Comment l’interprétation du texte s’est transformée en txt fondateur

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Les grandes religions ont en commun de faire reposer leur univers doctrinal sur des textes. Pour autant, le statut de ces écrits est loin d'être univoque. D'une religion à l'autre ou d'une confession à l'autre, le rapport des groupes religieux aux textes fondateurs peut varier considérablement. Lire et interpréter. Lire, en effet, c'est interpréter ; l'interprétation détermine les croyances et les pratiques. Le rapport des S'intéresser au rapport entretenu avec les textes fondateurs, c'est se donner les meilleurs moyens religions de connaître et comprendre les groupes religieux. Surgit en premier la question du texte: comment à leurs textes a-t-il été établi et transmis, quel est son statut ? Il faudra explorer ce que les communautés fondateurs connaissent de l'origine et de la transmission des textes, et quels moyens elles se donnent pour connaître cette histoire. Interpréter le texte c'est aussi s'interroger sur son milieu de production. Un ensemble de méthodes, de disciplines et de questions se donne aussi à découvrir, et invite à explorer l'influence de la Colloque 25-26 novembre constitution des textes sur celle des groupes religieux – et réciproquement. 2010, Strasbourg On s'intéressera également à ceux qui lisent et interprètent : quelles personnes ont accès au texte, et quelles conditions déterminent cet accès. On cherchera en premier lieu quelle autorité est donnée à leur parole, sur quoi et comment est fondée cette ...
Publié le : samedi 24 septembre 2011
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Les grandes religions ont en commun de faire reposer leur univers doctrinal sur des textes. Pour autant, le statut de ces écrits est loin d'être univoque. D'une religion à l'autre ou d'une confession à l'autre, le rapport des groupes religieux aux textes fondateurs peut varier considérablement. Lire, en effet, c'est interpréter ; l'interprétation détermine les croyances et les pratiques. S'intéresser au rapport entretenu avec les textes fondateurs, c'est se donner les meilleurs moyens de connaître et comprendre les groupes religieux. Surgit en premier la question du texte: comment a-t-il été établi et transmis, quel est son statut ? Il faudra explorer ce que les communautés connaissent de l'origine et de la transmission des textes, et quels moyens elles se donnent pour connaître cette histoire. Interpréter le texte c'est aussi s'interroger sur son milieu de production. Un ensemble de méthodes, de disciplines et de questions se donne aussi à découvrir, et invite à explorer l'influence de la constitution des textes sur celle des groupes religieux – et réciproquement. On s'intéressera également à ceux qui lisent et interprètent : quelles personnes ont accès au texte, et quelles conditions déterminent cet accès. On cherchera en premier lieu quelle autorité est donnée à leur parole, sur quoi et comment est fondée cette autorité. On évaluera ensuite le statut reçu ou donné par le rapport au texte. Il faudra enfin se pencher sur les méthodes et les outils de lecture et d'interprétation, et mesurer les critères et facteurs de (dé)légitimation de la lecture. L'interprétation des textes n'est jamais unanime ou immuable. Tous les groupes religieux ont connu ou connaissent des discordes, des conflits d'interprétation, qui au cours de l'histoire ont donné lieu à des conflits, des schismes, mais ont aussi suscité des changements significatifs ou même la fondation de groupes nouveaux. Ces temps de crise de l'interprétation retiendront particulièrement l'attention. En effet, tant à l'intérieur des groupes religieux qu'entre religions, ou encore entre État et religion, se pose la question de la souveraineté et de l'autorité. On cherchera à établir comment et par qui l'interprétation des textes a pu être utilisée dans ces rapports de pouvoir. Les facettes sont multiples, les questions suscitées nombreuses et diverses. Il s'agira, à partir d'illustrations significatives tirées aussi bien des grandes religions monothéistes que des religions anciennes ou asiatiques, de mieux cerner ce que peuvent signifier et susciter aujourd'hui, dans les groupes religieux, la lecture et l'interprétation.
