Discours de métaphysique

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BnF collection ebooks - "La notion de Dieu la plus reçue et la plus significative que nous ayons, est assez bien exprimée en ces termes que Dieu est un être absolument parfait, mais on n'en considère pas assez les suites ; et pour y entrer plus avant, il est à propos de remarquer qu'il y a dans la nature plusieurs perfections toutes différentes, que Dieu les possède toutes ensemble, et que chacune lui appartient au plus souverain degré."


Publié le : mercredi 25 février 2015
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EAN13 : 9782346002351
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Morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse, tous les genres y sont représentés.

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Préface

Voici, à proprement parler, la première édition en France, et, si je ne me trompe, l’édition définitive du Discours de métaphysique. Je sais bien que Foucher de Careil l’avait fait imprimer en 1857 à la suite de ses « Nouvelles lettres et opuscules inédits de Leibniz », à peu près tel que Grotefend l’avait trouvé et publié à Hanovre dès 1846. Mais ce n’était pas un inédit ; il l’avait donc relégué dans un Appendice. Sans doute, même chez nous, quelques chercheurs ont réussi à l’y découvrir, et, certes, un ou deux ont su le lire, le comprendre et en profiter ! Et cependant il fallut attendre longtemps encore avant que fût apprécié à sa valeur ce « petit discours de Métaphysique », comme l’appelait Leibniz, où la doctrine du philosophe le plus profond, développée, par degrés, dans des conversations avec les plus grands hommes » au cours des voyages de France, d’Angleterre et de Hollande, mûrie ensuite grâce à un recueillement de plusieurs années, se montre dans toute la fraîcheur de son premier épanouissement.

Une fois avertis, nous devions rechercher et il nous était de plus en plus difficile de nous procurer le Discours. Le livre de Grotefend est à peu près introuvable. Celui de Foucher de Careil est devenu rare. Lorsque notre maître Paul Janet fit paraître en 1866 l’excellente édition, si justement classique, des « Œuvres philosophiques de Leibniz », il eut bien soin d’y insérer la correspondance de Leibniz et d’Arnauld, mais il oublia l’opuscule dont elle est cependant le commentaire et, sur certains points, le développement. La grande édition de Gerhardt est trop exclusivement un ouvrage de Bibliothèque. On sait assez, enfin, qu’il ne suffit pas d’inscrire dans les programmes universitaires tel ou tel texte, fût-il même, comme celui-ci, un chef-d’œuvre, pour décider nos libraires à le faire imprimer.

Licencié de la Faculté des lettres de Paris, professeur dans une école libre, M. l’abbé Lestienne avait commencé de préparer, quand il en avait encore le droit, l’agrégation de philosophie à la Faculté des lettres de Lille. Il n’hésita pas longtemps sur le programme qu’il substituerait à celui du concours. Deux ans de suite, aux grandes vacances, il a fait à Hanovre un séjour prolongé. Dans le trésor des manuscrits de Leibniz, il a été assez heureux : pour retrouver ; sans parler ici d’un grand nombre de documents encore ignorés, précieux pour la plupart, et dont j’espère bien qu’il nous fera profiter un jour, la rédaction originale, autographe du Discours de métaphysique dissimulé sous un autre titre ; il a pu ainsi la comparer, le premier, avec les copies déjà connues : l’édition qu’il publie aujourd’hui est le résultat de cette découverte et de cette comparaison.

Au moyen d’une notation toute personnelle, il reproduit, soit dans le texte même, soit au bas des pages, avec une rigoureuse exactitude, toutes les variantes, et en indique l’origine et la nature. Il nous fait donc assister, sinon à la création de la pensée, du moins à tous les tâtonnements d’une expression qui se cherche ou qui se corrige, et, par là, à la manière de travailler et aux scrupules d’un grand esprit. Après un peu de surprise, peut-être, causée au premier abord par la diversité des caractères et des signes employés, on ne tarde pas à se passionner, à cause de cette diversité même, pour une lecture qui donne vraiment l’impression qu’on entre, en quelque sorte, dans l’intimité du génie,

M. Lestienne ne s’est pas contenté de publier le Discours. Il le fait précéder d’une courte et savante introduction, toute de première main, où nous voyons à quel moment et pourquoi il a été composé, pourquoi aussi il n’avait pas paru du vivant de l’auteur ; enfin, après un commentaire perpétuel, nous trouvons, dans un très grand nombre de notes, par où s’achève cet ouvrage, toutes les explications nécessaires, et beaucoup de rapprochements avec d’autres textes, dont plusieurs encore inédits. Et si l’on songe à l’inclination de Leibniz pour la scolastique, ou bien à ses préoccupations théologiques, peut-être n’est-il pas téméraire de penser que, par ses études antérieures, son nouvel éditeur était préparé mieux que personne à bien remplir cette partie de sa tâche.

