Contribution à l'étude de la complexité du système mnésique humain - CHAPITRE-VII

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Apports expérimentaux Chapitre 7 : Dimensions écologiques CHAPITRE 7 : CONFRONTATION DE DIMENSIONS ECOLOGIQUES AUX DONNEES DE LABORATOIRE 7.1. CADRE DE L'ETUDE Une part considérable de la recherche dans le domaine de la métamémoire aborde les aspects affectifs (e.g., anxiété, estime de soi, styles cognitifs…) et motivationnels (e.g., motivation pour la réussite, engagement dans les tâches, assignation de buts,…) associés au contrôle et à la régulation des comportements mnésiques (Poissant et al., 1999). De même, la nature des attributions de la performance mnésique peuvent apporter un éclairage sur les croyances et connaissance du sujet à propos des déterminants de sa performance. Nous avons examiné au chapitre 4 la position qu'occupent ces facteurs dans les représentations naïves de la mémoire, construites à partir des expériences individuelles quotidiennes. L'étude présentée dans ce chapitre s'inscrit dans une perspective de validité écologique, car elle prend en considération des dimensions et comportements relevant de la vie quotidienne. Plus particulièrement, nous nous intéresserons à quatre catégories de phénomènes susceptibles d'être liés ou d'expliquer le niveau de performance mnésique et les jugements de métamémoire : • ••• les états affectifs auto-évalués : forme générale, stress face au test, motivation pour passer l'expérience, intérêt pour l'expérience, et déception face à la performance réelle, •• les attributions causales de ...
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Apports expérimentaux Chapitre 7 : Dimensions écologiques
CHAPITRE 7 : CONFRONTATION DE DIMENSIONS ECOLOGIQUES
AUX DONNEES DE LABORATOIRE

7.1. CADRE DE L'ETUDE
Une part considérable de la recherche dans le domaine de la métamémoire aborde
les aspects affectifs (e.g., anxiété, estime de soi, styles cognitifs…) et motivationnels
(e.g., motivation pour la réussite, engagement dans les tâches, assignation de buts,…)
associés au contrôle et à la régulation des comportements mnésiques (Poissant et al.,
1999). De même, la nature des attributions de la performance mnésique peuvent
apporter un éclairage sur les croyances et connaissance du sujet à propos des
déterminants de sa performance. Nous avons examiné au chapitre 4 la position
qu'occupent ces facteurs dans les représentations naïves de la mémoire, construites à
partir des expériences individuelles quotidiennes.

L'étude présentée dans ce chapitre s'inscrit dans une perspective de validité
écologique, car elle prend en considération des dimensions et comportements relevant
de la vie quotidienne. Plus particulièrement, nous nous intéresserons à quatre
catégories de phénomènes susceptibles d'être liés ou d'expliquer le niveau de
performance mnésique et les jugements de métamémoire :
• ••• les états affectifs auto-évalués : forme générale, stress face au test, motivation
pour passer l'expérience, intérêt pour l'expérience, et déception face à la
performance réelle,
•• les attributions causales de la performance à un test de rappel libre,
•• des traits de personnalité : locus de contrôle et anxiété,
• ••• l'auto-évaluation de la mémoire quotidienne.

Certains de ces phénomènes réfèrent à des dimensions que Reuchlin (1990a)
regroupe explicitement sous le terme de conation, par opposition au terme de
cognition, tout en insistant sur la nécessaire interdépendance et la détermination
mutuelle des ces deux domaines psychologiques. Le choix d'étudier les relations entre
conation et cognition résulte du besoin de concevoir le psychisme dans son intégralité,
tel qu'il fonctionne dans les situations naturelles. Cette option de recherche se veut
écologique et s'inspire notamment des apports de la psychologie différentielle
(Reuchlin, 1990a, 1990b ; Drévillon, 1985).

