Etudes finno-ougriennes

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Au sommaire : Heurs et malheurs des langues finno-ougriennes de Russie / The Erzya Language. Where is it spoken? / La langue et le peuple maris / La situation linguistique dans le Mari El / Qui est responsable de la préservation des langues minoritaires : le cas de la langue oudmourte / La langue oudmourte en Oudmourtie entre 1990 et 2013 / La langue oudmourte dans la diaspora orientale / Le statut officiel et social du komi sur le territoire de la République des Komis / Le facteur ethnolinguistique dans la mobilisation ethnique des peuples finno-ougriens du nord-est de la Russie / Les rennes maintiennent la langue nenetse en vie / Vivre entre deux cultures frontalières / La situation du Khanty au début de XXIe siècle / The sociolinguistic status quo on the Tajmyr Peninsula.
Publié le : mercredi 15 octobre 2014
Lecture(s) : 46
EAN13 : 9782336358680
Nombre de pages : 306
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Les Études fnno-ougriennes sont le seul périodique de langue française
consacré aux langues fnno-ougriennes et aux peuples qui les parlent. Fondée
en 1964 par Aurélien Sauvageot et Jean Gergely, la revue est publiée à raison ÉTUDESd’un tome par an par l’Association pour le développement des études fnno-
ougriennes (ADÉFO), qui réunit les principaux chercheurs français spécialisés
dans ce domaine. FINNO-OUGRIENNES
Revue pluridisciplinaire, les Études fnno-ougriennes abordent tous les
domaines des sciences humaines. Outre les études linguistiques, la revue
publie des travaux relatifs à l’histoire des peuples parlant des langues fnno-
ougriennes, à leurs institutions, à leurs cultures, notamment à leurs littératures
et à leurs arts, et les événements de la période actuelle suscitent des études
sur la situation de ces peuples et leur évolution dans un continent en pleine
mutation.
TOME 45 • 2013
ISBN : 978-2-343-04446-0
31 €
ÉTUDES FINNO-OUGRIENNES 45 • 2013

Les langues nno-ougriennes et samoyèdes
20° E 40 °E 60° E 80° E 100° E
mer de Kara
mer de Barents
70° N
mer de
Norvège
cercle polaire arctique
60° N
mer
LEGENDE
Peuples permiens Peuples sames
Baltique
Peuples fenniques-baltiques komis sames
nnois komis permiaks Peuples ougriens
estoniens oudmourtes mansis
caréliens Peuples samoyèdes khantys
vepses nganassanes hongrois
ingriens nenetses Peuples de la Volga
0 500 1000 km
votes selkoups maris
lives énètses mordves
© Dautancourt V., 2010 ; d’après : Soome-ugri ja samojeedi rahvad, Eesti Rahva Muuseum






ÉTUDES
FINNO-OUGRIENNES
ÉTUDES FINNO-OUGRIENNES
Revue fondée en 1964 par Aurélien Sauvageot et Jean Gergely,
publiée par l’Association pour le développement des études finno-ougriennes
(ADÉFO) et le Centre de recherche Europes-Eurasie (CREE) de l’INALCO
Adresse de la rédaction : ADÉFO, 2 rue de Lille, 75007 Paris, France
Mél : adefo@adefo.org Site Internet : http://www.adefo.org/

Rédacteur en chef : Eva TOULOUZE
Comité de rédaction : Antoine CHALVIN (Paris Inalco), Outi
DUVALLON (Paris Inalco), Marie-Josèphe GOUESSE (Paris VII),
Eva HAVU (Helsinki), András KÁNYÁDI (Paris Inalco), Jean Léo
LÉONARD (Paris III), Marc-Antoine MAHIEU (Paris Inalco),
Dominique SAMSON NORMAND DE CHAMBOURG (Paris
Inalco), Katre TALVISTE (Tartu), Eva TOULOUZE (Paris Inalco,
Tartu), Laur VALLIKIVI (Tartu), Harri VEIVO (Paris III)
Correspondants pour l’étranger : Eva HAVU (Finlande),
Eva TOULOUZE (Estonie), Emese FAZAKAS (Roumanie)
Secrétaire de rédaction : Sébastien CAGNOLI
Cartographe : Vincent DAUTANCOURT
Traductions : de l’estonien et du hongrois Eva TOULOUZE ;
du russe Marie CASEN, Antoine CHALVIN, Vincent LORENZINI,
Eva TOULOUZE
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Jean Pascal OLLIVRY
Comité scientifique :
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Finlande : Jyrki KALLIOKOSKI, Heikki KIRKINEN, Leena
KIRSTINÄ, Ildiko LEHTINEN, Janne SAARIKIVI, Iris
SCHWANCK, Anna-Leena SIIKALA, Eero TARASTI
France : Jean BÉRENGER, Georges KASSAI, Bernard LE CALLOC’H
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NAGY, Ferenc HAVAS

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• Jusqu’au tome 33 : ADÉFO, 2 rue de Lille, 75007 Paris, France
• À partir du tome 34 : L’Harmattan, 5-7 rue de l’École-Polytechnique,
75005 Paris, France




ÉTUDES
FINNO-OUGRIENNES



TOME 45

Année 2013


NUMÉRO SPÉCIAL

LES LANGUES FINNO-OUGRIENNES AUJOURD’HUI, II



volume publié avec le concours du Centre de recherche sur les littératures et
les oralités du monde (CERLOM) de l’INALCO









PARIS

ADÉFO, 2 rue de Lille, 75343 Paris Cedex 07, France
L’Harmattan, 5-7 rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris, France

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© ADÉFO / L’Harmattan, 2014
ISBN 978-2-343-04446-0
EAN 9782343044460
ISSN 0071-2051 Études finno-ougriennes, tome 45
Eva TOULOUZE




