Comment faire obstacle aux problèmes de santé mentale ?

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COMMENT FAIRE OBSTACLE AUX PROBLÈMES DE SANTÉ MENTALE? Dr. Serge Marquis Quelques notes pour ne pas oublier... Pourquoi avons-nous tant besoin de parler et d'entendre parler de stress aujourd'hui? Que s'est-il passé pour que le mot stress fasse maintenant partie du discours de nos enfants? Comment en sommes-nous arrivés là? Ces questions sont fondamentales. Il faut comprendre. Il ne suffit plus de se protéger individuellement. Il est devenu nécessaire de réagir collectivement devant l'accroissement généralisé de notre tension psychique. Le bien-être et la santé de nos enfants en dépendent. Regardons d'abord ce qu'est devenu le travail. Des sociologues américains dont l'une des tâches consiste à observer l'évolution des valeurs dans la vie de la majorité des nord-américains et nord-américaines, ont constaté qu'au cours des années 80 le travail s'était accaparé de la toute première place. Deux conséquences majeures en ont découlé. Premièrement le lieu de travail est devenu un endroit privilégié pour bâtir l'estime de soi. Nous nous sommes insidieusement mis à confondre notre valeur comme personne à la valeur attribuée à notre emploi ou au fait d'avoir un emploi. Deuxièmement, nous avons confondu l'essence de notre identité à ce que nous faisons. Déjà, d'importantes prises de conscience doivent être faites. Une part de notre identité se construit dans nos milieux de travail à travers le processus de la ...
Publié le : samedi 24 septembre 2011
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COMMENT FAIRE OBSTACLE
AUX PROBLÈMES DE
SANTÉ MENTALE?



Dr. Serge Marquis
Quelques notes pour ne pas oublier...



Pourquoi avons-nous tant besoin de parler et d'entendre parler de stress
aujourd'hui? Que s'est-il passé pour que le mot stress fasse maintenant
partie du discours de nos enfants? Comment en sommes-nous arrivés là?
Ces questions sont fondamentales. Il faut comprendre. Il ne suffit plus de
se protéger individuellement. Il est devenu nécessaire de réagir
collectivement devant l'accroissement généralisé de notre tension
psychique. Le bien-être et la santé de nos enfants en dépendent.

Regardons d'abord ce qu'est devenu le travail. Des sociologues américains
dont l'une des tâches consiste à observer l'évolution des valeurs dans la vie
de la majorité des nord-américains et nord-américaines, ont constaté qu'au
cours des années 80 le travail s'était accaparé de la toute première place.
Deux conséquences majeures en ont découlé. Premièrement le lieu de
travail est devenu un endroit privilégié pour bâtir l'estime de soi. Nous
nous sommes insidieusement mis à confondre notre valeur comme
personne à la valeur attribuée à notre emploi ou au fait d'avoir un emploi.
Deuxièmement, nous avons confondu l'essence de notre identité à ce que
nous faisons. Déjà, d'importantes prises de conscience doivent être faites.
Une part de notre identité se construit dans nos milieux de travail à travers
le processus de la reconnaissance. La reconnaissance, qui requiert du
temps, un temps d'attention, d'écoute et de vigilance à l'égard de ce qu'est et
de ce que fait l'autre, a été progressivement évacuée au profit de la
performance et de la rapidité qui y est faussement associée. L'absence de
reconnaissance nous a subtilement éloignés de nécessaires lieux de
rencontre. Nous sommes beaucoup plus vastes que ce que nous faisons et
nous l'avons oublié. Piège douloureux pour l'être, pour l'âme.