Chapitre 7 - 508 Apports expérimentaux Chapitre 7 : Dimensions écologiques
Dans le domaine de la mémoire, les recherches écologiques sont généralement
lourdes à mettre en œuvre (Gruneberg et al., 1988) et ne sont pas exemptes de toute
critique, notamment au plan méthodologique (Baddeley et Wilkins, 1984). Le présent
travail n'appartient pas à cette catégorie de travaux où la mémoire est observée sur le
terrain, avec des matériels naturels aussi complexes, par exemple, que les souvenirs
autobiographiques.
Notre objectif est plutôt de confronter des données de laboratoire (performance et
jugements) à des données reflétant une certaine réalité afin :
•• de déterminer si, et comment, une sélection de dimensions supposées
écologiques s'expriment à travers les comportements mesurés en laboratoire ou
peuvent contribuer à une partie des résultats observés dans ce cadre restreint ; il
s'agit par exemple de déterminer si les performances et les jugements sont liés
aux évaluations conatives (effectuées avant la description et après la réalisation
de la tâche) ou aux traits stables de personnalité,
•• d'évaluer la pertinence des observations faites en situation de laboratoire, par
exemple en comparant l'auto-évaluation de la mémoire quotidienne faite dans ce
contexte et l'auto-évaluation de la mémoire quotidienne par un questionnaire
portant sur des situations mnésiques courantes,
•• d'évaluer la pertinence des conclusions que nous avons tirées à partir de
l'expérience de laboratoire (problème de la généralisation aux situations
quotidiennes) ; par exemple, au chapitre 6, nous avons mis en évidence une
perturbation (inattendue) des jugements métacognitifs dans un groupe de sujets
soumis à des consignes d'encodage interférentes (mémorisation et tâche de
décision) : l'analyse des évaluations conatives et des attributions causales
permettra de tester la pertinence de cette interprétation et de mieux cerner la
nature de la perturbation identifiée.

Ce chapitre s'organise autour de trois axes principaux :
(1) La première partie traite des auto-évaluations affectives et motivationnelles
recueillies en début et au cours d'une expérimentation (échelles en cinq points) ainsi
que des attributions causales formulées par les sujets sur leur performance. Cette
partie fait référence à l'ensemble des évaluations faites par les sujets au cours de
l'expérimentation et qui ne sont pas considérées comme des jugements métacognitifs.
Ces évaluations ont été recueillies lors de l'expérience de laboratoire décrite et traitée
sous l'angle des relations entre mémoire et métamémoire au chapitre 6.
Il s'agira plus particulièrement :
• • d'évaluer l'impact de dimensions comme la motivation, le stress (l'anxiété face
au test), le bien-être sur la performance et les jugements,
•• •• de déterminer s'il existe des relations entre la performance de mémoire ou les
jugements de métamémoire et l'intérêt individuel ressenti pour la tâche ou le
degré de déception ressenti face à la performance réelle,
Chapitre 7 - 509 Apports expérimentaux Chapitre 7 : Dimensions écologiques
•• d'analyser la convergence entre les données de performances, d'évaluations
conatives, de jugements métacognitifs et la nature des attributions causales
produites par les sujets.
Cette thématique trouve sa place dans un chapitre à orientation écologique pour
deux raisons : (a) la nature des variables mesurées (conatives) permet un élargissement
de point de vue et la prise en compte de la complexité des phénomènes ; (b) il nous
semble pertinent et cohérent de dire que la participation à une expérimentation est pour
le sujet une expérience particulière, au même titre que d'autres expériences
quotidiennes. Dans les circonstances réelles, les personnes évaluent la situation et les
matériels, s'auto-évaluent en se basant essentiellement sur leur expérience interne
(impressions et sentiments), et agissent en retour en fonction de ces introspections. Les
étudiants volontaires pour notre recherche éprouvent nécessairement des sentiments au
cours de cet engagement spécifique, de nature analogue à ceux qu'ils éprouveraient
dans d'autres contextes. Cet argument s'applique également à propos des attributions
causales ; dans la vie quotidienne, les personnes se comportent en scientifiques
(sensibles à un certain nombre de biais) en élaborant des explications à leurs conduites
et à celles d'autrui. Les auto-évaluations et attributions revêtent une certaine validité
car elles ressemblent aux jugements émis quotidiennement et car elles permettent
d'apprécier l'état interne des sujets au moment précis de l'expérience. Dans notre étude,
la validité des auto-évaluations est toutefois limitée par l'utilisation de données
uniquement introspectives (auto-description ; mais comment faire lorsque l'on souhaite
158précisément accéder au ressenti individuel ? ), par l'absence de mesures répétées pour
une même dimension sous-jacente (motivation, stress…) et par l'utilisation d'échelles
en cinq points (avec une valeur médiane risquant d'être choisie abusivement).