INTRODUCTION


Comme le précédent, ce numéro des Études finno-ougriennes se
concentre sur la situation sociolinguistique actuelle des langues finno-
ougriennes. L’objectif de la rédaction était de dresser un état des lieux,
de faire le point dans les différentes régions concernées. Le projet d’un
numéro spécial a débordé les cadres initiaux, aussi consacrons-nous à
cette question deux numéros consécutifs. Malgré nos efforts, nous ne
pouvions aspirer à l’exhaustivité, et nous le regrettons. Dans notre
échantillon, il y aura ainsi bien des manques : les plus flagrants sont le
mokcha, le permiak, le mansi. Nous espérons cependant avoir réussi à
aborder de manière satisfaisante les problématiques d’ensemble, aux-
quelles les langues absentes de ces numéros spéciaux n’échappent pas
plus que les autres.
Dans mon introduction au numéro précédent, j’avais posé quelques
cadres généraux. Je n’y reviendrai pas. Je me contenterai de rappeler
que le numéro 44 traitait des langues finno-ougriennes dans les zones
géographiques les plus occidentales. Le numéro 45 est entièrement
dédié aux Finno-ougriens orientaux, ceux qui vivent dans la Fédération
de Russie.
Dans le choix des approches et des auteurs, nous avons souhaité pré-
senter une certains diversité, dans l’espoir que celle-ci permette, au
total, de donner au lecteur une image mentale complexe et donc riche
des situations étudiées. Ainsi, nous ne nous sommes pas tournés unique-
ment vers des linguistes professionnels (J. Rueter, Z. Zorina, M. Fedina,
R. Laptander, F. Siegl, A. Pesikova) : nous pourrons lire aussi des
contributions de chercheurs en littérature (A. Arzamazov), en sociolo-
gie (G. Nikitina, M. Casen), en anthropologie (E. Toulouze, L. Valli-
kivi) ; E. Ruttkai-Miklián, qui appartient à l’école plus traditionnelle
des finno-ougristes, allie cependant dans son travail sur les Khantys une
approche de linguiste, de sociologue et d’anthropologue ; A. Aptullina
est écrivain et éditrice. De plus, beaucoup de nos auteurs sont issus des 8 EVA TOULOUZE
régions finno-ougriennes dont ils traitent, et ils en parlent les langues
comme langue maternelle (Aptullina, Zorina, Arzamazov, Nikitina,
Fedina, Nesterova, Laptander). La perspective de faire vivre les langues
est présente partout : de ce point de vue, nous ne prétendons pas à la
neutralité. Certains articles, cependant, sont plus militants que d’autres :
c’est le cas notamment dans les régions qui sont elles-mêmes traversées
par des débats acharnés (le Mari El). Enfin, notons qu’une approche
sociologique et globalisante, présentant la situation des langues à une
macro-échelle, alterne avec des études de cas portant sur des échan-
tillons plus concentrés, ou en tout cas partant d’une expérience et d’une
réflexion de terrain (Rueter, Toulouze, Casen, Vallikivi, Laptander).
Les questions touchant à la préservation et au développement des
langues autochtones dans la Fédération de Russie sont complexes et
touchent de manière spécifique les ethnies du centre de la Russie, fortes
de centaines de milliers de locuteurs, avec des langues écrites depuis
plus d’un siècle, vivant dans un territoire « sujet de la Fédération de
Russie » et ayant eu le temps, avant les répressions staliniennes, de
développer fortement l’enseignement et la littérature en langues verna-
culaires.
Je fais bien sûr référence aux peuples mordves, mari, oudmourte et
komi. Ce qui caractérise la situation de trois de ces communautés sur
quatre, c’est leur division. Division en groupes ethnographiques, certes,
mais aussi division plus profonde, liée surtout à l’histoire, qui a conduit
à la consolidation de groupes vivant fortement leur différence par
rapport au reste de la population. Si les Oudmourtes ont réussi à
échapper à cette division, la question de savoir si une entité mordve
proprement dite existe est à l’ordre du jour, et elle introduit un élément
majeur de confusion dans l’interprétation des recensements. Les Erzas
et les Mokchas, eux, ont une identité, mais où se cache l’identité
mordve ? En matière de langue, en tout cas, les deux langues existent et
elles ont développé chacune sa culture écrite. Les Komis sont eux aussi
divisés en Komi-Zyriènes et Komi-Permiaks. Mais leur position est
plus claire : les délimitations territoriales d’une part, politiques d’autre
part, sont nettes. Les délimitations politiques ont été d’abord voulues
par Moscou, qui a systématiquement rejeté les aspirations des uns et des
autres à être incorporés dans un territoire administratif commun,
jusqu’à « accorder », en 1925, un statut spécial aux Permiaks. Ce statut
spécial, les Permiaks l’ont perdu en 2002, quand par référendum INTRODUCTION 9
l’arrondissement a été rattaché à la région de Perm’ et a perdu sa
subordination directe à Moscou. Depuis, bien que nous n’ayons trouvé
personne pour réfléchir dans ce numéro à la situation linguistique, la
place du permiak dans la vie publique ne fait que se réduire.
Le territoire de la République du Mari El est, lui aussi, clairement
partagé : dans la plus grande partie du territoire de la République, la
population parle le mari des plaines, alors que dans les régions du Sud-
Ouest, la langue de la population autochtone, forte de quelques dizaines
de milliers de personnes, est le mari des collines. Pour rendre compte
de la situation linguistique, dans un contexte où les Maris des collines
défendent avec acharnement leur spécificité et où certains Maris des
plaines réfléchissent au moyen de réunir les deux langues littéraires,
nous avons choisi de faire entendre des voix qui illustrent le débat ani-
mé qui est en cours. Ces témoignages sont intéressants et révélateurs à
deux niveaux : directement, par les informations qu’ils nous donnent,
et au deuxième degré, par ce qu’ils révèlent sur la réalité de l’action en
faveur des langues maries. Nous avons donné la parole à deux Maris,
une linguiste dont la langue maternelle est le mari des collines et un
écrivain qui écrit et traduit en mari des plaines. Il n’est pas de notre
ressort de prendre parti sur une question qui concerne les Maris eux-
mêmes et sur laquelle il leur revient de prendre les décisions néces-
saires. C’est ainsi que tous les arguments exprimés dans ces articles,
souvent contradictoires, ne représentent aucunement les opinions de la
rédaction, mais se font les porte-paroles des différentes idées présentes
dans le débat. Les deux auteurs n’ont pas eu connaissance des textes
l’une de l’autre : le dialogue qui s’amorce ainsi n’en est que plus repré-
sentatif, et le lecteur pourra se faire une idée de ce qui préoccupe les
différentes sphères de l’intelligentsia marie.
La situation des Oudmourtes est elle aussi abordée dans deux
articles : si Galina Nikitina, chercheuse reconnue et dirigeante du mou-
vement national oudmourte, s’interroge sur les facteurs déterminants
pour améliorer la position de la langue, Marie Casen observe la