Lire et interpréter. Le rapport des religions à leurs textes fondateurs
Colloque 25-26 novembre 2010, Strasbourg Résumé des contributions
Ralph STEHLY (Faculté de théologie protestante, Université de Strasbourg) Les Écritures sacrées hindoues L'hindouisme n'a jamais connu de hiérarchie comparable à celle du christianisme, donc pas non plus de concile qui aurait pu d'autorité fixer un canon. Mais il se trouve qu'un consensus s'est dégagé au cours des siècles pour fixer deux grands corpus: la Śruti, encore appelée leVeda,la et Smŗti. Śrutitransmise par voie signifie « révélation phonique » (les textes et les théologiens diffèrent sur la manière dont s'est faite cette transmission ).Smŗtilittéralement signifie « texte transmis par la mémoire ». LaŚruticomprend plusieurs classes de textes: des recueils de bases (samhitâ) et divers appendices dont les fameuses Upanishads e e qui suscitèrent à la fin du 19 s. et au 20 s. un regain d'intérêt chez les grands maîtres hindous tels Śrî Aurobindo, de même que la Bhagavad-Gîtâ,mais qui, elle fait partie de la Smŗti. Dans les Upanishads s'opère sous nos yeux la transition du sacrifice matériel au sacrifice spirituel. Le Veda est lié de manière très intime à l'organisation de la société hindoue en "classes" (improprement appelées "castes"): il y a la classe qui avait le droit d'enseigner le Veda aux autres classes, donc la classe enseignante, les classes enseignées, et les classes exclues de tout enseignement védique.
Colloque "Lire et interpréter"
Strasbourg, 25-26 novembre 2010
Colloque "Lire et interpréter"
David BANON (Département d'études hébraïques et juives, Université de Strasbourg) La Bible hébraïque: parole révélée ou institution rabbinique? La Torah vient-elle des cieux? Peut-on avancer que la Torah est un livre révélé, ce qui supposerait qu'elle ait été donnée entièrement à l'occasion d'un événement unique ? Son récit raconte pourtant que la révélation divine se déroule dans le temps. Dieu se révèle c'est-à-direparle à des individus triés sur le volet et à une collectivité, les enfants d'Israël, en fonction d'une histoire continue. Toutefois, si pour le corpus rabbinique, le Livre est toujours in-spiré, il n'en demeure pas moins une œuvre humaine. Le traité talmudiqueBava Batra 14 b établit la liste des auteurs des Prophètes et leur chronologie ainsi que celle des Hagiographes. Il ajoute que "Samuel écrivit son livre, celui des Juges et le rouleau de Ruth; Moïse écrivit le sien ainsi que le chapître sur Balaam et le livre de Job." Si bien que l'on est en droit d'avancer que c'est la Torah orale, production humaine par excellence qui, en élaborant le canon biblique, a déterminé quels textes fondateurs seront considérés comme écrits saints.
Strasbourg, 25-26 novembre 2010
Christian GRAPPE (Faculté de théologie protestante, Université de Strasbourg) Du texte fondateur à l'histoire fondatrice, les différents niveaux qu'invitent à distinguer les méthodes exégétiques Tout en s'appliquant à des textes auxquels est reconnue une autorité particulière, l'exégèse biblique a à aborder ces textes avec les mêmes méthodes que celles qui sont appliquées par ailleurs aux autres textes anciens. Les méthodes employées, selon qu'elles se limitent à une approche synchronique ou qu'elles mettent en jeu, d'une manière ou d'un autre, la diachronie, invitent à distinguer trois niveaux principaux, notamment, mais pas seulement, pour ce qui est de l'étude des évangiles : le niveau du texte en son état (niveau de la rédaction) ; le niveau de la communauté ou des communautés qui ont transmis (ou façonné) le récit ou le discours (niveau de la tradition) ; le niveau de l'événement réel ou supposé par le récit ou le discours en question (niveau de la critique historique). Ces niveaux ne sauraient être confondus, sous peine de graves confusions et de dérives (fondamentalistes notamment). Correctement articulés, ils permettent d'appréhender les textes avec un meilleur recul et de les étudier, avec toute la prudence requise, non seulement à plat mais en "trois dimensions".
