JeunessEquidad-Etude au Chiapas

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Étude sur l’imaginaire politique d’Autochtones du Chiapas réalisée à partir d’observations et d’interviews auprès d’habitants de Nuevo Yibeljoj (Chiapas) membres de l’association civile Las Abejas en mai 2006 Par JeunessEquidad Août 2009 RÉSUMÉ La présente étude a été réalisée à l'été 2006 par le collectif JeunessEquidad dans la communauté tsotsile de Nuevo Yibeljoj, au Chiapas (Mexique). Les auteurs ont cherché à comprendre en quoi l'identité de la communauté autochtone permettait à celle-ci de s'émanciper, c'est-à-dire de mettre en place des processus d'autonomisation tant sur le plan économique que politique. Après une brève présentation de la collectivité étudiée, l'étude examine les différentes dimensions de l'identité (culturelle, économique et politique) mises de l'avant dans la communauté. Par la suite, ces mécanismes identitaires sont évalués pour montrer en quoi ils peuvent (ou non) être véritablement porteurs d'émancipation. Les conclusions de l'étude tendent à montrer que les différentes dimensions identitaires en viennent à s'organiser sous deux formes: une identité passive et une identité active. Alors que l'identité active est la source des mécanismes d'autonomie mis en place dans la communauté, l'identité passive renferme une acceptation des conditions actuelles bien éloignée d'une quête d'émancipation. Les pratiques émancipatrices de la communauté lui permettent ...
Publié le : samedi 24 septembre 2011
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Étude sur l’imaginaire politique dAutochtones du Chiapas réalisée à partir d’observations etd’interviews auprès d’habitants de Nuevo Yibeljoj (Chiapas) membres de l’associationcivileLas Abejas en mai 2006    
Par JeunessEquidad Août 2009
 RÉSUMÉ  La présente étude a été réalisée à l'été 2006 par le collectif JeunessEquidad dans la communauté tsotsile de Nuevo Yibeljoj, au Chiapas (Mexique). Les auteurs ont cherché à comprendre en quoi l'identité de la communauté autochtone permettait à celle-ci de s'émanciper, c'est-à-dire de mettre en place des processus d'autonomisation tant sur le plan économique que politique. Après une brève présentation de la collectivité étudiée, l'étude examine les différentes dimensions de l'identité (culturelle, économique et politique) mises de l'avant dans la communauté. Par la suite, ces mécanismes identitaires sont évalués pour montrer en quoi ils peuvent (ou non) être véritablement porteurs d'émancipation. Les conclusions de l'étude tendent à montrer que les différentes dimensions identitaires en viennent à s'organiser sous deux formes: une identité passive et une identité active. Alors que l'identité active est la source des mécanismes d'autonomie mis en place dans la communauté, l'identité passive renferme une acceptation des conditions actuelles bien éloignée d'une quête d'émancipation. Les pratiques émancipatrices de la communauté lui permettent d'atteindre une autonomie relative sur le plan politique, mais celles-ci surviennent dans un contexte socioéconomique trop difficile pour permettre une véritable émancipation économique.
 
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Sommaire  RÉSUMÉ ............................................................................................................................ 2INTRODUCTION .............................................................................................................. 41. MISE EN CONTEXTE................................................................................................... 8Contexte politique et social............................................................................................. 8Le Chiapas: l’État oublié................................................................01 ........ .................La division politique des Autochtones du Chiapas................................................... 10Nuevo Yibeljoj : fondation et conditions de vie ....................................................... 14La vie à Nuevo Yibeljoj : un aperçu ......................................................................... 152. L’AUTO-PERCEPTION DE L’IDENTITÉ..... ............................1 6................................Identité culturelle .......................................................................................................... 16Langue et coutumes .................................................................................................. 16Religion..................................................................................................................... 18Identité économique...................................................................................................... 21Identité et pauvreté.................................................................................................... 21Imaginaire de la vie ordinaire ................................................................................... 22Précarité et forces extérieures ................................................................................... 23La dimension politique de l'identité .............................................................................. 25Contenu de l'identité politique .................................................................................. 25Mécanismes de mobilisation de l'identité politique .................................................. 27Une même identité, deux dimensions (principes-moteurs de l’identité politique). 29 ......3. LES POSSIBILITÉS D’ÉMANCIPATION INDIVIDUELLE ET COLLECTIVE.... 30Émancipation économique............................................................................................ 30La pauvreté comme souffrance quotidienne ............................................................. 30Le rapport à l’économie mondiale................................23 ............................................ Les barrières économiques à l’émancipation. 34............ ...............................................Émancipation politique ................................................................................................. 34Un discours émancipateur......................................................................................... 35Mécanismes sociopolitiques engagés ....................................................................... 384. CONCLUSION............................................................................................................. 42 
 
