Huguenin 2002 Préserver le potentiel pastoral des écosystèmes à Hyphaene thebaica de Djibouti FAO-LEAD

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LEAD/FAO Conférence électronique francophone Novembre 2002 – janvier 2003 Pastoralisme et environnement / Le contrôle et la gestion de l’espace Thème 3 – Dégradation et restauration / réhabilitation des parcours des zones semi-arides et arides : fiction ou réalité ? 6 au 24 décembre 2002 Modérateur : Gus Gintzburger ______________________________________ Communication de Johann Huguenin (Cirad-Emvt PPA Gestion des ressources fourragères) Préserver le potentiel pastoral des écosystèmes à Hyphaene thebaica de Djibouti Souvenir d’une opération de restauration dans les terres chaudes de Djibouti (1985-1986) Au souvenir d’un Maître de l’agropastoralisme : Jacques AUDRU (ex. : I. E. M. V. T.), Décédé en 2002.  Les palmeraies Doum, Hyphaene thebaica, à Djibouti Les palmeraies naturelles à Hyphaene thebaica offrent à Djibouti de nombreux atouts pour les populations locales. Hyphaene thebaica est un palmier, connu dans toute l’Afrique soudano- sahélienne sous le nom de Doum. Fig. 1 - Palmeraies naturelles à Hyphaene thebaica à Yoboki, Rép. De Djibouti. © Johann Huguenin. Ces palmeraies permettent de fournir des matières végétales nécessaires à la vannerie et la sparterie, de produire du vin de palme, d’offrir une pâture essentiellement aérienne pour les animaux, principalement pour les dromadaires et de récolter des palmes pour l’alimentation des élevages bovins des environs de Djibouti.
Publié le : jeudi 2 mai 2013
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LEAD/FAO Conférence électronique francophone Novembre 2002janvier 2003Pastoralisme et environnement /Le contrôle et la gestion de l’espaceThème 3Dégradation et restauration / réhabilitation des parcours des zones semiarides et arides : fiction ou réalité ?6 au 24 décembre 2002 Modérateur : Gus Gintzburger______________________________________ Communication deJohann Huguenin (CiradEmvt PPA Gestion des ressources fourragères) Préserver le potentiel pastoral des écosystèmes àHyphaenethebaicade Djibouti Souvenir d’une opération de restauration dans les terreschaudes de Djibouti (19851986) Au souvenir d’un Maître de l’agropastoralisme: Jacques AUDRU (ex. : I. E. M.V. T.), Décédé en 2002. Les palmeraies Doum,Hyphaenethebaica,à Djibouti Les palmeraies naturelles àHyphaenethebaica offrentà Djibouti de nombreux atouts pour les populations locales.Hyphaenethebaicaest un palmier, connu dans toute l’Afrique soudanosahélienne sous le nom de Doum.
Fig. 1  Palmeraies naturelles àHyphaenethebaicaà Yoboki, Rép. De Djibouti. © Johann Huguenin. Ces palmeraies permettent de fournir des matières végétales nécessaires à la vannerie et la sparterie, de produire du vin de palme, d’offrir une pâtureessentiellement aérienne pour les animaux, principalement pour les dromadaires et de récolter des palmes pour l’alimentation des élevages bovins des environs de Djibouti.
Fig. 2Récolte de sève dHyphaene thebaicaà partir du bourgeon terminal  àYoboki, Rép. Djibouti. © Johann Huguenin.
