La politique étrangère de Joseph Kabila

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Pillage, prédation, corruption, déficit démocratique entrent aujourd'hui dans la somme des facteurs internes qui expliquent les choix de la politique étrangère entreprise par Joseph Kabila. Son but est de recoller les morceaux de la carte du pays et de le replacer dans son contexte des rapports internationaux contemporains. L'auteur interroge les théories classiques de la politique étrangère et soutient que les "Petits Etats" ne sont pas capables de formuler leurs propres politiques étrangères autonomes et de les mettre en oeuvre.
Publié le : mercredi 1 octobre 2014
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EAN13 : 9782336358314
Nombre de pages : 220
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La po Litique étrangère de Joseph Kabi La
Les politiques étrangères des états menacés de décomposition
La po Litique étrangère
La r épublique démocratique du Congo vient de connaître une longue guerre dans
son histoire. Elle semble s’achever, mais ses racines encore intactes sont dues de Joseph Kabi Laaussi bien à la gestion chaotique du pays durant les 32 ans de règne de Mobutu,
qu’à l’impréparation de ceux qui ont repris le pouvoir le lendemain de sa chute.
Ces ratés qui font du pays le cœur malade du continent ainsi que leurs diverses
conséquences  : pillage, prédation, extraversion, corruption, déchirure, défcit
démocratique, etc., entrent aujourd’hui dans la somme des facteurs internes qui
expliquent les choix de la politique étrangère entreprise par Joseph Kabila, depuis
sa désignation à la tête du pays en 2001 jusqu’à ce jour. Son but est de recoller
les morceaux de la carte du pays et de le replacer dans son contexte des rapports
internationaux contemporains.
Le présent ouvrage a pour objet d’ouvrir les portes de ce labyrinthe peint de
couleur pâle. Il interroge les théories classiques de la politique étrangère ; teste les
paradigmes explicatifs et soutient la thèse suivante : les « Petits états », à l’instar
de Congo Kinshasa, ne sont pas capables de formuler leurs propres politiques
étrangères autonomes et de les mettre en œuvre. Dès lors, la politique étrangère
de Joseph Kabila, comme celle de tous les « Petits états », s’inscrit dans trois
courants : le néo institutionnalisme, le patronage et le suivisme au regard des
rapports avec les puissances tutélaires. Il en découle l’obéissance, la séduction
et la main tendue. Tandis que les relations avec les états voisins (petits aussi) sont
marquées par le vrai-faux bon voisinage, les rivalités consécutives à l’accès aux
ressources, au jeu du pouvoir issu de donneurs d’ordres d’une part, et de l’autre
par l’image que véhiculent les acteurs congolais dans le concert des nations. La
carte est-elle recollée ? Le pays est-il bien aligné ? Telle est l’interrogation dont la
réponse se trouve tout au long de la lecture de l’ouvrage.
Blaise Sary Ngoy enseigne l’économie internationale dans plusieurs universités
en république démocratique du Congo. Il détient une licence en relations
internationales, un Master en gestion fnancière publique, un Master en
planifcation économique et un doctorat en économie internationale.
23 €
ISBN : 978-2-343-02991-7
Blaise Sary Ngoy
Les politiques étrangères des états menacés
de décomposition
Préface de Diur Katond
Blaise Sary Ngoy
La politique étrangère de Joseph Kabila





La politique étrangère de Joseph Kabila



Photo de couverture : Rencontre du Président congolais,
Joseph KABILA avec quelques principaux acteurs de la crise
















© L'HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-02991-7
EAN : 9782343029917 Blaise Sary Ngoy





La politique étrangère
de Joseph Kabila



Les politiques étrangères des États menacés de décomposition




PRÉFACE DE DIUR KATOND











Notes de cours
Dirigée par Benjamin Mulamba Mbuyi

L'objet de la collection est de susciter les publications dont la vocation est
double : d'une part offrir aux professeurs d'universités l'opportunité de
publier leurs notes de cours, utilisées tout au long de leur carrière, et
d'autre part offrir aux étudiants et chercheurs les outils de travail dont ils
ont grandement besoin.
La collection s’adresse principalement aux étudiants et se propose
d’envisager toutes les questions qui touchent tous les aspects de droit, de
science politique et de relations internationales qui font l’objet d’un
enseignement universitaire autonome.
Nous privilégierons la publication de manuels de grande qualité
scientifique qui seront mis à la disposition des étudiants, régulièrement
révisés comme des outils pédagogiques et utilisés dans un grand nombre
d’institutions universitaires à travers le monde.



Déjà parus :

Zacharie NTUMBA MUSUKA, Le rôle du juge administratif congolais dans
l’émergence de l’état de droit, 2014.
Stanislas BOGOY NANGAMA, La pédagogie générale, 2014.
Stanislas BOGOY NANGAMA, La pédagogie comparée, Historique,
Théories et Méthodes, 2013.
Floribert Nzuzi MAKAYA, Les finances publiques dans les constitutions de
la République démocratique du Congo, 2012.
Kazumba K. TSHITEYA, Introduction aux théories et doctrines politiques et
sociales, 2012.
Benjamin MULAMBA MBUYI, Droit International Public, Les sources, 2012.
