cours-PHILO-LIVET-2006-2007

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1 Les arguments, leur portée, leurs liens avec les émotions Pierre Livet I Les validités relatives des arguments II. La portée des arguments et leurs destinataires III. Les émotions de l’argumentation I. Les validités relatives des arguments Introduction (Ce sont seulement des validités relatives, puisqu’il s’agit d’arguments non décisifs, qui ne sont valides que relativement à d’autres arguments moins valides). Il n’y a que trois classes d’arguments, liées entre elles d’ailleurs par ce qu’elles présentent différentes facettes du fonctionnement des inférences « normales » et donc révisables (ouvertes à des exceptions). Les arguments de base sont les arguments de type 1 (les inférences « normales »), mais ils peuvent toujours être utilisés aussi pour révéler des valeurs, donc comme des arguments de type 2. Tous les arguments sont aussi liés aux contextes, mais seuls les arguments par analogie (les arguments de type 3) développent cette liaison de manière plus ample. 1) les arguments (normalités inférentielles) qui suivent le fonctionnement des inférences normales , de la forme « si A, alors normalement B ». Le « normalement » est généralement (voire toujours) sous-entendu pour des raisons que l’on verra plus loin. 2) les arguments qui exploitent les préférences ou différences de valeurs, et qui en même temps révèlent ces différences de valeur. Ils sont liés au fonctionnement des inférences normales (des arguments de type 1) par la ...
Publié le : samedi 24 septembre 2011
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Les arguments, leur portée, leurs liens avec les émotions Pierre Livet  I Les validités relatives des arguments II. La portée des arguments et leurs destinataires III. Les émotions de l’argumentation  I. Les validités relatives des arguments Introduction (Ce sont seulement des validités relatives, puisqu’il s’agit d’arguments non décisifs, qui ne sont valides que relativement à d’autres arguments moins valides). Il n’y a que trois classes d’arguments, liées entre elles d’ailleurs par ce qu’elles présentent différentes facettes du fonctionnement des inférences « normales » et donc révisables (ouvertes à des exceptions). Les arguments de base sont les arguments de type 1 (les inférences « normales »), mais ils peuvent toujours être utilisés aussi pour révéler des valeurs, donc comme des arguments de type 2. Tous les arguments sont aussi liés aux contextes, mais seuls les arguments par analogie (les arguments de type 3) développent cette liaison de manière plus ample. 1) les arguments (normalités inférentielles) qui suivent le fonctionnement des inférences normales , de la forme « si A, alors normalement B ». Le « normalement » est généralement (voire toujours) sous-entendu pour des raisons que l’on verra plus loin. 2) les arguments qui exploitent les préférences ou différences de valeurs, et qui en même temps révèlent ces différences de valeur. Ils sont liés au fonctionnement des inférences normales (des arguments de type 1) par la relation suivante : « si on a A ou B et que l’inférence normale retenue donne comme conclusion A et non B, alors cela révèle que pour nous A > B ». Les arguments d’autorité, par exemple, présupposent une différence de valeur. On notera que de « A ou B » il ne suit pas logiquement que A et non B, qui est une proposition plus forte. La préférence se manifeste donc par le fait que nous allons au-delà de la logique dans nos conclusions (la logique n’a pas de préférences). Les relations entre la formule « si A, alors normalement B » et la formule « B est préféré à C » vont dans les deux sens. Nous venons de voir comment aller de la première à la seconde (il suffit de remplacer A par « B ou C », et la conclusion par B et non C ». Dans l’autre sens, il faut se rendre compte qu’une inférence normale est révisable. Or quand nous procédons à une révision, nous tentons d’éliminer celles des prémisses qui produisent une incohérence parce qu’elles nous amènent à une conclusion contraire à notre constatation. Mais supposons que nous ayons comme prémisses, « A ou B et C ». Supposons que éliminer C ne suffit pas à réduire l’incohérence. Supposons qu’il ne soit pas nécessaire d’éliminer A et B et C. Nous avons alors le choix entre éliminer A et C ou éliminer B et C. L’un ou l’autre feront l’affaire. Mais cela donne le même nombre de prémisses à éliminer. Comment choisir alors ? Il nous faut disposer d’un ordre sur nos prémisses. Ou, si l’on préfère, en choisissant un ensemble de prémisses pour l’éliminer, nous révélons un certain ordre, à savoir, par exemple que nous préférons A à B si nous éliminons B et C. La logique n’a pas de préférences, mais la révision en a. 3) les arguments de transferts entre contexte (arguments par similarité, analogie, etc.). Ils sont liés aux précédents par le fait que toute inférence normale révisable est sensible à un changement de contexte, à savoir que même si « de A, je conclus normalement B », il ne s’en suit pas forcément que : « de A et C je conclus normalement B », C pouvant être un contexte, pour la formule A, qui défait l’inférence de A à B. Différentes règles permettent