Simple spectateur d’un travail où je n’ai eu d’autre part que la sympathie avec laquelle j’en ai suivi pas à pas les progrès, je me fais un grand honneur de présenter cette édition du Discours de métaphysique, non seulement aux Maîtres et aux Étudiants, mais aussi à tous ceux qui ont encore du goût pour la philosophie.

A. PENJON.

« Hortus conclusus »

Dans sa lettre du 1/11 Février 1686 au Landgrave Ernest de Hesse-Rheinfels, Leibniz écrit qu’il n’a pas encore pu « faire mettre au net » le texte du Discours de métaphysique. Arnauld, au jugement duquel il veut soumettre son travail, ne recevra donc copie que du sommaire des articles. C’est probablement en vue de cet envoi que le sommaire fut écrit par Leibniz sur les marges déjà fort encombrées de notes du manuscrit autographe. Il ne le fit pas reproduire par son secrétaire dans les copies que nous connaissons. Le brouillon portait dès ce moment la trace d’un travail considérable et de révisions, qui ne purent vraisemblablement pas s’accomplir dans les limites du mois de janvier. La composition du Discours remonte donc au moins à la fin de l’année 1685. La date ne peut en être fort antérieure, s’il faut tenir compte d’une indication de la lettre déjà citée : « J’ai fait dernièrement un petit discours de Métaphysique », et surtout de l’empressement que met l’auteur à en expédier à Arnauld le résumé.

Le philosophe était satisfait de son œuvre. Il y assemblait, en effet, d’une manière fort heureuse, et, pour la première fois, presque complète les maîtresses pièces de son système. Une illumination intérieure, probablement récente, lui avait fait reconnaître pour un fruit très mur et prêt à se détacher de son admirable doctrine de Veritate l’étonnante application1 qu’il pouvait en faire à sa propre conception de la substance, une interprétation, la plus élégante et surtout la plus rigoureusement démontrée qu’on pût souhaiter, du « phénomène » universel et jusqu’alors inexplicable de l’action ad extra.

Qu’il fût dès lors fort tenté de publier le Discours et de faire connaître le résultat de ses réflexions aux philosophes de France si préoccupés, à cette époque, du même problème métaphysique, c’est ce dont il avait peine à se défendre. « Je ne me presse pas trop de publier quelque chose sur des matières abstraites, qui sont au goust de peu de personnes, puisque le public n’a presque encore rien appris depuis plusieurs années de quelques découvertes plus plausibles que j’ay : je n’avois mis ces méditations par écrit que pour profiter en mon particulier des jugements des plus habiles. . »2.

Mais son ambition, vieille déjà de vingt ans, de réconcilier les confessions chrétiennes par la philosophie, en leur offrant dans son système l’enveloppe la plus convenable de leurs dogmes et la plus propre aussi à en effacer les différences cette ambition de toute sa vie le retenait. Il fallait s’assurer, avant toute publication de l’ensemble, que des points peut-être secondaires de son exposition, ne seraient point sujets à contradiction ni à condamnation dans cette Église Catholique dont il reconnaissait qu’on pouvait trouver la théologie « mieux liée » que celle de ses coreligionnaires, dont les dogmes l’arrêtaient moins que certaines pratiques du culte et la trop rude discipline intellectuelle, et qu’il rêvait de conquérir à sa philosophie, plus encore qu’on ne songeait chez elle à le ranger sous sa bannière. La discussion si justement célèbre avec Arnauld détruisit en partie ces espérances : le sommaire des articles du Discours fournissait, il faut l’avouer, une base insuffisante pour l’appréciation d’une doctrine bien plus remarquable par ses méthodes et ses considérants que par ses conclusions ; Leibniz eut peine à forcer l’attention d’abord, puis surtout l’assentiment de l’inflexible théologien.