situation à partir de son expérience de terrain auprès des jeunes
Oudmourtes urbains, complétant ainsi l’image que nous pouvons nous
faire à la lecture du premier article par un regard à la fois extérieur et
ancré dans l’expérience de terrain.
Il n’aurait pas été juste d’ignorer dans ce recueil le sort des dias-
e eporas : en effet, la pénétration russe a conduit, entre le XVI et le XVIII 10 EVA TOULOUZE
siècle, des groupes de Mordves, de Maris et d’Oudmourtes à se déplacer
vers l’est, en quête de terres et de tranquillité. C’est dans les terres
tatares et bachkires qu’ils ont trouvé cette dernière, car le milieu
environnant, musulman, n’était pas porté sur le prosélytisme. L’article
d’E. Toulouze sur la situation linguistique d’un groupe d’Oudmourtes
du Bachkortostan se fait l’écho de cette problématique.
Enfin, pour ce premier groupe de langues, deux articles encore
développent la situation du komi, et un des deux articule cette langue
avec son environnement nordique. Si nous n’avions pas, dans le numéro
précédent, d’étude sur le carélien, cette langue figure au moins ici à titre
de comparaison.
Ainsi, nous espérons que les articles composant ce bloc, bien que le
permiak et le mokcha n’y soient pas représentés, posent les probléma-
tiques d’ensemble auxquelles ces langues sont confrontées. Enfin, ces
études sont introduites par un essai sur les langues finno-ougriennes. Si
cette introduction a pour objectif de présenter l’ensemble des textes du
recueil, l’article d’Aleksej Arzamazov, avec toute sa subjectivité, repré-
sente aussi une réflexion de l’intérieur. Comme la plupart des auteurs
de ce numéro, Arzamazov a un itinéraire sui generis dont je mettrai en
évidence deux traits saillants. Tout d’abord, bien que né de parents
oudmourtes, il a grandi en milieu exclusivement russe et n’a découvert
l’oudmourte qu’à l’adolescence. Il l’a appris et l’utilise non seulement
pour parler, mais aussi pour écrire de la poésie (il a obtenu le prix de
poésie finno-ougrienne décerné par le Programme finno-ougrien
d’Estonie en 2013). De plus, ce chercheur spécialiste de littérature oud-
mourte ethnofuturiste est aussi l’auteur d’un espéranto finno-ougrien,
une langue artificielle commune appelée le « boudinos ». Il était bon
qu’une référence à cette langue soit présente dans ce recueil.
La question de l’utilisation de la langue chez les peuples du Nord
n’est pas moins complexe, mais elle est confrontée à une situation
particulièrement critique, dans la mesure où ces peuples, qui se trou-
vaient il y a encore quatre-vingts ans en position de maîtres sur leur
territoire (sur ce qu’on appelle en Russie leur « petite patrie »), en ont
eété brutalement dépossédés au cours de la deuxième moitié du XX
siècle, quand un flot massif de migrants en provenance de toute l’Union
soviétique les a réduits à la portion congrue. Cette expérience n’est pas
unique, et les populations finno-ougriennes de la Volga et de l’Oural en
ont fait l’expérience. Mais l’échelle est différente : si nulle part les INTRODUCTION 11
Finno-ougriens ne sont aujourd’hui majoritaires sur leur territoire
(longtemps, la seule région dans laquelle c’était le cas a été l’okroug
autonome komi-permiak – qui a été supprimé !), les autochtones ne
représentent plus que 2% de la population globale dans l’okroug
khanty-mansi, c’est-à-dire qu’ils sont numériquement quantité négli-
geable. En même temps, l’écosystème en tant que facteur joue un rôle
important, encore plus extrême qu’ailleurs : si la ville est russe, le vil-
lage est russe également. L’échelle où les langues gardent – ou ont, au
moins, une chance de garder – leur vitalité est moins accessible au
chercheur que les deux premières : c’est le campement, l’endroit où les
éleveurs de rennes montent leurs tentes pendant qu’ils migrent avec leur
troupeau, l’endroit où les Khantys ont construit leurs cabanes en ron-
dins, au bord des rivières ou à proximité des pâturages.
Les chercheurs qui nous livrent leurs réflexions ont un rapport
intime avec leur terrain : Roza Laptander, linguiste nenetse travaillant
aujourd’hui à Rovaniemi, est très présente dans son article ; Eszter
Ruttkai-Miklián a non seulement une connaissance profonde du terrain,
mais elle a épousé un Khanty et élève un enfant khanty ; Laur Vallikivi
a passé un an dans la toundra nenetse à nomadiser avec des familles
d’éleveurs de rennes. Florian Siegl a lui aussi fait plusieurs terrains dans
le Tajmyr. Nous leur sommes reconnaissants d’avoir voulu mettre en
avant la dimension réflexive, souvent plus familière aux anthropo-
logues qu’aux linguistes.
Ils tentent de partager avec nous leur expérience dans toute sa
complexité, et c’est en cela que réside leur apport novateur. Il ne suffit
plus de dire que la présence massive de travailleurs étrangers à la région
a mis les langues en danger. Roza Laptander montre comment fonc-
tionnait traditionnellement le multilinguisme dans une zone frontalière,
et comment s’articulaient et s’articulent les interactions entre auto-
chtones. Son article amène à s’interroger sur le caractère d’évidence
souvent présupposé des nationalités telles que le régime soviétique les
a fixées. Il nous semble important d’insister, comme le fait aussi
l’article de Florian Siegl, sur le caractère fluctuant de ces catégories.
Eszter Ruttkai-Miklián pose – entre autres – une autre question impor-
tante : alors que les chercheurs (surtout originaires de Hongrie ou de
Finlande) mettent en général fortement l’accent sur l’écrit, considérant
que le fonctionnement d’une langue écrite est le plus à même de sauver
une langue et d’en assurer la modernité (cf. Aptullina), Eszter Ruttkai-12 EVA TOULOUZE
Miklián inverse les données du problème, réfléchit sur les priorités et
se concentre sur la nécessité de donner à l’oral toutes les possibilités de
se développer. De ce point de vue, son article est stimulant et rafraî-
chissant. Enfin, Florian Siegl se concentre lui aussi sur une région pluri-
ethnique et montre les interactions et les influences mutuelles des
peuples et des langues du Tajmyr.
Avec ces deux numéros des Études finno-ougriennes, nous espérons
avoir fourni de riches matériaux de réflexion sur le monde finno-
eougrien du début du XXI siècle. Celui-ci est confronté à des défis nou-
veaux : les frontières entre catégories, identités, ethnicités, s’estompent.
Des questions nouvelles se posent : les consciences ethniques peuvent
aujourd’hui être dissociées de la connaissance de la langue (par
exemple avec le cas des Oudmourtes qui ne parlent pas oudmourte, ou
des Khantys qui parlent nenetse) ; de nouvelles consciences émergent
(une conscience autochtone opposée à une conscience « russe », ou
1plutôt lutsa ). Ces phénomènes ne sont pas forcément nouveaux, mais
ils caractérisent désormais des groupes de plus en plus nombreux. Ces
articles posent ainsi nombre de questions qui seront celles des finno-
ougristes des années à venir.