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de prendre des précautions contre les changements de contexte, mais l’argumentation utilisée dans la langue ne recourt pas à ces règles. Elle tente plutôt de prendre le risque de transférer des inférences d’un contexte source dans un autre contexte cible, à condition cependant qu’un premier transfert de la première de cette suite d’inférences, de ce contexte source dans cet autre contexte cible, ait déjà réussi. L’analogie consiste alors à admettre le transfert de la seconde inférence du contexte source dans le contexte cible. Ce qui fait la différence entre métaphore et analogie, c’est que la métaphore n’implique pas que le premier transfert ait réussi. Dans ce premier chapitre, nous passerons en revue ces trois classes, et indiquerons les rapports avec la terminologie de la théorie classique de l’argumentation. Nous indiquerons aussi brièvement les possibilités de contre-arguments. Dans un deuxième chapitre nous développerons leur analyse dans un deuxième cadre, celui de l’étude de la « portée des arguments, qui fait qu’il y a pour une situation et un public de « bons » et de « mauvais » arguments. Ainsi des arguments valides mais trop compliqués peuvent ne pas porter, et certains contre-arguments sont dans ce cas. Dans ce deuxième chapitre il nous faudra aussi étudier les différents rôles des argumentateurs, destinataires, etc. Dans un troisième chapitre nous verrons les rapports entre argumentation et émotions. Tous les arguments par normalités offrent le flanc à des attaques, qui invoquent des exceptions, des changements de contexte. Nous allons cependant indiquer quels types d’arguments sont valides et demeurent solides et établis contre toutes attaques. Mais cela ne leur donne pas toujours une portée supérieure.  I. 1. Arguments qui utilisent simplement le fonctionnement des Normalités inférentielles. Une normalité inférentielle est une règle d’inférence qui fonctionne dans un contexte supposé « normal » (elle peut donc avoir des exceptions). Cela correspond à peu près à ce que Plantin appelle une « loi de passage », mais une loi de passage dont l’application est révisable. Pour l’instant, nous ferons comme si on ne pouvait pas réviser l’inférence elle-même, mais seulement bloquer l’application de sa conclusion quand il y a révision. On invoque donc une normalité pour conclure, ou bien au contraire on invoque une exception, ou/et un changement de contexte pour réfuter. Quel rapport avec les théories du soutien et de la sape, et de la différence entre attaquer et saper ? (Pollock) Saper, c’est attaquer une prémisse. Pour cela il faut considérer la prémisse comme la conclusion d’une inférence, et attaquer cette inférence. Attaquer, c’est attaquer la conclusion ou l’inférence elle-même. Pour l’instant, nous nous limitons à l’attaque de la conclusion en tant que découlant de la prémisse et de la règle d’inférence normale. L’attaque revient donc à trouver un obstacle, au moins une exception, au succès de la règle d’inférence. On retrouve ici les distinctions de la garantie et du fondement, de Toulmin, mais mieux justifiées (chez Toulmin : la garantie est le principe général, et le fondement ou plutôt la base de départ est le fait qui déclenche la garantie ; de plus il faut s’assurer qu’il n’y a pas d’exception ; en fait on peut simplifier sa formulation : il s’agit simplement du modus ponens d’une règle d’inférence normale : on a la règle d’inférence « de A suit normalement B » (c’est la garantie ; on a A (c’est le fondement) on peut conclure sauf exception que B (c’est le modus ponens qui n’est valide que dans les cas normaux).  I.1.1 Usages des normalités Ex 1:
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-Le prisonnier a avoué le crime ; il est donc coupable C’est seulement la plupart du temps le cas. Non seulement on peut avoir des exceptions qui sapent la prémisse: il n’a pas clairement avoué ; et des exceptions qui sapent la conclusion (il est innocent, puisqu’il a un alibi), mais on peut avoir des inférences qui conduisent à attaquer la prémisse : il a été terrorisé, frappé, etc. (de cette prémisse additionnelle, on peut déclencher une inférence qui conduit à la conclusion contraire) ; ou encore attaquer l’inférence elle-même : il a voulu protéger quelqu’un d’autre, qui déclenche une autre règle d’inférence, (celui qui veut protéger quelqu’un peut mentir pour le protéger) laquelle bloque l’inférence normale. La sape et l’attaque sont donc diverses manières de mettre en question la validité de l’inférence normale. Si l’on voulait être complet, il faudrait une troisième catégorie : la récusation de la règle d’inférence elle-même. Ex 2- (pris à Walton) ; Raisonnement des politiciens US au moment où Nixon veut rétablir les relations avec la Chine : Revenir sur nos engagements et prétentions diminue notre prestige en tant que nation. Reconnaître la Chine alors qu’elle n’a rien changé pour les droits de l’homme et pour ses prétentions sur Taiwan est revenir sur nos engagements et prétentions Donc cela diminuera notre prestige. C’est une sorte de modus ponens, mais il a à avoir avec l’argument d’autorité et celui de valeur (voir le § I.2)  I. 1. 