27-Étude des compétencesPP 453-468

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Chapitre 27Étude des compétences en communicationdes intervenants médico-psychologiquesdans le cadre d’un premier entretiend’investigation avec un enfant présumévictime d’agression sexuelle 1 2 2 3Marc Gérard , Silvana Fuso , Alexandra Meert , Vanessa Speeckaert , 4Darius RazaviRésuméLe Centre SOS Enfants – Université Libre de Bruxelles – C.H.U. Saint-Pierre œuvreà la prévention et au suivi des maltraitances ou négligences infantiles et veille à laprise en charge des familles à risque. Les intervenants amenés à rencontrer desenfants présumés victimes d’agression sexuelle ont un rôle complexe. Outrel’établissement d’une relation de confiance avec l’enfant, les intervenants doiventégalement être en mesure de favoriser le processus de révélation des faits d’agressionpar celui-ci. Il est donc indispensable de posséder les compétences en communicationqui permettront d’optimaliser la quantité et la qualité des informations rapportées parl’enfant. Le Centre SOS Enfants s’interroge sur la nature de ces compétences et surleurs effets dans le processus de révélation. Pour répondre à ce questionnement, unevaste recherche a été initiée en 2000, en collaboration avec la faculté de Psychologiede l’Université Libre de Bruxelles (U.L.B.), afin d’approfondir la sphère de lacommunication dans le domaine de la maltraitance infantile. Depuis 2004, chaquepremier entretien d’investigation d’agression sexuelle est enregistré, intégralementretranscrit et analysé grâce à ...
Publié le : vendredi 23 septembre 2011
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Chapitre 27 Étude des compétences en communication des intervenants médico-psychologiques dans le cadre d’un premier entretien d’investigation avec un enfant présumé victime d’agression sexuelle Marc Gérard 1 , Silvana Fuso 2 , Alexandra Meert 2 , Vanessa Speeckaert 3 , Darius Razavi 4 Résumé Le Centre SOS Enfants – Université Libre de Bruxelles – C.H.U. Saint-Pierre œuvre à la prévention et au suivi des maltraitances ou négligences infantiles et veille à la prise en charge des familles à risque. Les intervenants amenés à rencontrer des enfants présumés victimes d’agression sexuelle ont un rôle complexe. Outre l’établissement d’une relation de confiance avec l’enfant, les intervenants doivent également être en mesure de favoriser le processus de révélation des faits d’agression par celui-ci. Il est donc indispensable de posséder les compétences en communication qui permettront d’optimaliser la quantité et la qualité des informations rapportées par l’enfant. Le Centre SOS Enfants s’interroge sur la nature de ces compétences et sur leurs effets dans le processus de révélation. Pour répondre à ce questionnement, une vaste recherche a été initiée en 2000, en collaboration avec la faculté de Psychologie de l’Université Libre de Bruxelles (U.L.B.), afin d’approfondir la sphère de la communication dans le domaine de la maltraitance infantile. Depuis 2004, chaque premier entretien d’investigation d’agression sexuelle est enregistré, intégralement retranscrit et analysé grâce à la Grille d’évaluation analytique des compétences en communication (G.E.A.C.C.-R-2005-Abus sexuels de l'enfant). Cet outil, qui permet une analyse précise et rigoureuse du discours entre deux interlocuteurs, a été adapté en 2005 à la problématique de l’agression sexuelle. L'agression sexuelle : coopérer au-delà des frontières, Cifas 2005 453
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Les premiers résultats de ces analyses démontrent un impact des stratégies communicationnelles utilisées par l’intervenant sur la révélation par l’enfant des abus qu’il a subis. Il apparaît en effet clairement que certaines stratégies verbales facilitent le dévoilement des faits d’agression tandis que d’autres l’inhibent. L’étude souligne également l’existence de certaines difficultés de communication chez les intervenants. La poursuite de cette recherche est indiquée pour vérifier, voire renforcer, ces premiers résultats ainsi que pour permettre la mise sur pied de formations centrées sur l’acquisition des stratégies communicationnelles adéquates. Introduction L’agression sexuelle d’enfants est un problème de santé publique. Les professionnels du secteur de protection de l’enfance doivent faire face à un nombre croissant de demandes d’avis et d’expertise pour des situations de suspicion d’agression sexuelle. Lors de leur rencontre avec un enfant présumé victime, les intervenants médico-psychologiques ont une mission difficile. En plus d’établir une relation de confiance avec l’enfant, ils doivent, dans la mesure du possible, favoriser le processus de révélation des faits d’agression. Il est dès lors recommandé de maîtriser certaines stratégies communicationnelles permettant d’optimaliser la quantité et la qualité des informations rapportées par l’enfant. Or, cette situation de premier entretien d’investigation constitue un contexte de rencontre particulièrement stressant durant lequel la charge émotionnelle est importante tant pour l’enfant que pour l’intervenant, ce qui peut se traduire par des difficultés dans la communication verbale ou non verbale. Outre les difficultés inhérentes au contexte de premier entretien, s’ajoutent pour les professionnels les délicates adaptations au niveau développemental de l’enfant. La communication dépend donc notamment d’éléments propres à l’enfant, tels que son développement intellectuel, ses capacités langagières, mnésiques, attentionnelles et spatio-temporelles (Lamb, Sternberg, & Esplin, 1998; Haesevoets, 2000). L'agression sexuelle : coopérer au-delà des frontières, Cifas 2005 454
