Simon de Cyrène

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Simon de Cyrène est un personnage à part dans l'histoire humaine : réquisitionné pour aider le Christ à porter sa croix, il est tantôt le symbole de la compassion face à la souffrance de l'autre, tantôt le symbole de la vie humaine traversée par des épreuves non choisies ou par des sollicitations des hommes et de Dieu. Ce récit parcourt son quotidien d'homme juif humble et pieux, depuis son existence à Cyrène, en Libye jusqu'à Jérusalem, en compagnie de sa femme Séraphia et des enfants, Rufus et Alexandre.
Publié le : mercredi 15 octobre 2014
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EAN13 : 9782336358406
Nombre de pages : 179
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François PELTIERSimon de Cyrène
Le porteur d’eau vive
Récit
Simon de Cyrène est un personnage à part dans l’histoire
humaine : réquisitionné pour aider le Christ à porter sa
croix, il est tantôt le symbole de la compassion et de la
sollicitude face à la souffrance de l’autre, tantôt le symbole
de la vie humaine traversée par des épreuves non
choisies ou par des sollicitations des hommes et de Dieu.
Pourtant, rien n’a été écrit sur lui, ni dans les apocryphes,
ni dans la Légende dorée, ni dans la littérature en général.
Il ne compte pas non plus parmi les saints.
Homme simple par excellence, il ressemble à tout homme :
vie banale en apparence, mais vie touchée par l’épreuve
et par la grâce.
Ce récit parcourt son quotidien d’homme juif humble et
pieux, depuis son existence à Cyrène, en Libye, jusqu’au
jour de la Passion, en passant par ses rencontres et
préoccupations, et par son voyage à travers l’Égypte
jusqu’à Jérusalem, en compagnie de sa femme Séraphia
et de ses deux enfants, Rufus et Alexandre.
Simon de Cyrène
Après des études de philosophie, François Peltier,
installé dans le Sud-Ouest, conseille entreprises, Le porteur d’eau vive
collectivités et sportifs de haut niveau. Il publie ici son
cinquième ouvrage.
Récit
Illustration de couverture : Vie, auteur anonyme.
ISBN : 978-2-343-03614-4
17
François PELTIER
Simon de Cyrène Le porteur d’eau vive



































































SimondeCyrène
Leporteurd’eauvive
111111111111111111111©L’Harmattan,2014
5 7,ruedel’Ecolepolytechnique,75005Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:978 2 343 03614 4
EAN:978234303614411
11111111111,1111,1111,11111111111111111,1,11111111111111FrançoisPeltier
SimondeCyrène
Leporteurd’eauvive
récit
L’Harmattan
1111111111111111111111111111111Dumêmeauteur:
Au seuil de ma villa éternelle – Lettres à Sénèque
Je meurs de ne pas mourir
Retour aux sources
L’Etre recommandé
11111111111111111111111111111111111111111111111111111










"Mes ennemis haletants font cercle contre moi ;
Retranchés dans leur graisse, leur bouche parle ;
Se donnant de grands airs, voici qu'ils me cernent ;
Ils n'ont de regards que pour jeter à terre."
Psaume XVII. 10


"Toi qui marche dans l'ombre de toute la clarté,
Il te laisse derrière la part du bois qui traîne,
Pour que l'intelligence à jamais te soit faite
Des choses inconsolées."
Alliette Audra – Via Crucis



"Et si Dieu cesse de m'aider, ce sera à moi d'aider Dieu."
Etty Hillesum








































 
 
 
 
 
 
Sommaire 
 
 
Eau 
Maison 
Gens 
Famille 
Travail 
Rites 
Méditations 
Marché 
Adieux 
Départ 
Tempête 
Marche 
Alexandrie 
Coupable 
Remords 
Jérusalem 
Porte des chevaux 
Visites 
Temple 
Champs 
Jardin 
Passion 
 
 

 


































Eau



1. J'allais autrefois chercher l'eau à Apollonia
Je partais de Cyrène vers l'aurore et revenais à l'heure
où les grands arbres penchaient leurs ombres vers
l'Orient. On me jugeait dérangé de vouloir l'eau
d'Apollonia quand le puits d'Eratosthène, à deux pas,
offrait une eau saine. Eratosthène était bien enfant et
gloire de Cyrène, son puits n'était cependant pas à
2Cyrène, mais à Syène. Cependant, avec un peu de
mauvaise foi patriotique, le bouche-à-oreille populaire a
vite fait de transformer Syène en Cyrène. D'ailleurs,
Syène ou Cyrène, l'eau du puits n'y est ni plus ni moins
pure pour autant ; elle immobilise ses ondes au fond
d'une ombre que défie parfois le soleil au zénith.
Plutôt que cette eau des ombres profondes, je préférais
l'eau vive d'Apollonia. Fraîche. L'eau qui murmure. L'eau
qui désaltère l'homme corporel jusqu'à l'intérieur de l'être
propre. L'eau pure, de source.

On dit – ils disent ! – que de l'union de Cyrène à
Apollon est né un bouquet d'asphodèles, ainsi que la
source d'Apollon qui coule encore sur l'esplanade jolie
du temple, au cœur de notre ville. Mais cet étrange usage
d'en interdire l'accès aux juifs me fait préférer Apollonia.

1 Aujourd'hui Marsa Sousa
2 Aujourd'hui Assouan
11
Quitte à n'avoir pas le choix, autant choisir ce que l'on
nous impose !
J'aimais à me redire les mots de Salomon : "Une eau
parlante s'est approchée de mes lèvres venant de la
source du Seigneur et j'ai bu et j'ai été enivré de l'eau
3vivante qui ne meurt pas."