1.1. Utilisation sophistique de la normalité. Ex 3-Jean n’a pas arrêté de boire (donc il buvait et boit encore) (normalement, celui qui arrête de boire buvait, et celui qui n’a pas arrêté continue à boire) En fait la structure sous-jacente est : « normalement, sije mentionnequ’il n’a pas arrêté, c’est queje veux dire ou présuppose c’est une normalité de qu’il buvait auparavant » pertinence conversationnelle. Mais la présupposition doit être validée pour que la conclusion soit correcte. Il ne suffit pas de présupposer pour valider. C’est aussi le sophisme de la question multiple : « avez-vous arrêté de battre votre femme ? Mais je n’ai même jamais commencé à la battre ». Y a-t-il toujours une réponse qui « démultiplie » cette question multiple en plusieurs questions? Oui, une question qui soupçonne l’intention de celui qui a posé la question multiple ! « Prétendriez vous que Jean buvait ? Allons donc » ; « Prétendriez vous tenir pour acquis que j’ai effectivement battu ma femme ? Ce serait complètement faux ».  I.1. 1.2 Normalités et exceptions Qu’est ce qui prime, la normalité ou l’exception ? Mais même si ce qui est normal est généralement plus solide que ce qui est exceptionnel, on ne peut simplement argumenter en disant que ce qui est normal est supérieur à ce qui est exceptionnel ! On ne peut en effet dire explicitement que l’argument utilisé n’a qu’une validité normale, ce serait impliquer qu’il a des exceptions, qu’il n’est pas toujours valide, et donc diriger l’attention vers les exceptions, alors qu’on veut diriger l’attention vers la normalité. On est contraint de le présenter comme universel ! On retrouve ici le problème : une normalité statistique n’a pas forcément de validité normative.  Ex classique : Tout homme a droit à ce qu’on lui rende son bien, donc même si Jean est déclaré mentalement dérangé et susceptible de violences, il a le droit qu’on lui rende son arme.
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L’argument inverse : l’exception est supérieure à la normalité. Il peut être valide, mais seulement si on ne vise qu’une conclusion réduite au contexte de l’exception (on ne peut prétendre qu’en général il n’est pas bon de rendre un bien emprunté). Ex : Dans un cas où X est supposé pouvoir avoir une tare génétique parce que fils de Y, Z sa mère déclare qu’en fait il n’est pas le fils de Y. Ici la condition d’application de la normalité est sapée.  I. 1. 1.3. Absence d’exceptions Ex 4 (invocation de l’absence d’exceptions, repris de Walton) S’il y a des élections libres dans un pays, ce n’est pas un état policier (un état policier ne permet pas d’élections libres). Ici on conclut de l’absence de l’exception à la normalité démocratique, ou encore, de l’exception à la normalité de l’état policier à son absence. Ce n’est bien entendu là qu’un argument de validité relative (il pourrait y avoir d’autres traits propres à l’état policier, et présents dans ce pays)  On peut invoquer l’absence de conclusion (l’absence de normalité prouvée) Argument de l’ignorance : tant qu’on n’a pas trouvé d’effet toxique, c’est qu’il n’y en a pas. Contre –argument : on a parfois trouvé après coup des effets toxiques (amiante) Contre-contre-argument : on ne peut attendre un hypothétique contre-exemple qu’on ne peut pas actuellement prévoir pour bloquer la mise en œuvre technique d’une opération dont on peut, en revanche, prévoir les bienfaits. On ne peut donc pas bloquer au moins la mise à l’essai tant qu’on n’a pas le moindre indice négatif. Mais par le même genre de raisonnement, l’absence d’effets négatifs prévisibles n’est pas une preuve qu’il n’y aura pas d’effets négatifs. Elle ne peut donc pas bloquer le lancement d’essais pour tester des conséquences négatives. On devrait donc aussi lancer des essais pour étudier les éventuels effets négatifs. Ici on a un argument par présupposition pratique (présupposition comme dans l’utilisation sophistique, mais cette fois normale). Bloquer suppose qu’on a essayé, si peu soit-il. Que l’ampleur et la longueur de l’essai doivent être proportionnelles aux conséquences dangeureuses possibles nous renvoie à une procédure du genre de celle de la résolution du sorite (voir plus loin).  Contre-argument contre l’argument de l’ignorance : de ce qu’on ne sait pas on ne peut rien tirer par inférence, ou du moins on ne peut tirer qu’une autre ignorance, par exemple une forme de négation qui affaiblit une négation plus forte (l’absence d’un texte sur la comédie chez Aristote n’implique pas qu’il n’ait rien écrit sur la comédie).  De ce qu’il n’y a pas de preuves, nous devrions supposer l’accusé innocent ? En fait on l’acquitte faute de preuves, ce qui ne revient pas exactement à l’innocenter. Car la bonne conclusion est seulement qu’on ne peut tirer qu’une autre ignorance. La présupposition est que normalement on aurait trouvé des preuves. Ou bien, différemment, que dans la zone d’indétermination, on choisit de donner la priorité à l’accusé, et que la charge principale de la preuve est à l’accusation. Mais la raison de cette charge de la preuve est que l’accusation a moins à perdre que l’accusé. L’indétermination, l’ignorance finale, après enquête, résulte non seulement de la possibilité d’exceptions que nous n’avons pas vues, mais bien de ce que les différents indices allant dans un sens ou un autre n’établissent pas de normalité. Cette absence de normalité tient à des conflits entre chacune des inférences allant dans un sens ou dans l’autre.