1 Terme utilisé pour renvoyer au monde caractérisé par la présence russe,
mais sans ethnicité. Peut être lutsa un anthropologue étranger, un Nenetse qui
ne parle pas nenetse, ou encore un Tatar ouvrier dans le pétrole. Études finno-ougriennes, tome 45
Aleksej ARZAMAZOV




HEURS ET MALHEURS DES LANGUES
FINNO-OUGRIENNES DE RUSSIE


eI. Vers la fin du XX siècle, on dénombrait quelque 6 000 langues à
travers le monde, avec parmi elles une bonne moitié de micro-langues
dont le destin au cours du siècle à venir s’annonce tragique. Le livre des
langues en danger existe déjà, et de nouveaux noms s’y ajoutent chaque
année. La disparition des cultures, dont la langue est un aspect fon-
damental, s’explique le plus souvent par toutes sortes de raisons :
globalisation, unification ethnoculturelle, processus d’assimilation, etc.
Les sociétés dont il s’agit n’ont alors presque plus de force de résistance
à opposer : les hommes sont occupés à de tout autres jeux. La politique
du diktat économique menée par l’écrasante majorité des États ne prend
guère en compte les « intérêts » ethnoculturels et linguistiques. Elle a
même des effets pervers, remplaçant les structures internes stables par
d’autres, externes et fluctuantes. Il n’est pas étonnant que la rhétorique
superficielle du consensus, pivot et slogan premier du discours politique
général, ne s’inscrive pas dans la réalité des choses. Sur la carte du
monde, les foyers de conflits armés et culturels continuent furieusement
de s’étendre. Des peuples entiers deviennent otages de leur hétérodoxie,
s’ils font valoir leur droit de ne pas vivre selon les lois de la globa-
lisation, de la prétendue « démocratie ». La langue devient l’objet de
manipulations, elle obtient de facto le statut d’arme. Les catégories de
connaissance et de méconnaissance ne relèvent plus de l’opposition
entre le soi et l’autre, mais deviennent un appel ouvert à agir…
Il ne faut pas oublier que la langue est un système (« synergétique »)
des plus complexes, un système mobile. Les vecteurs de ce mouvement
sont divers : progressifs, régressifs, synchroniques, diachroniques. Les
facteurs de pression, eux, peuvent à ce niveau ne pas être dominants :
parfois, la langue, avec la spécificité de son système explicatif, s’éteint,
disparaît d’« elle-même ». De ce point de vue, les « grandes » langues 14 ALEKSEJ ARZAMAZOV
sont, à première vue, hors de danger. Quel risque pourraient bien courir
l’anglais et le russe ? En dépit de la différence des trajectoires de ces
deux langues (la première « gagne » toujours plus de locuteurs sur les
autres, la seconde perd nombre des siens), l’une comme l’autre font
pourtant face à un problème aigu : la sauvegarde et le maintien de leur
propre « qualité » culturelle. Le problème est accru par l’amplitude
géographique, par l’absence d’une ligne politique unie et d’un même
scénario social d’optimisation de la qualité de la langue.
Parallèlement au processus de disparition des langues et d’appau-
vrissement de leur thésaurus culturel, émerge au sein même des langues
un processus de dialectalisation (ainsi, la variante cantonaise du chinois
se distingue résolument du baïhua) et une différenciation croissante des
eformes orale et écrite. Au début du XXI siècle, le développement des
langues s’accompagne de simplifications grammaticales partielles et
d’une fermeture au lexique international. Plus dynamiques qu’avant,
bilinguisme, trilinguisme, voire multilinguisme, se propagent.
Il y a beaucoup à dire sur l’ethnolinguistique dans le monde contem-
porain. Avant de passer à l’exposé de quelques observations dans le
cadre d’un essai relativement libre, regardons une hypothétique mappe-
monde linguistique.
Vers 2050, selon les données de The English Company UK, le quinté
de tête serait le suivant, en nombre de locuteurs : chinois (putonghua,
dialectes hou, yue, min, sian, hakka, gan), 1 384 millions de locuteurs ;
hindi et ourdou, autrefois considérées comme une langue unique par les
chercheurs (l’actuelle distinction découle de raisons politiques, mais
aussi de systèmes graphiques différents et d’influences lexicales
diverses, sanskrit d’un côté, arabe et persan de l’autre), 556 millions ;
anglais, 508 millions ; espagnol, 486 millions ; arabe, 482 millions.
Pour les autres langues majeures, leur évolution serait la suivante :
russe, 275 millions ; bengali, 215 millions ; portugais, 194 millions ;
français, 129 millions ; allemand, 128 millions ; japonais, 126 millions ;
1coréen, 75 millions ; javanais, 75 millions ; telugu, 75 millions, etc.
Toutes ces langues se trouvent en relations antinomiques avec des
langues voisines, particulièrement en cas de territoire commun. Le chi-
nois « empiète » sur les langues tibétaines ; l’aïnou s’est déjà dilué dans
le japonais ; l’anglais assimile ou « sape » la portée des langues les plus

1 Voir www. ethnologue.com. HEURS ET MALHEURS 15
diverses, qu’elles soient celtiques, indiennes, ou africaines ; l’espagnol
s’oppose également aux langues indiennes (en premier lieu, au que-
chua) et complique l’existence du basque. Autrement dit, l’accroisse-
ment de certaines cultures linguistiques en fait reculer d’autres. Or ces
langues sur le recul constituent une majorité passive, condamnée à une
triste fin, délétère pour l’œcuménisme humain.
Dans la Russie contemporaine, comme naguère dans l’espace de
l’Union soviétique, on observe la coexistence du grand russe et de nom-
2breuses langues « régionales ». Les données du recensement de 2002 ,
porteuses du pathos de « l’union linguistique nationale », montrent
ouvertement « les traumatismes culturels et linguistiques » de la société
3russienne : à de rares exceptions près, les « autres » langues deviennent
au mieux peu à peu étrangères à leur propre sphère ethnoculturelle, au
pire elles tombent dans la désuétude jusqu’à n’être plus qu’un mot du
dictionnaire antédiluvien, rapidement oublié.
Le destin des langues finno-ougriennes de Russie, dont il sera ques-
tion ici, est intermédiaire : il s’articule entre les deux « conditions »
évoquées. Le nombre de locuteurs des plus grandes d’entre elles (le
mordve-erza et le mokcha, l’oudmourte, les langues komies, zyriène et
permiak) diminue sensiblement. Les langues les moins pratiquées (le
khanty, le mansi, le vepse, le nenetse, le same, l’ingrien et le vote) sont
sur le point de disparaître. Il est déjà vraisemblablement trop tard pour
les sauver : le déclin de la mosaïque linguistique semble irréversible.


II. Comment les sciences humaines peuvent-elles étudier les fonde-
ments linguistiques et culturels du modèle ouralien (finno-ougrien) ? Il
faut non seulement prêter attention aux processus « locaux » dans les
microsystèmes linguistiques producteurs de culture (par exemple
l’étude de l’étymologie dans un texte de littérature orale), mais aussi
accomplir des « voyages sémiotiques » dans la sphère des autres realia
macro-linguistiques. La recherche des niveaux linguistiques locaux (par
exemple le descriptif dialectologique, la différenciation phonétique des