BenjamLAI, Droit des Organisations Internationales, 2012. Préface
Rédiger un ouvrage en matière de politique étrangère des États africains
est un pas que beaucoup n’osent pas franchir par le temps qui court, surtout
lorsqu’il s’agit de la politique étrangère d’un Chef d’État. Les obstacles de tout
ordre sont immenses. L’accès aux données fiables (accords, alliances, visites,
correspondances personnelles, notes confidentielles, entretiens, rapports des
envoyés spéciaux ou des chefs des missions, appels téléphoniques) constitue
la première limite. La suspicion, les appréhensions et les préjugés de ceux
qui manipulent l’habitude d’étiqueter les écrits, de les lire avec l’œil gauche
et de les catégoriser en les attribuant à des tendances constituent un deuxième
obstacle. De même, les difficultés d’ordre matériel dans les pays où la recherche
scientifique fait figure d’enfant pauvre (ressources financières) peuvent
conduire aussi à biaiser les analyses.
Par ailleurs, la politique étrangère d’un État relève dans presque tous les
pays, du domaine réservé ; elle est marquée par les confidences et les secrets. Il
n’est pas évident, pour un non initié, d’avoir le privilège d’être invité à la table
des « grands ». Ainsi, nombreuses analyses et essais relèvent de l’imaginaire
et se limitent à la formulation des hypothèses et à la projection des intentions.
Faut-il se contenter, dans ce cas, de décrire les déclarations, décrypter les
images, sonder les opinions ? Même dans ce cas, l’opinion la plus large est
souvent ignorante de l’actualité internationale et des activités de son pays. Il
n’est donc pas facile de procéder aux enquêtes, sauf dans les cas des événements
tragiques, très vite véhiculés par la presse. Aussi, il n’est toujours pas donné de
réfléchir sur les politiques des États périphériques qui vivent dans l’incapacité
de formuler leurs propres politiques étrangères. Dès lors, les études sur la
politique étrangère, même dans les pays occidentaux, se reportent souvent aux
récits journalistiques, aux communiqués officiels diffusés ou aux réactions
5intellectuelles, relatives aux événements circonstanciels. Mais, en dépit de ces
limites, ne dit-on pas que l’intuition compréhensive est la source du savoir et la
mère de la science ?
L’auteur de Politique étrangère de Joseph Kabila n’échappe pas à ces
remarques. Son livre, fort basé sur l’intuition s’inscrit dans le schéma et
traduit en même temps la fécondité de l’imagination. On n’y trouve pas les
notes confidentielles, l’analyse des rapports et du contenu des accords ; les
résultats des conversations n’y sont pas décryptés. Toutefois, son contenu
est plus qu’une simple répétition historique des faits connus. Il constitue
une bonne référence sur des données présentées sous l’angle de l’analyse
de politique étrangère des États et s’adresse aussi bien au public moins
avisé qu’aux professionnels appelés à comprendre comment les États sans
ressources utiles peuvent en pleine guerre de décomposition, réussir à
impliquer des acteurs, nombreux, dans la recherche des solutions en vue de
recouvrer leur statut d’État souverain. Jusque-là nous étions servis par les
récits. Voilà une autre approche de dire l’évolution de la crise qui secoue le
Congo.
Une chose manquait : l’interprétation de ces récits sous l’angle diplo-
matique. Le livre permet de comprendre comment le jeu d’intérêt entre les
acteurs poursuivant des objectifs complexes et contradictoires influe sur
l’évolution du conflit. Il décrypte les dessous des cartes et les informations
diverses abordées sous l’angle des politiques extérieures des États. Cette
approche nous épargne des récits historiques habituels. On n’y trouve pas
l’examen des conversations confidentielles, ni des écrits, encore moins des
rapports sur la médiation, mais une réponse aux préoccupations de savoir
comment un État défaillant, sans ressources nécessaires, peut se sauver d’une
menace extérieure de sa balkanisation.
La spécificité de l’analyse porte sur le fait d’aller au-delà de simple
description des événements déjà racontés par divers auteurs. Plus intéressant,
le livre établit un pont qui manquait entre la gestion calamiteuse les tombeurs
de Mobutu et les causes premières de la guerre, guerre souvent attribuée au
complot ourdi par les États prédateurs. Ces sources lointaines, externes et
6internes sont jugées comme ayant été les plus déterminantes, d’autant plus
qu’elles constituent les facteurs qui ont conditionné la politique étrangère de
Joseph Kabila au moment où il accède pour la première fois au sommet du
pouvoir. Par ailleurs, des informations sur les relations houleuses entretenues
durant le conflit avec les principaux pays occidentaux sont mises en exergue.
L’auteur y revient et nous fait découvrir les causes de l’usure de la guerre, à
travers les rôles joués par chacun des membres de la troïka. En dépit de la bonne
foi et de la politique de rupture observée par Joseph Kabila, les pays tuteurs
sont restés dubitatifs durant la guerre qui a conduit aux accords de Sun City ;
durant toute la période des troubles qui caractérisent l’est du pays, ils continuent
à contribuer d’une manière ou d’une autre à peser dans le pourrissement de la
crise. Leurs implications, moins fondées sur la défense du droit international
sont inscrites principalement dans le contexte de la politique étrangère de
non-indifférence applicable à l’égard des États défaillants et qui justifie les
interventions institutionnelles chargées de trouver le compromis, l’équilibre,
parfois par le recours à la contrainte. De toute évidence, l’application sélective
de ce principe dans certains conflits permet de calmer les crises et non à les
éliminer.
