Revue des études anciennes

Annales de la Facullé des Lettres de Bordeaux et des Universités du Midi QUATRIÈME SÉRIE Commune aux Iniversilés d'Aix, Bordeaux, Montpellier, Toulouse REVUE DES ÉTUDES ANCIEININES Tome 9 1907 SWETS & ZEITLINGER N.V. -AMSTERDAM 1967 Réimprimé avec le consentement des propriétaires de la Revue rHEGcrrr 'TENTER TÊTES MISES A PRIX DANS LES CITÉS GRECQUES La mise hors la loi était en Grèce la punition des sacrilèges et des traîtres. Elle permettait au premiervenu de tuer le proscrit, comme ennemi public. Le meurtrier ne faisait que se conformer à la formule de condamnation : uoXéixto; è'axa) /.ai VTjTroivel TeOvâxu). Longtemps on put s'en fier au zèle des bons citoyens : la l'homme des temps primitifs nechasse à disparut pas de sitôt. Mais il vint un temps où l'on jugea bon, dans certaines cir- constances, d'exciter les exécuteurs de bonne volonté par l'appât d'une prime. On faisait annoncer par la voix du héraut qu'une somme déterminée serait donnée à qui appor- terait mort ou vif tel ou tel personnage. C'est ce qu'on appelait 'yp-^[j.aTâ Ttvt èirr/.Y)pJTT£iv ou èicavaYopeûeiv^. rangés ordre chronologique,Voici, par les cas où nous cette coutume. Je nevoyons pratiquer prétends pas, naturelle- soit complète.ment, que la liste 1° un récit la légende se mêleDans où étrangement à l'his- Damas raconte comment, au vi"toire, Nicolas de siècle, les Milé- bannirent une première fois la famillesiens des Nèléides. Un cette famille s'était emparé de la tyrannie.
Publié le : lundi 1 octobre 2012
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Annales de la Facullé des Lettres de Bordeaux
et des Universités du Midi
QUATRIÈME SÉRIE
Commune aux Iniversilés d'Aix, Bordeaux, Montpellier, Toulouse
REVUE
DES
ÉTUDES ANCIEININES
Tome 9
1907
SWETS & ZEITLINGER N.V.
-AMSTERDAM 1967
Réimprimé avec le consentement des
propriétaires de la RevuerHEGcrrr 'TENTERTÊTES MISES A PRIX
DANS LES CITÉS GRECQUES
La mise hors la loi était en Grèce la punition des sacrilèges et
des traîtres. Elle permettait au premiervenu de tuer le proscrit,
comme ennemi public. Le meurtrier ne faisait que se conformer
à la formule de condamnation : uoXéixto; è'axa) /.ai VTjTroivel TeOvâxu).
Longtemps on put s'en fier au zèle des bons citoyens : la
l'homme des temps primitifs nechasse à disparut pas de sitôt.
Mais il vint un temps où l'on jugea bon, dans certaines cir-
constances, d'exciter les exécuteurs de bonne volonté par
l'appât d'une prime. On faisait annoncer par la voix du
héraut qu'une somme déterminée serait donnée à qui appor-
terait mort ou vif tel ou tel personnage. C'est ce qu'on appelait
'yp-^[j.aTâ Ttvt èirr/.Y)pJTT£iv ou èicavaYopeûeiv^.
rangés ordre chronologique,Voici, par les cas où nous
cette coutume. Je nevoyons pratiquer prétends pas, naturelle-
soit complète.ment, que la liste
1° un récit la légende se mêleDans où étrangement à l'his-
Damas raconte comment, au vi"toire, Nicolas de siècle, les Milé-
bannirent une première fois la famillesiens des Nèléides. Un
cette famille s'était emparé de la tyrannie.membre de Après
sa mort, un aisymnète nommé par le peuple confisqua les
biens de ses enfants et fit promettre par le héraut une somme
3.d'argent à qui les tuerait
2° D'après un lexicographe, dont la parole n'est pas une
I. Poil. IV, gS; Ammon. s. v. Lex, Seguer. ai; Harpocr.èitixT)pO;ai; p. 254,
s. V. ott Ta â7tixr)puTx6[ieva, ejttxexYipy^févat.
a. C'est le mot attique (Aristoph. Oiseaux, loyi, io84; Thuc. VI,1076, 60).
