Adolescentes mamans

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Des centaines d'adolescentes témoignent ici de leur maternité : courageuses, révoltées, audacieuses ; parfois déprimées et vulnérables ! Elles vivent souvent leur maternité en miroir de leur enfance : désirée, subie, acceptée ou rejetée. Elles disent leurs sentiments à vif et ce qu'elles attendent du père de l'enfant. Que se passe-t-il pour elles au quotidien ? Quelles réactions rencontrent-elles autour d'elles : solidarités ou incompréhensions familiales, amicales, amoureuses, institutionnelles ? Ce volume constitue une version réactualisée de l'ouvrage Adomamans, le tiers et le lien.
Publié le : mercredi 15 octobre 2014
Lecture(s) : 41
EAN13 : 9782336359175
Nombre de pages : 137
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Nelly Carpent erAdolescentes mamans
La maternité adolescente était autrefois pensée comme faute,
celle de la « fi lle-mère ». Hier, dans un imaginaire de progrès
social mais aussi biologique, avec la contracept on, elle était
supposée disparaître. Ce ne fut pas le cas. Alors, par la suite,
elle fut même valorisée : « elle a fait un bébé toute seule ! ».
Aujourd’hui, la maternité adolescente s’est encore renouvelée
avec les transformat ons mentales et prat ques des milieux
sociaux, des âges, des sexes et des act vités. Cela s’accompagne
de tant d’incert tudes qu’on a des vies « liquides » selon la Adolescentes mamans
formule de Zigmunt Bauman. Part cipant de ces turbulences
dans les dest ns des personnes, la maternité adolescente est Histoire et Actualitéécartelée entre symptôme et symbole.
À part r de sa propre aventure de vie, dans la mesure où elle est
vivable, comment l’adolescente peut-elle s’ouvrir à l’aventure de
vie de son enfant et y contribuer avec bonheur, dans tous les
sens du mot ?
Des centaines d’adolescentes témoignent ici de leur maternité :
courageuses, révoltées, audacieuses ; parfois déprimées et
vulnérables ! Elles vivent souvent leur maternité en miroir de
leur enfance : désirée, subie, acceptée ou rejetée. Elles disent
leurs sent ments à vif et ce qu’elles at endent du père de l’enfant.
Que se passe-t-il pour elles au quot dien ? Quelles réact ons
rencontrent-elles autour d’elles : solidarités ou incompréhensions
familiales, amicales, amoureuses, inst tut onnelles ?
Nelly Carpen er , psychosociologue, s’est d’abord invest e dans le travail
social puis comme chercheure dans les centres maternels accueillant des
adolescentes et leurs enfants. Elle assure des supervisions d’équipes en
Maisons de l’Enfance, Centres Maternels, en France et au Luxembourg.
Elle enseigne la psychologie sociale et interculturelle à l’Université Paris
Descartes. Elle est également rédacteur en chef de la revue Monde
Méditerranéen Synergies du Gerfl int.
Couverture : Caroline et Noah photographiés par Benjamin Milowski
ISBN : 978-2-343-04466-8
14 €
t
Nelly Carpent er
Adolescentes mamans







ADOLESCENTES MAMANS

Histoire et Actualité


Nelly Carpentier







ADOLESCENTES MAMANS

Histoire et Actualité
























© L'HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-0446 6-8
EAN : 9782343044668


Remerciements


Je remercie celles et ceux qui, de près ou de loin, m’ont
aidée à réaliser cet ouvrage.
Ma gratitude va à Jacques Demorgon qui m’a
encouragée avec patience et ténacité. Que Christine
Carpentier, Caroline Dessenne trouvent ici un témoignage
de ma reconnaissance pour leur présence dynamique et
stimulante.
Je suis heureuse aussi de remercier Carole Anquetil,
Stéphanie Blanchard, Adeline Maria, Carine Marquès,
Alix Sarrouy, pour leurs précieux questionnements.