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  INTRODUCTION  Les alternatives à la démocratie représentative de type libéral et au libéralisme économique qui l’accompagne généralement sont relativement rares à l’échelle mondiale. Cela pose des problèmes importants et concrets : d’une part, les injustices socio-économiques inhérentes à ce système tendent à s’aggraver continuellement et, d’autre part, les pouvoirs politiques soutenus par les intérêts économiques des puissants tendent non seulement à écarter le peuple en général du pouvoir « démocratique », mais également à favoriser les intérêts des classes sociales aisées, et tout cela au détriment des populations déjà pauvres et opprimées. Or, malgré leur rareté, les alternatives existent et, dans certains cas, contribuent à amoindrir le déficit démocratique persistant et les inégalités socio-économiques. C’est dans ce contexte que nous avons décidé d’étudier une communauté vivant selon un modèle spécifique pouvant être considéré comme une alternative à ce paradigme. Les thèses du néolibéralisme méritent d’être remises en question étant donné leurs effets néfastes pour bien des populations. Elles supposent une forme de libéralisme économique qui promeut la privatisation du secteur public, la déréglementation des marchés et le laisser-faire économique, bref,qui suppose que les intérêts privés d’agents rationnels joints à une liberté maximale laissée aux individus soient les meilleures garanties d’un bien commun. Des mouvements citoyens dans presque tous les pays dénoncent les excès causés par cette idéologie et exigent un système politico-économique plus équitable et plus juste. Parmi ces mouvements, certains ont déjà entrepris d’instaurer des alternatives tant politiques qu’écon Bienomiques dont quelques-uns ont pu perdurer. que l’on pourrait vouloir inclure au nombre de ces alternatives les systèmes communistes autoritaires d’une autre époque tels que les représentent l’ex-URSS, la Corée du Nord ou la Chine continentale, nous pensons ici à des expériences plus actuelles et diverses telles que celle du commerce équitable ou alternatif, de la gouvernance d’Hugo Chavez au Venezuela ou de celle d’Evo Morales en Bolivie, du mouvement altermondialiste représenté par le Forum social mondial, etc.
 