4, mon âne vaillant et J'y partais donc avec Aristée
fidèle au labeur.
Lors de mon mariage avec Séraphia, j'eus la surprise
de recevoir en cadeau cette bête qui, comme moi, porte
l'eau vive. Mes beaux-parents ont généreusement
5consacré l'argent du Mohar que je leur versai pour le
mariage à cette dépense pour nous.
Je vois aujourd'hui la bénédiction de la Providence
dans cette bête assurant, par son travail, notre
subsistance et nos transports. Aristée me suivait partout
et toujours, comme s'il se proposait aux corvées plutôt
qu'il ne les subissait. Et je ne sais combien d'humains
méritent moins l'éternité de lait et de miel que cet animal
du bon Dieu. Contre toute raison et préceptes, il
m'arrivât, je l'avoue, de demander au Tout-Puissant une
place pour lui dans ses divins plans. Le pelage de la bête
me donnait quelques raisons d'y croire : sa ligne dorsale
traversée d'une bande transversale claire dessinait le T
6du Tav , le nom de Dieu. Comme les membres de la

3 Psaume de Salomon. XI, 6
4 Du nom d'un des fils de la mythologique "Cyrène", origine du
nom de la ville
5 Dot que versait le fiancé à sa future belle-famille pour permettre le
mariage
6 Tav en hébreu = dernière lettre de l'alphabet, désigne Dieu,
comme l'oméga en grec
12
communauté messianique qui seront, dit le prophète
Ezéchiel, marqués au front du signe Tav. Il portait le nom
de Dieu ! L'âne est l'animal du bon Dieu et les Egyptiens
qui savaient tout ne le savaient pas ?

Depuis ma demeure, j'empruntais le chemin des
collines, d'où s'aperçoit la mer par beau temps. On y
descendait de-ci de-là quelques marches taillées dans le
roc lorsque la pente devenait trop brusque. L'ombrage de
vieux figuiers et de cyprès suffisait aux trajets des
journées trop chaudes, aux répits que l'on s'accordait et
que demandaient plus le retour et la montée que la
descente au petit matin.
Aristée marchait devant moi. Ses pas semblaient lents,
saccadés, comme s'il marquait un temps d'arrêt entre
chaque mouvement. Pourtant, il allait à mon rythme.
Lorsque, assis, je me reposais et me désaltérais, il ne
cessait de m'envoyer son regard de douceur grise à
museau blanc, ses oreilles toutes orientées vers mon
silence que heurtaient parfois ses sourds reniflements.

La route de Cyrène à Apollonia traversait de grandes
vignes que l'automne empourprait d'un crépuscule de
feuilles extraordinaires. La saison des vendanges se
montrait généreuse aux nomades comme moi et deux
belles grappes offertes par les vignerons rassasiaient
amplement ma marche. A leurs "salut" et leurs fruits,
j'offrais en échange un "bénie soit ta mère" ou un "que
Dieu te bénisse" qu'ils gardaient tout le jour. Lors des
fortes chaleurs, on m'offrait parfois un mélange d'eau et
de vin si désaltérant que trois gorgées me suffisaient
pour la journée.
13
En contrebas, la traversée de l'immense nécropole, qui
inquiétait tant Séraphia, me remplissait d'une
inexplicable paix, et je perdais mon temps à déambuler
au milieu de ces milliers de sarcophages, à la recherche
de quoi ? De l'éternité, peut-être, ou du tombeau
d'Esculape qu'une vieille folle et grecque prétend avoir
retrouvé à la suite d'un oracle rendu par Apollon.
L'antiquité de cette femme l'a-t-elle fait vivre au temps
des dieux ? Sa déraison l'a poussée à vivre à Balacris,
dans les ruines du temple dédié à Esculape, le dieu mort.

Arrivé à Apollonia, je longeais sa grande enceinte vers
l'est et retrouvais le petit théâtre adossé au rocher d'où
coule l'eau vive. J'en remplissais mes outres en peau de
bouc, les grandes harnachées à Aristée, et les deux plus
petites sur mon dos, attachées par une lanière de cuir que
retenait mon front. Parfois, je m'asseyais en haut du
gradin et regardais l'horizon projeter ses vagues
jusqu'aux pieds de la scène. De ses crachats d'écumes,
j'imaginais le Léviathan surgir et investir le théâtre, ou
bien revenir Jonas de ses entrailles marines, et moi,
pauvre Simon, défier le premier ou sécher le second.
Puis, revenant à moi, je m'en retournais par le même
chemin, si facile pour venir et tellement abrupt au retour.
Souventefois, la pauvre bête tout autant que moi, nous
peinions et nous arrêtions reprendre notre souffle. La
lanière de cuir enlaçait mon front d'une couronne
douloureuse. Je plaçais mes outres sur les épaules, mais
trébuchais sous un effet de balancier, tombais, me
relevais, repartais animé du désir de porter l'eau vive, et
reprenais ma marche incertaine le front couronné.

14
Nous atteignions exténués la demeure, ma terre
promise, où Séraphia me passait un linge humide sur la
face, me nettoyait les genoux éraflés, m'appliquait un
baume sur le front, me couvrait de bienfaits.
Assis sur le pas de la porte, je mangeais un gâteau
7imbibé d'huile de lentisque et laissais le temps s'user
pour rien jusqu'au soir.

























7 Sorte de pistachier
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