50 ans d'idéal social

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L'Association Interrégionale de Guidance et de Santé (AIGS) a 50 ans ! Cette entreprise sociale tournée vers l'extrahospitalier a progressé tout au long des décennies, passant de quelques centres de guidance pour enfants à plusieurs dizaines de services ambulatoires pour tous les âges. Ce livre se veut un témoignage de l'activité incessante menée par tous ses intervenants durant 50 ans. Rien n'aurait été possible sans eux.
Publié le : jeudi 1 janvier 2015
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EAN13 : 9782336365039
Nombre de pages : 166
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Sous la direction de
50 ans d’idéal social Marc Garcet50 ans d’idéal social
Chronique philosophique
L’Association Interrégionale de Guidance et de Santé (www.
aigs.be) a 50 ans ! Cette entreprise sociale a progressé tout au
long des décennies, passant de quelques centres de guidance 50 ans d’idéal social
pour enfants à plusieurs dizaines de services ambulatoires pour
tous les âges. Ces services sont volontairement tournés vers
l’extrahospitalier. Le climat social et économique a mis au ban
de la société de plus en plus de personnes. Les milliers d’usagers
qui lui font confance chaque année ont le souhait d’exploiter
leurs capacités d’adaptation, de trouver des réponses positives
à leur état de santé, une aide tournée vers un avenir malgré la
morosité des conditions de vie. Avec une pédagogie sociale,
avec des outils issus de la culture, de l’éducation, de l’art, l’AIGS
offre ainsi des services qui abordent la santé d’une population,
non seulement sur le plan physique, mais aussi sur le plan social
et mental.
Résolument tournée vers l’avenir, cette association engage
dans son sillage des mandataires politiques communaux,
des associations d’usagers, des patients, des professionnels du
secteur non marchand issus du monde médico-psychosocial,
mais aussi des artistes, des animateurs, des pédagogues.
Ce livre se veut un témoignage de leur activité incessante
durant ces 50 ans. Rien n’aurait été possible sans eux.
Auteurs : Marc GARCET, Jean-Marie KREUSCH, Jean-Marie DONNAY ,
Serge DALLA PIAZZA, Luc VANDORMAEL, Jean-Marc BIENKOWSKI,
Bernard JACOB, Rachel GARCET, Rose-Marie DETHIER, Vinciane
HAIRS.
Au carrefour du social
Illustration de couverture : Jamal Lgana
ISBN : 978-2-343-05003-4
17,50 e AIGS
Sous la direction de
50 ans d’idéal social
Marc Garcet








50 ANS D’IDEAL SOCIALAu carrefour du social
Collection dirigée par Marc Garcet et Serge Dalla Piazza
L'Association Interrégionale de Guidance et de Santé (AIGS) est
née en 1964 de la volonté de quelques hommes de promouvoir la
santé et la qualité de vie pour tous. Des dizaines de services de
proximité et extrahospitaliers ont vu le jour pour accompagner,
insérer, aider, soigner, intégrer, revalider, former des milliers
d’usagers en mal d’adaptation personnelle ou sociale. En
collaboration avec les éditions L'Harmattan de Paris, la collection
« Au Carrefour du Social » veut promouvoir ce modèle et offrir
une réflexion ou des rapports de ses pratiques et de ses
innovations.
Déjà parus
Marc GARCET, Nous ne pouvons pas tout accepter… Place à
l’objection de conscience, 2014.
Marc GARCET, Serge DALLA PIAZZA (dir.), Pour vivre
ensemble. Résister, créer, transmettre, 2014.
Marc GARCET, Robert Garcet. De la révolte à la création.
Biographie, 2012.
Serge DALLA PIAZZA, Ces étrangers parmi nous, 2011. A PIAZZA, Marc GARCET, L’économie ne peut être
que sociale, 2011.
Serge DALLA PIAZZA, Marc GARCET, Diversité culturelles et
progrès humain. Pour un développement humain, 2011.
Serge DALLA PIAZZA, Marc GARCET, Jeunes, inactifs,
immigrés : une question d’identité. Vivre dans un désert
industriel, 2010.
Serge DALLA PIAZZA, Marc GARCET, Rendre la commune aux
citoyens. Citoyenneté et démocratie locale à l’ère de la
mondialisation, 2010.
Marc GARCET, Construire l’Europe sociale, 2010.
Serge DALLA PIAZZA, Marc GARCET, L'avenir de l'homme en
question. Pour que nos enfants vivent, 2009 Sous la direction de
Marc GARCET
50 ans d’idéal social
L’HARMATTAN Mise en forme des textes
Serge Dalla Piazza
© L’HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-05003-4
EAN : 9782343050034 SOMMAIRE