Zone détudes Fig. 3  Localisation de la zone détudes à Djibouti De composition floristique très pauvre, ces palmeraies sont incapables d’entretenirun élevage, mais elles n’en sont pas moins intéressantes, simplement parce qu’elles sont liées à d’autres ceintures de végétation et à la permanence de l’eau. Les éléments de valeur sont les suivants: Présence d’eau en permanence à partir de sources artésiennes,  Steppesucculente àSuaedamonoïcaen très grandes surfaces, herbeuse à SteppeJatrophaglauca contenantune graminée et une cypéracée très appréciées : LasiurusscindicusetCyperusrotundus, Salvadorapersica en fourrés, en amont des palmeraies, Trianthemacristallinatrès dispersée sur les collines bordant les dépressions. Ces milieux représentent pour l’élevage un élément crucial qui s’inscrit dans un ensemble beaucoup plus vaste. C’est à cette échelle bien plus élevée que se perçoit la valeurpastorale indéniable de cet écosystème àHyphaenethebaica. Lieux de carrefour, zones de relais (d’étapes), sans ces écosystèmes, les circuits commerciaux empruntés par les marchands (notamment avec l’Ethiopie) ne pourraient plus avoir lieu comme d’ailleurs les transhumances ou semitranshumances bovines (entre Tadjoura et Yoboki). Même si ces"étapes"sont frugales elles permettent de dépasser des distances et aussi amortir les effets saisonniers.
Dépérissement des palmeraies àHyphaenethebaicaUn dépérissement de ces milieux précieux pour les populations locales et régionales a été signalé au début des années 1980. La baisse considérable du niveau de pluviométrie était souvent mise en avant (depuis une dizaine d’années la moyenne pluviométrique annuelle enregistrée a été de 75 mm, les normales indiquées pour ces zones étaient dans une fourchette de 150 à 200 mm) Les facteurs anthropiques apparaissaient aussi comme des éléments amplificateurs de ce dépérissement. Certaines ceintures de végétation des palmeraies étaient en voie de disparition. Des attaques phytosanitaires et des envahissements par des espèces inappétées avaient été relevées, ces problèmes ont participé à la pression d’exploitation surHyphaenethebaica. Rien à l’époque ne permettait de mieux la contrôler. Parmi les causes élevées de dépérissement de ces formations, le surpâturage était souligné comme étant le premier élément de perdition des formations à : Suaedamonoïcadont les touffes disparaissent (surpâturage + attaques phytosanitaires), LasiurusscindicusetCyperusrotundusherbacées en régression au profit deJatrophaglaucaet deTephrosiapurpurea.La perte de ces ressources fourragères entraîne un déséquilibre d’exploitation qui se répercute sur les autres formations végétales. Fig. 4Mortalité de la ceinture fourragère des palmeraies à Hyphaene thebaicaà Yoboki, Rép. Djibouti. © Johann Huguenin. Comment intervenir sur un milieu peu connu ? Préoccupé par cette situation, les"Okal" locaux(chefs de communautés des populations Afar) ont sollicité l’intervention des services de la Direction Nationale de l’Elevage, en 198485. Après études et diagnostics, un projet a été élaboré entre l’Etat de Djibouti, la Communauté Européenne et l’I.E.M.V.T.Son programme se composait de deux phases: l’une expérimentale portant plus sur le biologique et l’agronomique (un à deux ans), l’autre de développement sur la prise en compte d’alternatives auprès des réseaux décisionnels locaux (qui induisent la gestion des écosystèmes d’élevage par des corps de règles sociaux et culturels). En raison des principaux facteurs perturbant ces écosystèmes (baisse pluviométrique et pression anthropique), d’autres espèces fourragères et fructifères que celles existantesdans ces milieux ont été testées, bien que le projet ait porté essentiellement sur la restauration, l’extension et une meilleure utilisation des palmeraies tant par l’homme que pour les animaux.Les raisons de cette orientation ont été les suivantes : La trop forte pression d’exploitation sur le Doum ne semblait pas contrôlable en l’état,et un accroissement des surfaces potentiellement fourragères,avec une restauration Même l’alimentation des animaux n’aurait guère était améliorée de façon durable. Les autres utilisateurs du Doum auraient aussi été que temporairement favorisés. La synthèse de nos analyses et de nos perceptions mutuelles avec les autorités, les populations, les agropatoralistes, nous a vite amené à considérer qu’une restauration réussie n’entraînerait pas forcément une utilisation durable de la palmeraie compte tenu de l’apparente fragilité de la résilience de ces écosystèmes. Cette analyse s’appuyait sur: i) des discussions avec les autorités locales, nationales et les"habitants  référents"de la zone de Yoboki ; ii) des études sur les mécanismes de régulation aux perturbations des écosystèmes àHyphaenethebaica.