Les États tuteurs, loin d’aider un pays en détresse, conformément au droit
international, loin de défendre le principe de la souveraineté, ils sont motivés,
moins par la sauvegarde de l’intégrité du territoire, mais par le devoir de
responsabilité. Le Congo, État sans ressources et ne disposant pas de capacités
à appliquer sa propre politique étrangère est ainsi tenu de s’insérer dans la
logique de la soumission et de l’obéissance en vue d’écarter des menaces
qui pèsent sur son identité. C’est là, la voie obligée devant le pourrissement
de la situation et au vu des fausses signatures de paix, des alliances contre
nature souvent conclues sur le terrain par les troupes armées. Pour l’auteur, le
salut du Congo se trouve dans la rupture avec le passé, dans l’obéissance, le
suivisme et la soumission aux ordres dictés par les médiateurs. S’inscrivant en
faux contre l’approche chronologique des récits, il estime que les raccourcis
présentent le désavantage de biaiser la réalité. Œuvre des historiens, ils sont
datés et étiquetés parfois sans souci d’en déterminer le contenu politique.
7Il invite à cet effet, les lecteurs à lire autrement la politique étrangère du
Congo à travers le décryptage des accords, des alliances, des actes posés,
des correspondances officielles, des rapports et des notes confidentiels. Il
propose d’y lire les styles et les pratiques diplomatiques, les jeux d’influence,
les appréhensions, les intentions manifestes et les désaccords. Il propose
d’y lire les calculs d’intérêt, la nature de la coopération liée, les mythes
fondateurs des comportements, les jeux de recentrage des équilibres, les
insuffisances des logiques, la justification des violences, etc. Le fondement
de toute politique étrangère repose, finalement, selon lui sur trois objectifs
majeurs : le rayonnement international, la sécurité intérieure et la prospérité
globale.
Comment lire ces objectifs à travers la politique étrangère de Joseph
Kabila ? La soumission et l’obéissance ont permis, durant la première crise
d’entre 1998 et 2003 de tirer le pays de la décomposition et l’ont replacé sur
la scène internationale. La même voie semble la seule qui convienne en ce
1qui concerne le conflit qui a opposé le M23 au gouvernement de Kinshasa .
« J’ai redessiné la carte du Congo », ne cesse de le dire, Joseph Kabila. De ce
fait, on peut déduire que la sauvegarde de l’unité et la protection de l’identité
nationale en sont les fruits à gagner. Cependant, ce profit ne doit pas occulter
les relations tumultueuses et orageuses que Joseph Kabila a eues et continue
à avoir encore avec les principaux partenaires, à savoir : les États-Unis, la
France, la Belgique et l’Angola. Ces États, principaux acteurs entretiennent
des relations, tantôt cordiales, tantôt tendues et même hypocrites. En leur
qualité des puissances tutélaires, ils soumettent le Congo à une relation
d’aliénation, en appui à la médiation et à la réconciliation. Ils assument ainsi
le patronage en dictant leurs ordres contraignants. Et l’engagement timide
des forces de l’ONU déployées sur le terrain, contrairement à ce que l’on
peut penser, contribue selon l’auteur à pérenniser le conflit. La chute de
1 La solution militaire reste problématique, même si Joseph Kabila ne l’exclut pas. Elle
dépend étroitement des capacités dont dispose le pays ; or pour le moment, l’armée
présente encore des faiblesses inimaginables, à tout point de vue.
8Goma le 20 novembre 2012, devant plus de 1000 soldats de la MONUSCO
est attribuable à cette attitude.
À quoi sont dues les limites des résultats enregistrés à Sun City ?
Pourquoi la trêve n’a été que de courte durée ? Qu’est-ce qui explique la
reprise de la guerre conduite par le M23 ? L’auteur nous livre ses explications
titrées dans les faiblesses relevées à travers les résultats enregistrés. Dans ce
même ordre d’idées, il nous plonge dans une réflexion combien intéressante
sur la diplomatie économique du cuivre que mènent différents responsables
politiques du Congo, depuis 1960.
Le livre se termine ainsi par une question plus importante et controversée,
à ce jour, à savoir : celle des relations avec la Chine. Si ce géant économique
est considéré comme nouveau partenaire les relations sont plus amicales avec
les pays pauvres, quel avenir peut-on tirer de ses rapports avec le Congo
Kinshasa ? En effet, la production et le commerce des minerais constituent
l’essentiel des échanges entre les deux pays. Mais, quel est le profit que le
Congo en tire ? Pays producteur des matières premières, ne se fait-il pas des
illusions d’en tirer une richesse ? Le partenariat conclu dans ce contexte était-
il celui de win win ? Pour l’auteur, cette relation économique n’a rien de
nouveau. La Chine n’invente pas un nouveau capitalisme à visage humain.
La relation avec le Congo est appauvrissante ; elle n’offre aucune chance,
au Congo, de sortir du piège de son développement industriel extraverti. Le
commerce du cuivre est une malédiction. Les preuves de cette illusion sont
puisées dans le décor qu’offrent les accords conclus entre la Chine et les autres
pays africains, producteurs des matières premières. L’auteur pronostique et
tire une conclusion pessimiste. La diplomatie économique anachronique du
cuivre appauvrit le Congo et enrichit les acheteurs (Chine). À la lecture de ce
livre, un débat passionnant est soulevé. Quelle est finalement la place de la
politique étrangère du Congo Kinshasa dans la poursuite de ses intérêts et de
son rayonnement ? Comment le pays parviendra-t-il à assurer sa défense, d’une
manière autonome, sans se soumettre aux exigences des autres ? Quelle est,
par ailleurs, l’image que véhiculent les différents acteurs de cette politique ?