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Bien que leur nombre soitrelativement limité, l’étude de ces cas nous en apprend beaucoup non seulement sur l’étendue des critiques adressées au système dominant, mais aussi et surtout sur l’ampleur des injustices et sur la nécessité d y remédier. Or deux questions s’imposent alors d’une part, en quoi et comment un: mouvement revendiquant une alternative émerge-t-il et, d’autre part, en quoi l’alternative en question peut-elle s’avérer une réussite? Le mouvement initié par l’EZLN (plus connu sous le nom des Zapatistes) au Chiapas (Mexique)en 1994 perdure toujours. Il s’agit en fait d’une rébellion contre l’ordre politique dominant ayant mené à l’instauration de communautés autogérées fondées sur des principes de démocratie directe et d’égalité1 on peut considérer ce. Ainsi, mouvement commel’une des formes d’alternatives socio-économiques des plus achevées en termes de participation politique des citoyens et d’émancipation collective. Un autre mouvement moins connu, mais tout aussi pertinent quant aux considérations précédentes, est l’organisation civileLas Abejas (littéralement, « Les Abeilles») qui réunit plusieurs communautés tsotsiles des montagnes du Chiapas (dont la communauté de Nuevo 2 Yibeljoj) dans une autonomie politique semblable à celle des communautés zapatistes . C’est sur cette organisation et plus précisément sur la vision qu’en a la communauté Nuevo Yibeljoj que porte notre étude. De ces deux mouvements alternatifs d’émancipation, on peut répondre à la première question posée plus haut en examinant attentivement leur histoire, les évènements qui les ont forgées, les personnes et groupes qui les ont fondées, etc. Or la seconde question est bien plus problématique: qu’est-ce qui mène au succès d’une telle entreprise, ou encore, qu’est-ce qui fait que les raisons pour lesquelles ces mouvements ont émergé se traduisent par leur réalisation concrète? Ainsi, nous, JeunessEquidad3, pensons que l’émancipation concrète de populations opprimées passe d‘abord et avant tout par leur imaginaire symbolique identitaire, par la facultéqu’elles ontde percevoir                                                  1On y reviendra dans la section suivante. 2On y reviendra dans la section suivante 3  d’échanges culturels et de promotionJeunessEquidad est un organisme humanitaire d’alternatives au par 7 jeunes Québécois en 2003, il vise lasystème dominant. Cofondé conscientisation et l’engagement social de la jeunesse dans l’espoir d’un avenir de solidarité et de justice entre les peuples. Pour plus amples informations, visitez le http://www.jeunessequidad.org/  
 
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leurs identités culturelle, économique et politique respectives de manière à se sentir autonomes et en réelle mesure de s’émanciper des pouvoirs traditionnels. Cette position théoriqul’avons tirée de ce que nous savions dee, nous l’émancipation des Zapatistes et de l’autonomie ainsi acquise par la rébellion vis-à-vis des forces gouvernementales mexicaines. Nous avions en fait une conception bien précise de la situation : un changement social, quel qu’il soit, est désirable dans la mesure où il se réalise dans l’intérêt des opprimés etdeslaissés pour compte, en faveur d’une forme participative de démocratie et de la justice sociale. Le fait que le Chiapas soit l’un des derniers endroits où un tel mouvement populaire d’autodétermination politique par le biais d’une forme de démocratie directe ait eu lieu justifiait la pertinence de s’attarderau cas des Zapatistes. Cependant, une fois rendus sur place, nous n’avons pas pu entrer en contact avec eux étant donné les évènements de San Salvador Atenco :les Zapatistes s’étaient effectivement positionnés dans un état «d’alerte rouge»4. C’est ainsi que nous avons rapidement dû modifier notre objet de recherche en troquant l’EZLN pour l’organisation civileLas Abejas. Bien que cette dernière se distingue de la première principalement quant à la question de la résistance armée, leur autonomie politique et leur manière de l’exercer demeurent semblables. Or, notre expérience à Nuevo Yibeljoj nous a bien vite fait comprendre que nos présupposés idéologiques et politiques avaient teinté notre préparation. Nous avions en fait des attentes sur les tenants et aboutissants de notre recherche, et le fait de confronter nos idéaux à la réalité nous ena rapidement fait prendre conscience. L’importance de se fier uniquement à la rigueur de nos observations s’est alors imposée. En effet, seule une position aussi neutre que possible allait nous permettre d'élaborer notre recherche conformément à la réalité sur place et ainsi la rendre véridique en même temps que pertinente.    C’est ainsi nous avons cherché à savoir si la perception qu’ont les membres de Las Abejas leur identité culturelle, économique et politique leur permet de de
                                                 4 2006, voirSan Salvador Atenco : 3 et 4 mail’article de Amnesty International pour les deux ans de l’évènementauamw.stnedky.ef/dh:pttww//adna=g52l&e=33?pag.aspault(en anglais)
 