Colloque "Lire et interpréter"
Lionel OBADIA (Université Lyon 2) Evan Maya Sutram ? Evan Maya Pathati ! Réception et réinterprétation des textes sacrés du bouddhisme dans le contexte occidental Le corpus scripturaire du bouddhisme, très vaste, a fait l'objet, depuis ses formulations initiales du vivant de son fondateur, de multiples réécritures, commentaires, gloses, additions et prolongements sinculiers. C'est même là l'une de ses principales transformations morphologiques dans l'histoire : les schismes, variations scolastiques et divergences exégétiques ont été l'un des principaux moteurs de la diversification des écoles et des courants de pensée qui caractérisent cette religion aux ramifications nombreuses. De l'Asie à l'Occident, un même mouvement se profile, celui d'une oscillation entre les forces centrifuges impulsées par les détours exégétiques que subissent les enseignements fondamentaux (du Bouddha), d'un côté, et la force centripète de la référentialité scripturaire, qui s'adosse généalogiquement à l'autorité du fondateur de la religion. Dans le contexte occidental, toutefois, cette textualité du bouddhisme – qui caractérise également la trajectoire historique de sa diffusion et de sa réception – subit de nouvelles inflexions (hypertextualité, textualisations séculières, hybridations des registres bouddhistes et New Age... ), qui participent d'une réelle innovation – laquelle est de nature à transformer les modes de transmission et l'autorité des traditions. A partir d'exemples tirés de groupements religieux installés en Europe (mais aussi, comparativement, aux États-Unis), cette communication vise à dégager les continuités et ruptures dans le rapport que ces bouddhismes d'Occident entretiennent aux textes (de nature générique et généalogique), et le degré de sacralité qu'ils leur confèrent.
Strasbourg, 25-26 novembre 2010
Michel DENEKEN (Faculté de théologie catholique, Université de Strasbourg) Catholiques et protestants : vers une herméneutique biblique commune ? L’exemple de la Déclaration luthéro-catholique sur la doctrine de la justification de 1999.
La question de l’autorité de l’Écriture est au cœur de la crise qui, au XVIe siècle, conduit à la séparation entre catholiques et réformés. Se trouve posée en même temps, de manière inévitable, la double question de l’autorité de l’Écriture et sur l’Écriture. L’accent mis sur le principe dusola scriptura d’une part, et sur la Tradition, de l’autre, a, au cours des siècles, conduit à figer des positions bien moins opposées qu’on ne le croit souvent. Les choses changent nettement au milieu du XXe siècle lorsque, sous la double impulsion de Barth et de Bultmann, la tradition réformée s’interroge à frais nouveaux sur le statut de l’Écriture et s’ouvre aux questions herméneutiques, et que le catholicisme, se remettant de la crise moderniste, accueille les principes de l’exégèse historico-critique. C’est ainsi que le concile Vatican II, notamment dans le décret Dei Verbum, rééquilibre le rapport entre Écriture et Tradition et met clairement en évidence le rôle du Magistère comme étant au service de l’Écriture et non au-dessus d’elle. Ce décret, accueilli avec satisfaction dans les milieux protestants, ouvre la voie à de nouvelles perspectives. Une lecture commune de l’Écriture est-elle toutefois envisageable ? La traduction œcuménique de la Bible, événement è central dans l’histoire de l’œcuménisme du xx siècle, n’a pas entraîné immédiatement un accord entre catholiques et protestants sur la possibilité d’interpréter ensembleMême si des l’Écriture. accords sur les fondamentaux de la foi chrétienne supposent une compréhension commune de l’Écriture, tel que cela apparaît dans le document de Lima en 1981 (B.E.M.), on ne peut guère parler de lecture commune, mais davantage d’un consensus minimalà partirde l’Écriture. Il faut attendre en fait la Déclaration luthéro-catholique sur la doctrine de la justificationde 1999 pour affirmer qu’une lecture commune de l’Écriture a réuni les deux confessions. Or, cette lecture n’a produit rien moins que le premier accord doctrinal entre catholiques et luthériens depuis la Réforme. Cela suppose un accord sur les textes eux-mêmes, dont l’interprétation a divergé quatre siècles durant, l’acceptation de principes herméneutiques partagés, et la reconnaissance qu’une telle méthodologie constitue la seule voie d’unité à partir des textes fondateurs et autour d’eux. S’agit-il alors d’un premier jalon déterminant sur le chemin d’une herméneutique commune de l’Écriture ?