50 ANS D’IDEAL SOCIAL
Marc GARCET 9

A PROPOS DE LA TRANSMISSION
Rencontre entre un castor et une mouette
Jean-Marie KREUSCH 21

LA CLINIQUE ET L’ACTION COMMUNAUTAIRE :
UN CHEMINEMENT DANS L’AIGS
Jean-Marie DONNAY 37

SCIENCE ET CONSCIENCE
Serge DALLA PIAZZA 61

UN CHANTIER PERMANENT
Luc VANDORMAEL 79

SE DECOUVRIR SOI-MEME
Jean-Marc BIENKOWSKI 97

LE BONHEUR, C’EST MAINTENANT
Bernard JACOB 109

LES 50 ANS DE L’AIGS
Rachel GARCET 119

RENCONTRE EN HUMANITUDE
Rose-Marie DETHIER 129

ENFANCE ET AVENIR
Vinciane HAIRS 137

CONCLUSIONS
Marc GARCET 153

LES PEPITES AU THEATRE 155



750 ANS D’IDEAL SOCIAL
Marc GARCET




Mes pensées, mes paroles, mes actes dans l’AIGS

Dès 1955, mes grands questionnements étaient alimentés par les études
publiées par l’Organisation des Nations Unies à travers ses agences OMS,
UNESCO, FAO, concernant les différentes zones du monde et les impacts
ravageurs de la guerre dont nous avions été les victimes en Europe.

J’étais logiquement attiré par la pensée internationaliste qui, dès après la
guerre, a été à la base de la création de l’ONU et des chartes universelles des
droits de l’homme reprenant les libertés et les droits essentiels. Au-delà, il
fallait bâtir les voies et moyens pour établir ces libertés essentielles sur le
plan national et international. Parmi celles-ci, je retiens particulièrement la
liberté de conscience, la liberté d’expression, l’égalité d’accès à l’éducation,
à la santé, au logement, à la mobilité, à la culture sous toutes ses formes.

Les années 1950 sont des années « militaires » marquées par la création de
l’OTAN et du Pacte de Varsovie. On ne parle que de guerre en Europe. De
1956 à 1959, j’écris « Thèse pour l’objection de conscience » où je situe ma
position sociale et politique et mon engagement dans l’action humanitaire.

En Afrique, c’est la décolonisation, les mouvements de libération et pour
moi, le soutien naturel, à ceux qui demandent leur autodétermination.

Les années 1960 s’achèvent avec le mouvement Peace and Love. Enfin les
jeunes introduisent d’autres valeurs. On peut penser à bâtir. C’est à ce
moment-là, en 1958, que le Traité de Rome institue la Communauté
Economique Européenne (CEE)

Depuis 1955, toujours investi au Service Civil International, j’ai pris place
dans les structures du Comité International dont je suis président. A ce
moment symbolique des cinquante années d’existence des chantiers
volontaires pour la paix, je visite les cinq branches asiatiques, l’Inde, le
Pakistan de l’Est, de l’Ouest, Ceylan et le Népal. Dans chaque pays, dans
chaque région, je rencontre des milliers de jeunes volontaires. J’en reviens
secoué dans mes fondements. Je fais un fameux rétablissement quand je me
retrouve à Liège où les grèves de soixante ont là aussi stigmatisé les
inégalités ; les pans entiers de développement laissés en friche exigent des
9réformes de structure importantes, comme le réclamaient André Renard et
Jacques Yerna à l’époque.

Jusqu’en 1989, nous étions sous l’empire de la guerre froide, nous subissions
l’action psychologique des états et des puissances militaires antagonistes
incitant à la méfiance, à l’installation d’un climat de conflit et de préparation
d’une guerre éventuelle contre l’Union Soviétique et ses alliés. Cette
circonstance particulière, que nous oublions en 2014, avait pour effet
d’épuiser les budgets nationaux et internationaux aux fins d’entretenir des
armements, des équipements, des stratégies militaires coûteuses prêtes à
détruire l’ennemi à tout moment.

Dès la fin de la guerre froide, en Belgique, la conscription est supprimée
ainsi que dans de nombreux pays européens. Les budgets militaires sont
limités. Des moyens sont libérés à d’autres fins. L’écoute des hommes
politiques à l’égard de la qualité de vie des populations change d’orientation.
C’est donc dans ce décor tout en nuance que nous sommes sortis de la
répétition belliqueuse et guerrière, sous la menace d’une nouvelle
confrontation. Des idées nouvelles de droits de l’homme pulsées par les
organisations internationales nous ont propulsés dans les années soixante.
Des révolutions intellectuelles aux USA, dans les pays de l’Est et en Europe
ont déterminé des changements de valeurs, de perspectives et de paradigmes.
Mai 68 a fait le reste pour nous.