(2) Le second axe de ce chapitre porte sur l'évaluation objective de deux traits de
159personnalité au moyen de questionnaires standardisés : l'anxiété (Echelle d'Anxiété de
Cattell, 1962) et le Locus de Contrôle (Echelle d'internalité / externalité de Rotter,
1966). Ces outils standardisés sont sensés nous fournir une indication sur la manière
habituelle dont un sujet se comporte (notion de trait). Ces deux dimensions,
sélectionnées parmi un éventail d'autres possibilités – comme la dimension dépendance
/ indépendance à l'égard du champ, l'introversion / névrosisme, la dépression,… –
seront confrontées aux données de performance mnésique et de métamémoire, mais
également aux auto-évaluations précédemment nommées conatives et aux attributions
causales relevées au cours de l'expérience.

(3) Le troisième et dernier axe concerne plus directement le concept de
métamémoire, en tant que connaissance du fonctionnement mnésique. Nous
chercherons à déterminer s'il existe des liens entre l'auto-évaluation quotidienne de la

158. Certaines variables qui nous intéressent ici, par exemple le stress, pourraient donner lieu à des mesures
physiologiques, plus objectives que les données d'introspection.
159. Une partie seulement des 111 sujets de l'expérience sont concernés ; voir § 7.2.2.
Chapitre 7 - 510 Apports expérimentaux Chapitre 7 : Dimensions écologiques
mémoire (mesurée par un questionnaire dont on connaît les réponses moyennes ;
Baddeley, 1993a) et l'ensemble des données recueillies en laboratoire.

Avant de décrire notre procédure, nous rappellerons nos principales hypothèses.
Concernant les évaluations touchant aux aspects conatifs, nous tenterons de
déterminer s'il existe une relation entre métamémoire et état affectif, parallèle à la
relation métamémoire / performance. Il a été proposé que les réponses à des
questionnaires de métamémoire sont davantage reliées à des aspects de personnalité
qu'à la performance ou aux comportements stratégiques des sujets (Lieury et al., 1994).
D'une façon plus optimiste, il semble que l'introduction de facteurs affectifs (croyances
d'auto-efficacité) soit une nécessité dans la modélisation de la métamémoire (Bandura,
1989 ; Hertzog et al., 1987, 1989, 1990 ; Hertzog et Dixon, 1994). En effet, l'auto-
évaluation des fonctions cognitives s'inscrivant dans le processus général d'évaluation
et de perception de soi, il n'est pas surprenant que la métamémoire puisse être liée à
l'estime de soi et à l'état affectif du sujet. Il se peut même que de tels facteurs affectifs
soient en partie responsables du manque de relation généralement observé entre
connaissance (métamémoire) et performance (mémoire). L'hypothèse générale
H.3.1.formulée au chapitre 3 ( ) énonce l'existence d'une relation positive entre les états
conatifs auto-évalués et le niveau de performance d'une part, et entre ces mêmes états
et les jugements de métamémoire d'autre part. Le bien-être général, la motivation,
l'absence de stress, l'intérêt et l'absence de déception devraient être associés à la fois à
de meilleures performances mnésiques et à des jugements de métamémoire plus
optimistes (e.g., prédictions de performance, évaluations qualitatives des prédictions et
de la performance réelle plus élevées…). Cette hypothèse pose donc l'existence d'une
convergence entre les jugements affectifs et les jugements métacognitifs.

