"Puissances de l'Imagination"
Imagination Perception (29 septembre 2006 PSI)
A première vue, l’imagination ne fait partie que de l’esprit et, loin de celleci, le pouvoir de
la perception s’intéresse au corps et à ses différents états. Pourtant Alain tend à montrer ces
deux mondes comme liés et en constante communication, évoquant le « rapport de
l’imagination aux états et aux mouvements de note corps ». Ainsi, comment les sens
influencentils l’imagination ? Jusqu’ou s’étend le pouvoir de l’imagination ? On peut se
poser la question, dans quelle mesure imagination et perception sontils li és. Tout d’abord ces
deux concepts sont deux ordres, deux mondes différents. Mais l’imagination peutelle exister
sans la perception ? Ne seraitce pas plut ôt alors deux puissances compl émentaires ?
L’imagination et la perception sont deux concepts que tout oppose. Le second nous rend
compte de la réalité vivante autour de nous, de ce que l’on peut voir, sentir, toucher. Avec
l’aide des sens, ces facultés à éprouver les impressions que font les objets du monde, la
perception nous permet de nous déplacer, de communiquer, de vivre, elle est une torche dans
les ténèbres. Face à elle, l’imagination, faculté pure de l’esprit, « jeux libre sans objet réel »,
déconnectée du corps, telle une brise int érieure. Dans Don Quichotte de Cervant ès nous avons
d’un coté le monde réel et de l’autre les romans de chevalerie, ces derniers renfermant toute
l’imagination qui permet d’entrer dans certains univers de l’esprit. Mais vaine est cette
imagination.
Ainsi Alain écrit, ose écrire, l’imagination, « cette perception fausse ». Derrière une
définition idéalisée ne se cachetil pas un concept plus mauvais, plus vil ? Car cette faculté
déconnectée du corps et des ses états renvoie pourtant une image souvent négative,
dangereuse, même vicieuse. Alain ne dit pas fausse perception, mais perception fausse,
l’imagination nous influencerait donc vers l’erreur, une erreur de jugement. Sa fonction vaine
nous détourne de la rélfexion intellectuelle. Dans de la Recherche de la Vérité, Malebranche
critique l’imagination à travers le trio des trois savants dont l’esprit perturbé ne permet pas
l’obtention de r ésultats clairs.
Il apparaît donc que la perception doit pouvoir dominer face à cette faculté d’imaginer.
Encore selon Malebranche, l’imagination nous éloigne de Dieu, de la vérité absolue. Il faut
donc combattre cette « perception fausse » qui pousse sans cesse notre corps vers l’erreur.
Mais d’un autre coté, nous venons de voir que l’imagination peut être capable d’influencer
notre corps entier dans ces choix. N’y existeraitil pas des liaisons entre imagination et
extérieur ? Entre elle et la surface de notre chair ? Son pourvoir ne s’arrêterait donc pas au
niveau de l’esprit.
L’imagination comme fil conducteur de la pensée, estce possible ? C’estàdire audel à de
toute perception ou de tout mouvement, modification du corps, jusqu’ou s’étend la puissance
de l’imagination ? L’imagination possède une fonction créatrice. Elle permet l’invention, la
découverte, elle rend capable de faire des sauts, de voir le futur. «Tout apprentissage sage
sollicite l’imagination » nous dévoile Malebranche, il parle à travers ce concept de l’éclairage
de notre imagination sur notre intuition. Ainsi toute création, qu’elle soit scientifique ou
artistique a besoin de l’étincelle imaginative. Dans un Amour de Swan de Proust la petite
phrase composée par Vinteuil est non seulement le fruit d’une telle étincelle, mais elle même
crée à son tour sa propre étincelle dans l’imagination de Swann pour son amour avec Odette. Pourtant l’imagination utilise la perception, voilà peutêtre sa force. Alain écrit « d’après des
données nettement saisies, nous nous risquons à deviner beaucoup ». L’imagination n’utilise
donc pas seulement les sens elle s’appuie sur eux, les use pour en faire sortir leur substance
profonde. On peut remarque cette utilisation dans Un Amour de Swann, lorsque Proust
écrit : « le mot d’ ’’œuvre florentine’’ […] lui permit, comme un titre, de faire pénétrer
l’image d’Odette dans un monde de rêves ». Un son a donné à l’imagination toute sa
puissance, son énergie interne. De même dans Don Quichotte, Cervantès montre comment ce
que Sancho Panza voit lui a permis de s’imaginer luim ême futur roi d’un archipel. En plus de
sa propre inertie, l’imagination est capable d’utiliser le corps pour arriver à ses fîns. Mais
peutelle se suffire à ellem ême ? Peutelle nier les perceptions ?
L’imagination est capable de transformer les perceptions qu’elle reçoit, nous le voyons
lorsque Don Quichotte prend des montons pour une armée en marche. Elle peut créer une
contradiction dans une vie. Dans Proust, l’histoire de Swann ne devient ainsi, par ce va et
vient incessant entre r éel et imagination qu’une gigantesque contradiction. L’imagination lui a
permis de tomber amoureux de Odette, ou plutôt de l’image qu’il a mise en Odette, mais elle
lui a ensuite permis la jalousie, la peur, la folie interne. Lorsque l’imagination ellemême perd
ses repères par rapport à la réalité, l’esprit ne peut plus suivre. La folie de Don Quichotte est
puissante par sa cohérence. Il vit dans son monde clos, dirigés par son imagination, les
enchanteurs et les géants, il est cohérent dans ses pensées, ne voyant plus que son monde
virtuel. L’imagination est par cet exemple capable de construire un univers entier tel celui de
Don quichotte mais aussi d’en détruire, tel celui de Swann. La puissance de l’imagination
pouvant supplanter les perceptions semble incontr ôlable.
On ressent le besoin de complémentarité entre imagination et perception pour maîtriser la
première. Nous avons vu que l’imagination pouvait s’appuyer sur la perception mais les
perceptions s’appuient aussi sur l’imagination, le souvenir. Pour anticiper nous avons besoin
d’imagination. Or il nous est nécessaire d’anticiper l’avenir pour nous ôter la peur de
l’inconnu qui approche ; comme la peur du noir, la peur de l’inconnu remet l’Homme dans sa
condition pascalienne :’’un infini entre rien et tout’’. Ainsi notre passé, nos expériences nous
influencent, influence nos sens, d’où la citation d’Alain, « liaison de toutes nos expériences »,
nous sommes ce que nous avons été ?
Nous vivons entre imagination et perception. En passant continuellement du réel à
l’imaginaire et de l’imaginaire au réel, se crée une corrélation particulière au sein de l’esprit
avec les mouvements du corps. Les deux concepts peuvent se contrarier et s’entraider, ils sont
un couple, l’union parfaite. L’aboutissement de cette fusion peut être décrit par l’œuvre
artistique. Sachant mêler émotion, sensation, imaginaire, puissance, beau, elle incarne la
victoire de cette union, sur la mort. Que ce soit dans la folie pleine de valeur de Don
Quichotte ou dans l’amour passion de Swann, la réaction entre deux mondes a rempli chaque
acte d’une puissance sans égal.
Pas de combat, pas de domination, l’imagination et la perception sont faits pour se
transcender ensemble, vers un même but, un même objectif ; Seule la vérité doit être trouvée,
seule la v érité peut nous apporter le bonheur.
Henri CONSTANS
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Publié le :
21/07/2011
Langue :
Français
Nombre de pages :
2
Thème :
Savoirs >
Religions