Quelle serait la meilleure politique étrangère conforme aux aspirations de
9la nation. Le livre soulève les interrogations et jette un regard sur l’avenir
du pays. Le suivisme et la soumission continueront-ils à être la constante ?
Si non, quelle politique étrangère permettrait de positionner le Congo, en
tant qu’un géant, au cœur de l’Afrique ? Avec quels atouts ? Quelles sont les
variables déterminantes et crédibles qui soutiendront la véritable politique
étrangère indépendante ? Le débat reste ouvert. Puissent les responsables
politiques du Congo y puiser une inspiration ? C’est le souhait ardent.
Diur Katond
Professeur ordinaire Avant-propos
Depuis son indépendance non consentie, disent les uns, consentie
rétorquent les autres, mais marquée néanmoins par des précipitations et sans
préparations sérieuses, le Congo Kinshasa, État souverain est né sous un ciel
nuageux caractérisé par des rivalités ethniques, politiciennes et une parodie
2de démocratie qui avait volé en éclat quelques mois à peine. Ces séquelles
l’accompagnent jusqu’à ce jour. On peut se rappeler les conflits Luba-Lulua en
juillet 1960 ; on peut aussi se rappeler de conflits, Tabwa-Bwari au Katanga en
avril 1962, Kasaïens-Katangais d’abord en 1961 puis en 1992, autochtones du
Kivu (Tembo, Nyanga, Hunde, Shi, Nande) -allochtones Banyarwanda de 1992
3à 2003. On peut aussi se rappeler également des querelles entre fédéralistes
et unitaristes, entre pro-occidentaux et pro communistes, entre séparatistes
et unitartre pro parti unique et pro multipartistes, entre radicaux et
modérées, etc.
Ainsi, cette démocratie malformée et débridée est encore loin d’être une
réalité. Les responsables politiques s’y plaisent et se disent non complexés
ni offensés par des critiques. « C’est normal, nous sommes une jeune
démocratie », entend-on dire dans les milieux politiques de Kinshasa. « Les
autres ne sont pas plus démocrates. Nous venons de loin, dit-on ». Le Congo
indépendant c’est donc un Congo qui refuse de grandir et qui se réjouit de sa
jeunesse vieillissante. C’est un Congo enkysté dans une moule d’inconscience
collective ; une évidence acceptée et vécue par tous comme normale. « Seul, tu
ne changeras rien », dit-on dans les rues. On le répète avec beaucoup de plaisir.
2 Colette Breackman et al, Congo 1960. Echec d’une décolonisation, Ed. du GRIP, 2010
3 Guy Aundu Matsanza, La nouvelle édification de l’État à l’épreuve de l’ethnicité :
esquisse de solutions pour la République Démocratique du Congo, in Revue Fédéralisme,
Régionalisme, V ° 5, 2004-2005.
11Aller à l’encontre des antivaleurs du grand nombre est vu comme une folie.
Il faut faire comme tout le monde ! Faire comme tout le monde, c’est fermer
les yeux et laisser aller le Congo là où il va ! Dans tous les services publics,
à tous les niveaux, les postes juteux sont ceux qui procurent aux agents, les
« à-côtés. Ne touchaient pas aux intouchables. Quand on entre dans la classe
des « Honorables, et des Excellences », il ne faut pas y sortir mains vides ! Le
pouvoir est la source de l’enrichissement personnel. L’inversion des valeurs y
est ainsi vécue par tous dans un enchantement béat. Le vol, le viol des lois,
la corruption, le gaspillage, la prédation, le non-respect des droits humains,
voilà ce qui caractérise la gestion du pays depuis des décennies. Les adeptes
et les castes de ce laissez-faire conduisent la destinée du pays vers un mur
opaque, dans l’obscurité, se plaisant à recourir à des indicateurs fantaisistes de
l’évolution socio-économique pour calmer les inquiétudes de ceux qui lisent
avec pessimisme les signes du temps. Aucun responsable, depuis la nuit des
temps, n’a jamais avoué son échec. Tout va bien.
Ainsi, on ne peut s’empêcher de dire que ce pays vacille et va à sens unique.
Les critiques ne sont pas tolérées. Si vous en formulez trop, vous coulez. Ça va
mieux, dit-on ! Tous les faiseurs des lois, enivrés par le silence coupable des
ceux qui subissent le sort se réjouissent des gains dérisoires et personnels. Et
pourtant, les observateurs avisés disent que le Congo est dépecé. Il ressemble à
un éléphant qui peine à se remettre. À quoi est dite cette situation ? Un collègue
4attribue cette maladie au caractère multinational de l’État. Donc, l’apparente
unité qui soude les ethnies est trompeuse. La pauvreté les désunit et les appauvrit
davantage. Elle est la source de la politique de survie ! Dans ses relations avec
le reste du monde, le Congo tente, sans fin, de se donner l’image emblématique
4 Tshiyembe Mwuayila pense à ce sujet que c’est la faillite de l’Etat postcolonial qui traduit
une mise en cause du « vouloir vivre ensemble », une crise de sens et de dessein. Il en
découle, selon lui, un désaccord abyssal entre les nations (ou ethnies) et les citoyens,
sur les valeurs fondamentales de la collectivité : définition d’une société de liberté, d’un
pouvoir réellement consenti et partagé, d’un droit perçu comme naturel. L’articulation
entre Etat et société apparaît ainsi conflictuelle depuis que les sociétés plurinationales
n’ont survécu à l’anéantissement de leur modèle d’Etat que pour être soumises à une
caricature de celui de l’Occident.