Concernant la question des attributions causales de la performance, nous avons
précisé deux sous-hypothèses.
(1) L'attribution de causes à la performance devrait être qualitativement différente
d'un groupe à l'autre, du fait des écarts dans la possibilité réelle qu'ont les sujets de
160contrôler leurs processus mnésiques (H.3.2.1.) ; les sujets en condition de tâche
d'orientation (peu de contrôle réel) devraient invoquer des causes externes
(situationnelles) alors que les sujets du groupe contrôle devraient invoquer des causes
internes (personnelles). Cette hypothèse suppose que les sujets ont procédé à une
analyse objective des déterminants de la performance réelle, de ce qui, dans cette
situation de mémoire spécifique, influence positivement ou négativement la
performance.

160. Pour mémoire; nous avons comparé la mémorisation d'un même matériel (30 mots catégorisables) par trois
groupes de sujets différant par les consignes d'encodage. 1 : encodage incident : tâche d'orientation inspirée des
travaux sur la profondeur de traitement (Craik et Lockhart, 1972) et aucun avertissement de l'épreuve de
mémoire. 2 : encodage intentionnel et tâche d'orientation lors de l'encodage. 3 : encodage intentionnel sans tâche
d'orientation et défilement des stimuli à retenir entièrement géré par le sujet. Voir § 6.2., 7.2 et annexe 6.2 :
consignes.
Chapitre 7 - 511 Apports expérimentaux Chapitre 7 : Dimensions écologiques
(2) La deuxième hypothèse (H.3.2.2.) énonce que la nature de l'attribution est
corrélée avec la performance réelle et les jugements de métamémoire. Les sujets qui
font des attributions internes et positives (e.g., bonne capacité mnésique, efforts,
motivation) réussissent mieux la tâche et font des jugements de métamémoire plus
favorables. Parallèlement, les sujets qui se sentent peu efficients feront des attributions
internes et négatives (e.g., mauvaise capacité, manque d'efforts, …), des jugements de
métamémoire peu élevés et obtiendront des performances faibles. Selon cette
hypothèse, les attributions de performance reflètent la dimension d'auto-efficacité de la
métamémoire et devraient être concordantes avec les mesures de métamémoire, comme
les prédictions et les évaluations qualitatives. Cependant, cette relation pourrait
dépendre de la condition expérimentale, c'est-à-dire du contrôle effectif qu'ont les
sujets sur leur processus de mémorisation. On peut envisager par exemple que les
sujets avec une auto-efficacité élevée et une performance faible fassent des attributions
externes (e.g., difficulté de la tâche) car ils ne se sentent pas responsables de leur
performance.

La troisième série d'hypothèses (H.3.3.) concerne les relations entre les traits
stables de personnalité et les variables mesurées au cours de l'expérimentation. Plus
H.3.3.1.spécifiquement, nous nous attendons à ce que l'anxiété ( ) et l'externalité
H.3.3.2.( ) s'accompagnent de performances plus basses et de jugements de
métamémoire défavorables (auto-efficacité moins forte). Nous testerons cette
hypothèse au sein de chaque groupe expérimental ; il n'y a pas de raison, a priori, pour
que les groupes expérimentaux diffèrent sur ces dimensions de personnalité. De plus,
la configuration d'attributions pourrait être modulée par les différences individuelles
stables de locus de contrôle. En effet, sujets internes et externes attribuent
habituellement leur performance et leurs comportements à des facteurs différents ; ce
style d'attribution pourrait naturellement se révéler dans la situation particulière
instaurée par le contexte expérimental. Les attributions devraient toutefois varier en
fonction de l'analyse que font les sujets de la situation. Aussi, étudierons-nous
l'interaction entre la dimension internalité / externalité et la condition d'encodage
(consignes) sur la nature des attributions de la performance.