2 Un nouveau recensement a eu lieu en 2010 (NdT).
3 Dans l’article, ce terme fera écho à российскии, et par extension à
россианин (resp. adjectif et substantif), c’est-à-dire relevant de l’espace russe,
indifféremment de l’ethnie (NdT). 16 ALEKSEJ ARZAMAZOV
parlers) doivent être combinés avec des arguments de caractère philo-
sophique très abstraits.
Malgré l’apparente latence de ses « archives culturelles », la langue
est, nous l’avons déjà noté, une matière vivante, mobile, changeante. La
réaction d’une langue vivante, le regard conventionnel de l’expérience
collective passée sur le présent et le futur, constituent des thèmes qui
intéressent la linguistique et la psychologie contemporaines et qu’elles
soulèvent régulièrement. Si nous tenons compte de la constance et de
l’invariabilité de la réaction de la langue aux facteurs sociaux, nous
pouvons espérer être en mesure de reconstruire les contours, et parfois
les tournants décisifs, de l’influence sociétale sur la langue, et vice-
versa. On ne peut ignorer dans ce contexte l’importance du créateur
individuel (le poète, par exemple), enclin à expérimenter, à « flirter »
avec la langue, et par là même apte à influer sur la situation linguistique
et culturelle. Eu égard à ce qui précède, la question de l’invariabilité
ontologique ou, à l’inverse, de la mobilité du modèle, est justifiée.
En observant le modèle linguistico-culturel qui sous-tend la vision
oudmourte du monde par rapport aux langues apparentées et voisines,
on trouvera sans doute nombre de traits communs, on mettra en évi-
dence des typologies parallèles dans le développement linguistique, au
niveau des structures superficielles et profondes. Pourtant, certains
détails essentiels, des « différentiels », préservent encore l’oudmourte
et sa matrice archaïque des « heurts et dérives » linguistiques touchant
l’humanité. Dans ce qui suit, nous donnons des exemples d’affranchis-
sement culturel ou d’érosion interne – évidente ou non –, en oudmourte
et dans les autres langues finno-ougriennes, hier et aujourd’hui.
De notre point de vue, en comparaison avec les langues des autres
communautés finno-ougriennes de Russie, la langue oudmourte et son
corpus lexical actuel sont un exemple de « neutralité linguistico-
culturelle ». Cette neutralité est perceptible dans le processus
« d’observation participative », à la recherche de catégories concep-
tuelles qui n’existent pas dans l’immémorial univers linguistique
oudmourte mais dont la présence est causée par la pression informative
du russe et, par son intermédiaire, par la globalisation contemporaine.
Il ne s’agit pas seulement d’une construction linguistique artificielle et
du renforcement des mots nouveaux dans la conscience collective.
L’oudmourte est une langue de symbioses relatives. Préservé d’une
totale tatarisation (l’influence, elle, est bien réelle !) et, semble-t-il, en HEURS ET MALHEURS 17
adéquation avec un fonds général russe, il n’a pas perdu ses modèles
immanents de communication, « préservant » la carte oudmourte du
monde de l’interférence radicale de ses habiles voisins, grands ou petits.
En outre, la modernisation passe encore par un fonds lexical et
morphologique immémorial amenant à réduire les emprunts étrangers
– qui, en général, ne s’inscrivent guère dans la vie intérieure de la
langue, de ses mots et de ses expressions.
Du point de vue de son fonctionnement socioculturel, l’oudmourte
occupe également une position intermédiaire entre les langues finno-
ougriennes européennes, utilisées aux niveaux les plus divers, et les
langues sur le point de disparaître. Il ne faut certes pas s’attendre à un
renforcement de la position de l’oudmourte dans son milieu ethnocul-
turel d’origine. Malheureusement, la langue autochtone cesse d’être
dominante dans la conscience de la plupart de ses locuteurs – jeunes ou
personnes d’âge moyen. L’affaiblissement de la culture du discours se
lit dans les œuvres de la littérature oudmourte contemporaine, qui
véhiculent de nombreux clichés grammaticaux non oudmourtes. Il faut
edire que c’est dans la première moitié du XX siècle que la création en
oudmourte était autosuffisante. On peut noter aujourd’hui une crise de
la formation des mots. Les sources se tarissent ; les suffixes manquent.
Les possibilités de formation de formes substantivées (-on/ën, -os, -ès,
-èt/et, -ni, -či, -lyk) ne permettent pas un perfectionnement lexical suffi-
sant, ni de compenser la dynamique de la production terminologique,
d’autant que certains des termes nouveaux sont en contradiction avec
les lois phonétiques de l’oudmourte et brisent le rythme de sa « chaîne
sonore ». Élargir le corpus lexical oudmourte, déjà inadéquat dans
différents domaines (sciences humaines, médecine), requiert l’apport
de la philologie et une mobilisation sociale considérable. La linguis-
tique contemporaine n’est sans doute que partiellement apte à résoudre
les problèmes linguistiques cruciaux (mais il y a des exemples de réacti-
vation réussie de langues). Dans le cas de l’oudmourte, plus encore que
le travail réfléchi des linguistes, il faut trouver des méthodes non stan-
dard et élaborer des projets trans-ethniques. Par exemple, on pourrait
créer des archives lexicales permiennes (komi-oudmourtes), dont les
matériaux reposeraient essentiellement sur les nécessités d’une poli-
tique conceptuelle de production de vocabulaire.
Les autres langues finno-ougriennes de Russie « définissent » éga-
lement à leur manière le degré de dépendance du substrat, les mesures 18 ALEKSEJ ARZAMAZOV
qualitatives et quantitatives de son autonomie, de sa fermeture ou de
son « orientabilité ». Le carélien, avec sa riche histoire écrite et litté-
raire, tend à « l’adéquation contemporaine » au finnois et perd en partie
son originalité stylistique traditionnelle. Le vepse, l’ingrien, le vote,
longtemps confinés dans un blocus socioculturel absolu, meurent ou
intègrent petit à petit l’espace linguistique finno-estonien contemporain
(capacité lexicographique, uniformité syntaxique). L’erza, dans son aire
dialectale d’usage courant, tend à se russifier à grande vitesse et
acquiert les horizons lexicaux et syntaxiques du russe. Ce processus se
voit par exemple dans la littérature orale collectée dans l’oblast de
Nižnij Novgorod, avec un poème au lexique mi-erza, mi-russe.
Les langues ougriennes, le khanty et le mansi, répondent par « un
silence en retrait » et s’abîment dans leurs immémoriales racines toté-
miques et mythologiques. Parfois, il est vrai, elles jaillissent de livres
richement édités, à la couverture flamboyante. Le nenetse, éloigné des
« macrocivilisations » linguistiques, conserve sa matrice grâce aux
« océans » des toundras. Le mari, en particulier les formes des plaines
et de l’Est, a prêté l’oreille aux suggestions lexicales du tatar et du
bachkir et se trouve par là même sous leur aile protectrice. Comme le
montrent les recensements de 1989 et 2002, seul le mari, parmi les
langues finno-ougriennes de Russie, présente une évolution positive.
Historiquement dans l’orbite du russe-pomor septentrional, le komi-
zyriène semble avoir modifié ses vecteurs de développement du côté
d’un clavier lexico-dialectologique propre. Néanmoins, on peut diffici-
lement douter de la dualité linguistique de la vision traditionnelle komi-
zyriène du monde. Son bilinguisme ethnoculturel apparaît par exemple
dans la coexistence du komi et du russe dans la littérature orale.
À l’évidence, le champ linguistique et culturel a un lien ontogéné-
tique avec une série de processus psychologiques ; la connaissance de
la langue est condamnée à un rapprochement avec la psychologie. La
disparition, le changement radical des « rythmes internes » des langues
finno-ougriennes contemporaines de Russie, sont directement liés à la
« température » du temps, à la mobilité et à la destruction de configura-
tions autrefois immuables, au changement considérable de la compé-
tence communicationnelle de l’être humain.