D’où deux constats –propositions : L’intérêt pastoral de ces plaines se situe principalement hors palmeraie et il est plus sensé de remplacerSuaeda, par exemple, par d’autres espèces plutôt que d’essayer de diagnostiquer les causes exactes de disparition de cette plante. C’est en diversifiant les sources d’affouragement et les sources de production que l’on a certainement plus de chance de diminuer indirectement l’intensité d’exploitation dont sont l’objet les palmeraies et les autres formations végétales qui y sont associées.
 Fig.5Source artésienne et pâture à cypéracée, Yoboki, Rép. Djibouti.  ©Johann Huguenin. Fig. 6Installation de plants fourragers en irrigation temporaire à partir sources  artésiennesvers Yoboki, Rép. Djibouti. © Johann Huguenin. Identifier des moyens de renforcer sur le long terme ces systèmes La première phase a été de travailler sur les aptitudes biologiques et de résilience de plusieurs espèces ligneuses fourragères et pour certaines à multiples usages (brisevannerie, bois de vent, cuisson…). La majorité des essences étudiées était déjà présentes à Djibouti. Nos études ont porté sur huit espèces:Acacia tortilis, Atriplex nummularia, Atriplex semibaccata, Conocarpus lancifolius, Hyphaene thebaica, Pithecellobium dulce, Prosopis chilensis, Ziziphus spinachristi. Un travail exploratoire a été conduit pour arriver à: i) connaître les conditions de stockage des semences en condition sommaire, ii) faire germer ces espèces, iii) élever les plants, iv) mettre en terrain les plants et les soigner. Les activités parallèles à ce programme expérimental central ont consisté en une observation du milieu destiné à saisir ses aptitudes suivant les modes de gestion pratiqués. Notre perception des pratiques des populations sur le milieu a pu se structurer à partir : Des discours des personnes de la zone d’étude qui nous côtoyaient(nous habitions à Yoboki), avec lesquels nous pouvions travailler,  Desexplications et observations sur les gestions collectives des prairies à Cypéracée aux alentours des sources d’eau chaudes salées.Les caractéristiques de ces pratiques permettaient d’envisager la reprise par les populations des acquis des essais (s’ils s’avéraient concluants), suivant des conditions et accompagnements qui étaient à retenir par les autorités locales, nationales de la République de Djibouti. La deuxième phases’est appuyée sur les travaux de mise en place en terrain des plants élevés. Quatre sites de 1,8 ha avaient pu être installés. L’une, proche d’une de ces pairies à Cypéracée, présentait des atouts pour mener un travail conjoint avec les pasteurs locaux afin d’appréhender les logiques d’équilibre végétal / animal. Perceptions qui se révélaient déjà inscrites dans le fond culturel commun, puisque c’est par les repères induits qu’une gestion des prairies étaient devenues opérante.
