Comment répartir ?

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Comment répartir ?Extrait du Les Alternatifshttp://www.alternatifs.org/spipComment répartir ?- Commissions thématiques - Economie - Date de mise en ligne : dimanche 1er mars 2009Les AlternatifsCopyright © Les Alternatifs Page 1/5Comment répartir ?Comme la question du « qui décide », celle de la répartition n'est pas indépendante de la propriété et de l'usage ducapital.1.La répartition entre le Capital et le TravailQuel que soit le système économique, le propriétaire, individuel ou collectif, ou/et le bénéficiaire du droit d'usage del'outil de production a au moins son mot à dire. Et plus généralement il réclame une partie de la richesse produitequand il ne s'arroge pas le droit d'en décider la répartition. On enseigne ainsi dans toutes les écoles de commerceque l'entreprise est là pour produire de la valeur pour l'actionnaire. Autrement dit, dans la société capitaliste, larichesse produite appartient au propriétaire. Le travail n'est alors qu'un bien de production comme on achète desmachines ou des matières premières. Le contrat de travail est dans l'idéal capitaliste un contrat commercial commeun autre, par lequel le travailleur échange une quantité de travail contre un prix déterminé librement sur un marchéatomisé, c'est-à-dire où travailleurs et propriétaires négocient individuellement de gré à gré.A l'opposé, dans une vision socialiste, la richesse produite (plus-value) appartient à celui qui la produit, c'est-à-dire letravailleur. Le profit ...
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Extrait du Les Alternatifs
http://www.alternatifs.org/spip
Comment répartir ?
- Commissions thématiques - Economie -
Date de mise en ligne : dimanche 1er mars 2009
Les Alternatifs
Copyright © Les Alternatifs Page 1/5Comment répartir ?
Comme la question du « qui décide », celle de la répartition n'est pas indépendante de la propriété et de l'usage du
capital.
1.La répartition entre le Capital et le Travail
Quel que soit le système économique, le propriétaire, individuel ou collectif, ou/et le bénéficiaire du droit d'usage de
l'outil de production a au moins son mot à dire. Et plus généralement il réclame une partie de la richesse produite
quand il ne s'arroge pas le droit d'en décider la répartition. On enseigne ainsi dans toutes les écoles de commerce
que l'entreprise est là pour produire de la valeur pour l'actionnaire. Autrement dit, dans la société capitaliste, la
richesse produite appartient au propriétaire. Le travail n'est alors qu'un bien de production comme on achète des
machines ou des matières premières. Le contrat de travail est dans l'idéal capitaliste un contrat commercial comme
un autre, par lequel le travailleur échange une quantité de travail contre un prix déterminé librement sur un marché
atomisé, c'est-à-dire où travailleurs et propriétaires négocient individuellement de gré à gré.
A l'opposé, dans une vision socialiste, la richesse produite (plus-value) appartient à celui qui la produit, c'est-à-dire le
travailleur. Le profit n'est plus alors qu'une appropriation indue de la plus-value par la classe des propriétaires. Son
niveau est le marqueur de la lutte des classes.
Les tenants du capitalisme ont dû inventer la notion de rémunération du capital, puis celle du risque entrepreneurial
pour justifier le profit. Celui-ci ne serait que la récompense d'une épargne accumulée par le capitaliste en
restreignant sa consommation et son niveau parfois scandaleux serait la rémunération du risque qu'a pris
l'entrepreneur en plaçant ses capitaux : l'armateur ou la compagnie en commandite du Moyen Age doit être
récompensé du risque qu'il a pris d'être ruiné par le naufrage de son navire ou l'attaque des pirates. Le profit serait à
ce titre doublement vertueux : il encouragerait à l'épargne qui seule permet d'accumuler le capital et de lancer le
cercle vertueux du développement. Il récompenserait l'innovation et l'audace, facteurs de progrès
Les exemples historiques, depuis la construction des pyramides dans l'Egypte antique jusqu'aux pays émergeants
en passant par l'économie soviétique, ont montré que l'épargne pouvait résulter, d'une façon tout aussi efficace, d'un
élan collectif. La vraie question est : qui en décide et en tire les bénéfices, Pharaon ou les masses laborieuses ?
L'incitation à la prise de risque et à l'innovation reste encore peu ou mal intégrée à la réflexion socialiste, quoique les
grands travaux de l'URSS et la conquête spatiale ont montré que le système bureaucratique avait su apporter
quelques réponses, certes peu satisfaisantes pour des autogestionnaires.