HEURS ET MALHEURS 19
III. Il existe aujourd’hui un projet linguistique international qui
suscite un vif écho dans le monde finno-ougrien, et qui a pour noble but
de rapprocher les langues : la création d’une langue finno-ougrienne
commune. La communauté finno-ougrienne a un avis très partagé sur
la question. Les uns y voient le résultat de la souffrance des « petites »
langues, les autres voient dans cette langue, le « boudinos », un mani-
feste de résistance politique ; d’autres encore saluent l’apparition d’une
langue finno-ougrienne commune et lui prédisent un grand avenir.
Le projet intéresse nombre de pays, dont les pays finno-ougriens, la
Finlande, la Hongrie et l’Estonie, mais aussi l’Allemagne, la France, les
Pays-Bas, l’Italie, l’Espagne, la Communauté des États indépendants,
les États-Unis, le Canada, le Mexique, l’Argentine, l’Arabie Saoudite,
la Chine, le Japon ainsi que les républiques de Polynésie. Le boudinos,
cette langue commune des Finno-ougriens, a déjà permis d’écrire des
œuvres littéraires ; une série de recensions et d’articles lui a été consa-
crée. Grâce au compositeur estonien Mart Simmer, la langue a acquis
une dimension symphonique, avec la présentation, le 4 juin 2009, de la
suite Mina upin jos, en l’église Saint-Jean de Tartu. À l’heure actuelle,
des musiciens oudmourtes préparent un projet à grande échelle, dans le
cadre duquel le boudinos sera une langue chantée. En divers endroits
du monde, on commence à se saluer avec les mots de Paro lona et Paro
volide. L’université oudmourte d’État a prévu des cours de boudinos ;
la liste d’attente est déjà longue. L’engouement est bien réel : la langue
est objet d’intérêt de la part des créateurs, mais aussi d’un sentiment de
responsabilité – on veut et on peut continuer à jouer avec elle, à partager
observations et impressions…
Depuis deux siècles, l’humanité joue à produire des langues artifi-
cielles et, visiblement, ne s’en lasse pas. Cela ne surprend guère. Le
goût des langues, déjà, est une réalité ; ensuite, jouer avec une « nou-
velle » langue peut remporter un vif succès dans une perspective com-
municationnelle. Une langue artificielle peut parfois approcher un but
clair mais ambitieux : faciliter l’entregent. Il y a toutefois un grand
nombre de « mais », objectifs et subjectifs, dont il faut tenir compte, qui
conditionnent la complexe relation sociale à de tels projets.
4Je ferai remarquer que l’auteur de ces lignes n’appartient pas au
groupe des utopistes malheureux ; au contraire, il s’efforce de regarder

4 Auteur lui-même du « boudinos » (NdR). 20 ALEKSEJ ARZAMAZOV
lucidement le phénomène des langues artificielles, en chercheur. La réa-
lisation de ce projet lui a permis d’emblée de regarder le monde linguis-
tique dans une autre perspective, d’étudier l’histoire de la linguistique
et la carte des peuples finno-ougriens, de croiser le passé et de ressentir
en même temps la complexité du présent. Quelqu’un pourrait deman-
der : « Qu’en est-il de l’avenir ? » Préjuger du futur est intéressant, mais
vain. Cela relève, on le sait, du domaine des pronostics. J’ignore sincè-
rement ce qu’il adviendra du boudinos. Son existence dépend de nom-
breux facteurs. Il est important de comprendre que l’actualité d’une
langue finno-ougrienne commune réside dans l’originalité d’un œcu-
ménisme finno-ougrien partagé sur les continents les plus divers. Notre
parenté se reflète précisément dans le miroir de la langue, alors que les
dimensions sociale et culturelle n’y trouvent guère de points communs.
eQuelle langue doit parler un Finno-Ougrien du XXI siècle vivant en
Russie ? Tout d’abord, la sienne. La sauvegarde de sa propre langue est
la tâche essentielle à l’ordre du jour finno-ougrien. Le boudinos apparaît
comme un simple prétexte à une convivialité « légère » et joyeuse, si
celle-ci est encore possible. Certains ont dit qu’il était trop complexe
pour une langue artificielle, mais ce n’est qu’une illusion de complexité.
Certes, il est un peu plus ardu que d’autres langues artificielles, mais sa
nature est autre. Il est, si l’on veut, à la fois sanscrit et esperanto ; il
combine en lui des formes lexicales archaïques, établissant ainsi un pont
concret entre ethnies éloignées, mais plutôt qu’une reconstruction, le
boudinos est le résultat d’une modélisation. Il est simple, logique, sa
grammaire est réduite au minimum de règles nécessaires. Début 2010,
deux livres ont été publiés, qui familiarisent le lecteur avec cette langue
finno-ougrienne commune. On peut espérer que ce n’est qu’un début.
Le lexique est encore en chantier, la grammaire est à polir. L’écriture
se perfectionne. Son aspect étrange, pas tout à fait finno-ougrien, est lié
à la réalité de nos claviers : le clavier anglais est sur n’importe quel
ordinateur. Par son emprunt de la variante anglaise de l’alphabet latin,
le boudinos convient parfaitement à l’utilisation active de l’ordinateur.


IV. À l’évidence, dans la vie des langues finno-ougriennes de Russie
comme dans l’existence des gens ordinaires, coexistent heurs et mal-
heurs. Il reste à regretter que les joies se fassent de plus en plus rares, et
les malheurs beaucoup plus présents… Études finno-ougriennes, tome 45
Jack RUETER




THE ERZYA LANGUAGE.
WHERE IS IT SPOKEN?

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This article deals with Erzya, their affiliations, where they live and where
their language is spoken. A geographical presentation is outlined for where
Erzya has been traditionally spoken over the past one hundred years, as
documented in the collections of Heikki Paasonen. Use of the language as a
medium of communication is assessed in the rural and urban settings of
various institutions: the family, education, the market, the Church and theatre.
Due to limited official documentation of the Erzya as a nation or ethnic group,
some of the facts are based upon personal experience and information
accumulated by the author during his many trips to the Volga Region between
1992 and 2007. The Erzya language is encountered in many of the countries
of the former Soviet Union. It is used the most in the rural setting in non-
official matters. The new media of today: telephones, wikimedia, etc. provide
Erzya with a new niche in urban communication.
________________________________________________________


WHO SPEAKS ERZYA?

The Erzya language is one of the two literary Mordvinic languages
spoken in scattered settlements throughout the Volga Region and adja-
cent regions to the East. The Mordvinic literary languages Erzya and
Moksha are members of the Finno-Volgaic subgroup of the Finno-
Ugrian branch in the Uralic language family. Both languages have
thliterary traditions dating back to the first half of the 19 century.
When considering the Erzya language in time and space, we should
note that general historical information on this idiom is difficult to find, 22 JACK RUETER
1namely, Western tradition tends to apply the term “Mordvin” in
references made to all ethnic groups/subgroups regardless of the
language they speak. The ethnonym “Arisa” ‘Erzya’, it appears, is first
thmentioned at the end of the 10 century (see Cygankin 2000, p. 15).
The first written evidence of Erzya dates back to the first half of the
th18 century, and the Nižnij Novgorod Gubernija in the word lists of
Strahlenberg (1730), which despite the reference to the term “Mordvin”
can be more specifically attributed to the Erzya language on the basis
of lexica and phonology (see Feoktistov & Saarinen 2005, p. 13-14).
thAs a written language, Erzya dates back to the beginning of the 19
century. It first appeared in print in a catechism published in 1806. This
publication was followed by the Gospel, printed in 1821, and the
2remainder of the New Testament in 1827. The first grammar, based
on the Erzya-language text of the 1821 Gospel, was written by Conon
3von der Gabelentz and published 1838-39. Folk literature was first
published in 1882-1883, and popular literature came to the fore in the
thlate teens and early twenties of the 20 century.