L’Arrêt de l’opération aété trop prématuré pour mener à bien les objectifs de renforcement (résilience) de ces écosystèmes, des évènements sévères n’ont pas permis d’inscrire ces travaux dans le temps. La pluviométrie s’étant améliorée les années suivantes, l’écosystème spontané de ces palmeraies a pu se maintenir, cependant si un des facteurs de perturbation majeure du milieu a semblé s’effacer, ceux provenant des aspects anthropiques se révèlent de plus en plus forts. Fig. 7Aménagement agropastoral avecAcacia niloticaetsporobolus helvolus,  versYoboki, Rép. Djibouti. © Johann Huguenin. Opération devenue un coup d’épée dans l’eau ou devenue espoir comme une graine mise à l’eau? Amertume pour les opérateurs du projet, c’est vrai, mais au moins nous avions nos acquis sur le plan de la connaissance… Les habitants, les pasteurs avaient bien d’autres préoccupations et puis comme le disait un Okal de la zone : « On nous montre souvent de belles fleurs, mais nous ne voyons jamais les fruits » (propos recueilli par Moïse Labonne). En repassantà l’Ouest du continent Africain, j’ai plaisir à penser à cette expression malienne: « Pour avoir de l’ombre demain, plante ton arbre aujourd’hui), c’est peut être ce qui a été fait.Concernant Djibouti, ces travaux ont contribué au lancement et au financement d’une vaste étude sur la flore. Travail, étude et ouvrage exceptionnel sans équivalent dans cette région du monde. Cela représente un savoir, un savoir pour agir, un savoir pour réagir, offert aux générations d’enfants, enseignants, scientifiques djiboutiens. Les opérations et études menées au regard de tous dans la zone de : YobokiAgnaGalafi, ont pu montrer par d’autres approches que les milieux étaient bien régulés. Que non seulement les espèces maraîchères, les palmiers dattiers… se cultivaient, se géraient, mais qu’il était possible de faire de même avec d’autres végétaux et même avec des communautés de végétaux. Je ne peux savoir ce qui en a été perçu et surtout comme le temps retraduira cette action dans la mémoire collective, mais l’action a eu lieu.En acquis induits, malgré son arrêt prématuré, ce projet a formé une dizaine de pépiniéristes, une trentaine de personnes aux techniques et plantation et d’irrigation, deux tractoristes. Presque toutes ces personnes étaient de milieu pasteur de la zone d’étude.La valorisation des connaissances s’est traduite par plusieurs publications et notamment par une contribution à la"Flore de Djibouti". Les connaissances acquises sont un bien public, nous pouvons renseigner, à partir de nos travaux originaux, sur les espècespertinentes (leurs usages, leurs caractéristiques) les essences procédures de préparation pour faciliter les germinations des espèces étudiées, leurs élevages, leur mise en place, leur gestion au moins pour la première année.
Que peutil bien rester d’une opération aussi brève? Tout et son contraire pourrait être dit. Qui peut croire aux situations linéaires dans la durée? Des travaux comme ceux qui ont été conduits sont aussi des supports d’idées, de réflexions au sein des réseaux locaux socioéconomiques et culturels (J.P. Darré :La production de connaissance pour l’action –Arguments contre le racisme de l’intelligence1999). Ils sont déjà pourvoyeurs d’acquis puissants. Combien d’idées voyonsnous surgir et disparaître? Mais certaines nedisparaissent pas complètement, comme certaines semences, elles ont besoin d’une période de dormance pour mieux germer en situation propice….Quelques références concernant cette opération : Audru (J.), César (J.), Lebrun (J.P.) 1994 Les plantes vasculaires de la République de Djibouti Flore ère ème illustrée :Volumes :I ;II 1partie ;II 2partie ;Photographies :César (J.), Forgiarini (G.), Huguenin (J.), Labonne (M.), etal.; Mission Française de Coopération et d’Action Culturelle de Djibouti, I.E.M.T., MaisonsAlfort968 p. Audru (J.), Huguenin (J.), Pruvost (A.), 1987  Amélioration pastorale à Djibouti du complexe végétal à Hyphaenethebaica Les résultats, la conception des aménagements et les modalités de participation des populations locales au projet.141166 Terroirs pastoraux et agropastoraux en zone In tropicale ; p. 141166 ; MaisonsAlfort ; I.E.M.V.T. Cirad ; Audru (J.), Boudet (G.) etal. Huguenin (J.), 1986Restauration et meilleure utilisation des Hyphaenaies d’Agne etde GalafiMise en place RéalisationObservationsRapport d’exécution; FED, Dir. Nat. Ser. Elevage et des pêche de la République de Djibouti, 156 p.
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