Je m’adresse également aux institutions qui, à titres
divers, ont contribué à la réalisation de cette recherche, en
particulier des centres maternels du Pas-de-Calais, d’Ile de
France, de Lorraine et du Luxembourg mais aussi des
Maisons de l’Enfance.
Ma reconnaissance est grande à l’égard des jeunes
femmes et de leurs enfants, des travailleurs sociaux, des
équipes et des responsables que j’ai pu rencontrer et qui
m’ont accordé leur confiance.

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INTRODUCTION



Aujourd’hui, on peut estimer à environ dix-huit mille le
nombre d’adolescentes qui se retrouvent enceintes chaque
année, en France. 30 % d’entre elles mèneront leur
grossesse à terme. Chacune d’elles aura, si elle le veut, la
possibilité, d’utiliser l’une des diverses structures
d’accueil réparties sur l’ensemble du territoire. Chaque
établissement offre entre vingt et cinquante places. En
deux décennies, ces structures d’accueil allaient passer
d’un esprit de médicalisation essentiellement centré sur
l’enfant à un esprit d’aide socio-éducative centré sur la
mère et l’enfant. Ma première prise de contact avec ce
milieu a coïncidé avec cette mutation sociologique. Le
premier établissement que je découvrais, dans le
Pas-deCalais, ma région d’origine, accueillait alors une vingtaine
d’adolescentes enceintes et une dizaine de jeunes mamans
avec leur enfant âgé de moins de deux mois. Parallèlement
à cette activité professionnelle, j’avais repris des études et
suivais des cours de psychologie à l’université. Je pensais
bien que leurs apports me seraient utiles pour analyser,
pour éclairer les situations et les actions professionnelles.
Le phénomène de la maternité adolescente, riche en
aspects paradoxaux, avait donné lieu à divers travaux dont
je prenais connaissance au cours de mes études. Quand
celles-ci me conduisirent à entreprendre une recherche
doctorale, l’idée me parut souhaitable d’adopter un point
de vue nouveau : l’observation – sur le long terme – d’une
collectivité éducative au service de jeunes mères.
Mon engagement professionnel me permettait en effet
de vivre, d’observer, de partager les situations des jeunes
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mères et les actions professionnelles qui s’y rapportaient.
J’ai travaillé successivement dans trois établissements
maternels de Paris et de sa banlieue proche, gérés par la
Direction de l’Action Sociale de l’Enfance et de la Santé
(DASES). Je suis toujours en relation avec plusieurs
centres où j’assure analyses de pratiques professionnelles
ou supervisions d’équipes pluridisciplinaires. Sans
compter les liens au travers de stages effectués par des
étudiants futurs psychologues et travailleurs sociaux.
C’est à partir d’une multiplicité d’aspects que j’ai
poursuivi cette recherche : des entretiens professionnels
avec les jeunes mères mais aussi des entretiens de
recherche avec les travailleurs sociaux, une participation
aux réunions régulières avec un psychiatre analyste, un
partage des analyses de pratiques avec les professionnels
et les jeunes mères elles-mêmes au cours d’informations et
d’animations personnalisées. C’est à travers ces dispositifs
que, sur le très long terme, j’ai rencontré près de trois
cents travailleurs sociaux ainsi qu’un millier
d’adomamans. J’ai trouvé justifié de les qualifier alors
d’adomamans (Carpentier, 2003) dénomination qui était
présente en filigrane dans l’une des émissions La marche
du siècle qui leur était consacrée : « Encore ado, déjà
maman », réalisée par Jean Jacques Amsallem, diffusée
pour la première fois en 1997.
En effet, si au début de ma période professionnelle, les
jeunes mères étaient âgées de plus de vingt ans, elles se
sont trouvées ensuite être bien plus proches de dix-sept
ans. On comprendra que toutes ces données d’un long
terme professionnel et de recherche ont été ici fortement
réduites. Elles restent très significatives dans la mesure où
les dizaines de cas plus spécialement étudiés reflètent bien
certaines orientations fondamentales dans la diversité des