12d’un géant au cœur de l’Afrique. Ce slogan devenu tout un mythe, une idéologie
fondatrice de sa vocation imaginaire n’en est cependant pas un ! Le Congo
Kinshasa, l’État privatisé et patrimonial rappellent les uns, un État chefferie,
5pour reprendre l’expression de François Kabuya Kalala et Tshiunza Mbiye , se
nomme, en fait, un géant dans toutes ses formes : géographique, géologique,
politique, culturelle et économique.
Les déclarations publiques des responsables, au plus haut niveau, le placent
au cœur du continent, non seulement du point de la vue de sa position au cœur de
l’Afrique, mais du point de vue politique et économique. Ils lui donnent ainsi le
rôle d’être le foyer de décollage industriel. Ses dirigeants évoquent ce fantasme
et considèrent que le pays a la vocation naturelle d’être la mère nourricière
dont les mamelles permettront un jour la meilleure santé du continent. Ce
rôle qu’on lui donne à ceux qui sont friands des théories géopolitiques, avec
plaisir, sans conviction est dû à l’immensité de ses ressources naturelles, à son
bassin humide, à son espace vert, à sa diversité biologique, à la vivacité de sa
population, etc. Mais, ne s’agit-il pas là d’une ambition démesurée ? Un rêve qui
est loin d’être une réalité ? Car, il ne s’agit que d’une imagination fondée sur les
potentialités endormies. Quelle est, réellement, la place actuelle du Congo dans
ses relations avec le reste du monde ?
On ne refuse pas de rêver. Le rêve est porteur de l’espoir et de l’espérance.
Mais la vérité congolaise est toute autre ; elle est nue. Ses rêves n’en
finissent d’être rêvés. L’ambition est devenue un fantasme contredit par les
événements douloureux et par les relations orageuses que le pays entretient
avec ses partenaires africains et occidentaux, depuis la nuit des temps. Ses
dirigeants affirment volontiers sa politique étrangère fondée sur des principes
conventionnels répétés tout le long de l’histoire : le bon voisinage, la paix, le
respect des frontières, la coopération, la souveraineté, le non-alignement.
Mais ces imaginations quelque peu obscures demeurent encore inscrites
dans le registre des rêves et des illusions que nombreux collègues enseignent
aux étudiants, futurs responsables du pays, dans les universités, sans souci
5 François Kabuya Kalala et Tshiunza Mbiye, Patromonialisme et implosion de l’Etat en
RDC. Quel avenir pour l’économie ? In www.ua.ac.be
13d’examiner en profondeur les contenus. Le cœur de l’Afrique, entendez le
Congo, est un cœur malade, disait Philippe Leymarie, correspondant au journal
Le Monde diplomatique. Mais, c’est un malade qui ne s’ignore pourtant pas !
Car, il est alité depuis des décennies.
La caractéristique, la vraie, de la politique étrangère de ce pays est marquée
par une quête inachevée du nationalisme, une recherche sans relâche d’un
alignement idéologique, une absence des liens sincères de réciprocité, une
quête défaillante de sa souveraineté. Sa politique étrangère est une conjugaison
du suivisme et de la dépendance. Elle est la somme de l’isolement, de la
soumission, de patronage, de la mise sous tutelle, de l’extraversion. Elle est
celle de compromission et de neutralisme béat. En réalité, ces traits, les vraies
caractéristiques de sa politique étrangère contredisent l’opinion souvent
véhiculée, d’un paradis attaché profondément au bon voisinage, à la coopération,
à l’interdépendance et à la souveraineté ; un pays respectueux des frontières, du
pacifisme et pratiquant l’idéalisme dans ses relations avec le reste du monde !
Le visage usé de la vraie politique étrangère du Congo la confine dans les
rangs de petits États soumis, qualifié d’intrus, inopportuns, parce que sans
ressources tangibles qui puissent affermir leurs indépendances économiques.
Le Congo apparaît, dans ce cas, comme un pays vivant son incapacité à
assumer le rôle de leader dans les relations internationales, précise P. Biyoya.
La quête de son leadership régional demeure un rêve, précise Germain Ngoy.
De ce fait, la politique suivie durant les conflits offre aux analystes un cas idéal
permettant d’aller au-delà des évocations et des prières. Elle aide à se faire l’idée
générale des politiques des pays en quête des libertés et qui, en même temps,
sont en proie à leurs décompositions. En effet, plus d’une fois, le Congo a frôlé
la faillite. Les guerres civiles dues à des groupuscules armés, à des guerres
de sécession et à des agressions téléguidées ont fait peser les menaces de sa
balkanisation, ce depuis 1960. La dernière menace sérieuse a vu le jour en 1997.
Elle n’a jamais cessé et elle est vécue comme une permanence. Elle était portée
par la coalition menée contre le pouvoir finissant de Mobutu. Elle est conduite
aujourd’hui par les mêmes qui ont porté les armes jadis et qui ne se sont pas
entendus sur le partage des gâteaux. Ce projet contre le régime dictatorial avait
14conduit à la chute d’un pouvoir vieille de trente-deux ans. Mais cette même
menace qui avait écarté Mobutu du pouvoir s’est révélée minée de l’intérieur.
Ses germes ont explosé à partir du 02.08.1998 (éclatement de l’AFDL) suite à
l’échec de la transition politique qui devait conduire le pays à l’affermissement
de sa démocratie.