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On voit qu’il est possible d’établir le « ni normal, ni exceptionnel », négativement, mais cela prend du temps : toute une liste d’enquêtes non conclusives ou concluant dans des sens différents. C’est pourquoi souvent les experts donnent des réponses qui nous amènent à l’indétermination : ils ont plus de chances que nous de trouver des indices conflictuels parce que leurs enquêtes sont plus poussées.  I.1. 2.1 Arguments causaux et catégoriels L’argument par une relation causale, l’argument par appartenance à une catégorie, sont en fait la plupart du temps de simples arguments par normalités. La relation causale marche seulement ceteris paribus, et la relation entre catégorie ou type et espèce est elle aussi valide seulement si on n’est pas dans le cas d’une exception. Pour la relation causale, Plantin donne l’exemple de Semmelweiss et de son enquête sur les causes de différence de pourcentage de la fièvre puerpérale entre deux services hospitaliers (éliminant la différence dans la qualité des soins, dans l’effroi et l’émotivité des femmes, puis la relation avec la conjonction avec des tâches de dissection ou pas, et finalement l’introduction du lavage des mains, qui coupe la relation avec les restes de la dissection). Le principe est d’imaginer une hypothèse d’inférence causale, puis de créer des conditions où cette inférence est bloquée par un nouveau contexte, qui est supposé contraire à l’antécédent de l’inférence, ou qui déclenche une nouvelle règle d’inférence qui bloque la première (ici il peut y avoir des problèmes de priorités entre règles). Peut on en conclure que la causalité est établie par cette méthode ? Non, seulement que l’on est en présence d’une des conditions ceteris imparibus qui bloque l’inférence causale (mais cette conditions peut bloquer aussi une autre règle d’inférence, qui pourrait alors être la relation causale véritablement en question). Il faut pour démontrer l’inférence causale avoir trouvé un mécanisme : par exemple avoir trouvé des germes, et montrer leur mode d’action. Il ne suffit même pas d’avoir montré qu’en leur présence l’effet a lieu, et qu’en leur absence il n’a pas lieu. Mais en fait, dans une argumentation, nous nous satisfaisons de la procédure de Semmelweiss, puisque nous admettons que si nous trouvons une condition qui bloque l’inférence et qui élimine aussi le conséquent, le conséquent est par là même un effet, et que l’inférence qui va de l’antécédent au conséquent suit une relation causale. Mais ceci n’est vrai qu’à condition que nous puissions penser,par défaut, qu’il y a un processus et un mécanisme derrière l’inférence. Un mécanisme est ce qui dans des conditions similaires, va produire des effets similaires, et dont on peut espérer le reconstruire (ce qui revient à pouvoir produire la liaison entre cause et effets). Est-ce le même raisonnement pour la catégorisation ? L’appartenance à un type est elle obtenue en supposant cette appartenance, et en montrant qu’un trait qui ferait exception à l’appartenance n’est pas présent ? Non, ici il faut trouver positivement les traits d’appartenance, et en plus ne pas trouver les traits qui s’y opposent. Nous ne nous satisfaisons pas dans la catégorisation de la plausibilité par défaut de la présence d’un mécanisme, tout simplement parce que nous ne savons pas et ne supposons pas forcément qu’il y ait un tel mécanisme. Il peut y en avoir un dans la génétique, mais c’est beaucoup moins évident dans la catégorisation de situations sociales. Nous voyons donc que la relation causale est plus difficile à justifier, dans un sens : il faut un mécanisme, il faut des situations de blocage identifiées. Dans un autre, la catégorisation est plus difficile à justifier : il faut des traits positifs, et pas seulement des traits négatifs, même s’il ne faut pas de mécanisme. Cependant, il est paradoxalement plus facile de faire admettre à un public non scientifique qu’il y a entre deux phénomènes une relation de cause à effet que de lui faire admettre
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que telle situation rentre bien dans telle catégorie, sans contestation, car nous sommes enclins à admettre des mécanismes par ignorance (pensez aux relations magiques, aux médecines parallèles, à l’astrologie), alors que nous nous supposons tous experts dans la catégorisation (nous pensons pouvoir dire ce qui est de l’astrologie et ce qui est de l’astronomie, par exemple). Mais en revanche, il est facile de contester une relation de causalité, puisqu’il suffit de montrer des cas où cela ne marche pas, ou bien de montrer que ceux qui avancent cette relation ignorent en fait le mécanisme dans le détail. Il est difficile de contester une catégorisation. En effet, une fois que nous sommes en présence de traits positifs de la catégorie, nous ne pouvons guère les éliminer, même si ils ne sont pas déterminants. Ainsi, quand nous tenterons de contester une proposition raciste, en disant par exemple que la différence de couleur de peau n’influe –causalement-en rien sur les performances intellectuelles, ou sur la disposition à s’intégrer dans telle société, nous aurons cependant reconnu la présence du trait discriminatif, ce qui va continuer d’engendrer des inférences racistes. Alors que même une fois que nous aurons reconnu la présence