En dernier lieu, nous nous intéresserons à la perception qu'ont les sujets de leur
mémoire quotidienne (auto-efficacité générale) et chercherons à mettre en évidence
un éventuel lien entre cette représentation (le terme "croyance" est-il peut être plus
adapté) et la performance de laboratoire, mais aussi entre cette représentation et la
connaissance exprimée au cours de l'expérience (auto-efficacité spécifique). Cela nous
donnera l'occasion de tester la convergence d'une mesure indépendante de la
métamémoire (questionnaire) et de mesures concourantes (prédictions et évaluations)
pour reprendre la terminologie de Cavanaugh et Perlmutter (1982). L'hypothèse émise
(H.3.4) prévoit des corrélations négatives entre le score du questionnaire (évaluation
de la fréquence de difficultés mnésiques) et (1) les mesures de métamémoire relevées
en laboratoire, (2) le niveau de performance mnésique. Nous analyserons la
configuration de relations au sein de chaque groupe expérimental bien que nous ne
Chapitre 7 - 512 Apports expérimentaux Chapitre 7 : Dimensions écologiques
nous attendions pas à ce que les scores d'auto-évaluation quotidienne varie d'un groupe
à l'autre (comme les scores de personnalité ou les évaluations conatives recueillies
avant la présentation de la tâche).
7.2. DESCRIPTION DE L'EXPERIENCE
7.2.1. Déroulement de l'expérience et mesures effectuées
Cette étude s'inscrit dans la recherche présentée au chapitre précédent. Cent onze
sujets, répartis dans un des trois groupes expérimentaux, étaient soumis
successivement à trois sessions :

Session expérimentale : tâche réalisée sur ordinateur, performances de mémoire
et jugements (annexe 6.2.). Au cours de cette session, durant approximativement une
heure, chaque sujet était invité à :
•• répondre aux auto-évaluations conatives sur sa forme générale (Forme), ses
niveaux de stress (STRESS) et de motivation (MOTIV) à l'égard de sa
participation à l'expérience, et indiquer quelques caractéristiques démographiques
(âge, sexe, niveau de scolarité) ; cette partie de l'expérience était identique pour
tous les sujets dans la mesure où elle était réalisée avant la présentation des
consignes spécifiques sur les tâches à réaliser,
•• effectuer la phase d'encodage des informations : selon le groupe, les sujets
réalisent (groupes 1 et 2) ou non (groupe 3) une tâche de décision sur les 30 mots
présentés, et sont avertis (groupes 2 et 3) ou non (groupe 1) du test de mémoire
futur,
• • émettre des jugements métacognitifs d'estimation du nombre d'items de la liste
••
(E), de prédiction de performance (P1 et P2), de confiance accordée à la
prédiction (C1 et C2) et d'évaluation qualitative de la prédiction (EVA1 et EVA2),
• • faire fonctionner sa mémoire : test de rappel libre (LI 1),
•• •• évaluer sa mémoire quotidienne (EVAG), sa performance réelle (EVAP),
l'intérêt ressenti à l'égard de l'épreuve (INT) et la déception / fierté (DECEP) face
à sa performance,
•• sélectionner, parmi un éventail de choix, les explications les plus probables de
la performance réellement obtenue en rappel libre (attributions causales),
•• procéder à une seconde chance de rappel libre (LI 2),
• ••• répondre à un test de rappel indicé (IN) par les noms, présentés
successivement, des cinq catégories sémantiques de la liste d'items (les sujets ne
sont à aucun moment avertis de cette organisation de la liste).