Dans mes études d’assistant social, j’ai fait mes premiers stages au CPAS de
Liège où toute la misère de la Ville prenait la voix d’hommes et de femmes
sans revenus, sans moyens, vivant dans des conditions de logement,
sanitaire, d’éducation et d’environnement dignes de la rue Vaugirard décrite
dans les romans de Balzac. C’est là que je me suis mis à vibrer à la « misère
humaine », m’efforçant dans mon langage de l’époque de faire vivre à mon
chef de stage le moindre détail de mes observations nuancées et de mes
projections à peine voilées. Celui-ci, directeur du service social, ne manqua
pas de me faire remarquer qu’une enquête sociale n’était pas un chapitre de
roman, fût-il social. Il me remit la tête sur les épaules. Je compris à partir de
cette date qu’il y avait la réalité, la manière de la décrire selon que l’on était
journaliste, écrivain, gestionnaire des fonds publics ou assistant social.

C’est toute la place du technicien dans le contexte d’une société très
différenciée. Les professions sociales, médicales et paramédicales sont des
moyens et non des fins en soi.

Il me fait alors découvrir par là que l’important dans mon rôle d’assistant
social n’est pas seulement le rapport que j’ai avec « les clients », mais que je
suis agent stagiaire d’un organisme public qui sur la place de Liège a comme
10objectif de rencontrer les problèmes de misère et de pauvreté d’une catégorie
de population exclue du travail, marginalisée, sans revenus pour des raisons
propres à chacun ou à des causes liées à la société.

En tant qu’assistant social, mon rôle est certes important, mais l’essentiel
pour la Ville de Liège reste la qualité de vie de la population ; c’est la
fonction centrale de la Commission d’Assistance publique avec ses diverses
branches de l’aide sociale, du rôle des hôpitaux et des fonctions communales
en termes d’urbanisme, d’état civil, de maintien de l’ordre.

Je comprends à ce moment-là que dans le concept du service public, chaque
personne est considérée avant tout comme citoyen pour lequel les services
publics ont des obligations en relation avec leurs besoins individuels et
collectifs.

Fort de mes affirmations individualistes, fort de mes acquis dans l’objection
de conscience où je prônais les valeurs intrinsèques de chaque individu, le
rôle en soi et pour-soi de chaque être, mon immersion dans les rouages et
dans les fonctions d’assistant social stagiaire, dans la misère d’une grande
ville, a changé quelque peu les aiguilles de la boussole de ma conscience
morale. Individu certes avec ses ambitions, son œuvre, mais aussi citoyen
immergé dans la société, produit d’une histoire aux dimensions immédiates,
mais aussi profondes et lointaines constituée de traditions.

L’œuvre de chacun

Chacun se construit avec ses ressources intrinsèques à l’aide de matériaux,
des influences qu’il rencontre fortuitement ou directement autour de lui.

Je compris ainsi à travers les discussions de cas avec mon chef de stage que
je n’étais pas là pour nourrir mes fantasmes et mes projections, mais bien
pour m’inscrire dans une politique et des objectifs d’une organisation de
services publics.

Cette prise de conscience a déterminé toute la suite de mon travail et mon
rapport au monde. Seul, je ne peux rien même si mon rapport à l’autre est
essentiel, je ne peux le rendre efficace et porteur de sens que s’il se situe
dans le concert des circonstances et des déterminants sociaux, familiaux et
environnementaux.

J’ai dû faire le deuil de mon égo sauveur, faiseur de miracles par
l’imposition de mon regard, mon écoute ou de quelques paroles bien senties
que je pouvais déposer ci et là.