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s’émanciper individuellement et collectivement. Une telle entreprise nécessite évidemment une approche nuancée.En effet, après s’être rendus sur place, nous avons tenté de trouver des réponses à nos questionnements sur les principaux symboles de leur imaginaire collectif, c'est-à-dire les images qui forgent leur perception de leur réalité. L’élaboration de notre principal outil de recherche, un questionnaire, s’est réalisée dans cette même perspective. Ainsi, il importait de se pencher sur les raisons (historiques, sociales, politiques et économiques) qui les motivaient à se considérer idéologiquement et socialement commeAbejas. Notre attention s’est alors portée plus spécifiquement sur le contenu et la forme des discours que nos questions suscitaient chez eux. De cette façon, nous croyons être en mesure d’identifier les perceptions qu’ils ont d’eux-mêmes afin de déterminer leur niveau d’émancipation actuel et les possibilités s’offrant à euxdans le futur. En somme, nous pensons que la conception collective et individuelle que les membres d’une communauté se font de leur identité a un impact sur son devenir politique.5 Il importait donc d’abord et avant tout d’essayer de comprendre leur contexte sociopolitique, leur histoire, leurs us et coutumes et leur situation économique. L’accent étant mis sur la compréhension, il nous fallait non seulement faire une place à ce que nous pouvions observer objectivement mais, surtout, il fallait leur permettre de nous expliquer dans leurs propres mots ce que nous cherchions à savoir. Ainsi, nous devions les faire parler, les faire raconter leur histoire, développer des récits de vie pour qu’ils créent et qu’ils s’approprient un discours sur eux-mêmes. Nous voulions qu’ils nous parlent de tout ce qui les touche de près ou de loin dans leur quotidien et de leurs opinions personnelles face à leur contexte propre. Nous avons donc divisé notre questionnaire en quatre grands thèmes: l’économie, l’identité, la vie sociopolitique de la communauté et la religion. Au total, les répondants se sont vu poser trente-trois questions générales. À ces questions générales s’ajoutaient des sous-questions qui avaient pour objectif de susciter l’élaboration d’un récit ou d’un discours                                                  ous nous sommes ran 5at lueiqérAmn  eseugqietmieldio pt snieprsina -n i Ne cherchreel rus enigami sdes rés erchrecheUsQduÀ MG)R IdPanAsLl (éGlarboourpaet idoen  de notre cadre théorique et de notre approche analytique. Nous tenons pour cela à remercier tout particulièrement André Corten, directeur de recherche, pour son aide et ses élucidations. 
 
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chez les répondants. Au final, nous avons pu faire passer notre questionnaire à une dizaine de membres deLas Abejas, hommes et femmes de tous âges et de toutes fonctions dont la grande majorité (8) étaient habitants de Nuevo Yibeljoj. La recherche qui suit se divise donc en quatre parties principales. Dans un premier temps, nous vous proposons une brève mise en contexte factuelle afin de bien situer l’organisationLas Abejaset ses membres historiquement mais aussi au sein du contexte économique et sociopolitique mexicain. Une seconde partie examinera la perception qu’ont les habitants de Nuevo Yibeljoj de leurs identités symboliques, à savoir sur le plan culturel d’abord, économique et politique ensuite. La troisième partie s’intéressera plus spécifiquement à la notion d'émancipation individuelle et collective en lien avec la perception identitaire des membres de l'organisationLas Abejas. Enfin, nous conclurons cette étude en relevant les liens entre les deux parties précédentes pour tenter de répondre directement à notre question de recherche, à savoir si leurs perceptions identitaires leur permettent réellement de s’émanciper, et ce, tant individuellement que collectivement.  1. MISE EN CONTEXTE  Contexte politique et social Pour mieux comprendre la pertinence des interrogations soulevées dans cette étude, il faut de prime abord définir le contexte dans lequel baignent les sujets de cette recherche. Suivront donc une brève description du pays visé, en l’occurrence le Mexique, ainsi que quelques points spécifiques à la région du Chiapas. Enfin, un court résumé de Las Abejas,association civile regroupant plusieurs communautés autochtones de la région (dont celle de Nuevo Yibeljoj), terminera cette mise en contexte.  Le Mexique : quelques informations générales Aujourd’hui (2006), le Mexique représente presque 108 millions d’habitants, dont les hommes vivent en moyenne 71 ans, et les femmes, 74 ans. Mexico, la capitale du pays, regroupe 22 millions d’habitants, ce qui la consacre comme troisième plus grande ville du monde, après New York et Tokyo. La langue officielle est l’espagnol, mais des
 