d’un facteur cause, nous pourrons bloquer cela par une inférence contraire (à condition de trouver un contre-exemple ou bien de montrer des lacunes dans le mécanisme). Mais ne peut on utiliser les traits négatifs, ceux qui bloquent la conclusion d’appartenance à une catégorie ? Oui, mais ce blocage pourrait lui-même avoir des exceptions. Inversement, dans le cas des causes, on ne va pas chercher quelles exceptions pourrait avoir le blocage : une fois que la relation causale est défaite, on ne va pas la réinstaurer (il faut une autre relation causale). Alors qu’une catégorisation peut être réinstaurée une fois qu’elle a été une première fois défaite. La morale de cette analyse, c’est que si vous voulez contestez une relation de causalité, vous pouvez faire appel aux lacunes inexpliquées dans le mécanisme (ou montrer qu’aucun mécanisme n’a été exhibé, par exemple pour l’astrologie). Si en revanche vous voulez répondre à cette attaque, vous pouvez montrer que l’attaquant ne dispose d’aucun mécanisme concurrent (qui soit aussi précis et qui ait moins de lacunes que le vôtre). Si vous voulez contester une catégorisation péjorative, vous devez passer par un détour : vous devez montrer que les traits négatifs qui font que votre exemple n’appartient pas à la catégorie donnent aussi à cet exemple une valeur positive, et le font rentrer dans une catégorie positive pertinente pour le débat (vous pouvez montrer que tel immigré a surmonté bien plus d’obstacles pour s’intégrer, et qu’il a bien mieux réussi sur ce point, que les racistes qui le critiquent).   I.1.2.2 Argument par les conséquences Ex 5- Argument par des conséquences épistémiques : Argument de Galilée (repris de Walton) : si le système de Copernic est correct, alors Vénus doit présenter une série continue de phases, du plus sombre au plus lumineux (alors que selon Ptolémée Vénus décrit un épicycle qui l’amène à revenir en arrière, et qu’elle devrait donc s’assombrir puis redevenir plus brillante). Or c’est le cas, Donc le système de Copernic est correct Raisonnement supposé sophistique, puisqu’il y a affirmation du conséquent, et que la vérité du conséquent ne nous dit rien sur la vérité de l’antécédent (dans l’implication logique classique, l’antécédent peut être faux et le conséquent vrai). En fait, ce raisonnement est valide, d’une validité relative. Il cache un double raisonnement, dont l’un est explicite, par une normalité, et l’autre implicite, par une exception. Une autre forme en est : un raisonnement par normalité, qui satisfait une
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valeur, tandis qu’un autre raisonnement par une autre normalité, aboutit à une conséquence qui ne satisfait pas cette même valeur. Le raisonnement sous-jacent est le suivant: le système de Ptolémée n’explique pas ces phases (elles sont des exceptions pour lui), le système de Copernic oui (elles sont des normalités pour lui), donc il faut préférer le système de Copernic. On renvoie aussi ici à la révélation de valeurs (ici la valeur d’expliquer l’expérience ; la valeur explicative) Ce raisonnement là est valide, à condition que l’on ne trouve pas plus de cas qui aillent dans l’autre sens (exception à Copernic et normalités pour Ptolémée). Inversement, la réfutation d’une règle par une seule instance négative n’est pas valide si l’instance est une exception (il y a toujours des brebis galeuses, mais pas pour plus de 1%, si bien que normalement les brebis ne sont pas galeuses).  -Argument négatif par les conséquences pratiques = Modus Tollens : ce sont de mauvaises conséquences, donc nous devrions renoncer à la décision et à l’action qui y mènent. Si l’argument positif par les conséquences est invalide, l’argument négatif par les conséquences est souvent valide (cependant le modus tollens peut être parfois une exigence trop forte, puisqu’on vient de voir qu’une seule exception ne défait pas la règle, et n’implique pas forcément d’exclure l’antécédent). Ex 6 : Quand le salaire des travaux de réinsertion est inférieur au RMI, et que travailler supprime le RMI, cela est une incitation contraire à l’emploi (il faut donc augmenter le salaire en question, ou au contraire baisser le RMI). La conclusion « baisse » de l’argument peut rencontrer le contre-argument (voir section I.2) qui dit que par là, on montre que l’on a changé d’échelle de valeur, qu’on a manqué à la solidarité -ou au contraire à une société au travail si l’on hausse le salaire- qu’on a  admis des valeurs qui inversent l’échelle qu’on a affichée (si les conséquences sont intéressées).  