11J’ai pris conscience que le travailleur social ne pouvait être efficace pour son
bénéficiaire que s’il travaille à son service dans le cadre d’une mission
institutionnelle tout en considérant surtout ses déterminants personnels tant
sur le plan héréditaire, génétique, biologique, social, éducatif, sa formation,
son enseignement.
Le parcours de chacun ne peut être changé par un médicament, une
intervention verbale, une relation psychologique... La compassion,
l’attention, l’écoute sont certes indispensables - c’est le rapport humain -
mais le changement ne peut être effectif que si l’on agit réellement sur les
déterminants. C’était clair pour moi qu’il fallait agir pour tous ces
déterminants…
Une des causes les plus déterminantes, à mon point de vue, à cette époque
de mon histoire était ce qui se passe dans la pensée et dans la tête de chacun
va déterminer ses conduites ultérieures, c’est-à-dire son rapport au monde.
Je pensais que le rapport à la réalité, son analyse, allait totalement guider,
déterminer son chemin. C’est ce qui m’a guidé vers la psychiatrie ! Mon
stage suivant était à l’Institut Psychiatrique de Lierneux où je découvrais une
autre misère du monde, l’exclusion de la folie. Mais qu’est-ce que la folie ?
Je connaissais par mon analyse politique, la folie des hommes, la guerre, la
violence, la cruauté de l’animal humain à l’égard de son prochain, mais
aussi, chez d’autres, la compassion à l’égard du mourant, du soldat qui geint
sur le bord du chemin. La violence des Etats qui fait de chaque citoyen un
criminel de guerre en cas de conflit pour la bonne cause, dans une guerre
toujours juste ! Dans cette hypothèse, chacun met de côté sa conscience
morale, sa conscience personnelle pour devenir machine à tuer… Cette
dynamique se passe forcément dans un contexte où il y a un pays ennemi
avec des citoyens ennemis qu’il faut, par conviction psychologique, civique,
politique, détruire pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Dans ce cas la
barbarie est consciente, constante, organisée par une folie collective.
A l’Institut Psychiatrique de Lierneux, les fous ne sont pas en guerre. Ils sont
torturés par leurs propres idées, souffrent d’angoisse dans leur corps, dans
leur tête et à travers toutes leurs émotions.
J’y découvre de fortes personnalités : le Professeur Massaut, directeur de
l’Institution, fils de médecin-directeur. Je comprends avec lui tout le rapport
entre l’individuel et le collectif par rapport à la folie.
Le Docteur Meurice me fait découvrir les « Jésus » de l’Institut. Je lis par
ailleurs la biographie de Hitler et celle d’autres fous de la politique, à
12l’œuvre dans les camps de concentration avec d’autres hommes qu’il fallait
éliminer pour une autre folie, car ils étaient « socialistes, francs maçons,
juifs, malades mentaux.

Folie individuelle, folie collective, sans rapport allez-vous me dire ! Dans
ma tête, il fallait réunir dans un même raisonnement, une même logique la
folie individuelle et la folie collective. C’est un tout !

Sur le plan intellectuel, à travers toutes mes rencontres nationales et
internationales, j’ai rencontré des milliers de personnes préoccupées par le
même sujet : quels sont les liens entre l’individuel et le collectif ?

Une même hypothèse dans les deux cas, les circonstances extérieures font de
l’homme un « bourreau » ou un « saint ».

L’être développe en soi et à travers ses déterminants, au départ de ses
qualités intrinsèques, des conduites qui l’amènent ou le rendent sensible à
des conduites violentes, agressives, incontrôlées, pulsionnelles.

La conclusion est « si tu veux la guerre, prépare la guerre » ; « si tu veux la
paix, prépare la paix ».

Un être se construit avec des valeurs, des conduites.

Toutes les études internationales ont montré que la misère, la non-éducation,
la faim, l’inactivité et le chômage sont des causes de troubles, de guerre, tant
sur le plan individuel que collectif. C’est en ce sens que les Nations Unies
ont défini le Droit à l’éducation de chacun et le devoir des états d’y
répondre, que le droit au travail est lui aussi un devoir que les états doivent
assumer à bras le corps avec les opérateurs industriels, que l’égalité
s’organise à travers l’éducation, les conduites, les législations sociales tant
dans le cadre du travail que dans le cadre social, que la pauvreté se jugule
par des règles que chaque état, chaque communauté doivent prendre. C’est
l’Etat social !

Nous mettons ainsi en évidence l’intérêt public, la prévalence de conditions
démocratiques que les états doivent organiser. Les libertés, les droits doivent
être cadrés, ce qui s’est fait progressivement de 1945 à 2008, période de la
dernière crise mondiale d’un autre type.

Les droits se sont souvent affirmés de manière unilatérale sans considérer
simultanément l’éducation de citoyenneté et les obligations à l’égard des
autres. En 2014, nous sommes dans cette situation où de manière trop
13unilatérale les citoyens mettent en évidence des droits sans se placer dans la
situation d’accomplir leurs devoirs.

Une idée permanente, répondre aux besoins des populations

Très tôt, dès la fin de mon adolescence, j’ai fait la part entre l’individuel, son
devoir de solidarité et de fraternité sociales, et la part collective assumée par
les états et les pouvoirs publics.