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dizaines de langues autochtones sont parlées (surtout en milieu rural), telles que le zapotèque et le tsotsile. Près de 20 % de la population gagne moins de 23 pesos par jour, ce qui n’empêche pas l’économie mexicaine de se hisser au douzième rang mondial. Ses principales productions sont reliées à l’exploitation de métaux (cuivre, zinc, or) ainsi qu’au pétrole et au gaz naturel. Le taux de chômage, selon les données officielles, est de 3,5 %. Les États-Unis du Mexique (nom officiel du pays) sont une république fédérale composée de trente et un États ainsi que d’un district fédéral. Le pays ressent encore les inégalités sociales créées lors de la conquête espagnole, même si son indépendance date de près de deux cents ans (1821). En effet, le niveau de vie des Autochtones, qui représentent environ 30% de la population mexicaine, est très précaire quant à leur accès aux ressources essentielles (nourriture, tissu, bois) et aux services essentiels (éducation, santé). De fait, la majorité d’entre eux s’est vue dépossédée de leurs terres lors de l’arrivée des Espagnols (1521-1522). Les autres ont subi les conséquences des politiques libérales du gouvernement mexicain, qui vendait ses terres aux entreprises étrangères, ou celles de la loi Lerdo, instaurée par Porfirio Diaz (dictateur de 1876 à 1910), qui assurait la propriété des terres à une minorité exclusive. Les Autochtones ont donc dû quitter leurs communautés pour les grandes villes ou pour cultiver de manière autarcique de nouvelles terres inexploitées, qu’ils ont créées en brûlant des pans de forêt vierge (pratique encore courante actuellement). Les conditions de vie désastreuses engendrées par les nombreux déplacements ont été au nombre des facteurs ayant provoqué la Révolution mexicaine (1910-1917), où des milliers de paysans luttèrent pour la distribution égalitaire des terres agricoles. Les forces révolutionnaires furent finalement vaincues par celles de l’État, mais entamèrent un long processus dans la réforme des terres. Depuis, plusieurs mouvements révolutionnaires solidaires à la cause paysanne ont émergé. Le plus connu est celui de l’EZLN (Ejército zapatista de liberación nacional). La naissance de ces mouvements de protestation témoigne d’un climat politique instable qui a vu au cours des derniers siècles se succéder empereurs, dictateurs et présidents. En 2006, la victoire du PAN (Partido acción nacional) a fait de Felipe Calderon le nouveau président mexicain, qui se définit lui-même comme un conservateur.  
 