Colloque "Lire et interpréter"
Thierry LEGRAND (Faculté de théologie protestante, Université de Strasbourg) De la Torah au Midrash: texte fondateur et interprétations fondatrices Le terme "midrash" sert aujourd’hui à désigner une multitude de formes de commentaires juifs de la Torah ou d’autres textes ou traditions qui en dépendent. Scruter le texte de la Torah, en expliciter les moindres détails jusqu’à s’intéresser aux « creux » du texte, en actualisant son contenu, telle est l’activité midrashique qui va se cristalliser dans plusieurs écrits juifs importants rédigés à la fin de l’Antiquité et au Moyen Âge. Cet ensemble d’écrits, que l’on désigne parfois sous le nom deCorpus midrachicum, n’a fait l’objet d’aucune reconnaissance officielle au sein du judaïsme, mais beaucoup de ces ouvrages sont reconnus par tous comme des compagnons indispensables à la lecture de la Torah écrite et orale. À la lumière des midrashs anciens (IIIe-Ve s.) et des groupements plus tardifs de midrashs exégétiques ou homilétiques (Midrash Rabba, etc.), on cherchera à mettre en évidence l’histoire de la constitution d’un corpus midrashique de référence, à partir duquel seront compilées différentes anthologies (yalkutim) de traditions fondatrices. Le texte fondateur s’entoure ainsi au fil des siècles d’une série d’écrits de référence qui sont lues et interprétées sans qu’il soit toujours nécessaire de revenir à la source même du texte sacré.
Strasbourg, 25-26 novembre 2010
Rémi GOUNELLE (Faculté de théologie protestante, Université de Strasbourg) Le canon des Ecritures chrétiennes : une réalité longtemps insaisissable La notion de canon scripturaire est-elle réellement pertinente pour le christianisme avant le XVIe siècle ? Cette question sera discutée à partir de diverses sources du IV-Ve siècle : prises de position de certains évêques, canons conciliaires, exemples pris dans la littérature chrétienne. Ces documents montrent – parfois malgré eux – que la pratique a été plus diverse à cette époque qu’on ne le pense généralement. Ils permettront d’insister sur l’importance de la liturgie comme facteur de constitution et de clôture du canon des Ecritures.
Colloque "Lire et interpréter"
Jan JOOSTEN (Faculté de théologie protestante, Université de Strasbourg) La place de la Septante dans l'histoire de l'interprétation biblique Alors que la plupart des traductions restent dans l’ombre de leur source textuelle, la Septante s’est fait une place indépendante dans l’histoire de l’interprétation biblique. Cela tient d’une part aux vicissitudes de l’histoire qui ont fait de la Septante la Bible de l’Eglise chrétienne des premiers siècles, mais l’ancienne version grecque possède également quelques mérites propres. Les traducteurs grecs ont influencé l’histoire de l’interprétation biblique par la manière – parfois critiquable, mais toujours pleine de sens - dont ils ont traduit le texte hébreu, et par le fait même de l’avoir traduit. Dans l’exposé, ces deux aspects seront présentés successivement. L’option fondamentale de traduire les écritures juives, qui n’avait rien d’une évidence, doit être comprise dans le contexte historique de la diaspora juive en Égypte au début du troisième siècle av. J.-C. La manière de traduire, « l’exégèse » de la Septante, reflète la mentalité des traducteurs mais aussi, et à un plus haut degré, les difficultés pratiques posées par la tâche sans précédent à laquelle les traducteurs se sont attelés.
Strasbourg, 25-26 novembre 2010
Meryem SEBTI (UPR 76, CNRS) Le statut de l’exégèse coranique dans le corpus avicennien Dans l’une de ses épître consacrée à l’eschatologie,al-Risāla al-Aḍḥawīya fī amr al-ma‘ād(L’Epître sur le retour), Avicenne (980-1037) consacre un passage à la fonction de l’exégèse coranique. Le rôle du philosophe est, selon lui, lorsqu’il interprète le Coran, d’affirmer le tawīd,à savoir l’absolue unité et unicité de Dieu. Le devoir du philosophe est de montrer que les versets coraniques qui décrivent Dieu en termes anthropomorphiques doivent être pris dans un sens métaphorique. Leur fonction est simplement de ne pas perturber dans leur foi ceux qui seraient incapables d’appréhender rationnellement l’expression d’une unicité absolue de la nature divine. En prenant comme point de départ ce passage, nous nous attacherons - à travers une étude des six commentaires qu’Avicenne a consacré à des sourates du Coran d’une part, à celle de toutes les citations coraniques présentes dans son corpus, d’autre part - à déterminer si l’exégèse coranique est dotée d’une fonction autre que celle qui est dévolue à la métaphysique au sein de son corpus.