Les explications causales sont caractérisées par une dimension d'internalité /
externalité (§ 7.4). Après avoir lu la totalité des items, le sujet devait retenir tous ceux
Chapitre 7 - 513 Apports expérimentaux Chapitre 7 : Dimensions écologiques
qui lui semblaient être des explications satisfaisantes pour sa performance. Chaque
dimension explicative de la performance était formulée par deux alternatives
antinomiques, que nous nommerons respectivement les formulations positives et les
161formulations négatives (e.g., bonne capacité de mémoire / mauvaise capacité de
mémoire). Les causes dites internes ont leur origine dans le sujet et peuvent être
répertoriées en deux classes : causes cognitives et causes conatives. Les causes
qualifiées d'externes ne sont pas sous le contrôle de l'individu ; leur source se situe
dans la situation (facilité / difficulté ; caractéristiques) ou dans le hasard. L'attribution
de la performance au temps (ou au manque de temps) passé à étudier le matériel n'a été
classée dans aucune des deux catégories principales (interne / externe) dans la mesure
où, pour certains sujets, les consignes insistaient sur la rapidité des réponses (externe)
alors que les autres sujets pouvaient utiliser le temps comme ils le souhaitaient
(interne).

Session questionnaires
Les sujets étaient invités à répondre à trois questionnaires, soit immédiatement
après l'expérience de mémoire, soit au cours d'un rendez-vous ultérieur selon leur
162
disponibilité : l'Echelle du Locus de Contrôle de Rotter (1966), le Test d'Anxiété de
163
Cattell (1962) et un questionnaire de procrastination inspiré des travaux de Lay
(1986). A la fin de cette seconde session, nous demandions au sujet d'emporter une
enveloppe contenant un autre questionnaire à compléter chez soi (Questionnaire
d'Evaluation de la Mémoire Quotidienne de Sunderland et al., 1983 ; version issue de
164l'ouvrage de Baddeley, 1993a) et à remettre une semaine plus tard . Nous insistions
sur le respect de ce délai. La date de retour prescrite était systématiquement inscrite sur
7la feuille de réponses du questionnaire d'auto-évaluation de la mémoire quotidienne .
On trouvera en annexe 7.1 le contenu de cette version du questionnaire.

Session de mémoire prospective : remise du questionnaire à la date prescrite ; cet
aspect n'est pas traité dans le présent travail.

161. Les adjectifs positif et négatif sont utilisés en référence à l'effet sous-entendu qu'ils ont sur la performance ;
ainsi, une bonne capacité contribue à une bonne performance (attribution positive), un manque de motivation
contribue à une mauvaise performance (attribution négative)…
162. Dans la plupart des cas, la session de questionnaires était immédiatement postérieure à la session
expérimentale. Certains sujets avaient complété les questionnaires d'anxiété et de locus de contrôle pour les
besoins d'autres expériences, avant leur participation à la présente étude.
163. La procrastination est la tendance à remettre les choses à plus tard ; ce concept comporte à la fois une
dimension motivationnelle et une dimension mnésique.
164. Nous avions envisagé d'évaluer la mémoire prospective des sujets en leur demandant de remplir un
questionnaire à domicile et de le retourner une semaine plus tard. Nous ne considérerons pas ici la mémoire
prospective et la notion de procrastination pour des raisons de difficultés méthodologiques.
Chapitre 7 - 514 Apports expérimentaux Chapitre 7 : Dimensions écologiques
7.2.2. Sujets
L'introduction systématique des questionnaires standardisés, pour étudier les
effets de la personnalité et l'auto-évaluation de la mémoire quotidienne, a été décidée
en cours de recherche, plus exactement, au moment où nous avons constitué le groupe
contrôle. C'est pourquoi nous ne disposons de ces données que chez un nombre réduit
de sujets :
• • la majorité des sujets du groupe contrôle (37 / 38),
• • les sujets du groupe incident et du groupe intentionnel testés après notre
décision d'inclure dans cette recherche ce nouveau type de données (incident : 13
/ 37 ; intentionnel : 12 / 36),
• ••• des sujets des groupes incident et intentionnel qui avaient répondu à une partie
de ces questionnaires (Anxiété et Locus) pour les besoins d'autres expériences du
laboratoire (incident : 11 / 37 ; intentionnel : 4 / 36).