La suite est connue. Les rébellions ont repris du terrain et ont occupé la
moitié du territoire, à peine une année, après la chute de Mobutu. Elles ont
décimé de milliers de familles ; elles se sont greffées sur les appétits des États
voisins qui les ont soutenues en hommes et en armes, en organisant l’économie
de guerre et de pillage des ressources minières. Elles ont déplacé des milliers
des familles sans abris, démunis, à travers le reste du territoire, sous les regards
6des pays tutélaires, des marchands d’armes et des firmes prédatrices . Ces
acteurs bien nourris des intentions d’en finir avec un Congo trop vaste et en
proie à la disparition sur la carte africaine se frottaient les mains et attendaient
le pourrissement de la situation en vue de proclamer la fin d’un géant mis en
7genoux et ingouvernable depuis 1990. Durant trois ans, toutes les tentatives
destinées à obtenir la condamnation de l’agression d’une part, et de l’autre,
de solliciter l’assistance militaire ont traîné en longueur, presque vouées à
l’échec. Celle-ci (guerre) avait pris de l’élan, elle s’est prolongée dans la durée
et a nécessité des efforts des négociations conduites par différents médiateurs.
Durant les trois premières années, ces efforts n’ont eu comme résultats que le
maintien du statu quo et le cantonnement des belligérants (y compris le pouvoir
de Kinshasa) dans les territoires sous le contrôle de chacun.
Ce statu quo occasionné par l’accord de Lusaka avait donné lieu à la
légitimation des rébellions et avait placé le pouvoir de Kinshasa sur le même
pied d’égalité que celles-ci (rebelles). Dans l’entendement de nombreux
6 À ce propos, lire : Comment les multinationales volent le patrimoine congolais ; Rapport
de Keith Harmon Snow et David Barouski, in www.alltingspass.com, 5.03.2006).
7 Robert Mbelo, Muangaza, Opération « No paper Zaïre », Groupe de recherche et d’étude
sur le Congo, Londres, avril 2003 ; Honoré Ngbanda Nzambo, Crimes organisés en
Afrique centrale. Révélations sur les réseaux rwandais et occidentaux, éditions Duboiris,
Paris, 2004 ; Colette Braeckman, Les nouveaux prédateurs. Politiques des puissances en
Afrique centrale, éditions Fayard, 2003.
15dirigeants africains et occidentaux, Laurent Désiré Kabila (alors Président de
la République) était devenu incontrôlable, insoumis et renfermé dans le carcan
progressiste, vivant son temps désuet, dans sa tour d’ivoire. Accusé d’être le
mentor des rebelles rwandais, accusé également de ne pas s’arranger dans
le cercle de nouveaux dirigeants africains dont l’Occident avait besoin, il a
été poussé à la sortie, par l’assassinat, laissant son pays en pleine guerre. Le
génocide perpétré au Rwanda n’était plus la cause essentielle des troubles dans
la région des Grands Lacs. Aux yeux des Occidentaux, Laurent Désiré Kabila
était, plutôt, devenu le problème, c’est-à-dire, la source de la crise. Accusé d’être
le commanditaire du mal, il a été assassiné en janvier 2001 et a perdu la vie,
laissant le Congo Kinshasa au bord de la faillite, asphyxié, baignant dans le
sang, soumis à des séances à répétition des négociations et des médiations sous
l’égide des organisations internationales, des États occidentaux et africains.
Suite à cette disparition que la rumeur avait attribuée à des causes diverses,
Joseph Kabila (son fils) a été nommé à la tête du pays, par une petite équipe
des fidèles. Il prit le pouvoir alors qu’il n’avait pas d’expérience. Au début,
il a véhiculé l’image de la jeunesse et de l’innocence. Peu d’observateurs lui
donnaient d’ailleurs les chances de réussite. Le voilà, placé devant un héritage
historique lourd, marqué par la gestion calamiteuse de la part des tombeurs
de Mobutu. Le voilà devant le déchirement meurtrier du pays ! Il était appelé
à résoudre le conflit entretenu par une multiplication des pouvoirs parallèles,
sous l’égide des milices armées et des troupes étrangères fortement implantées
sur le territoire. L’absence de toute assistance militaire, politique et financière
et l’isolement diplomatique furent des limites qui lui donnaient peu de chance
de réussite. Ces faits constituaient les obstacles et l’impossibilité de sauver, avec
les moyens propres, un pays défaillant, miné par les rivalités internes et menacé
par la décomposition.
Plus ou moins avisé, Joseph Kabila avait privilégié immédiatement la
politique de rupture avec l’héritage chaotique. Il s’était soumis aux exigences
des tuteurs et avait promis, dans son discours d’investiture, d’aller partout où la
nécessité de négocier la paix s’imposait, sans condition ; partout où il était invité.
Cette politique de rupture a été le chemin obligé en vue d’éliminer les obstacles
16qui obstruaient les chances de retour du pays à la paix et au recouvrement du
statut d’État souverain. Pari difficile pourtant ; car les relations particulières
qu’il a eues avec les principaux partenaires, membres de la Troïka (États-Unis,
France, Belgique) au début de son règne n’avaient pas conduit à une fin rapide
de la guerre. L’accord conclu deux ans après, soit en 2003, à Sun City, n’avait
pas, non plus, mis fin à la crise. La présence des troupes étrangères sur le sol
congolais était restée une épine. La multiplication des actes de pillage et de
massacres à grande échelle par les milices armées, de même que le climat
des rivalités ethniques dans la région, laissaient croire que les germes de la
crise sont solidement ancrés dans leurs racines. L’immigration clandestine,
les disputes ethniques, la recherche de l’espace vital de la part des populations
voisines sont autant des causes qui laissaient planer le spectre des tensions
permanentes. Pourquoi ? La médiation qui avait permis d’aboutir à l’accord de
Sun City a connu une longue période des tiraillements. Ceci laissait penser
que l’accord n’était pas total, mais un quasi-accord. Les racines du conflit
étaient dans des revendications des rebellions, dans les appétits politiques des
associations déguisés en société civile, dans les rivalités entretenues par des
groupes ethniques et dans l’inconscience des partis politiques (toutes tendances).