WHERE ARE THE DIALECTS SPOKEN

thToward the end of the 19 century, a young Finnish scholar by the
name of Heikki Paasonen set out for the homelands of the speakers of
the Mordvin languages. In the land of the Erzya, Moksha, Shoksha,

1 The term “Mordvin” can be traced back to Getica by Jordanes dating to
ca. 551 A.D. “Mordvin” is an exonym and is used especially in the majority-
language Russian as an umbrella term to identify the ethnic groups Erzya,
Moksha, Qaratay and Teryukhan of today (cf. Nagy 2004, p. 91-94; Cygankin
2000, p. 15). The native speakers of Erzya and Moksha refer to themselves as
Erzya and Moksha in their native languages, whereas “Mordvin” and its
derivates are generally felt to be derogatory.
2 After the first printing of the Gospel in Erzya (1821) and the completion
of the New Testament (1827), a second translation of the Gospel appeared in
1910, and a complete new translation of the New Testament into Erzya was
published in 2006, (cf. Ethnologue: online).
3 Notably, subsequent grammars of Erzya have appeared in 1865 by
F. J. Wiedemann, 1929 by M. E. Evsev’ev, 2000 by Cygankin et al. (eds) and
2008 by M. D. Imajkina. THE ERZYA LANGUAGE 23
Teryukhan and Qaratay he documented language variants of numerous
villages and settlements and amassed the materials for several volumes
of folk poetry, (see Mordwinische Folksdichtung I-VIII). On the basis
of Paasonen’s collections a sizeable dialect dictionary was compiled
(H. Paasonens Mordwinisches Wörterbuch), with dialect documen-
4tation from 96 Erzya-speaking and 60 Moksha-speaking settlements.
The descriptions of the individual geographical lects are regularly
formatted, and lexical information is given to the extent available in the
collection, i.e. some settlements are represented by hundreds of entries,
whereas others might show up only a few times. Needless to say, this
six-volume dictionary, inclusive 2 indices, provides us access to Erzya
and Moksha-speaking settlements. Geographically we are looking at
an area from near Nižnij Novgorod (Erzya: Obran oš) 56º20' N, in the
north; to Novouzensk 50º27' N, in the south; Spassk, Penza Oblast
43º11' E, in the west, and Zlatoust 59º40' E, in the east (cf. also
Kuussaari 1935: Kartta VII, XII; Sarv 2002; Rueter 2010: p. 3).
Ermuškin (2004: p. 3-4) outlines a general area of Erzya-speaking
settlements. They are found in the eastern raions of the Mordovian
Republic, in the Sura River Basin, as well as the westernmost raions
along the border with the Rjazan’ and Nižnij Novgorod Oblasts, where
5the Shoksha live. Outside the Republic of Mordovia, settlements are
found in the Republics of Tatarstan, Bashkortostan and Chuvashia, as
well as the Oblasts of Orenburg, Penza, Nižnij Novgorod, Ul’janovsk,
Samara and Saratov, with smaller concentrations in Central Asia, the
Altai Republic and elsewhere.
Additional places of Erzya settlements or populations in the Russian
Federation today might include: the Moscow Oblast, Kemerovski Ob-
last, Primorskij Krai, Rjazan’ Oblast, Irkutsk Oblast, Sahalin Oblast, St
Petersburg, Vladimir Oblast, Perm’ Oblast, Tomsk Oblast, Čita Oblast.

4 See also http://www.ling.helsinki.fi/~rueter/HP/mwDialLocales.shtml
5 The Shoksha idiom has at times been associated with the Moksha lan-
guage and presently is considered to be a dialect of the Erzya language. There
are merits in both associations, but there is also the possibility that Shoksha
actually represents its own branch of the Mordvinic protolanguage
(D. V. Cygankin, p.c.). j
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E
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24 JACK RUETER
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Répartition des populations mordves en Russie (en 2010)
40°E 60°E 80°E
Territoires orientaux
Murmansk
Cercle polaire non-représentés
Primor’e
Irkutsk
mer Blanche
okroug autonome iamalo-nenetse
Habarovsk
Sahalin
Rép. de Sakha
Rép. des Komis
FINLANDE
okroug autonome khanty-mansi
60°N Saint-Pétersbourg
Leningrad
Perm’ Tomsk
Sverdlovsk
Tchouvachie
Tjumen’
Tver’
Nižnij Novgorod Krasnojarsk
Omsk
Vladimir
Novosibirsk Kemerovo
MOSCOU
Tatarstan
Čeljabinsk
Kaluga
Rjazan’
Bachkortostan
BELARUS
Khakassie
kraï de l’Altaï
Saratov
Orenburg
Penza
Samara
50°N
Populations mordves par région (2010)*
Ul’janovsk
Volgograd 33 3112
UKRAINE
KAZAKHSTAN
Région de peuplement historique
MONGOLIE
Rostov
Penza Sujet de la Fédération de Russie
20 300
Krasnodar
mer
CHINE
1 066
Caspienne
Stavropol’ © DAUTANCOURT V., 2014,
* Les régions avec moins de 1 000 personnes
Kaliningrad mer Noire
Sources : Recensement russe 2010
se déclarant mordves ne sont pas représentées
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THE ERZYA LANGUAGE 25
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Aire de peuplement des Erzas autour de la Volga
REPUBLIQUE
D’OUDMOURTIE
Nižnij Novgorod
MARI EL
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Čeboksary
Kazan’
OBLAST DE NIŽNIJ NOVGOROD
REPUBLIQUE DE
TCHOUVACHIE
Naberežnye Čelny
Sergač
Pil’na
REPUBLIQUE DU TATARSTAN
Ibresi
Šatki
Gagino
Poreckoe
1
Lukojanov
Alatyr’
2
Ten’guševo* 3
Ičalki
4
Šentala
Romodanovo
REPUBLIQUE
Ul’janovsk
Dubenki
DE MORDOVIE
Kljavlino
Novaja
5
OBLAST D’UL’JANOSVK
Saransk Nord
Torbeevo* Malykla
Isakly
6
Inza
Teren’ga
Buguruslan
Abdulino
Nikol’sk
Tol’jatti Pohvistnevo
OBLAST DE PENZA
Kuzovatovo
Sosnovoborsk
Penza Samara
Nikoaevka
1 Bol’šoje Ignatovo Gorodišče
2 Аrdatov
50 km
Penza
3 Atjaševo
OBLAST D’ORENBURG
OBLAST DE SAMARA
4 Čamzinka
5 Bol’šije Berezniki
Šemyšejka Pavlovka
6 Kočkurovo
* Raïon peuplé de Chokcha © DAUTANCOURT V., 2014
Population erza par ra!on (2010)
Saransk capitale de sujet fédéral Part de la population erza (en %)
16 958
Tol’jatti autre ville (pop. > 500 000 hab.)
Données absentes [0 ; 16] ]16 ; 30] ]30 ; 65] ]65 ; 100]
1 159
Nikol’sk raïon
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S26 JACK RUETER
These areas are associated with the Erzya-speaking population by
merits of their representing the conglomerate Mordvin ethnic unit
represented in official demographic surveys conducted since 1926.
Ermuškin (ibid.) enumerates census statistics for the conglomerate
Mordvin population, since it would appear that the last time linguistic
distinctions were made was in the All-Soviet census of 1926. Of the
1.285 million who declared themselves to be of Mordvin background
in 1959, 78% declared themselves to be speakers of either Erzya of
Moksha. In 1989 1.073 million declared a Mordvin background with
67.1% speaking a Mordvin language as their native language. In the
2002 census the conglomerate Mordvin population was counted as 0.84
million, which is about 120 thousand more than the number of native
speakers attested in the 1989 census – 0.72 million. It might be noted
that ethnic awareness was in style at the time of the 1989 census,
whereas by the time of the 2002 census, centralization was getting the
upper hand, thus reducing the desirability of specific minority affi-
liations. Only about 59.5% declared themselves to be native speakers
6of Erzya or Moksha. To put these percentages into perspective,
however, we can say that according to the 1959 and 1970 census results
less than 55% of the Soviet population was Russian, and less than 60%
of the population declared Russian as their native tongue (cf. Taagepera
1971: p. 217).
According to Ermuškin, the 1926 census actually distinguished the
Erzya and Moksha populations and determined that approximately two
thirds of the population were Erzya and one third Moksha. He main-
tains that such a distribution might be representative of today’s popu-
lation, as well. Apparently, this concept of the distribution of Mordvins
into Erzyans and Mokshans is generally shared by other Erzya and
Moksha linguists (personal information).