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Certains éléments psycho-affectifs peuvent aussi expliquer les difficultés rencontrées par l’intervenant médico-psychologique. Une confusion par l’enfant du fantasme et de la réalité serait possible, et d’autant plus fréquente s’il se trouve en phase œdipienne (De Becker & Hayez, 1998). Il peut également exister un syndrome d’accommodation chez l’enfant présumé victime d’agression sexuelle (Summit, 1983; Tully, 2002). D’autres enfants encore ignorent les tabous universels tels que l’inceste (Madu, 2001). Enfin, de nombreuses études mettent l’accent sur la peur des enfants de ne pas être crus lors de la révélation de l’abus subi (Haesevoets, 2000) ou de perdre l’amour et l’attention de l’agresseur à la suite de la révélation des faits (Morgan, 1995; Martin & Van Poppel, 1996). Depuis cette prise de conscience des difficultés attenantes au contexte de premier entretien d’investigation de l’agression sexuelle, de nombreuses études ont été menées, donnant lieu à des recommandations diverses. Au-delà de posséder des aptitudes générales telles que patience, écoute, flexibilité et attention (Morgan, 1995), l’intervenant doit également pouvoir tenir compte de facteurs psychodynamiques, comme la dynamique transfert/contre-transfert, ainsi que de la crédibilité de la parole de l’enfant. Au niveau de la communication purement verbale, le recours aux questions directives semble déconseillé (Van Gijseghem, 1992), tandis que les questions ouvertes (Cyr & Wright, 2003), l’apport d’informations appropriées et les marques verbales d’empathie (Jacobi, 2002; Razavi & Delvaux, 2002) sont recommandés. L’entretien avec un enfant présumé victime d’abus doit aussi idéalement pouvoir se dérouler « en entonnoir », à savoir du général au particulier (Yuille, Hunter, Joffe, & Zaparniuk, 1993). À ce jour, des zones d’ombre persistent pourtant dans ce champ de la psychologie car un nombre restreint de recherches empiriques portent sur la communication avec des enfants présumés victimes d’agression sexuelle dans le contexte du premier entretien d’investigation. En effet, très peu d’études se penchent sur la dynamique de l’entretien et sur les éléments de communication émanant de L'agression sexuelle : coopérer au-delà des frontières, Cifas 2005 455
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l’intervenant. La difficulté de mettre en place de telles études tient, d’une part, à des questions éthiques et organisationnelles de collecte des données et, d’autre part, au caractère laborieux de l’analyse de ces données. Avant 2005, il n’existait en effet aucun outil analysant les paramètres de communication de l’intervenant médico-psychologique. Seul le Statement Validity Analysis (Raskin & Esplin, 1991) permettait d’évaluer certains paramètres du discours de l’enfant, comme le niveau de crédibilité, de cohérence ou de véracité des faits relatés. Historique du projet de recherche La prise de conscience de ces lacunes, ainsi que du besoin en formations spécifiques dans le domaine de la communication avec les enfants présumés victimes d’abus, ont suscité un désir de faire progresser ce champ de recherche de la psychologie. Ainsi, depuis 2000, le centre spécialisé multidisciplinaire SOS Enfants – U.L.B – C.H.U. Saint-Pierre s’interroge sur la nature des compétences en communication démontrées par les intervenants dans une situation de premier entretien d’investigation avec un enfant présumé victime d’agression sexuelle. En étroite collaboration avec la faculté de psychologie de l’Université Libre de Bruxelles, plusieurs études ont vu le jour. Après une phase de recherche portant sur des simulations d’entretien, ces travaux analysent depuis 2004 les stratégies de communication utilisées en situation clinique réelle, ce qui constitue un élément novateur en soi. Hypothèse générale L’hypothèse générale stipule que la nature des stratégies de communication utilisées lors du premier entretien d’investigation influence la qualité de la relation établie entre l’intervenant médico-psychologique et l’enfant présumé victime d’agression sexuelle. Certains éléments du discours de l’intervenant pourraient dès lors influencer le processus de révélation des faits et la nature de l’intervention. Une meilleure connaissance de ces stratégies communicationnelles, et leur enseignement, L'agression sexuelle : coopérer au-delà des frontières, Cifas 2005 456
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permettraient donc une prise en charge optimalisée des enfants supposément agressés et pourraient favoriser les révélations des victimes.