Ces racines visibles et invisibles se sont greffées sur une revendication facile
et commune, à savoir : illégitimité du pouvoir issu de l’AFDL. Selon les
mouvements rebelles, le pouvoir de Laurent désiré Kabila était sans objet, vidé
de légitimité. De même, sa succession était mal acceptée par les mouvements
rebelles et par la classe politique congolaise habituée à se partager facilement
le pouvoir. Cette même revendication d’illégitimité était déjà connue depuis le
processus de démocratisation du pays par Mobutu, en 1990. La suspension des
libertés politiques par AFDL ainsi que l’instauration d’un nouveau régime plus
autoritaire avait envenimé et nourri les querelles politiciennes.
La crise s’était ainsi prolongée et s’était nourrie des ambitions des États
voisins qui n’avaient cessé de clamer haut que le désordre congolais avait des
répercussions sur leurs territoires. L’invasion de l’est du Congo par les troupes
armées étrangères a été ainsi fondée par ce prétexte de prévenir l’explosion
régionale et par le droit de poursuite des rebelles rwandais et ougandais établis
17au Congo ; lesquels rebelles visaient l’objectif la déstabilisation des régimes
politiques, au Rwanda, en Ouganda et au Burundi. Les partenaires occidentaux
ont épousé, sans broncher, cette thèse de déstabilisation des territoires voisins.
Dans ce contexte, le Congo était placé sur le banc des accusés, parce que
constituant les bases arrière d’où partaient les attaques contre les voisins. Les
États-Unis, la France et la Belgique ont affiché durant le conflit, une attitude
ambiguë. Tout en exprimant leur désir de mettre fin à la guerre, ils l’avaient
parfois aggravée, faisant du sur-place, émettant des réservés, construisant des
obstacles, accusant le Congo d’être la source et s’opposant (États-Unis, Grande-
Bretagne, Belgique) à la demande de l’assistance militaire en vue de chasser
les agresseurs hors du territoire. Tout portait à croire que le mal qui embrasait
la région des Grands Lacs africains était dû à la mauvaise foi du pouvoir de
Kinshasa. On a vite oublié les racines rwandaises du conflit. Dès lors, quelle
politique étrangère pouvait permettre de convaincre les pessimistes ? Quelle
politique pouvait aider à effacer les images négatives fixées dans l’imaginaire
des négociateurs ? Comment fallait-il faire comprendre également à l’opinion
internationale que la politique de « victime », véhiculée par Paul Kagame avait
pour conséquence de causer également des « victimes collatérales » au Congo ?
De quelle manière, il fallait impliquer les membres de la Troïka dans la voie de la
vérité ? Comment le Congo pouvait parvenir à rétablir les relations privilégiées
avec la Belgique dont la distance était devenue grande ? Comment fallait-il
faire comprendre à l’opinion internationale que la guerre conduite par les forces
étrangères avait pour causes principales : le pillage des minerais ainsi que le
soutien à l’immigration clandestine des populations voisines, en quête de leur
espace vital ? Comment fallait-il aborder la réconciliation sans mettre en cause
le pouvoir issu de la chute de Mobutu (faire table rase) ainsi que les différents
résultats des négociations obtenus durant la période de Laurent Désiré Kabila,
même si celles-ci piétinaient et faisaient le lit des rebellions ?
La rupture avec le passé, le rapprochement des différentes thèses soute-
nues par les belligérants (repli des troupes étrangères, gestion commune de
la transition) et la soumission aux choix des tuteurs, ont été finalement les
options fondamentales qui ont été appliquées en vue de sauver le Congo de
18sa décomposition. Ce choix a conditionné le patronage extérieur et la mise en
œuvre de la politique des mains tendues envers les organisations internationales
et régionales. Ce qui était jugé impossible durant le temps de Laurent Désiré
Kabila, à savoir : la fin de la guerre a été rendue possible. Sans renvoyer celle-
ci (guerre) d’où elle était venue, comme le pensait Laurent D Kabila, elle a
été gagnée à travers le dialogue et l’abandon des exigences qui avaient pour
conséquence de démembrer le pays. Pari gagné ? Joseph Kabila ainsi que les
rebellions qui ont accepté de former un gouvernement d’union nationale, ont
récolté des résultats, quoique mitigés aujourd’hui : la tenue des premières
élections libres en 2006, la reconnaissance du pluralisme démocratique, le
retour des investisseurs étrangers, l’effacement d’une partie de la dette publique,
le reconversion des entreprises publiques boiteuses, l’intégration (ou insertion)
des armées, la reprise des aides publiques et la normalisation des relations
diplomatiques avec les pays.
Un hic demeurait cependant ! La guerre à l’Est était-elle finie, telle que le
proclamaient, tout haut, les responsables politiques ? De même, les relations
harmonieuses avec les voisins et avec les principaux partenaires occidentaux
(y compris la Chine) étaient-elles rassurées, sans hypocrisie ? Les résultats
politiques obtenus, notamment les élections libres qui ont eu lieu en 2006, ainsi
que les nouvelles institutions installées, le lendemain du référendum, étaient-ils
bien cimentés ? Leur socle était-il réellement solide ?