6 The question that arises here is what the census counters actually asked:
did they ask whether the interviewee spoke Erzya or Moksha, or did they ask
whether the interviewee spoke Mordvin? (Russian, Ukranian and Belorus
speakers were not asked if they spoke “Slavic.”) THE ERZYA LANGUAGE 27
Tradition

In Erzya literature various ideas are presented addressing the origins
and distributions of the Erzya people.
In the epic Mastorava ‘Mother Earth’ compiled by Šaronov, Ineški-
paz ‘Great Creating God’ sees that there is no one on Mother Earth, no
one to fell the trees, no one to mow the meadows, no one to till the land
or sow grain crops, and so the Great Creator decides to make humans.
This entails the creation of Erzya, the Erzya language and Erzya
traditions (cf. Šaronov 1994: p. 26-28).
The poem Tjuštja by Radaev ends with three young men setting off
to seek their fortunes in the direction of the rising sun. They are to pass
through three lands in three days on horseback on their journey and then
they will come to a three-way fork, each is to choose his own way. The
right fork does not bring quick fortune, you have to fight, of the many
who traveled down it none have returned. The middle fork brings no
regrets. And the left fork accumulates riches. (See Radaev 1991:
p. 203-204).
In the novel Purgaz by Abramov (1988), the center of activities is
Obran oš (the hill fort: ‘Ashli,’ ‘Ошель’), near what is now known as
Nižnij Novgorod. This central location in what was at one time part of
the Volga Bulgar State, caught between the advancing populations of
Eastern Slavs in the West and the Mongol-Tatar in the East, has re-
ceived little if any objective treatment as an individual entity.
Little profile has been given to the Erzya, who helped in the siege of
Kazan’. If the Erzya are mentioned, they are generally mentioned as
being on the side of Tsar Ivan IV (the Terrible). Judging from the dis-
persion of traditional Erzya settlements in the Volga region, however,
it would appear that the Erzyas had fought, more than likely, both for
and against the predecessors of present-day Russia. In fact, this popu-
lation of the Volga region has been known for its uprisings in more
recent times, and it has been associated with the names: Stenka Razin
(1630-1671), Emel’jan Pugačëv (1742-1775), Kuz’ma Alekseev (1764-
1810) and Vladimir Ul’janov (1870-1924).
The volatility of the Erzya population originally in the Volga region
can be seen in movement eastward and southward in times preceding
the Soviet Era. As the tsars gained more control over traditional Erzya
lands, and appropriated them to various lords, more and more of the 28 JACK RUETER
Erzyans crossed the Volga in search of untaxed lands. This explains
settlements as far south as Saratov west of the Volga, and large scattered
settlements between Ul’janovsk and Samara, east of the Volga. From
Samara settlements stretch eastward through Buguruslan and on toward
Ufa. Settlements are found in Tatarstan, Bashkortostan and Kazakh-
stan, as well. One late exception to this rule can be observed in the
Molokans who moved to what is now known as Shorzha, Armenia in
7the early 1840s.


WHERE WILL I HEAR ERZYA SPOKEN?

Although Erzya is spoken on an everyday basis in the small Erzya
villages of the Volga Region and beyond, a large percentage of the po-
pulation has moved to larger settlements and centers.


The setting

The rural to urban cline can be broken down into three groups: the
village, the posyolok (settlement) and the city. The village is where the
majority of the residents are familiar with each other and have local
family lineage extending over generations. The settlement, or posyolok,
is readily confused with the village by outsiders, due to a policy of
8shared names. Beyond this, however, there may be a larger percentage
of non-local residents, less long-term familiarity percentage-wise, and
a higher percentage of non-Erzya speaker population. The city has a

7 cf. http://molokane.org/places/FSU/Mordovia/2004_TV_Babylon.html,
http://www.sandikov.name/book.htm, Ethnologue online.
8 In the Republic of Mordovia and surrounding areas it is common-place to
have adjacent settlements bearing the same name. In Atjaševo Raion, one
encounters the old village Atjaševo (Oťažveĺe), with a wooden church,
concrete-plate and dirt roads, located about three kilometers from the posyolok
Atjaševo, with rail connections and raion-center status. In Chuvashia we can
find an analogy in the name Atrať. The old villages are Erzya-speaking with
minimal infrastructure, whereas the posyoloks are heterogeneously populated
and boast a more comfortable life-style. THE ERZYA LANGUAGE 29
marginal percentage of familiar faces, even though actual numbers of
familiar Erzya speakers may soar.


The village

In the countryside, mainly villages, the Erzya language has its fir-
mest rooting. It is here that one might find monolingual Erzya speakers:
elderly women who have never had reason to leave their home village
and preschool-aged children who have not yet become fluent bilinguals.
At the shop and in unofficial gatherings the Erzya language is asso-
ciated with familiar faces and those exhibiting obvious indications of
Erzya speaker status, i.e. elderly people in village apparel, will gene-
rally be addressed in Erzya. Unfamiliar young people and children in
urban attire are generally addressed as non-Erzyans, that is, in Russian.
Door-to-door salesmen are usually local, and that means the person
selling you insurance will also speak Erzya. If you need your plot
plowed, you might talk to one of the tractor drivers or a dispatcher, in
Erzya. Basically all conceivable daily needs might be taken care of in
Erzya in villages with working-age Erzya-speaking populations.
At the interface between village life and the world beyond the
tendency away from Erzya is readily observed. Official gatherings
involving guests from the raion center, such as the opening ceremony
for elementary schools, tend not to be conducted in the Erzya language.
Primary schools also fall into this category.
Although Erzya might be taught in the first four grades of school,
there is often a question of whether Erzya is the medium of instruction
or merely an elective subject taught outside of the regular school curri-
cula. Optimally, children in the first four years of school receive in-
struction in the Erzya medium when Erzya-speaking teachers and study
books are available (native language for grades 1-12, math 1-2, “the
9world around us” 1-4). This optimal situation, however, is uncommon:

9 Instruction in the native language (subject and medium) is promoted by
the presence of native-speaking teachers who are able to offer Erzya-language
assistance to their pupils in the various subjects taught in primary schools. In
addition to the study books available the teachers might utilize materials
published in the children’s journal Čiĺiśema ‘Sunrise.’ Thus subjects no-longer

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