradin en
font l’espace privilégié des spectacles qui appellent une relation intime entre le public et les artistes.
Après deux années de fermeture pour travaux, l’Odéon accueillera à nouveau le public des Nuits de Fourvière cet été avec trois spectacles.
© ANITA CONTI
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