L’assentiment qu’Arnauld finit par accorder à certains principes, et dont Leibniz se prévalut toute sa vie comme d’un triomphe, laissait finalement peu d’illusion au philosophe sur le cas qui sérail fait des conclusions, et l’on sent une véritable angoisse dans les termes avec lesquels, à la fin de cette discussion de deux ans, il adjure Arnauld (par l’entremise du Landgrave) de déclarer « s’il croit véritablement qu’il y a un si grand mal de dire que chaque chose (soit espèce, soit individu ou personne) a une certaine notion parfaite, qui comprend tout ce qu’on en peut énoncer véritablement… et si M. A. croit de bonne foy qu’un homme qui serait dans ce sentiment ne pourroit estre souffert dans l’Église Catholique, quand même il désavoueroit sincèrement la conséquence prétendue de la fatalité. » Hélas ! Le janséniste ne connaissait que trop par son expérience l’explicable susceptibilité de l’orthodoxie catholique en ce qui touche la liberté humaine !

Entre temps, Leibniz avait repris sur nouveaux frais, dans les réponses provoquées par Arnauld, la démonstration d’une partie importante des articles du sommaire. Cela rendait peu utile l’envoi de la copie du Discours, d’autant plus qu’Arnauld se montrait manifestement mal disposé à en examiner les autres thèses. Cette copie (B) avait été pourtant fort soigneusement exécutée et corrigée, peu de temps après leur premier échange de lettres3. Elle resta dans les cartons de l’auteur aussi bien que deux autres reproductions incomplètes (A et C) commencées postérieurement.

De son contact en 1689-90 avec les théologiens d’Italie Leibniz emporia une impression beaucoup moins décourageante. Plus éloignés de la frontière ennemie, les esprits des défenseurs du catholicisme s’ouvraient plus librement en ce pays qu’en France à l’examen et à la discussion des nouveautés.

Thomiste et Augustinien aussi rapproché, par conséquent, qu’on pouvait l’être dans l’orthodoxie, des opinions Leibnitiennes4 sur la grâce et la liberté, le dominicain Fardella, le plus favorisé de ceux qui recueillirent les ouvertures du philosophe, s’enthousiasmait en outre des points de rencontre qu’il découvrait entre la théorie de Leibniz et celle de St-Augustin de anima.

Au terme de ce voyage, en 1690, Leibniz avait repris toute sa confiance, assez de confiance pour adresser de Venise à Arnauld un abrégé de la doctrine essentielle du Discours plus précis et mieux coordonné que le fameux sommaire5. Il avait rencontré en Italie d’habiles gens « qui ont trouvé, disait-il, une satisfaction extraordinaire dans quelques-uns de mes sentiments : ce qui m’a porté à les coucher par écrit afin qu’on les puisse communiquer plus aisément ; et peut estre en ferai-je imprimer un jour quelques exemplaires sans mon nom, pour en faire part à des amis seulement, à fin d’avoir leur jugement. » C’est la dernière en date de ses lettres à Arnauld. Il attendit longtemps une réponse qui ne vint pas, et ce silence significatif déconcerta certainement ses timides projets de publication. Ceux-ci ne lui en restaient pas moins à cœur.

Le 16 avril 1695, Leibniz écrivait à Foucher que « sa santé n’était pas des mieux, affermies » ; « c’est ce qui me fait penser, ajoutait-il, à publier quelques pensées, et, entre autres, mon système sur la communication des substances et l’union de l’âme avec le corps, dont je vous ay mandé quelque chose austres fois… On pourra adjouter peut estre ce que Monsieur Arnaud avait objecté et ce que je lui ay repondu. » Le chanoine dijonnais répond le 28 du même mois : « Les ouvrages posthumes ne valent pas grand-chose ( !), et j’ay une joye extreme de ce que vous me temoignez que vous allez donner votre systeme de la concomitence… Vous m’en avez donné quelque chose il y a environ dix ans, mais la matiere demande de l’eclaircissement et j’en attends avec plaisir, pourvu que vous ne tardiez pas à tenir vostre promesse, » Les deux correspondants font allusion à une lettre de 1686 où Leibniz résumait en quatre pagres la plupart des idées du Discours de Metaphysipte6. C’est donc bien la doctrine de ce Discours, sinon le Discours lui-même que Leibniz songeait en ce moment à donner au public et sa correspondance avec Arnauld devait s’y ajouter en appendice. Un mois plus tard eut lieu la publication dans le « Journal des Sçavans » du « Système nouveau de la nature et de la communication des substances, aussi bien que de l’union qu’il y a entre l’âme et, le corps », compte-rendu de sa doctrine beaucoup moins complet que le Discours, certainement encore un « ballon d’essai ».