Méthodologie Entretiens cliniques À partir de 2004, avec l’accord du Comité d’éthique du C.H.U. Saint-Pierre, le centre SOS Enfants est passé de l’analyse d’entretiens simulés à celle de situations cliniques réelles. Le consentement éclairé des intervenants effectuant les entretiens et des parents de l’enfant participant à l’étude a été demandé et obtenu par la psychologue chargée de la recherche. L’anonymat a été garanti à tous, tout comme une prise en charge clinique habituelle, à l’exception de la présence d’un enregistreur audio durant l’entretien d’investigation.
Population Les enfants retenus pour l’étude doivent être présumés victimes d’agression sexuelle. Ils doivent être exempts de troubles cognitifs et avoir une connaissance suffisante de la langue française. L’échantillon se compose de quatre filles âgées de 6 à 9 ans. Les parents de deux d’entre elles sont séparés, et l’agresseur est connu de l’enfant dans les quatre situations, même si dans deux cas l’agression est extrafamiliale. Les intervenants médico-psychologiques doivent maîtriser la langue française et consacrer au moins la moitié de leur temps à l’expertise, l’évaluation et le suivi d’enfants ou de familles rencontrés dans un cadre de suspicion d’agression sexuelle. Les quatre intervenants retenus pour cette recherche sont des psychologues de sexe féminin âgées de 26 à 50 ans et dont l’expérience dans la maltraitance sexuelle s’étend de deux à huit ans. Alors que toutes ont suivi au moins une formation dans le domaine de la maltraitance sexuelle, aucune n’a jamais bénéficié d’une formation spécifiquement axée sur la communication verbale. L'agression sexuelle : coopérer au-delà des frontières, Cifas 2005 457
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Outil Chaque enregistrement audio d’entretien a été fidèlement retranscrit, puis décodé à l’aide de la Grille d’évaluation analytique des compétences en communication (G.E.A.C.C.). Cet outil est l’adaptation francophone du « Cancer Research Campaign Workshop Evaluation Draft Manual » (Booth & Maguire, 1991), élaboré en vue de l’analyse de la communication soignant-soigné en oncologie. Les concepteurs de cette grille en ont étudié les propriétés psychométriques (fidélité, validité et sensibilité) et ont jugé ces critères satisfaisants. Delvaux (1999) a ensuite traduit cet outil en langue française et a également obtenu des paramètres psychométriques corrects. Depuis 2000, le centre SOS Enfants s’est lancé dans l’adaptation de cet instrument au contexte de l’agression sexuelle de l’enfant (G.E.A.C.C.-R-2005-Abus sexuels de l’enfant). La version finale de cette grille a été validée par un comité d’experts dans les domaines de la communication et de l’agression sexuelle sur enfant. Il s’agit donc d’un outil de travail standardisé et validé permettant une analyse, la plus objective possible, de la communication verbale de l’enfant et de l’intervenant, et se basant sur sept catégories spécifiques de la communication, présentées dans le tableau 1 ci-dessous. Un tel outil d’analyse permet de repérer les liens éventuels entre les stratégies de communication auxquelles recourt l’intervenant et celles utilisées par l’enfant. L’outil se situe donc dans une perspective d’analyse dynamique du discours, ce qui est le plus adéquat dans le cadre d’un processus de révélation. En ce qui concerne les quatre entretiens pris en compte pour cette étude, ils ont été décodés par deux cotateurs indépendants ayant préalablement été formés à l’utilisation de la G.E.A.C.C.-R-2005-Abus sexuels de l’enfant. Un des entretiens, ayant une fidélité intercotateur plus faible que les autres, a fait l’objet d’une concertation quant aux cotations des catégories « fonctions » et « niveau d’évocation de l’abus ». L'agression sexuelle : coopérer au-delà des frontières, Cifas 2005 458