situations problématiques et des actions professionnelles.
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Nous avons réparti ces grandes orientations dans les sept
chapitres qui suivent.
Il était important de mettre d’abord en perspective
historique la condition évolutive de la maternité
célibataire. C’est pourquoi, dans notre premier chapitre,
nous rappelons un passé dans lequel la perspective morale
était constamment présente. Celle-ci s’exprimait
singulièrement à travers la dénomination de « fille-mère ».
Cette expression se trouve encore utilisée en ce vingt et
unième siècle, non sans un air réprobateur, y compris par
de jeunes étudiantes d’aujourd’hui. Nous verrons quelles
circonstances socio-historiques, liées en particulier à la
domesticité, permettent de comprendre la genèse de cette
dénomination et la réprobation qui s’y attache.
On est ensuite passé de la « fille-mère » à la « mère
célibataire » puis aujourd’hui à la « famille
monoparentale » des « maman solo » et « papa solo ».
L’affaiblissement des perspectives religieuses rigoristes,
les luttes féministes, les progrès des sciences
psychologiques et pédagogiques ont contribué à cette
révolution. Les institutions de l’État qui, depuis longtemps
ont voulu se substituer à celles de l’Église, ont été à
l’origine de l’invention des établissements maternels. Des
lois s’en sont suivies qui ont permis une protection et une
éducation nécessaires tant pour la mère que pour l’enfant.
Au-delà de ces ressources de sécurité première s’est
développée la volonté de comprendre et d’aider mieux.
Les conditions familiales représentent l’une des
principales bases de compréhension de la genèse des
maternités adolescentes. C’est pourquoi notre troisième
chapitre cherche à rejoindre l’adolescente dans sa famille
originelle, avec les différentes dimensions aussi bien
psychologiques qu’économiques. Certaines jeunes femmes
rencontrées nées sous X, ignorent totalement leurs origines
et n’ont pour le moment pas souhaité faire de recherche.
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D’autres sont nées de père « inconnu » et de mère vivant
seule. Ou bien elles ont vécu douloureusement la
séparation ou le divorce de leurs parents. Certaines ont
connu abandons, adoptions ou placements dès la naissance
ou au cours de leur enfance parfois même en raison d’un
climat familial de violence extrême dont elles ont pu être
elles-mêmes victimes. Très rares sont celles qui n’ont pas
connu l’inexistence, la rupture ou l’instabilité du couple de
leurs parents. Et très rares de ce fait sont celles qui
parviennent à renouer facilement avec leur famille.
Un deuxième ensemble de conditions qui sera
déterminant est celui des relations des hommes et des
femmes dans notre société, problème qui n’est certes pas
d’aujourd’hui mais dont les modes de résolution paraissent
toujours très éloignés. Même si on a des raisons de
critiquer les positions moralisantes, on peut cependant
reconnaître qu’un effort est fait pour développer chez les
jeunes hommes le sens de leurs responsabilités dans le
domaine affectif et sexuel. Le développement de la vie
contemporaine avec les moyens techniques de
contraception et les libertés qui en ont résulté font que
l’homme peut encore parfois délaisser le souci de
connaître les répercussions de ses actes sur la vie des
jeunes femmes qu’il rencontre. Autrefois, un intense effort
de moralisation collective mettait en garde les jeunes
filles. Aujourd’hui, peuvent être encore fréquentes les
situations dans lesquelles le père est « incertain », voire
« inconnu » quand il ne s’agit pas des cas dramatiques
d’inceste et de viol.
Le quatrième chapitre traite aussi de la situation dans
laquelle le père tout à fait connu ne prend pas toujours ses
responsabilités. Il peut parfois être violent voire dangereux
pour la mère et l’enfant. Il traite la relation de façon
inadmissible pour la jeune mère, le paradoxe étant qu’en
présence des comportements de certains, ce sont
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