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Le Chiapas: l’État oublié La province mexicaine qui nous intéresse dans le cadre de cette étude est celle du Chiapas. Elle était autrefois habitée par les Mayas. Ces derniers étaient alors auto-suffisants. Or l’arrivée des colonisateurs a entraîné une chute de leur démographie, attribuable aux épidémies et aux nombreuses rébellions. Lors del’accession à l’indépendance du Mexique, le Chiapas et ses habitants mayas constituaient un ensemble totalement distinct du reste du Mexique. Les autres régions du Mexique se sont développées à une vitesse faramineuse à cause des différentes ressources naturelles (l’or, l’argent, la canne à sucre et le café) et humaines.Le Chiapas, quant à lui, fut marginalisé en raison de ses différences économiques et sociales. Les traces en sont encore vives aujourd’hui :en l’an 2000, seulement 38,8 % de la population autochtone du Chiapas a eu la chance d’aller à l’école, ce qui ne signifie même pas l’obtention d’un diplôme de niveau primaire pour tous. De plus, près de 36,2 % de la population autochtone n’a pas accès à de l’eau potable et 85,7 % de cette population cuisine au bois ou au charbon.  L’arrivée des colonisateurs espagnols au Mexique a, comme dans la plupart des régions colonisées, amené avélion ngélisatdes populations conquises. Au Chiapas comme ailleurs, le christianisme envahit les communautés. Les évangélistes eurent recours à la force pour asseoir la religion catholique dans la vie des Autochtones. Encore aujourd’hui, la religion a une place très importante dans leur vie. La Bible a été traduite dans les langues autochtones et la Vierge Marie est devenue la principale figure de culte. On retrouve même aujourd’hui des analogies vestimentaires et psychologiques de cette dernière chez les femmes autochtones. Par exemple, la Vierge Marie est habillée avec les vêtements traditionnels féminins, permettant ainsi une reconnaissance directe entre l’icône et les femmes.  La division politique des Autochtones du Chiapas Vivant déjà dans une des régions mexicaines les moins développées, les Autochtones chiapanèques furent en plus divisés par leurs affiliations politiques diverses. Par exemple, on peut constater sur le terrain que les communautés comportant un nombre significatif d’adhérents au parti de droite qui a régné sur le pays pendant plus de 70 ans, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), ont vécu plusieurs améliorations
 
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économiques et sociales : leurs rues sont pavées et éclairées, ils habitent des maisons en ciment et en brique, les écoles sont plus grandes et plus accessibles. Cependant, il existe des communautés dont les membres sont plutôt dessympathisants d’autres formations politiques, tels les Zapatistes (partisans ou membres de l’EZLN), qui n’ont pas eu la chance de vivre de telles améliorations. Ces inégalités ont donc lentement créé un sentiment de révolte face au gouvernement. Ce sentiment s’est généralisé plus profondément au début de l’année 1994, alors que l’accord de l’ALÉNA (Accord de libre-échange nord-américain) fut signé entre le Mexique, le Canada et les États-Unis, ouvrant ainsi toutes les frontières aux marchandises et marginalisant une fois de plus les populations éloignées et pauvres. L’EZLN, comprenant des centaines d’autochtones révoltés contre l’inaction du gouvernement face à leur situation, devint un groupe de rebelles autochtones armés luttant contre les méfaits du capitalisme en décriant ses effets pervers sur leurs conditions de vie. Lors de la signature de l’ALENA, «Première Déclaration de la Jungle Lacandone,par le biais de la [le mouvement zapatiste] déclare la guerre au gouvernement fédéral et à son armée et demande liberté, justice et démocratie pour tous les Mexicains.6» Plusieurs conflits armés s’en sont suivis. Les valeurs du mouvement zapatiste ont rallié plusieurs communautés. Encore aujourd’hui, la lutte n’est pas terminée, bien que l’EZLN ait déposé les armes.  important de retenir dans l’intervention zapatiste est l’aspect entourantCe qui est le conflit armé. La violence est le point central du désaccord entre le mouvement zapatiste et l’organisation civileLas Abejas, organisation pacifiste, rappelons-le, dont sont membres les répondants de notre étude. Cette organisation tire ses origines d’un conflit familial portant sur la distribution d’une terre héritée en 1992, à Tzanembolom, dans la municipalité de Chenalho: le frère ne voulait pas que ses deux sœurs possèdent une partie de la terre. En de pareilles circonstances, la communauté agit en temps que législateur : celle-ci décida que la terre serait divisée en trois parties égales. Le frère, mécontent de la décision, réunit des amis de communautés avoisinantes et menaça la communauté de représailles. Pour contrer cette menace, des représentants de 22 communautés se réunirent le 9 décembre 1992. Suite à cette réunion, trois représentants                                                  6fh_ton orc/9w#wm/twh:./atrp.oazip.snoro/crg7 
 
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