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Tableau 1. Les sept catégories spécifiques de la communication reprises dans la G.E.A.C.C.-R-2005-Abus sexuels de l'enfant Catégorie Définition et exemples Forme de l’énoncé Il s’agit de la forme grammaticale de l’énoncé. Ex. : affirmation, question ouverte, question directive, questions multiples Fonction de l’énoncé Il s’agit de l’objectif que vise l’énoncé. Ex. : recherche d’information, réassurance, clarification, synthèse Niveau de familiarité Il s’agit du mode sur lequel chacun des protagonistes de l’interaction s’adresse à l’autre. Ex. : tutoyer ou vouvoyer l’enfant Niveau émotionnel Il s’agit de l’évocation verbale d’éléments émotionnels. Ex. : « j’étais en état de choc », « ma maman a très peur » Blocage (de Il s’agit de l’expression verbale d’un vécu stressant, d’une l’intervenant ou de difficulté communicationnelle chez l’un des protagonistes l’enfant) de l’interaction. Ex. : changement de thème, interruption du discours de l’autre Niveau d’évocation Il s’agit de la manière dont l’abus présumé est abordé. de l’abus Ex. : niveau implicite (« il me fait des choses»), niveau explicite (« il m’a caressée ») Contenus Il s’agit des thèmes abordés dans le discours. Ex. : anamnèse, abus, trouble physique, trouble psychologique G.E.A.C.C.-R-2005-Abus sexuels de l’enfant Résultats Étant donné le nombre réduit d’entretiens ayant répondu à nos critères d’inclusion, les analyses statistiques envisageables étaient limitées. Ainsi, un premier axe d’analyse a porté sur les calculs des fréquences brutes et relatives des items de la grille pour chacun des entretiens, afin de relever les éléments les plus récurrents. Un second axe d’analyse a, quant à lui, porté sur un calcul de proportion de blocages en lien avec les items de la grille afin de vérifier l’influence du discours de l’intervenant sur le discours de l’enfant, ainsi que la nature de cette influence.
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Axe 1 : Analyses descriptives du côté de l’intervenant Cette partie de l’analyse porte sur l’observation quantitative de ce qui se passe en entretien, uniquement en ce qui concerne les paroles de l’intervenant. Le tableau 2 ci-dessous présente les fréquences brutes et relatives des principaux éléments de la grille d’analyse, qui seront repris tout au long de cet article. Tableau 2. Fréquences brutes et relatives des principales stratégies de communication
Stratégies de communication n % Nombre total d’énoncés de l’intervenant 398 100% Formes Questions ouvertes 2 0,5% Questions directives 90 23% Questions suggestives  24 6% Questions multiples  33 8% Fonctions de soutien Reconnaissance 106 26,5% Empathie 1 0,2% Réassurance 8 1,75% Blocages de l’intervenant 16 4%        Nombre total d’énoncés de l’enfant 234 100% Bloca es de l’enfant 18 7,5%    Dans l’échantillon, il ressort que les questions ouvertes sont très rarement utilisées et apparaissent principalement en début d’entretien lors de la phase de prise de contact et de présentation. Quant au soutien pouvant être apporté à la présumée victime, il apparaît le plus souvent dans l’entretien par le biais de reconnaissances du discours de l’enfant, et nettement moins souvent sous forme d’empathie ou de réassurance. L'agression sexuelle : coopérer au-delà des frontières, Cifas 2005 460
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Les intervenants de l’échantillon ont également tendance à investiguer davantage des domaines d’ordre général (vie à l’école, relations avec les amis, etc.) plutôt que psychologique (malaise, tristesse, peur, etc.). Le ressenti de l’enfant est donc rarement abordé lors de ces entretiens et lorsque c’est le cas, ce n’est que de manière très implicite. Les résultats montrent également que le thème de l’agression est relativement peu évoqué et ne représente que 6% de tous les contenus abordés durant l’entretien. Si l’agression est verbalisée, elle l’est principalement lors des cinq premières minutes de l’entretien et n’est alors que rarement ou superficiellement reprise ultérieurement par l’intervenant. D’autre part, les analyses montrent que l’intervenant médico-psychologique connaît le plus de difficultés dans sa communication lorsqu’il y a évocation de l’agression. Il a tendance à « bloquer » davantage, ce qui se manifeste par un malaise dans son discours. Les deux types de blocages les plus fréquents sont ceux se traduisant par un brusque changement de thème ou par une diminution du niveau émotionnel du discours.