De grands bouleversements sociaux, inévitables et essentiels, nous ont
privés de facteurs collectifs de protection devant crises et difficultés
quotidiennes.
Le sens du voisinage s'est effrité au profit d'un individualisme associé à la
protection des biens acquis et des territoires conquis. À une époque où la
consommation frénétique constitue une des assises de l'équilibre
économique de nos sociétés, il y a eu multiplication exponentielle des biens
offerts au désir de tous et chacun. Le phénomène du désir est alimenté à la
minute près, comme on alimente un feu de foyer pour ne pas qu'il s'éteigne.
Il en résulte une course affolée et souvent affolante pour satisfaire ce qui
est perçu comme nécessaire à l'équilibre, quand ce n'est pas à la survie.
Nous nous sommes éloignés les uns des autres pour protéger et chérir ce
que nous possédons. Le voisinage a basculé dans des espaces d'anonymat
faussement sécurisants. Le sens de la communauté s'est perdu dans des
rythmes qui dépassent sa capacité à s'y nourrir. Il entretenait l'entraide et la
reconnaissance. Il entretient maintenant quelques organismes commu-
nautaires qui arrivent mal à subsister.

La famille, autrefois réseau de soutien par excellence, s'est désagrégée. Les
multiples ramifications qui tissaient la famille élargie, permettaient de
trouver, assez près de soi, une écoute, des bras ou des mains, quand la tâche
était devenue trop lourde à l'égard de soi-même ou de son environnement.
L'isolement s'est là aussi amplifié, géographiquement et démogra-
phiquement.

La religion (il ne s'agit surtout pas ici de prêcher un retour en arrière) avait
institué des points de repère pour donner un sens au quotidien et à la vie en
général. "La possibilité de donner un sens à sa vie permet de supporter
bien des choses, peut-être tout" écrivait Carl Jung. Nous traversons
certainement et ce, collectivement, une crise de sens. Les multiples
réorganisations que subit le travail pour faire plus avec moins, questionnent
notre "bon sens" ou notre sens du bon. Les départs massifs à la retraite, la
fermeture des hôpitaux et des écoles, les institutions entièrement
transformées, nous interrogent dans notre besoin de comprendre ou
d'entrevoir des issues aux multiples conséquences que nous intuitionnons.
Plusieurs de ces changements se font à très grande vitesse et nous
éprouvons de profondes difficultés à pouvoir simplement les suivre et les
laisser se déposer dans nos intelligences. Au-delà des raisons
économiques, il n'est pas toujours facile d'en saisir le sens ou la
signification humaine. Nous vivons avec l'impression constante d'avoir à les subir, de ne plus avoir préhension, maîtrise ou contrôle. Nos vies nous
échappent. Nous menons un combat quotidien pour s'y agripper, s'y tenir.
Nos balises, nos repères, nos filets de sécurité s'effondrent aussi vite qu'ils
sont mis en place. Quelque part nous sentons nos existences menacées.
Quand l'identité est menacée, quand la possibilité de donner du sens est
menacée, l'essence même de l'existence est menacée. Le stress joue alors
son rôle: préparer l'organisme humain à s'adapter pour maintenir son
équilibre, son intégrité. C'est peut-être une manière de cri, un appel à la
mobilisation des intelligences et des sensibilités, pour réinventer des
facteurs de protection et se les donner mutuellement.

Des exigences nouvelles sont apparues. Des valeurs forgées au moule de la
performance et de l'excellence ont invisiblement conditionné l'apparition
d'attentes élevées à notre égard et à l'égard de ceux et celles que nous
côtoyons. Il faut aller vite et ne pas se tromper, les technologies, bien
qu'utiles, le requièrent. Nous nous transformons, intérieurement, et nos
rapports se transforment. Nous sommes maintenant plus près de tout
vouloir tout de suite. Autrefois nous disions : "Quand on veut, on peut."
Maintenant il faudrait dire : "Quand on peut, on veut." Le fax peut nous
fournir un document sur-le-champ, nous voulons le document sur-le-
champ. Il est important d'élargir nos consciences, de demeurer vigilants.
De prendre une pause là où il est impossible de faire autrement. Sur une
lumière rouge, devant un ascenseur ou en attendant que le métro entre en
gare. Ce sont des façons de réharmoniser notre rapport au temps. Il
tourbillonne notre temps et se précipite. C'est l'avalanche, le cyclone, la
tornade. Malheureusement, l'oeil de la tornade est rarement accessible. La
réflexion a perdu sa place, elle n'est presque plus valorisée. Que dire
maintenant de la contemplation. Les personnes âgées ne marchent pas vite,
certaines personnes handicapées ne marchent pas vite, les enfants ne
marchent pas vite; ils se font déjà bousculer, physiquement bousculer. Il en
va de même de ce qu'ils représentent en nous. Nous sommes tous et toutes
constitués d'une partie un peu handicapée, d'un enfant, d'une personne
âgée; nous les bousculons de la même manière. Il nous faut élargir nos
consciences, le stress est là pour nous le rappeler.