Les conséquences peuvent ne pas tenir à des séquences causales, mais à de simples corrélations -Ex 8 les gens qui ont des animaux de compagnie sont statistiquement plus sociables que les autres : posséder un animal de compagnie diminue le stress et augmente la sociabilité. Une corrélation est elle une cause ? Non, si avec le même animal de compagnie et une situation sociale difficile, ou une situation de stress, on voit la sociabilité diminuer. On retrouve alors le schéma de deux raisonnements parallèles par les conséquences, l’un menant au résultat contraire de l’autre. La difficulté est : est ce que « normalement », la corrélation implique la causalité ? Normalement non (statistiquement, beaucoup de corrélations renvoient à d’autres causalités que celle visée). Mais nous avons du mal à croire qu’il n’en est rien (parce que nous avons toujours tendance à supposer des mécanismes à l’œuvre). Donc il faut produire l’exemple qui fait exception. Nous traiterons du rapport entre normalité statistique et normativité fréquentielle dans le I .2   Le principe de précaution de Jonas revient à condamner une action parce qu’elle peut avoir (de manière très incertaine) des conséquences regrettables. Si on n’a pas la possibilité de faire une pondération précise en multipliant par des probabilités, alors il faut se souvenir que l’ignorance de conséquences regrettables prévisibles en l’état actuel donne deux conclusions valides : on peut lancer l’action à l’essai, et on peut lancer des essais pour trouver des conséquences négatives prévisibles. La chose est différente quand il y a des conséquences regrettables prévisibles et que ce sont les moyens d’y pallier qui
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sont imprévisibles (par exemple, temps de décontamination des déchets nucléaires). En revanche dans ce cas, il reste à estimer la probabilité que des déchets stockés en isolement puissent contaminer d’autres zones. Mais souvent, on envisage une conséquence négative, en supposant qu’un mécanisme sera possible (transmission de la vache à l’homme en mangeant de la viande) alors même qu’on n’a pas montré que ce mécanisme était réaliste. Le problème ne peut être alors traité d’une manière satisfaisante qu’en tenant compte des émotions (voir ce chapitre III du cours). Pour l’instant, on peut différencier au moins quatre situations : 1) il y a une probabilité très faible que par un mécanisme connu, une action mène à une catastrophe « infinie » (disparition de l’humanité). Dans ce cas, on stoppe l’action. 2) il y a une probabilité très faible que par un mécanisme connu, une action mène à un résultat très négatif (mais fini). Dans ce cas, on limite le développement de l’action, et on teste ses potentialités négatives en continu avec son développement. 3) il y a une probabilité très faible que par un mécanisme inconnu, une action mène à une catastrophe infinie. Dans ce cas, on lance des essais pour identifier un mécanisme possible, mais on peut en même temps lancer l’action. 4) il y a une probabilité très faible que par un mécanisme inconnu, une action mène à un résultat très négatif, mais fini. Dans ce cas, si les conséquences de l’action sont très bénéfiques, on lance l’action et on la fait suivre de mesure de surveillances de ses effets pervers.  I.1.2.3. Argument et contexte Argument secundum quid (cela veut dire argument fait en fonction d’un domaine, contenu, etc. : tenir compte des spécifications et du contexte, en suivant un principe de spécification, qui est de prendre le contexte le plus restreint). Cela semble une bonne stratégie argumentative ; tenir compte du contexte spécifique. Evidemment, logiquement, développer un argument dépendant du contexte est limiter la portée de l’argument. Mais il s’agit de la portée logique. Dans un débat, il faut seulement s’assurer que cette limitation à un contexte et cette spécification ne va pas faire juger votre action ou votre proposition trop limitée par rapport à l’ampleur du problème. La difficulté de la spécificité par rapport au contexte est que plus l’on développe une chaîne de contre-arguments, contre-contre-arguments, etc. plus on a de chances d’avoir changé de contexte, et d’être dans un contexte qui n’est pas pertinent pour l’argument initial. Mais nous pouvons cependant obtenir ici un premier type de « validité robuste », qui s’appuie sur la difficulté normalement plus grande à maintenir valide dans des contextes plus limités de ce qui était valide dans des contextes plus larges. Cependant, cette validité restera relativiste : Supposons que nous ayons la séquence suivante : argument par normalité ; contre-argument par invocation d’une exception ou d’un changement de contexte – donc contexte second ; inférence montrant que nous avons affaire à une situation qui présente une exception ou un changement de contexte supplémentaire, non pas par rapport au contexte premier, mais par rapport au contexte second de l’exception avancée, et finalement démonstration que cette nouvelle spécification nous ramène à la règle initiale. Nous avons là un enchaînement qui reste solide, même si on l’attaque en montrant que le contexte second comporte une exception. Il faut en effet que l’objecteur montre alors que son troisième contexte d’exception ramène au contexte de la première exception. Or il est bien plus difficile de montrer cela, parce qu’il est plus facile de ramener à un contexte plus vague qu’à un contexte plus précis. Ainsi, il sera de plus en plus difficile pour la suite