Dans le premier cas, l’homme pour l’homme peut à la fois être criminel ou
au contraire aidant, accompagnant, ouvrir sa compassion, engager son
respect, son amour de l’autre à tous les niveaux. L’homme peut tout, pour
l’homme individuellement. Très tôt, je l’ai compris en voisinant des
personnages exceptionnels de la résistance.

Par contre, à l’égard des problèmes collectifs, la guerre, la misère, la
maladie, l’homme seul est démuni. Je l’ai compris sur les chantiers du
Service civil international en Europe, Belgique, France, sur les chantiers en
Algérie, dans les camps de réfugiés en bordure de frontière là où se trouvent
toujours les réfugiés. Je l’ai compris en Inde où, Président international du
Service civil, engagé dans les actions de développement communautaire
dans les années soixante où les besoins primaires – eau, alimentation,
hygiène - étaient loin d’être rencontrés. J’ai pris conscience qu’à l’égard des
besoins collectifs, l’aide individuelle est insuffisante. Dans ce cas, il faut
d’abord qu’une politique régionale, locale ou nationale soit définie, arrêtée
inscrite dans les possibilités budgétaires des pouvoirs publics pour qu’en fin
nous engagions avec efficacité une action où la rentabilité sociale à court,
moyen et long terme puisse avoir une efficacité.

Pour moi, cette conscience de la réalité sociopolitique, tant au niveau
européen qu’au niveau international, m’a poussé à l’engagement personnel
qui ne pouvait que s’inscrire dans un engagement collectif porté par les
pouvoirs publics. Au-delà de la guerre 40-45, de laquelle sont sorties la
sécurité sociale et les grandes résolutions internationales créant les Nations
Unies et leurs agences dans tous les secteurs : la culture, l’enseignement, la
santé, l’éducation. Sans être très avancé dans la pratique des états, le droit
public international répondait à mon questionnement. Les cadres étaient là, il
fallait donc s’y inscrire.

Nous n’étions plus avant la guerre 40-45, nous étions en 1960.

Le Service civil m’a appris la richesse des échanges internationaux autour de
ces grandes questions du développement humain à l’échelle individuelle,
14collective, entre nos pays dits industriels et les pays moins développés, dont
l’Asie et l’Afrique.

Nous pourrions penser qu’on est loin de la réalité des années 1960. Au
contraire, c’est à ce moment-là que s’engageaient avec force deux courants :
ramener la responsabilité, la planification, l’organisation des politiques
sociales au niveau des provinces et des communes ou bien les confier à des
organismes privés montés sur le modèle capitaliste.

Dans ces années-là, la rentabilité financière de la médecine, de la santé et
autres organisations à vocation sociale était nulle, voire faible. Le
capitalisme ne s’intéressait pas à cela. Il en est tout autrement en 2000 où le
libéralisme financier s’est investi jusque dans la gestion du bien-être et des
pensions, mais c’est une autre question. Il y a cinquante ans de différence.
Dans les années 1960, la question ne se posait pas avec une telle acuité
qu’en 2000. Elle se posait dans un environnement du développement social,
économique moins construit. Cependant la confrontation existait. La
médecine libérale défendait ses espaces qu’elle voulait transformer en
exclusivité. Alors que dans les années 1970, le Ministre Leburton préconisait
avec le gouvernement une plus large démocratisation de la dispensation des
soins, il recevait alors quelques raclées de la part de l’organisation des
médecins qui s’organisaient en chambre syndicale. Dès cet instant,
opposition entre inspiration privée et inspiration publique s’est marquée.
C’est dans ce contexte-là que l’Etat social allait se développer au-delà des
années 1980 puisait ses racines.

Pour moi, inspiré par la pensée socialisante portée par les pays du nord
(Suède, Norvège), j’ai posé mon choix de répondre aux besoins collectifs en
soutenant les efforts aux niveaux communal, provincial, national. Je me suis
inscrit à tous ces degrés-là sans nécessairement occuper un mandat politique.
Cette question fut pour moi aussi assez cornélienne. Travailler à la base ou
travailler avec les concepts dans l’arène politique. J’aurais voulu faire les
deux. J’étais fortement influencé par des parlementaires qui furent mes
professeurs : Léon-Eli Troclet, Edmond Leburton, etc.

Mon investissement, corps et âme, dans l’AIGS, dans l’action sociopolitique
locale et des ONG internationales ont fait pencher ma vie dans l’action
locale dans le cadre des services publics avec mon attache symbolique,
idéologique aux structures communales, expression, à mon point de vue, de
la démocratie moderne. Il est devenu clair, au fur et à mesure que se
constituèrent les structures européennes, bases de l’Europe Sociale, que je
me sentais aspiré, conforté par la pertinence de ce choix.

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