Le tableau VII.1 résume le nombre d'observations (sujets) dont nous disposons
pour chaque questionnaire et chaque groupe expérimental. Au final, si 77 sujets ont
répondu à l'un ou l'autre des questionnaires, seulement 57 d'entre eux ont fourni des
résultats pour la totalité des mesures effectuées (annexe 7.2).



Groupes
Questionnaires : Incident Intentionnel Contrôle
Anxiété 23 16 37
Locus de contrôle 24 16
Auto-évaluation de la mémoire quotidienne 13 9 35
Tous les questionnaires 57 / 111 13 / 37 9 / 36 35 / 38
Tableau VII. 1 : Répartition des sujets en fonction des groupes expérimentaux et des questionnaires
complétés.
La dernière ligne récapitule le nombre de sujets ayant passé les trois questionnaires sur le
nombre de sujet ayant participé à la première session.


Nous avons vérifié que les différences entre groupes (provenant des consignes
d'encodage) observées précédemment sur les différentes variables dépendantes
(performances, jugements, … voir chapitre 6) se retrouvent dans ce sous-échantillon
165
des 77 sujets (annexe 7.3). Quelques divergences sont à noter , qui ne remettent pas
en cause l'essentiel des conclusions formulées au chapitre 6 :
• • l'effet du groupe disparaît pour l'estimation subjective du nombre de mots
présentés (F(2;74)<1, ns), pour l'intérêt porté à l'épreuve (F(2;74)=1,29, ns ; voir

165. Nous trouvons des résultats identiques en considérant les 57 sujets qui ont passé les trois questionnaires et
en procédant à des comparaisons de moyennes (t de Student sur petits échantillons indépendants) au lieu de
l'analyse de variance (effectifs inégaux dans les groupes, soit 13, 9 et 35). Les comparaisons effectuées pour
l'ensemble des sujets (111) se trouvent en annexes 6.4 à 6.7 pour la performance, 6.1 pour les évaluations
conatives, 6.14 et 6.15 pour les mesures de métamémoire, 6.18 pour l'exactitude de la prédiction.
Chapitre 7 - 515 Apports expérimentaux Chapitre 7 : Dimensions écologiques
§ 7.3.1 ci-dessous), pour certains indices d'exactitude mesurés à partir de la
seconde prédiction (|P2-LI1|, |P2-RT|, et |P2-RT|/RT),
•• l'effet du groupe apparaît pour les deux estimations de certitude associées aux
performances prédites (C1 : F(2;74) = 3,23, p=.045 ; C2 : F(2;74) = 4,15,
p=.02) ; dans les deux cas, les sujets du groupe intentionnel associent une plus
faible certitude à leur prédiction que les sujets des deux autres groupes,
•• •• l'effet du groupe est plus marqué sur la performance en rappel indicé
(F(2;74)=3,44, p=.037) et se manifeste par une meilleure performance chez les
sujets du groupe intentionnel relativement aux sujets du groupe contrôle,
• • l'interaction entre groupe et étape de la prédiction (deux phases de prédiction)
sur la proportion de rappel prédite (PP1 et PP2) disparaît (F(2;74)<1, ns) alors
que les effets principaux restent significatifs.

Dans la suite de ce chapitre, seuls les résultats impliquant les mesures de
questionnaires (§ 7.5et 7.6) portent sur un nombre réduit de sujets.
7.3. CONATION, MEMOIRE ET METAMEMOIRE EN LABORATOIRE
Les questions d'auto-évaluation conative sont au nombre de cinq :
•• en début de questionnaire, avant toute information sur le but de l'étude et toute
définition des tâches, nous sollicitions une évaluation du niveau de forme
générale (sentiment général de bien-être), des niveaux de stress et de motivation
face à la participation à l'expérience,
• • après les tâches de prédiction (assorties des évaluations de certitude et de
qualité) et l'épreuve de rappel libre, nous demandions d'évaluer le degré de
déception / fierté ainsi qu'une appréciation de l'intérêt porté à l'épreuve.