3. Nicol. Damasc. fragm. 54 (Fragm. hist. gr. III, : xà 6è ovTa a-jTot;p. 889)
è5TJ|iey(Te xai àpyûptov èxTJpulev, eî'xt; aO-roùç XTetvetçv.ÉTUDES ANCIENNESREVUE DESet
payerGrecs se seraient engagés à centautorité suffisante, les
livrerait Xerxès mort ou vif'.talents à qui
3° savoir aux triérar-la bataille de Salamine, on fitAprès
reine Artémise touche-celui qui amènerait vivante laques que
drachmes'.une prime de dix millerait
citoyen de Malis qui indiqua aux Mèdes unÉphialtès, cefi"
réfugiapour tourner les Thermopyles, sesentier de montagne
Lacédémoniens. Lesen Thessalit, par peur desplus tard
mirent sa tête à prix.pylagores de l'Amphictyonie delphique
Antikyra; mais il fut tué11 osa revenir dans sa patrie, à y
Trachis, avait agi par haine person-L'assassin, Athènadès de
moins récompensé par les Lacédémonelle; il n'en fut pas
niens^.
5" les Milésiens lancèrent contre les Nèléides unVers ^^g,
décret de proscription. Ce document vient d'êtresecond
voici les dispositions essentielles: « ...Un tel,retrouvé. En
Nympharètos, Alkimos et Cresphontès, fils de Stratônax,fils de
frappés du bannissement infligé à l'homicide, eux etsont
descendants. Quiconque tuera l'un d'eux recevra centleurs
statères, pris sur les biens de Nympharètos. Les épimènes en
charge auxquels se présenteront les meurtriers leur remettront
''. » Nullel'argent; faute de quoi, ils le devront de leurs fonds...
aussi précis.part ailleurs nous ne trouvons de détails
6" sombre contreEn liib/^, Athènes fut prise d'une fureur
Tous ceuxles Hermocopides et les profanateurs des mystères.
furent misdes coupables qui lui tombèrent entre les mains
peine capitale, età mort. Les fugitifs furent condamnés à la
profiter l'occasion pourleur tête mise à prix^. On voulut de
Diagoras de Mélos; il prévit lefrapper le philosophe athée
I. Harpocr. s. u. xaOdtirep ETtexi^pu^av oî "EX^rjve;, et' t;;ÈTtixexyjpuxévaf SépÇïj y\
îôjvra Tj vexpbv xaTayciyri 'AOrjvàÇet, Siôireiv âxaTÔv xâXavra.
a. Hér. VIII, : ôè xai aeÛXov ixét-co ii-jpiai93 npô; 5pax}A«'-
3. \l6r. VII, îi3 : ot ipuyÔTti... àp-pipiov eTiexrjpûx'^T).
Silzungsber. der Berl. Akad.. 190G, aSa ss ô [v ou N]u|X|>api^TO xa\4. p. [t] ç]
xal KjpEi^ôvTiv [to];; ZxpotTwvaxTo; çïûyEv rriv in afiilati ''*' avjTo;'AXxilnov çyyVl
Exyôvo;, xai o; à'v tivoc tojtwy xaT[axTEivr,]i, ExaTÔv auTwi yEvÉdBaixa\ [«rtJ'XTrjpa; ino
ô'tû)v \-ipr)'i.à]zui^ Tô>v N'j(ifapT|To. Tô; àTtijXTivio;, eu' wv àv eXOojitiv (ot xaTa]xTEi'-
vavTt|:], aTTo^ôvai rjv Voir noire commenlairo dansto apyjpiov 5è [ir\, auTÔ]; oçeJi'Xev.
les C.omfite» rendus de l'Acad. des Inscr., oct. 190G.
