"Puissances de l'Imagination"

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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Imagination - Perception(29 septembre 2006PSI)
 A première vue, l’imagination ne fait partie que de l’esprit et, loin de celle-ci, le pouvoir de la perception s’intéresse au corps etàses différentsétats. Pourtant Alain tendàmontrer ces deux mondes comme liés et en constante communication,érapport devoquant le « l’imagination auxé». Ainsi, comment les senstats et aux mouvements de note corps influencent-ils l’imagination? Jusqu’ou s’é? On peut setend le pouvoir de l’imagination poser la question, dans quelle mesure imagination et perception sont-ils liés. Tout d’abord ces deux concepts sont deux ordres, deux mondes différents. Mais l’imagination peut-elle exister sans la perception ? Ne serait-ce pas plutôt alors deux puissances complémentaires ?
 L’imaginationet la perception sont deux concepts que tout oppose. Le second nous rend compte de la réalitévivante autour de nous, de ce que l’on peut voir, sentir, toucher. Avec l’aide des sens, ces facultésàéprouver les impressions que font les objets du monde, la perception nous permet de nous déplacer, de communiquer, de vivre, elle est une torche dans les ténèbres. Faceàelle, l’imagination, facultépure de l’esprit, « jeux libre sans objet réel », déconnectée du corps, telle une brise intérieure. Dans Don Quichotte de Cervantès nous avons d’un cotéle monde réel et de l’autre les romans de chevalerie, ces derniers renfermant toute l’imagination qui permet d’entrer dans certains univers de l’esprit. Mais vaine est cette imagination.  AinsiAlainécrit, oseécrire, l’imagination, «cette perception fausse». Derrière une définition idéalisée ne se cache-t-il pas un concept plus mauvais, plus vil ? Car cette facultédéconnectée du corps et des sesétats renvoie pourtant une image souvent négative, dangereuse, même vicieuse. Alain ne dit pas fausse perception, mais perception fausse, l’imagination nous influencerait donc vers l’erreur, une erreur de jugement. Sa fonction vaine nous détourne de la rélfexion intellectuelle. Dans de la Recherche de la Vérité, Malebranche critique l’imaginationàtravers le trio des trois savants dont l’esprit perturbéne permet pas l’obtention de résultats clairs.  Ilapparaît donc que la perception doit pouvoir dominer faceà cettefaculté d’imaginer. Encore selon Malebranche, l’imagination nouséloigne de Dieu, de la véritéabsolue. Il faut donc combattre cette «perception fausse» qui pousse sans cesse notre corps vers l’erreur. Mais d’un autre coté, nous venons de voir que l’imagination peutêtre capable d’influencer notre corps entier dans ces choix. N’y existerait-il pas des liaisons entre imagination et extérieur ?Entre elle et la surface de notre chair ? Son pourvoir ne s’arrêterait donc pas au niveau de l’esprit.
 L’imagination comme fil conducteur de la pensée, est-ce possible ? C’est-à-dire au-delàde toute perception ou de tout mouvement, modification du corps, jusqu’ou s’étend la puissance de l’imagination? L’imagination possède une fonction créatrice. Elle permet l’invention, la dé«Tout apprentissage sagecouverte, elle rend capable de faire des sauts, de voir le futur. sollicite l’imagination » nous dévoile Malebranche, il parleàtravers ce concept de l’éclairage de notre imagination sur notre intuition. Ainsi toute création, qu’elle soit scientifique ou artistique a besoin de l’étincelle imaginative. Dans un Amour de Swan de Proust la petite phrase composée par Vinteuil est non seulement le fruit d’une telleétincelle, mais elle même créeàson tour sa propreétincelle dans l’imagination de Swann pour son amour avec Odette.
 Pourtant l’imagination utilise la perception, voilàpeut-être sa force. Alainécrit « d’après des données nettement saisies, nous nous risquonsàdeviner beaucoup ». L’imagination n’utilise donc pas seulement les sens elle s’appuie sur eux, les use pour en faire sortir leur substance profonde. On peut remarque cette utilisation dans Un Amour de Swann, lorsque Proust écrit : « lemot d’’’œuvre florentine’’ […] lui permit, comme un titre, de faire pénétrer l’image d’Odette dans un monde de rêves ».Un son a donnéà l’imaginationtoute sa puissance, sonénergie interne. De même dans Don Quichotte, Cervantès montre comment ce que Sancho Panza voit lui a permis de s’imaginer lui-même futur roi d’un archipel. En plus de sa propre inertie, l’imagination est capable d’utiliser le corps pour arriveràses fîns. Mais peut-elle se suffireàelle-même ? Peut-elle nier les perceptions ?  L’imaginationest capable de transformer les perceptions qu’elle reçoit, nous le voyons lorsque Don Quichotte prend des montons pour une armée en marche. Elle peut créer une contradiction dans une vie. Dans Proust, l’histoire de Swann ne devient ainsi, par ce va et vient incessant entre réel et imagination qu’une gigantesque contradiction. L’imagination lui a permis de tomber amoureux de Odette, ou plutôt de l’image qu’il a mise en Odette, mais elle lui a ensuite permis la jalousie, la peur, la folie interne. Lorsque l’imagination elle-même perd ses repères par rapportàla réalité, l’esprit ne peut plus suivre. La folie de Don Quichotte est puissante par sa cohérence. Il vit dans son monde clos, dirigés par son imagination, les enchanteurs et les géants, il est cohérent dans ses pensées, ne voyant plus que son monde virtuel. L’imagination est par cet exemple capable de construire un univers entier tel celui de Don quichotte mais aussi d’en détruire, tel celui de Swann. La puissance de l’imagination pouvant supplanter les perceptions semble incontrôlable.
 Onressent le besoin de complémentaritéentre imagination et perception pour maîtriser la première. Nous avons vu que l’imagination pouvait s’appuyer sur la perception mais les perceptions s’appuient aussi sur l’imagination, le souvenir. Pour anticiper nous avons besoin d’imagination. Or il nous est nécessaire d’anticiper l’avenir pour nousôter la peur de l’inconnu qui approche ; comme la peur du noir, la peur de l’inconnu remet l’Homme dans sa condition pascalienne :’’un infini entre rien et tout’’. Ainsi notre passé, nos expériences nous influencent, influence nos sens, d’oùla citation d’Alain, « liaison de toutes nos expériences », nous sommes ce que nous avonsété?  Nousvivons entre imagination et perception. En passant continuellement du réelàl’imaginaire et de l’imaginaire au réel, se crée une corrélation particulière au sein de l’esprit avec les mouvements du corps. Les deux concepts peuvent se contrarier et s’entraider, ils sont un couple, l’union parfaite. L’aboutissement de cette fusion peutêtre décrit par l’œuvre artistique. Sachant mêlerémotion, sensation, imaginaire, puissance, beau, elle incarne la victoire de cette union, sur la mort. Que ce soit dans la folie pleine de valeur de Don Quichotte ou dans l’amour passion de Swann, la réaction entre deux mondes a rempli chaque acte d’une puissance sanségal.
 Pasde combat, pas de domination, l’imagination et la perception sont faits pour se transcender ensemble, vers un même but, un même objectif ; Seule la véritédoitêtre trouvée, seule la véritépeut nous apporter le bonheur.
Henri CONSTANS
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