L’auteur y exposait son système suivant l’ordre historique dans lequel il s’était peu à peu développé. C’est, dès lors, sous son aspect métaphysique ou dynamique et non plus, comme dans le Discours sous son aspect logique que s’y présentait le concept Leibnitien de la substance. Bien plus, alors que le brouillon de cet opuscule signalait au moins en une phrase7 l’étendue et les conséquences du contenu logique de la notion de substance, cette simple allusion disparaissait du texte publié par le « Journal des Sçavans ».

En raison de cette suppression significative, la doctrine de la « Concomitance », théorème dialectiquement démontré dans le Discours, reprenait dans le « Journal des Sçavans » le rang et le titre d’une hypothèse établie, comme Leibniz le reconnut, « a posteriori » et pour « sauver le phénomène ».

L’auteur fut peu encouragé à sortir de sa réserve par l’accueil très froid, lui rapporta Foucher, que reçut la publication du système nouveau, et par la désillusion non dissimulée de son correspondant, assez excusable, il faut l’avouer, de trouver, dans ces conditions, peu décisive la démonstration de « l’hypothèse des accords ».

Dans l’intéressante controverse que Leibniz soutint contre Bayle (1698-1702) à propos des réflexions du fameux article Rorarius sur le Système Nouveau de la Nature ce dernier continua d’être discuté comme une hypothèse dont il s’agissait d’établir qu’elle est d’abord possible et ensuite la plus plausible de toutes. Le subtil argumentateur qui se doutait bien que son digne adversaire dissimulait sa ligne de retraite prenait un malin plaisir à l’y pousser. Mais les plus flatteuses avances ne décidèrent pas Leibniz à découvrir ce dernier retranchement. Il se contenta d’écrire : « les Entéléchies… sont toujours les images de l’Univers…, et il est nécessaire qu’elles le soyent, comme je l’ay expliqué austres fois dans des lettres échangées avec M. Arnauld. » (Gerh. IV, 562).

La preuve était suffisamment faite pour Leibniz que dans le monde des philosophes, le terrain n’était pas encore prêt à recevoir les bases profondes de sa doctrine de la substance8. C’est ce qui fait qu’une œuvre dont elles occupent le centre et forment le principal soutien, œuvre pleine, d’ailleurs, d’autres matériaux infiniment précieux, œuvre écrite d’enthousiasme et d’une plume courante en un jour de confiance, écrite en français, c’est-à-dire, dans une évidente intention de publicité, le Discours de Métaphysique devait dans l’intérêt même de la cause Leibnitienne rester jusqu’à la fin le « JARDIN FERMÉ » de son auteur.

Ni les éditeurs des « Lettres de Messire Ant. Amauld Paris-Lausanne, 1776, t. IV), ni les nombreux éditeurs de Leibniz au XVIIIe et au XIXe siècles, sauf Grotefend 1846), loucher de Careil (1857), Gerhardt (1880), n’ont songé à l’ouvrir au public.

L’entreprise en était pourtant facile : l’excellente copie (B) du manuscrit, corrigée de la main de Leibniz, parfaitement nette et lisible et classée aux Archives de Hanovre sous le titre II, « Philosophie », se trouvait toute prête pour l’impression. Grotefend endonna une édition fort exacte que reproduisit assez fidèlement Foucher de Careil. Gerhardt, avant d’introduire le Discours dans sa grande collection, dut collationner de nouveau le texte avec la copie B. Aucun de ces éditeurs (les indices en sont nombreux), n’a connu, ni surtout utilisé, le manuscrit autographe que Bodemann lui-même ne semble pas avoir reconnu en le cataloguant (Theol. III, 1) : « Traité sur les perfections de Dieu »9.

C’est cette précieuse pièce que nous avons eu la bonne fortune de rencontrer au cours de recherches entreprises dans les liasses encore peu explorées des manuscrits classés sous le titre I, « Théologie ».

La présente édition a pour objet d’en donner une reproduction intégrale. Le lecteur y trouvera :

le texte définitifs tel que le fournit la copie B, sauf quelques erreurs matérielles (omissions ou fautes de lecture) que Leibniz n’avait pas remarquées dans le travail de son secrétaire et que les éditeurs précédents ont naturellement reproduites ;

2° sous formes de notes, les nombreuses et quelquefois très suggestives ou...

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