Dans cette partie, nous allons tout d'abord déterminer si les consignes ont un effet
sur les jugements conatifs, pour ensuite étudier les relations entre ces auto-évaluations
et les mesures de performance et de jugements métamnésiques.
7.3.1. Effet des consignes sur les jugements conatifs
Nous avons tout d'abord cherché à vérifier l'équivalence des auto-évaluations
conatives dans les trois groupes de sujets (annexes 6.1 et 6.15). Concernant les trois
premières auto-évaluations, nous ne trouvons pas de différences entre les trois groupes
(F (2,108)=1,98, ns ; F (2,108)<1, ns et F (2,108)=1,90, ns), ce qui peut forme stress motivation
prouver, d'une part que les sujets utilisent les échelles de façon identique, et d'autre
part qu'il existe une équivalence a priori entre les trois groupes en ce qui concerne les
variables mesurées (tableau VII. 2).

Chapitre 7 - 516 Apports expérimentaux Chapitre 7 : Dimensions écologiques

Groupes de l'expérience – consignes d'encodage
Incident (37) Intentionnel (36) Contrôle (38)
3,42 (0,73) 3,68 (0,81) Forme générale 3,76 (0,76)
4,11 (0,79) 3,95 (0,93) Stress 4,14 (0,71)
4,06 (0,58) 4,00 (0,74) Motivation 4,27 (0,56)
Intérêt 4,027 (0,93) 4,250 (0,55) 3,711 (0,96)
Déception 2,486 (0,69) 2,389 (0,55) 2,684 (0,62)
Tableau VII. 2 : Moyennes (écarts-types) des évaluations conatives en fonction des consignes
d'encodage.


Concernant les variables conatives relevées après la tâche de mémoire, on
observe un effet du groupe sur l'intérêt porté à l'épreuve (F(2,108)=3,9, p=.0232) : les
sujets du groupe contrôle éprouvent un moindre intérêt que les sujets du groupe
intentionnel (les moyennes pour les groupes incident, intentionnel et contrôle sont de
4,03, 4,25 et 3,71, respectivement). L'intérêt ressenti reflète-t-il alors le degré de
difficulté perçu de la tâche ou le degré de challenge qu'elle impose ; en effet, face à des
exercices trop faciles, on n'éprouve par nécessairement beaucoup d'intérêt à les
résoudre (effet de lassitude), alors que les défis sont plus stimulants.
Il n'existe pas d'effet du groupe sur le degré de déception ressentie face à la
performance réelle (F(2,108)=2,17, ns ; moyennes respectives de 2,49, 2,39 et 2,68 ;
tableau VII. 2) malgré les grandes différences de performance réelle. Ainsi, les sujets
sont plutôt déçus de leur performance, indépendamment du niveau de performance
réellement atteint et surtout, indépendamment des conditions dans lesquelles ils ont dû
réaliser la tâche.
7.3.2. Etude des relations entre variables conatives et performance
(rappel libre)
Nous avons cherché à mettre en évidence d'éventuelles relations entre les
variables conatives auto-estimées et la performance en rappel libre en procédant à deux
séries d'analyses : des calculs des coefficient de corrélation entre ces estimations et la
performance réelle, et des comparaisons de moyennes sur la performance en rappel
libre entre les différents niveaux d'évaluation (tests t de Student sur petits échantillons
indépendants). Ces comparaisons n'ont pu être mises en œuvre que dans les cas où les
effectifs étaient au moins égaux à cinq observations. Elles ont pour objectif de
déterminer si les différents niveaux des échelles (cinq) sont choisis par des sujets qui
obtiennent par ailleurs des scores de mémoire significativement distincts. Elles
permettent ainsi d'approfondir les conclusions qui pourront être tirées à partir des
valeurs des coefficients de corrélation.
Chapitre 7 - 517

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