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d’objections d’assurer cette « clôture par double exception » qui a été réussie pour la première inférence. Cette première proposition par clôture n’est donc pas forcément valide de manière absolue, mais son degré de validité relative a une supériorité plus aisée à établir que celle des clôtures suivantes qui lui sont opposées. Et cette supériorité relative, ou cette aisance relative, est une propriété évidemment robuste. Mais est il aisé de montrer cette supériorité ? Cela donne plutôt des moyens d’attaque de l’objection, puisque montrer que le contre-contre-contre-argument (CCCA) ramène au contexte du contre-argument (CA) sera difficile, et qu’on pourra plus facilement trouver un contexte qui d’une part convient encore à l’argument initial, et d’autre part convient moins bien au CCCA. Exemple : A : la ligne THT est une atteinte à l’environnement du Verdon. CA S’il n’y a pas de ligne THT, il faudra développer des centrales thermiques à Nice, qui sont une atteinte supérieure à l’environnement CCA On peut importer du courant de l’Italie si on veut éviter les centrales thermiques CCCA L’Italie est emprunteuse de courant et non fournisseur sur cette région. CCCCA : on peut aider l’Italie à augmenter la capacité de sa ligne, on lui fournia du courant la plupart du temps mais on pourra aussi utiliser le maillage pour pallier une défaillance en France. On voit que le contexte de l’environnement est complètement abandonné dans le CCCA et dans le CCCCA (qui est pourtant censé réinstaller l’argument écologique environnemental initial nécessaire à la continuité de l’approvisionnement de la région de Nice (si il y a une seule ligne, risque de rupture de réseau).  Autre exemple qui montre que les normalités ne sont valides que relativement à un contexte : -Ex : Les assurances sur la santé ne vous rendent en moyenne que 40% de votre cotisation (autorité). Payer une telle assurance est donc un investissement peu rentable. (Seulement sidans ce domaine, et si on a peuon peut avoir mieux que 40% normalement de chances d’être malade, ou peu d’angoisse à l’idée d’être malade et en plus de ne pouvoir payer les soins). Ici, on ne sait pas la valeur de l’argument tant que le domaine de comparaison n’est pas fixé, donc le contexte de la normalité.  Il y a des arguments qu’on ne peut pas utiliser dans un contexte donné. Supposons que Chamberlain soit convaincu que le Traité de Versailles est une injustice pour les Allemands, il ne peut dire cela ou le montrer aux Anglais quand la guerre avec l’Allemagne est déclarée. Ou encore, donner des arguments pour le suicide (contre ceux qui le condamnent) en face de quelqu’un qui a des tendances au suicide. Est-ce un sophisme des conséquences ? Non, c’est le résultat d’une hiérarchie de valeurs, les conséquences devant être évaluées soit comme valides logiquement, soit comme désastreuses en termes de vie. Là encore on retrouve les deux raisonnements parallèles, l’un selon la valeur « libre choix moral » (exigeant la liberté de se suicider), l’autre selon la valeur « vie ».  
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  I .2. Arguments de valeurs I. 1. 1 Argument d’autorité L’autorité est supposée être une valeur. Un argument d’autorité est l’Argument ad verecundiam (de respect ou de modestie= argument d’autorité, mais en se plaçant du côté du sujet de l’autorité, de celui qui fait appel à l’expert) Ex : La grippe aviaire n’est pour l’instant par transmissible d’homme à homme, selon tous les experts. Le vaccin contre l’hépatite C est cause de scléroses en plaque, selon des sources bien informées (en fait, non, pas de corrélation établie).   Autorité populaire : Je n’ai jamais entendu dire que… (même chos e, en prenant la proposition contraire, et sans se référer à des experts) Tout le monde pense que, tout le monde agit ainsi, (qui est en fait un argument de normalité via les exceptions absentes: si quelqu’un pensait le contraire, agissait différemment et avec succès, cela ce saurait) Si vous êtes perdu, suivez les autres. Ce sont des arguments d’autorité qui s’appuient en fait sur l’argument d’ignorance (voir plus haut).  Argument de la règle établie. En soi, le fait qu’une règle ait déjà été établie n’est pas un argument (la règle peut être désastreuse). Il faut donc que cet argument en présuppose d’autres. Soit c’est un argument de révélation de valeur : la règle indique la valeur. Il faut donc renoncer aux conduites qui présentent des valeurs inférieures. Soit c’est un argument qui s’appuie sur la prolifération des exceptions si on ne suit pas la règle. Mais cela suppose alors au contraire qu’on est dans un domaine où il y a des conflits de valeur et une indétermination, et que pour des raisons de coordination, on a choisi cette règle comme simple repère. La difficulté alors est que la valeur ainsi révélée est celle de la coordination, mais que cette coordination n’est pas faite elle-même au nom d’une autre valeur, et que la règle peut se trouver en contradiction avec des valeurs supérieures à celle de la simple coordination.  Argument de la peur, de l’alarme sur les valeurs On utilise la mise en danger de valeurs, mise en danger qui est en fait très incertaine, comme argument pour alarmer autres sur la possibilité d’atteinte à ces valeurs, et proposer des mesures policières ou des normes plus répressives (ou le principe de précaution !) Comme la mise en péril des valeurs suprêmes est un argument à soi seul (pour une action qui lui ferait obstacle), on n’a pas besoin de prouver que « normalement » il y a mise en péril. Des situations d’exceptions peuvent le faire. Mais elles ne sont pas présentées comme les exceptions qu’elles sont.   I. 2. 1.2 Révélation de valeur. Le contre-argument à l’argument de l’alarme sur les valeurs peut être que celui qui sonne l’alarme n’a pas lui-même satisfait aux valeurs qu’il prône, et que son autorité concernant ces valeurs est donc suspecte.