Axe 2 : Analyses de la dynamique du discours L’étude s’est également penchée sur la dynamique du discours, et plus précisément l’influence – facilitatrice ou inhibitrice – du discours de l’intervenant sur le discours de l’enfant. Pour parvenir à évaluer cette influence, la première étape d’analyse a consisté à relever les éléments du discours de l’intervenant qui influencent de manière récurrente le discours de l’enfant. Cela a été réalisé à l’aide de tests Chi-carré d’indépendance permettant de mesurer la relation entre certaines stratégies communicationnelles de l’intervenant et la différence de proportion entre présence et absence de blocage chez l’enfant. La seconde étape visait à vérifier la nature de cette influence, en termes de facilitation ou d’inhibition du discours de l’enfant, c’est-à-dire en fonction du nombre de blocages et du niveau d’évocation de l’abus retrouvés dans le discours de la présumée victime. L'agression sexuelle : coopérer au-delà des frontières, Cifas 2005 461
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Le tableau 3 ci-dessous présente, d’une part, les hypothèses de travail spécifiques quant à l’influence du discours de l’intervenant médico-psychologique sur le discours de l’enfant, et, d’autre part, les résultats effectivement obtenus en termes de confirmation ou d’infirmation de ces hypothèses de départ.
Tableau 3. Confrontation des hypothèses aux résultats obtenus
Discours intervenant  Questions ouvertes Questions directives , suggestives, multiples
Fonction s de soutien
Fonction s d’évaluation générale
Discours enfant  Hypothèse de départ  Facilité Confirmée Inhibé Confirmée en partie : les formes directives induisent des blocages chez l’enfant mais moins que les formes suggestives et multiples Facilité Confirmée en partie : la reconnaissance seule (sans empathie ou réassurance ap -propriée) ne facilite pas le discours de l’enfant Pas Facilitation du discours de d’hypothèse l’enfant (la fonction d’éva-luation générale n’avait pas été envisagée dans les hy -pothèses) Niveau d’évocation Inhibé Infirmée explicite de l’abus Blocage Inhibé Confirmée  Les questions ouvertes paraissent visiblement faciliter le discours de l’enfant et sont, d’après les résultats, associées de manière claire à une absence de blocage de sa part. Inversement, les formulations plus fermées venant de l’intervenant médico-psychologique tendent à être davantage associées à des blocages chez l’enfant, et ce d’autant plus que les questions sont suggestives ou multiples. Cela va dans le sens de la littérature (Haesevoets, 2000; Lamb & Fauchier, 2001; Orbach & Lamb, 2001), qui considère les formes fermées comme néfastes à la communication.
L'agression sexuelle : coopérer au-delà des frontières, Cifas 2005 462
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Dans l’échantillon, l’évocation implicite de l’agression est associée à un grand nombre (28,6%) de blocages de la part de l’enfant, alors qu’une évocation explicite des faits ne l’inhibe jamais (0%) dans son discours. De manière générale, c’est l’enfant qui évoque une première fois l’agression en répondant à une question de l’intervenant. Ce dernier reprend alors bien souvent les termes employés par l’enfant. Occasionnellement, il arrive que l’intervenant soit le premier à évoquer l’agression; dans la plupart des cas, il le fait alors de manière implicite, certainement pour ne pas suggérer d’éléments à l’enfant.
Discussion Les résultats montrent que les questions ouvertes facilitent visiblement le discours de l’enfant. Or, selon cette étude et d’autres l’ayant précédée, les intervenants ne recourent que très rarement à ce type de questions, même si leur utilisation est fortement recommandée. Cette constatation peut être interprétée comme relevant d’une difficulté de la part des intervenants médico-psychologiques à laisser l’enfant s’exprimer librement, par crainte que celui-ci ne sache quoi dire ou se sente mal à l’aise. Cela amènerait l’intervenant à poser davantage de questions, avec le risque que ces questions se multiplient ou deviennent de plus en plus fermées. Les résultats de cette étude mettent ainsi en évidence un recours beaucoup plus fréquent aux formes fermées, c’est-à-dire aux questions directives, suggestives et multiples. Pourtant, le fait de poser une question très précise (question directive) à un enfant ne lui laisse que peu de latitude pour répondre, ce qui risque de lui donner l’impression qu’on lui dicte ce qu’il doit dire. De même, mitrailler l’enfant de questions (questions multiples) le plonge dans une certaine confusion, de sorte qu’il ne sait plus à quelle question répondre exactement. Un autre résultat interpellant a été de constater le manque de soutien reçu par la présumée victime lors de ces entretiens d’investigation. Dans l’échantillon, le soutien L'agression sexuelle : coopérer au-delà des frontières, Cifas 2005 463
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