Le profit individuel est donc indéniablement le résultat de la domination du capital sur le travail. La
disparition du profit est conditionnée par l'avancée des luttes d'émancipation. Un monde sans propriété
privée et sans profit individuel est économiquement viable. L'abolition de la propriété privée du capital est
une condition de disparition du profit, mais on ne saurait dire pour autant qu'elle éteindrait en elle-même la
question de la répartition
2.La répartition de la plus-value
L'usage de la plus-value produite reste en débat dans une économie socialiste. Il pose quatre questions
fondamentales :
• quel est le montant à répartir ?
• qui participe au partage et à quel titre ?
• sous quelle forme la plus-value est-elle répartie ?
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• qui en décide ?
a)quel est le montant à répartir ? Derrière cette question on trouve celle de la valeur. Quelle est la valeur de la
production ? Et par la même quelle en est la mesure, autrement dit quel en est le prix ? Cette question qui
tourmente les économistes depuis qu'il en existe, est très polémique. Trois théories s'affrontent principalement :
• La valeur travail, la plus ancienne consiste à compter les heures de travail nécessaires directement ou
indirectement (valeur du capital utilisé) à la production. Le passage au prix pose un premier problème théorique
puisque la comparaison entre le prix et la quantité de travail de chaque produit ne donne pas de résultat
probant. Marx pour le résoudre analyse le profit comme résultat de la confrontation de l'offre et de la demande.
Par contre dans une économie socialiste, la structure des prix serait l'exact reflet de la quantité de travail
nécessaire. C'est un peu le modèle reproduit par les SEL : une heure de peinture = une heure de cours de math
• Le prix de marché, résultat de la confrontation de l'offre et de la demande détermine une valeur d'échange.
C'est le prix qui fait la valeur et non l'inverse
• La valeur sociale que privilégient les alternatifs serait déterminée par l'utilité sociale de la production. Mais voilà
qui ne permet pas de déterminer en soit ni le prix ni le montant à répartir
Une fois déterminée la valeur, il convient de fixer quelle partie de la production doit être répartie. Autrement dit ce qui
est destiné à la reproduction du capital et ce qui est destiné à être consommé. Le montant à répartir est alors la
valeur nette, une fois prélevée l'épargne destinée à la reproduction/accumulation du capital.
Il n'y a pas de règle absolue pour le déterminer. C'est une question totalement politique qui renvoie à la forme
d'organisation autogestionnaire que nous voulons. Il dépend d'abord de la forme que prend la propriété du capital et
son droit d'usage. Ensuite du système de régulation et de la place qu'y tient la collectivité. La société capitaliste
fondée sur le droit absolu de propriété privée, laisse dans les mains du propriétaire et de son fermier éventuel le soin
de fixer la part qui sera réinvestie et celle qui sera redistribuée entre travail et capital. On peut en dire autant d'une
forme de propriété sociale fondée sur des entreprises autogérées par les travailleurs : la forme de l'échange, le choix
des coopérateurs détermineraient de la même façon le partage de la valeur. Dans une société étatiste, ce serait le
pouvoir politique (bureaucratique ?) qui déciderait du partage Epargne/Consommation.
Le mode de fixation du prix est lui aussi déterminant. La liberté d'échanger détermine des prix de marché (valeur
d'échange).Un prix élevé (biens rares ou très demandés) signifie un montant élevé à répartir alors qu'un prix bas
signifie un montant réduit. Le premier cas rend l'épargne moins douloureuse, alors que le second tend à la réduire au
profit du consommateur.
La détermination des prix selon la valeur travail nécessite une forte intervention de la collectivité. Le prix étant alors
fixe quelle que soit la quantité produite, l'ajustement par l'offre ne peut venir du marché. Si l'offre est insuffisante, rien
ne poussera quiconque à produire plus. Si au contraire elle est excédentaire, sa décroissance ne peut se faire que
par intervention publique, sauf à légitimer des moyens peu recommandables. Pour orienter la production et
finalement fixer le montant de la valeur produite, la collectivité doit intervenir dans le partage entre épargne et
consommation : l'épargne dégagée doit contribuer aux objectifs collectifs. Elle ne peut donc être laissée au libre
choix des producteurs.