Colloque "Lire et interpréter"
Jean-Sébastien REY (Département de théologie, Université de Metz) Transmission et réception d'un texte fondateur dans le judaïsme du second temple: l'exemple de Gn 1,26-27 et de Gn 2,7 Dans la présente contribution, nous proposons d’examiner la transmission et la réception du récit de la création de l’Homme dans le judaïsme du second temple. Notre attention se portera, d’une part, sur les versions anciennes de ce texte, et d’autre part, sur sa relecture dans le livre du Siracide et dans les manuscrits de la mer Morte. La recherche tentera de répondre à la question suivante : retrouve-t-on dans le Siracide ou dans les manuscrits de la mer Morte des traces des variantes attestées dans la Septante ou dans les listes de corrections des rabbins ?
Strasbourg, 25-26 novembre 2010
Jenny READ-HEIMERDINGER (Université de Lausanne) Le Codex de Bèze: un texte pré-canonique du Nouveau Testament Le texte grec du Nouveau Testament, utilisé dans les éditions courantes et donc dans nos traductions modernes, correspond au texte qui était le plus largement accepté au temps des grandes controverses doctrinales du IVème siècle, au temps où le canon fut fixé et où le texte fut standardisé. Cependant, les siècles antérieurs avaient été témoins d’une diversité considérable de manuscrits, qui présentaient des variantes révélant des perspectives et des théologies plus anciennes. Bien que ces manuscrits soient généralement écartés de nos jours, du fait que leurs textes n’ont pas survécu aux développements de la pratique et de du dogme ecclésiales, il n’en reste pas moins que certains sont particulièrement intéressants en raison des traces du christianisme pré-canonique qu’ils conservent. Le codex de Bèze est l’un de ces manuscrits : livre bilingue gréco-latin comportant les quatre Évangileset les Actes des apôtres, et copié vers 400 ap. J.C. à partir d’un exemplaire qui témoigne d’une forme particulière du texte. Il reflète – du moins pour certains livres – une évaluation critique de Jésus et des premiers disciples, avant que le christianisme ne devienne une religion distincte du judaïsme. Un exemple frappant est à noter dans le livre des Actes (11,1-2) où, selon ce manuscrit, Pierre, le chef des disciples, ne comprend et n’assume totalement les enseignements de Jésus au sujet d’Israël et des Gentils que suite à une expérience de conversion singulière, plusieurs années après la mort de Jésus. Une autre forme du texte, qui devint celle reçue par l’Église, omet ce récit de conversion et dépeint Pierre au contraire comme un héros infaillible en parfaite harmonie avec son maître dès la fondation de l’Église. La question qui en découle n’est pas seulement de savoir quelle forme du texte est la plus ancienne, mais quelle est celle qui sert le mieux les chrétiens aujourd’hui.
Colloque "Lire et interpréter"
Anne-Laure ZWILLING (CNRS – UMR 7012, Strasbourg) Lire et interpréter: l'exégèse, le texte et le lecteur Venue du monde de la critique littéraire et des études sur le langage, la critique narrative (ou narratologie) est appliquée depuis les années 1980 à l'étude des textes bibliques. L'analyse narrative se caractérise surtout par l'attention portée au lecteur du texte. Elle s'intéresse à la lecture comme actualisation du récit, au rôle que joue le lecteur dans le déploiement de l'univers proposé par le texte. Pour cela, à l'aide d'un certain nombre d'outils théoriques, elle essaye de retrouver comment le monde du récit a été organisé par le narrateur. Quelles sont les conséquences, pour l’exégèse, de cette place accordée au lecteur ?
Strasbourg, 25-26 novembre 2010
Daniel FREY (Faculté de théologie protestante, Université de Strasbourg) Se lire dans les Écritures. Le lecteur de la Bible dans la philosophie de Paul Ricœur La contribution de Paul Ricœur (1913-2005) à la théorie de l’interprétation des textes (herméneutique) est déjà bien connue. Elle porte un regard philosophique sur le processus d’interprétation dans son ensemble, depuis les raisons qui font choisir un texte (précompréhension) à l’appropriation de son contenu (également appelé application), en passant par la phase, essentielle, de l’objectivation du sens (configuration). Il est déterminant, aux yeux du philosophe, que la question de l’appropriation – lecture de soi renouvelée par le texte – n’intervienne qu’au terme de ce processus interprétatif. Les textes bibliques ne présentent pas, à cet égard, de spécificité, de sorte que l’on peut dire que l’herméneutique biblique de Ricœur n’est d’abord qu’une application aux Écritures de son herméneutique philosophique. Cela n’empêche pas que la compréhension de soi à laquelle est appelé le lecteur de la Bible présente des traits tout à fait spécifiques, qu’il importera de relever et d’interroger.