5. Thuc. VI, Go : ETtavEiTrov apyjpiov tw aTtoxTEt'vavxt.TÊTES MISES A PRIX DANS LES CITES GRECQUES 3
par pour impiété.et se sauva. Il fut condamné contumacecoup
lui, contenant ces mots « Si quel-Un décret fut rendu contre :
Mélien, il recevra un talent d'argent; siqu'un tue Diagoras le
l'amène vivant, il en deux. » Au mois dequelqu'un
cette année Aristophane faisait représenter lesmars de /ii/j,
Il ne manque pas de rappeler le décret, et il en expli-Oiseaux.
que le sens politique par une plaisanterie : « Qu'en ce jour
Diagorasmême, dit-il, il soit proclamé que, si quelqu'un tue
si quelqu'un tue unle Mélien, il recevra un talent et que,
» Puis il adapte lades tyrans morts, il recevra un talent.
fait publier par les oiseauxréalité à la fiction de sa comédie et
duquel est mise à prix la tête de l'oiseleurun décret aux termes
Philocratès. Voilà pourquoi les renseignements que nous pos-
sédons sur l'affaire de Diagoras nous sont fournis pour la plus
grande partie par les scoliastes d'Aristophane. Ces rensei-
gnements méritent toute confiance : ils sont empruntés à la
^uvaycoy-Tj de Cratéros et à un .traité de Mélanthios Ilep'i |AU(jTY;ptu)v,
érigéeet ces deux auteurs étaient documentés par la stèle
contre Diagoras'.
l'Ancien7° En 4o4, les Syracusains soulevés contre Denys
I. Aristoph. Oiseaux, 1071-1077, io84 :
Tf^Bt ixévTot 6ïi[iÉpa liâXiat' eTtavayopeueTat,
T^v àTtoxxetvT) Ttç û|xoi)v Aiayôpav tov MTi)>tov,
xtvaXa|x6dtvetv xâXavTov, î^v te xàiv xupâwMv tÎ;
Ttiiv teQvtjxÔtmv àTtoxxeîvY), xdtXavxov Xa(jL6(iveiv.
BouX6(ie(T6' oyv vûv ôvsiTteîv xaOxa yr^iiiî:; evôâSe"
û(jLâ>v 4>iXoxp(ixr] xôv £xpo-j6iov,Tjv àTCOxxet'vYj xiç
xÉxTapa...'k-f\<\itT:(xi xôXavxoV Se Çwvx' inxy(x^i\,ïiv
poyXôji-EirO' àvetueîv.TaOxa
avec les corrections de Wilamowitz, Aristot. und Athen, I, p. 287,Voici les scolies,
qui vient d'être cité : ToOxon. La première de ces scolies commente le passage37.
eypavj^av, w; <pri<rt MeXàvOioç evoviv èxTipuÇav xax' aùxoij 'AOrivaiot xai èv •^'^^^-^X*^''?
èxir)puÇav, xûxw nepl |xu<Txr]pî<Dv. "AXXw;. TaOxa èx xoO «^ruptOTiaxoç eî'XYiqiev. Outwc fàp
ev xw6e ayovxi 8-jo.... MeXâvOio; Se(lèv aTtoxxeîvavxi ayxbv xâXavxov Xa(i6âvEiv, xû>
:àvxi'ypaçov, èv t) eÇexTQpuÇav (mss.iiep\ |xu(ixT)pî(i)v xt); y^<x\yLr\(; axi^Xïi<;itpofÉpExat£xôi5ôvxaç IleXXaveî;. 'Ev t; yéypaTtxai xaxà :ETtexTipuÇav) xa\ aùxbv xai xoù; [|iTi]
àpyupîou xâXavxov èâvxai) xaOxa' èàv ôé xiç ànoxxEtvïj Aiayôpav xôv Mi^Xiov, XajxêâvEiv
SaoPuis vient la scolie des Grenouilles, : "GQev xai olêé xtî Çwvxa iyif-t\, Xa(j.6(iv£tv Sûo.