Le stress est l'expression d'une sagesse très ancienne, primitive, organique
qui tente simplement de maintenir l'équilibre de l'être qu'elle secoue. Comme le disait Hans Selye, c'est une réaction d'alarme. Elle est saine en
soit. C'est lorsqu'elle ne joue plus son rôle qu'elle devient nocive.
Lorsqu'elle se maintient trop longtemps ou se répète trop fréquemment sans
qu'il n'y ait mobilisation de l'être qu'elle anime. Henri Laborit écrivait que
la pire de toutes les situations, c'est l'inhibition de l'action; c'est la paralysie,
la petite bête qui fige devant les phares d'une voiture. En fait, elle mesure
l'écart entre la perception d'une menace à notre bien-être, bien-être qui,
aujourd'hui se recouvre d'innombrables définitions, et la perception que
nous avons de nos capacités à résoudre cette menace (les menaces aussi
portent aujourd'hui d'innombrables chapeaux).

Il existe de multiples possibilités de suivre le mouvement du stress en nous
et de se rendre là où il essaie de nous amener. On peut agir sur la
dimension physique de la réaction; c'est ce que permettent de faire, entre
autres, les diverses techniques de relaxation, l'activité physique et une saine
alimentation. - La contemplation constitue paradoxalement un merveilleux
passage à l'action. - On peut également faire l'inventaire des diverses
sources de stress qui meublent notre environnement. Le travail, la vie
familiale, la vie personnelle et même les loisirs portent parfois sur leur tige
des épines pour nos désirs, nos ambitions, nos aspirations, et autres
manières de nous définir. Il suffit d'une estime de soi fragile pour que la
menace devienne intense. Nos relations sont également riches en facteurs
d'équilibre. Qu'elles soient un instant fragilisées et le stress "part en
peur"comme le dit si bien cette vieille expression. Lorsque l'inventaire des
sources de stress est fait, il devient plus facile d'établir des stratégies, un
plan d'action pour protéger ce que nous croyons vulnérable. Un dernier
espace d'action est celui de notre propre usine à menaces. Le cerveau ne
fait pas la distinction entre une menace qu'il a lui-même imaginée et un
danger réel à proximité. Il se met en position d'attaque ou de défense dans
les deux cas. Un petit ménage cérébral est souvent fort utile pour éliminer
les oeuvres irréalistes dont nous sommes les géniaux créateurs. Une prise
de conscience des aspects paralysants de certaines émotions et des idées
qui les sous-tendent, peut favoriser une ouverture vers d'autres idées,
celles-là plus proches de la réalité et de son innocuité ou d'un possible
passage à l'action.
C'est certainement dans l'élargissement de nos consciences et dans de petits
gestes que peut s'opérer une transformation à la fois collective et
personnelle de nos quotidiens. Nancy Huston, grande écrivaine canadienne
a déjà dit : "Je ne crois pas que l'humanité va s'améliorer en général. Mais
en particulier, peut-être. C'est pour cela que j'aime les détails. On est tous
capables de donner du bonheur, d'en faire autour de nous. Vous comprenez
ce que je veux dire?"

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