Nombreux observateurs diagnostiquaient un retour possible au fiasco. La
moindre inattention de la communauté internationale ainsi que la mauvaise
gouvernance du pays pouvaient le ramener à sa case départ. Tout portait à croire
que la maturité politique était loin d’être atteinte dans ce pays. Sa survie était
suspendue à sa mise sous surveillance de la communauté internationale. La
répétition n’a pas tardé. Le M23 a vu jour en mai 2012. Mais les signes évidents
d’un malaise étaient palpables. Les responsables politiques congolais ont
souvent une courte mémoire. La gestion à la carte du pays semble être leur dada,
ce depuis le régime de Mobutu. Ils ignorent l’adage populaire qui renseigne que
qui veut la paix prépare la guerre. En dépit des négociations conduites sous
l’égide de CIRGL, on observe un pessimisme. Certains partis politiques ont
19déjà donné le ton. Ils souhaitent une énième concertation nationale. Le ministre
Raymond Tshibanda, chef de la délégation congolaise pense également que
8l’issue des négociations n’apportera que les solutions partielles. Par ailleurs, la
diplomatie économique entreprise dans le cadre des chantiers de reconstruction
nationale, y compris avec la Chine, ouvrait-elle une phase nouvelle dans la
recherche de l’interdépendance du pays ? Le retour des institutions de Brettons
Wood et des autres donneurs des fonds ouvrait-il une nouvelle coopération
durable et soutenable de la croissance du pays ?
Ce livre nous plonge dans le labyrinthe de ces réflexions. Il soulève des
débats sans les renfermer ; attribue les notes aux acteurs de la crise, sans
complaisance politicienne et ouvre la boîte noire sur la culture de la gestion
du pouvoir au Congo. Il décrypte la pensée et les pratiques endormies des
politiciens qui ont pris goût d’instrumentaliser les tribus et les ethniques et
qui en tirent les bénéfices. Le livre met en lumière les facteurs déterminants,
internes et externes, du désordre qui déchire le Congo. Joseph Kabila, aussitôt
placé au cœur des turbulences était exposée devant ces facteurs ainsi que les
regards des tous ceux qui attendaient de lui des solutions durables et définitives.
Mais, a-t-il gagné son pari ? Le livre explore cet aspect et nous offre la version
souvent escamotée du drame congolais. Il met l’accent sur les causes de l’échec
de l’AFDL (alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo) et
nous invite à lire et à dire autrement le contenu de la politique étrangère du
Congo, au-delà des raccourcis traditionnellement enseignés, avec les emprunts
historiques escamotant la profondeur des faits. Conçu en sept chapitres, le livre
passe en revue les pages inconnues des relations extérieures du pays et invite à
fouiller davantage ce qui reste à dire et à écrire encore.
Pr.dr. Blaise Sary Ngoy

8 Le Journal Potentiel du 24/12/2012.Introduction
1. L’intérêt de l’étude
En jetant un coup d’œil dans les rayons des bibliothèques, on est porté à
se poser la question de l’intérêt à consacrer une analyse à la politique étrangère
de Joseph Kabila, plus de dix ans depuis ses premiers pas sur les marches de
la scène internationale, et au moment où il assume déjà son second mandat à
la tête du pays. D’aucuns diraient : rien. Tout a été dit. D’autres répondraient :
beaucoup. Ces réponses justifient tout de même une chose. Bien qu’explorée
par de nombreux analystes étrangers et nationaux en ce qui concerne le volet
« crise dans la région des Grands Lacs, ce à travers les quotidiens et autres
9publications, la politique étrangère du Congo Kinshasa (d’une manière
9 Lire notamment, Gauthier de Villers, Les trois présidences de Joseph Kabila, in www.
ua.ac.be ; POUILLY, Cécile, Pays immense, problèmes gigantesques, formidable
potentiel : la République Démocratique du Congo peut-elle tourner la page in Réfugiés,
n° 145, 2007 ;REYNTJENS, Filip (sous la dir. de) ; MARYSSE, Stefaan (sous la dir. de) ;
VANDEGINSTE, Stef , L’Afrique des Grands Lacs : annuaire 2006-2007Paris ; Anvers :
L’Harmattan ; Centre d’Etude de la région des grands lacs d’Afrique, 2007 ;CROS
Marie-France, MISSER François, Géopolitique du Congo (RDC) éd Complexe, 2006 ;
BRAECKMAN, Colette. Les nouveaux prédateurs : Politique des puissances en Afrique
centrale, Paris : Fayard, 2003 ;NOBIRABO, Prosper Fragile gestation de la démocratie
en République démocratique du Congo, Le Monde Diplomatique, n° 639, 2007 ;HUGO,
Jean-François La République Démocratique du Congo : une guerre inconnue, Paris :
Michalon, 2006. ;MULUMA MUNANGA G. TIZI, Albert Le processus de paix dans
l’environnement post-électoral en RDC, Congo Afrique, n° 405, 2006 ; LANOTTE Olivier
Guerre sans frontières en République Démocratique du Congo, GRIP, 2003 ; ;HARSCH,
Ernest Conflits et ressources naturelles, Afrique Renouveau, n° 4, 2007 ;BRAECKMAN,
Colette, Le Congo transformé en libre service minier, Le Monde Diplomatique, n ° 628,
2006 ; BANEGAS Richard (sous la dir. de), JEWSIEWICKI, Bogumil (sous la dir. de).
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