âvexT|py^av [aev àvaip-rjdovxi'A8r)vaîot xoù; ôéou; x(XTa.<\)ri^iaa\iz^oi x<ôw; SiaxXeuâÇovxe;
xo|jn'(Tavxi "EtieiÔov ôè xal xou; àXXou; IIeXoixovvtj-àpYviptou xâXavxov, xw Sa Çoivxa 5ûo.
5'Cf. Diod. XIII, : ol<Ttou;, wç IfTxopet KpâxEpo; ev xî) ffyvayMYTJ xtôv "|iy)9i(T(iâxa>v. 6, 7
Xndoc.ènexi^puÇav. Pseudo-Lys. C.'A6r)vfltîot xû àvEXôvxt Aiay6pav àpyuptou xâXavxov
àpyviptou Sw(jeiv17-18: xoù; ôè çeûyovxaç ÇiQxetxe (iuXXa(i.ê(zv£iv èirixr|pyxxovxe; xâXavxov
loi àitâyovxt T^ aTtoxxec'vavxt,REVUE DES ETUDES ANCIENNES
/,
ceuxpromettre par le héraut une somme considérable àfirent
tueraient'.qui le
8° sous Philippe deL'historien Nymphodôros, qui écrivait
servile qui eutMacédoine ou Alexandre, raconte une guerre
auparavant : pour venir à bout de Drimacos,lieu peu de temps
les Chiotes offrirent une forte prime à toutchef des révoltés,
qui le ferait prisonnier ou apporterait sa tête, avec lahomme
en plus, si c'était un esclave si bien que Drimacosliberté ;
pressa son ami intime de gagner la récompense en le tuant».
Macé-9° Les Thébains mirent à prix la tête de Philippe de
doine^.
10° et Antipater mirent à prix la tête d'Eumène.Antigone
distribués dans son camp, ils promirent centPar des billets
quiconque le tuerait'».talents à
commencement du m* siècle, llion, dans la loi contreIl" Au
tyrans, édictait les dispositions suivantes, dont le fond etles
parfois la forme semblent presque extraits des archives athé-
niennes : <( Quiconque tuera le tyran ou le chef de l'oligarchie
s'ilou l'auteur d'un attentat contre la démocratie, est sujet
ville talent d'argent leIlien, recevra de la un jour même ou
àpvupio'jle lendemain (TâXav-rov )va;j.6âvetv Tuapà tyjç irsXewç aj6-f([;.£pcv
lui érigera une statue iloi'j-ipct.); le peuple de bronze ety; Tf(
nourriture au prytanée sa vie durant; dans les jeux, leaura sa
l'appellera par son nom aux premières places; il luihéraut
donné sa vie durant deux drachmes par jour. Si le meur-sera
trier un étranger, il lui sera donné autant. De plus, il seraest
citoyen et il aura le droit d'entrer dans la tribu qu'il voudra.
Si le meurtrier est un esclave, il jouira de tous les droits
sera admis dans la cité conformément à la loi. Il recevraet
dans la cité trente mines le jour même ou le lendemain et, sa
vie durant, une drachme par jour... Quiconque aura tué le
tyran ou le chef de l'oligarchie ou l'auteur d'un attentat contre
la démocratie, étant leur compagnon d'armes, et aura ensuite
1. Diod. \IV, 8, 3 : EitÉxTip-jEav Se xoà y^p-twii-coiv toîç ave),o-jai xôv rupavvov.iti.rfioQ
2. Nymphodôros, cité par Athénée, VI, 260 {Fragm. hist. gr., II,90, p. p. 378):
tji^p'jEt 'r, Ttô);; ypr|p.aTa oiôireiv 7ro)./,à Toi aî/TÔv XaêôvTt 7) tt|v x£ça),'r)v xo[xî(javTt.Tfàp
3. Dom. .Sur In fausse ambassade, 21 : -/pTHjLaO* éauTw to-j; ©/j^atou; è7tixexr)pu-/évat.
Plut. Eum. Jusl. \IV, i,4. 8; cf. Diod. XVIII, 63, 2.9;

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