La société peut intervenir de différentes façons. Par exemple :
• En fixant les prix en dessus ou en dessous de la valeur travail. C'est le cas de la gratuité des services publics et
ou des politiques de subvention à la consommation. La notion de valeur sociale vient alors compléter la valeur
travail
• En captant une partie de la valeur (impôt, fixation de normes d'autofinancement etc...) et en la redistribuant
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sous forme de subventions à la production ou à l'investissement.
Intégrer les réflexions de Benoît sur la fiscalité
b)qui participe au partage et à quel titre ?
* La hiérarchie des salaires La valeur travail semble indiquer qu'une heure d'ouvrier vaut une heure de chercheur ou
d'artiste. Cela signifie-t-il que le salaire de chacun doit être identique ? Si le temps d'étude pour devenir ingénieur ou
médecin est plus long que pour être ouvrier, la solution ne pourrait-elle venir d'une rémunération des formations, de
l'adoption d'un statut de travailleur en formation ? Faut-il prendre en compte la pénibilité du travail, les risques et les
responsabilités supportées ? Il ne peut y avoir de réponse technocratique à ces questions. Les solutions doivent
résulter d'un débat démocratique où les représentants de travailleurs auront toute leur place. Dans une société
autogérée, les syndicats ne seront pas la simple courroie de transmission du pouvoir. Mais il ne leur reviendra pas
plus de décider seuls de la grille des rémunérations. La collectivité devra faire connaître et peser ses choix
politiques.
* L'abolition du salariat L'abolition du salariat peut passer de façon radicale par la déconnection du revenu et du
travail et par l'instauration d'un revenu universel. à intégrer les réflexions de Benoît Cependant une telle orientation
ne saurait dissoudre d'un coup de baguette magique la question de l'organisation de la production.
L'abolition du salariat est conditionnée par celle de la propriété privée des moyens de production. Condition
nécessaire mais non suffisante, le salariat ayant persisté, même sous une forme atténuée, dans l'économie étatisée
comme dans les services publics de l'Etat Providence. La forme d'appropriation et d'usage du capital est là encore
déterminante, tout comme l'existence d'un marché des biens et service et le fonctionnement du marché du travail.
Sur ces plans là, l'économie autogestionnaire verra coexister différentes formes : entreprises publiques,
associations, coopératives, travail indépendant etc.. Le statut des travailleurs dans ces différentes structures devra
répondre à quatre impératifs :
• la garantie de la liberté et des droits du travailleur tant individuels que collectifs
• la prise en compte de l'intérêt commun
• l'attribution d'un revenu satisfaisant aux besoins de chacun
• le principe d'égalité des individus dans la rémunération du travail
* La répartition actifs/inactifs Intégrer les réflexions de Benoît (Dépassement du salariat - sécurité sociale
professionnelle)
c)sous quelle forme la plus-value est-elle répartie ? La répartition passe par des choix politiques majeurs :
• quelle place faire respectivement aux consommations collectives et individuelles ?
• quelle prise en compte des biens communs indivisibles (l'air que l'on respire, mais aussi la culture commune, la
convivialité, la santé publique etc.) ?
• quel est le domaine de la gratuité, de la subvention ?
• et par là des prélèvements obligatoires et de la redistribution
Ces choix sont souvent imbriqués. Les biens communs indivisibles n'ont naturellement pas de prix, même si le
marché veut leur en donner. Mais ils ont un coût et justifient par là même des prélèvements. Le choix de privilégier
un usage collectif de la richesse produite pose la question du droit d'accès et d'usage. Passe-t-elle par un prix ou par
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la gratuité ? Dans le premier cas, ce dernier est-il identique pour chacun ou modulé selon des critères sociaux ?
Couvre-t-il totalement le coût de production ou suppose-t-il des subventions ?
d)qui en décide ? Bien évidemment, la forme d'intervention de la collectivité n'est pas indifférente, les pratiques
autogestionnaires s'opposant aux pratiques étatiste et bureaucratiques. La planification démocratique, la démocratie
participative, la participation des salariés, des consommateurs et des différentes associations (directement dans les
instances de décision, ou indirectement par la négociation, par des actions collectives et par un travail d'éducation
populaire et d'information etc.) sont des moyens auxquels on peut songer. Il nous appartient à travers nos luttes
quotidiennes d'en inventer et d'en expérimenter de nouvelles.
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