Colloque "Lire et interpréter"
Mahmoud AZAB (conseiller du grand Imam d'Al-Azhar pour le dialogue, Le Caire) Les textes fondateurs des religions monothéistes et la problématique de l'interprétation: l'exemple de l'islam Une étude objective d’un sujet de cette nature exige tout d’abord une définition des termes « religions » et « textes fondateurs ». Si les religions monothéistes sont ce que l’on voit aujourd’hui, des complexes développés pendant les premiers siècles de leur révélation, le terme « textes fondateurs » impliquerait, pour chacune des religions, la question centrale de la place de ces textes dans la composition de la religion telle qu’on l’appréhende actuellement. Par exemple, pour le texte biblique, quelle partie recouvre l’Ancien Testament et à quelle période historique ce dernier correspond-il ? Où situer le texte du Talmud ? Selon quels critères se dessinent les limites du texte fondateur ? La même question se pose pour le christianisme, avec les Évangiles et les textes formés plus tard : comment se distinguent les textes fondateurs dans cette religion ? En islam, le Coran est texte fondateur et fondamental, révélé sur vingt-trois ans, marqué par une unité temporelle dans sa constitution. Et ce n’est que bien plus tard, après la mort du prophète, que la sunna, autre source de référence pour les musulmans, se trouve écrite. Mais quel statut a-t-elle donc, cette source ? Peut-elle représenter une partie du texte fondateur ? Ainsi, après la naissance d’une religion du texte, les circonstances socioculturelles et spirituelles jouent leur rôle dans le développement de la religion, et l’histoire de la religion atteste de la formation d’autres textes, non révélés qui gagnent en valeur tels le Talmud dans le judaïsme et les hadîths dans l’islam. À ces deux corpus vient s’ajouter un troisième type de textes : le juridique et l’interprétatif, lui aussi largement reconnu et qui va jusqu’à occuper une place éminente dans la perception de la religion. Plus on avance dans le temps, les croyants se trouvent devant une religion beaucoup de plus en plus large et complexe. S’arrêter à un moment donné de l’histoire et tenter de distinguer textes fondateurs et textes interprétatifs nécessite avant tout une définition claire et précise des critères de distinction.
Strasbourg, 25-26 novembre 2010
Frédéric CHAPOT (UFR des lettres, Université de Strasbourg) Interprétation et crise du langage dans la littérature latine chrétienne Dans la pensée antique, le langage, comme outil de connaissance, est le médiateur de la vérité. Mais il arrive que les Anciens dénoncent ce qu'on peut appeler une "crise du langage", lorsque le langage, loin de servir la vérité, se met à la disposition du mensonge.Avec le développement du christianisme, qui met au centre de la réflexion la lecture et l'interprétation des Écritures, l'ambivalence du langage revient parfois au premier plan dans les controverses exégétiques et doctrinales. Nous en étudierons quelques exemples, en nous fondant principalement sur l'œuvre de Tertullien (fin IIe - début IIIe s.).
Colloque "Lire et interpréter"
Édouard MEHL (Faculté de philosophie, Université de Strasbourg) La révolution copernicienne et l'interprétation scripturaire Bien qu’assortie d’une importante Préface au Pape Paul III, la publication deDe revolutionibus orbium coelestiumde Copernic (1543) a très tôt rencontré une forte résistance, du côté catholique (de Bartolomeo Spina à Robert Bellarmin) mais aussi du côté protestant (Melanchthon). Le verdict (seulement officialisé par un décret romain de 1616) déclarant l’héliocentrisme « contraire aux Saintes Écritures » a eu des effets très contrastés dans l’univers de la Contre-Réforme, mais il a obligé théologiens et laïcs à débattre de l’autorité de l’Église, des règles d’interprétation de l’Écriture, et, tout simplement, de son objet.
Strasbourg, 25-26 novembre 2010
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