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Il est indispensable, même pour les experts ou l’autorité, de révéler que leurs propres actions ont de la valeur, pour que leurs jugements soient supposés aussi en avoir ; eux aussi doivent construire leur réputation, et pour cela ils doivent en payer le coût, qui est d’aller parfois contre leurs intérêts au nom du sérieux de leur expertise ou du maintien de leur autorité. Pour construire cette réputation, ils vont utiliser le système du double raisonnement en parallèle (Ptolémée/Copernic). Mais au lieu de défaire une autre théorie, ils défont ici des inférences qui servent leurs propres intérêts, défaire ces inférences sert une valeur de recherche de la vérité, d’équité, etc., et cela montre la valeur poursuivie. Si les experts suivaient, ce qui est normal, leurs intérêts, alors ils devraient conclure A, s’ils suivent la valeur qu’ils veulent avoir comme réputation, ils doivent suivre non A. Ils suivent non A, donc ils révèlent, par le fait qu’ils contrarient leurs intérêts, leur attachement à la valeur, valeur qui leur donne leur réputation. Il ne s’agit pas là de simplement révéler une préférence subjective pour non A versus A. On a pris la peine de passer par une inférence, au lieu d’exprimer simplement la préférence – donc on a révélé son attachement à lavaleur objective, et non à la préférence subjective. C’est donc bien, comme nous l’avons dit en introduction, une révélation de la valeur attachée à A par le fait qu’on conclut normalement, à partir de prémisses qui laissent le choix entre A et B, au rejet de B, A étant retenu.  I. 2. 2. Normativité et fréquence statistique. On joue ici sur le fait que dans : « si on le choix entre A et B, normalement on retient, sélectionne, on conclut A, et pas B », « normalement » peut vouloir dire :le plus fréquent statistiquement,ou bien avoir un sens normatif, derévélation de valeur.« Sélectionner » est la transformation du « conclure » d’un raisonnement classique, transformation qui prend en compte le « normalement » et donc manifeste la sélection qu’il opère. Ce lien entre le normalement statistique et le normalement normatif tient à ce qu’une inférence normale « A dans le contexte C implique normalement B » est équivalente à l’adjonction à C de l’information A, puis à la révision de C et de son pouvoir inférentiel, de ce qu’il faut en attendre, en fonction de A. Or cette opération de révision élimine seulement les croyances les moins enracinées, faisant ainsi déjà un tri hiérarchique. Elle procède donc à une sélection. La procédure de révélation des valeurs procède en fait auetnrenemrcfode cette sélection par le rejet de B dans la paire « A ou B », rejet qui indique clairement ce qu’on a éliminé et ce qu’on a sauvegardé, et qui révèle la préférence. La sélection, au lieu d’être implicite dans l’opération de révision, est devenue explicite. Le problème est que la situation typique de valeur peut être une exception, et pas quelque chose de répandu. Il peut donc y avoir contradiction entre le sens normatif de l’inférence, comme sélection, et le sens statistique de l’inférence. Mais précisément s’il y a contradiction avec le sens statistique, cela même révèle, par renforcement, que c’est une valeur. Seulement au lieu d’être un renforcement par cumul entre le normal statistique et la sélection, c’est un renforcement par conflit entre le normal statistique et la sélection. Ici encore, nous avons un double raisonnement en parallèle, l’un d’eux menant l’inférence normale statistique, l’autre l’inférence sélective qui conduit à la conclusion contraire, et qui révèle ainsi le choix normatif. Le problème est que l’affirmation de la valeur « nue », normative, sélective, non normale, doit être liée à des pratiques d’engagements en faveur de cette valeur, ou des pratiques de transformations du monde pour satisfaire cette valeur. Or ces pratiques peuvent entrer en conflit avec d’autres valeurs plus basiques, et qui, elles se révèlent dans des renforcements
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